Archive for septembre 2007

Les armes cachées en Irak

septembre 30, 2007

Qui a empêché Bush de cacher des armes en Irak ? 

Plusieurs journaux  (Le Guardian, Chanel 4 News, CNN Worldnews, Sunday Herald) ont révélé ce 3 février 2006 que le 31 janvier 2003 il y a eu une réunion entre Bush et Blair à Washington où Bush proposait de peindre un avion américain aux couleurs de l’ONU, de l’abattre au-dessus de l’Irak, d’ accuser Saddam et d’avoir ainsi un argument solide devant les Nations-Unies pour lancer la guerre.  Depuis la première du golfe et à ce jour le nombre d’experts qui ont été à la recherche d’armes de destruction massive (ADM,WMD en anglais) est énorme. Cela vaut la peine d’en faire la liste.         de 1991 à 1998, 3 000 inspecteurs s de l’UNSCOM sont chargée de surveiller la destruction des WMD en Irak         de 1991 à 1998 une autre équipe d’inspecteurs de l’IAEA est chargée de surveiller le démantèlement des projets nucléaires irakiens         de novembre 2002 à mars 2003, 100 inspecteurs de UNMOVIC sont chargés d’éliminer en Irak toutes les armes biologiques et chimiques qu’ils pouvaient trouver.         de novembre 2002 à mars 2003 17 inspecteurs du Bureau de Vérification Nucléaire des Nations-Unies se promènent à travers l’Irak.         de mars à juillet 2003 une Task Force américaine est chargée de trouver les ADM          de mars à juin 2003 une autre équipe de 100 experts en ADM américains fouille le terrain         également de mars à juin 2003 la 75° Exploitation Task Force XTF comprenant plus de 600 hommes fût chargée de la même mission. Apparemment cette unité avait déjà envoyé ses espions en Irak avant le début des hostilités.         et à la suite de tous ces échecs les forces de coalition ( Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie) ont lancé en 2003 une équipe de 1400 experts, militaires et civils pour continuer les recherches.Il y a rarement eu autant de chasseurs qui sont revenus bredouilles. Il est certain cependant que l’Irak disposait au moment de la première guerre du golfe de grandes quantités d’armes chimiques et biologiques qui lui avaient été fournies en grande partie par les Etats-Unis lors de la guerre Iran-Irak[i]. L’UNSCOM dans son rapport de 1994 affirme que 690 tonnes de produits toxiques, 3 000 tonnes de produits de base, 100 installations de production et 38 537 obus ont été trouvés et détruits. Apparemment l’UNSCOM avait réussi une élimination complète et totale de ces engins. L’ancien directeur de l’UNSCOM, Rolf Ekeus, l’a réaffirmé haut et fort en 2000 (AP 8/16/2000). Le ridicule ne tue plus Aussi il n’y a rien d’étonnant à ce que l’assurance que montrait l’équipe de Bush après les attentats du 11 septembre 2002 dans ses déclarations sur la présence d’armes de destruction massive en Irak a été contredite par les faits. Pourtant durant les premiers mois de la guerre les gros titres ne manquaient pas «  Découverte d’une énorme fabrique d’armes chimiques en Irak » (Fox News Channel 23 mars 2003), « Découverte près de Bagdad de 20 fusées BM-21 contenant du gaz moutarde » (FNR, 7 avril 2003), « Découverte de plutonium enrichi dans un site nucléaire irakien » (Pittsburgh Tribune,15 avril 2003) «Nos soldats ont découvert dans un conteneur un laboratoire mobile contenant des armes chimiques » (ABC, 26 avril 2003 ). Il s’agissait en fait  d’une station météorologique mobile que les Britanniques avaient vendue à Saddam en 1980.  Le fait que les troupes de la coalition n’aient pas pu trouver de ADM et que l’administration Bush doive le reconnaître trois ans plus tard  peut paraître incroyable. Il aurait été si facile de cacher quelques flacons avant les débuts de la guerre et même après. Incompréhensible. L’espion qui venait du chaud Mais la vérité commence à se faire jour suite à quelques fuites qui ont eu lieu suite à l’affaire Wilson-Plame-Libby fin 2005. Il s’avère que les Américains voulaient réellement placer de telles armes en Irak, mais qu’ils en ont été empêchés par Valérie Plame. On nous a fait croire que Valérie Plame, agente du CIA[ii], avait été congédiée parce que son mari Joe Wilson avait refusé de confirmer les déclarations de l’équipe Bush que le gouvernement du Niger avait vendu de l’uranium à l’Irak. Il paraît bien au contraire qu’elle a été congédiée parce qu’elle avait, experte de la CIA pour les armes de destruction massive, contrecarré les plans d’acheminement de ces armes en  Irak avant le déclenchement de la guerre. On aurait révélé son identité d’agent CIA pour effrayer d’autres membres de la CIA et les empêcher de mettre des bâtons dans les roues. Le plan était de faire passer les ADM du Kosovo et de la Bosnie à travers la Turquie en Irak. Des agents du Mossad devaient les cacher en Irak en des endroits bien déterminés. C’est pendant leur transport qu’elles auraient été interceptées par l’équipe de Valérie Plame.  La question qu’on peut se poser aujourd’hui est de savoir si Bush savait qu’il n’y avait pas de ADM en Irak.  Dans son discours du 23 janvier 2003 sur l’état de la nation il disait : « L’Irak dispose de 25 000 litres d’anthrax, de produits de base permettant la fabrication de 38 000 litres de botuline, 500 tonnes de sarin …. Elle dispose d’un programme d’armement nucléaire fort avancé. Saddam Hussein va utiliser ces produits toxiques pour tuer des millions et des millions de gens. ». Et Donald Rumsfeld prétendait encore y croire dans une interview à la chaîne ABC le 30 mars 2003, après le début de la guerre : «  Oui, nous savons où ces armes se trouvent, autour de Tikrit et de Baghdad, à l’Est, à l’Ouest, au Nord et au Sud ». Si tel était le cas et s’il en était convaincu, comment Bush pouvait-il envoyer 200 000 Gis se faire massacrer par ces gaz. Une telle imprudence, un tel désastre aurait mis fin à sa carrière politique. Ou est-ce que Bush voulait seulement précipiter l’entrée en guerre parce qu’il savait que les inspecteurs de l’ONU n’allaient pas trouver ces ADM ? Saddam Hussein faisait toutes les concessions demandées par Blix et El Baradei ; il leur ouvrait grandement les portes de toutes les cachettes possibles. A la même période l’Angleterre et Israël demandaient à leurs ressortissants de quitter le Koweit immédiatement. En avril 2003 Tony Blair tonitruait : «  Avant que certains prétendent prématurément qu’on n’a pas trouvé de ADM, qu’ils attendent un peu ». On attend toujours C’était Lewis Libby, le chef de cabinet de Dick Cheney, qui était à l’origine des fuites  concernant l’identité de Valérie Plame. Le scandale qui menaçait l’administration Bush depuis des mois a fini par éclater, vendredi 28 octobre. Accusé d’avoir menti à plusieurs reprises à la justice, dans cette affaire de fuites, Lewis Libby a immédiatement démissionné. Il risque jusqu’à trente ans de prison[iii]. Karl Rove[iv], le principal conseiller de George Bush, est également soupçonné dans cette affaire. Il a été interrogé[v] pendant plus de quatre heures, le vendredi 14 octobre, par le procureur spécial Patrick Fitzgerald. Bob Woodward[vi], le journaliste du Washington Post entré dans l’histoire avec le Watergate était le premier à parler de Valérie Plame comme agent du CIA dans son journal[vii]. On peut se demander comment cette information lui est parvenue en priorité. Il a admis devant le procureur Fitzgerald qu’on l’avait déjà informé dès juin 2003, deux mois avant que l’a même fuite ne soit parvenue à Matt Cooper du Time Magazine. En second lieu il y a le scandale concernant la vente d’uranium par le Niger à Saddam Hussein. Ce canular avait été préparé de longue date par la CIA. Déjà en 2001, Georges Tenet, en ce temps-là encore grand chef de la CIA, parlait d’indices concernant un trafic d’uranium entre le Niger et l’Irak. Tony Blair y croyait «  Mon gouvernement sait que l’Irak essaie d’acquérir de l’uranium au Niger (24 septembre 2002)». Georges Bush ne pouvait que renchérir : « L’Irak cherche désespérément à se procurer de l’uranium dans plusieurs pays ». Mais cet effort de mystification fut brisé dans son élan par l’ambassadeur Joseph Wilson qui, après sa mission au Niger en 2002, déclarait publiquement qu’un tel trafic « était hautement improbable parce que l’industrie de l’uranium au Niger était sous contrôle d’un consortium français, lui-même contrôlé par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique[viii]». Sortir dans ces conditions les 500 tonnes dont Tenet parlait paraît difficile. Son directeur général Mohamed ElBaradei confirme en janvier 2003 devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies que ses inspecteurs n’ont trouvé aucun indice concernant un plan d’armement nucléaire en Irak. Ceci n’empêche pas le président Bush en date du 20 janvier 2003, Condoleeza Rice le 23 janvier, Colin Powell le 5 février de déclarer que le gouvernement américain dispose de documents qui prouvent clairement que le Niger a vendu de l’uranium à l’Irak. Tony Blair les leur aurait donnés. Le 7 mars 2003 M ElBaradei démontre devant le Conseil de Sécurité de l’ONU que ces documents sont des faux grossiers. L’un d’eux par exemple était signé en 2000 par un ministre du Niger qui n’était plus en fonction. Le Niger en tout cas a mal digéré le coup. Les Nigériens reprochent à la première puissance mondiale de s’en être pris à la plus faible brebis du troupeau. Les USA ne sont jamais revenus sur leurs accusations et ne se sont jamais excusés. John Bolton, membre de l’équipe Bush, aurait eu l’idée de monter cette machination. Il est actuellement représentant des Etats-Unis aux Nations-Unies. La machination faisait partie d’un plan secret connu maintenant sous le nom de « Downing Street Memo » et concocté fin 2002 par Tony Blair et George Bush pour convaincre les Nations-Unies de la nécessité d’une intervention militaire en Irak[ix]. Car les efforts faits par les Etats-Unis pour discréditer Saddam Hussein avaient déjà débuté en 2001. La CIA avait engagé les services du « détective » privé Rendon. Celui-ci prétendait avoir obtenu le 16 décembre 2001 dans une chambre d’hôtel en Thaïlande d’un ingénieur irakien, Adnan al-Haideri, une foule de renseignements sur les caches de Saddam Hussein : les ADM étaient cachées dans des puits, dans des villas privées, sous des écoles et des hôpitaux. Le 20 décembre 2001 cette  information avait été communiquée aux agences de presse par Rendon, qui avalaient le bobard comme une praline. Et tout le monde à ce moment avait été convaincu de l’existence de ces caches. Ceci permettait au transfuge irakien Chalabi de ressortir ses histoires vieilles de 10 ans sur les caches qu’il prétendait connaître. Il sera récompensé et sera mis en place par Washington comme premier ministre après la chute de Saddam jusqu’au jour où il fallait le condamner pour fraude, escroquerie et détournement de fonds. Le sénateur Nelson révélait l fin 2003 à la presse[x] que le Pentagone avait convoqué 75 sénateurs en 2002 à une réunion d’information secrète où on leur affirmait que Saddam Hussein était en possession de drones (petits avions sans pilote) qui allaient larguer des armes chimiques et biologiques sur la cote Est des Etats-Unis. Une affirmation aussi grotesque sur les capacités de l’Irak, dans l’état délabré où il se trouvait depuis 1991 relèvait de la documentation du niveau de la bande dessinée et du jeu vidéo. Le sérail de la Maison-Blanche Mais c’est surtout l’équipe Bush qui  était convaincue par ces mensonges. Elle vit dans un sérail, dans une bulle. Les dirigeants de tous les empires décadents s’enferment dans une bulle ou un bunker. L’arrogance et la vanité, la rancune, la construction fantasmatique et l’idéologie utopique sont des signes de décadence comme chez Hitler ou Honecker. La bulle du président, c’est son monde, où les armes de destruction massive pullulent dans les déserts irakiens, où Saddam complote avec Ben Laden., où les Iraniens et les Syriens ont également l’âme noire. Cet homme n’a plus aucun rapport avec nous. Il ne lit pas les journaux.  Les seules nouvelles qui lui parviennent ce sont les bonnes nouvelles que Condoleeza Rice ou Richard Perle lui distillent. La faiblesse de son caractère fait qu’il accepte ce monde factice pour vrai, sans se douter de rien et sans rien mettre en doute. Et un jour il se rendra compte comme pour les ADM que ce ne sont pas des personnages mythiques et peut-être déjà décédés comme Abu Musab al Zarqawi ou Ben Laden qui sont les organisateurs des actes de terrorisme contre les forces militaires américaines mais la résistance même du peuple irakien qui, dans son immense majorité, sunnites et chrétiens, shiites et baathistes confondus, rejette et abhorre son envahisseur.  Et puis finalement quelle arrogance ! Les pays qui disposent d’armes nucléaires comme les Etats-Unis ou Israël, ou encore d’armes biologiques veulent interdire cela aux autres. Les Etats-Unis reconnaissent qu’ils disposent de missiles équipés d’ogives biologiques, que 52 universités américaines et israéliennes travaillent sur de nouvelles armes biologiques.On est revenu au temps des races supérieures qui seules ont tous les droits. L’Occident jusqu’en l’an 2000 utilisait vis-à-vis des pays du Moyen-Orient une politique des petits pas. En 1920 on avait découpé de manière fantaisiste la région en pays à la tête desquels on mettait des roitelets à la solde. Quand l’un deux n’obéissait plus, comme Mossadegh, il était remplacé en douce. Ou on le remettrait au pas comme Saddam Hussein en 1991. Car pomper et exporter du pétrole est une tâche difficile, qui demande le soutien des autorités locales. Mais brusquement l’Occident se déchaîne de manière incontrôlée contre les pays du Moyen Orient et attaque avec ses propres troupes ou celles de ses mercenaires l’Irak, le Liban, l’Afghanistan et la Palestine. Qui voulait cette déflagration ? Qui voulait contrôler toute la région.  Qui voulait mettre la main sur les pétroles du Moyen-Orient ? 

Pierre Lutgen

Gradué en sciences sociales


[i] J Cirincione, Carnegie Endowment for International Peace, www.ceip.org Washington

[ii] Le Soir, 29 octobre 2005

[iii] Le Monde, 30 octobre 2005

[iv] Le Monde, 18 octobre 2005

[v] Newsweek, juillet 2005

[vi] Le Soir, 18 novembre 2005

[vii] CD Leoning, Washington Post, December 8, 2005.

[viii] New York Times, July 6, 2003.

[ix] The Sunday Times, 6/7/2005

[x] Florida Today , 18 décembre 2003.

Le bon sauvage est violent

septembre 30, 2007

 Le mythe du bon sauvage  

Jean-Jacques Rousseau prétendait que l’homme naissait bon et que c’était le contact de la société qui le rendait violent et méchant Et si c’était finalement le contraire qui était vrai ? 

Ce n’est pas seulement J.J. Rousseau qui nous avait fait croire que les sauvages qui n’avaient pas été en contact avec la civilisation étaient des êtres doux, égalitaires, respectueux de la nature. Margaret Mead nous avait également fait une peinture idyllique des habitants de la Nouvelle-Guinée et de Samoa. Une ethnologue anglaise intitulait son livre sur les habitants du Kalahari « The harmless people ». En fait le mythe du bon sauvage remontait à Christophe Colomb qui pour cacher aux rois espagnols l’échec de sa découverte de la Chine  dépeignait ses « Indiens » comme vivant dans un paradis. Toutes ces images se sont révélées fausses. Les Samoans tuent leur femme infidèle mais partent en groupe pour violer les femmes d’autres tribus. Les Bushmen s’introduisent de nuit dans les cases d’autres tribus et égorgent tout le monde, enfants et femmes inclus.  Les anthropologues ont également sous-estimé le nombre de victimes de conflits guerriers. On  classait ces morts plutôt dans la catégorie des victimes de joutes rituelles. Mais statistiquement 2 morts dans une tribu de 50 personnes sont équivalents à dix millions de morts sur le champ d’honneur pendant la grande guerre. Sous une autre forme statistique, si au siècle passé 2 personnes sur 100 ont perdu la vie dans  des conflits armés en Europe pour les Jivaros et les tribus de la Nouvelle Guinée ce pourcentage s’élève à 60% dans la même période. Les Jivaros qui vivent au pied des Andes sont en guerre permanente au point que chaque famille est en guerre contre toutes les autres. Ils se disent animés d’une arutam wakani ou âme de la vengeance qui se manifeste par un désir de tuer plus incoercible que la sensation de la faim elle-même.  Et quand la grande anthropologue Margaret Mead décrit la société des Mundugumor en Papouasie aux débuts du siècle passé on est écoeuré par tant de violence et de cruauté [i]entre hommes  et femmes, entre parents et enfants, entre frères et sœurs. L’agressivité est un des comportements les plus naturels des humains et ce dès la naissance. La violence, la cruauté des enfants existe bel et bien avant l’impact de la culture. Les moutons d’Abel, habitués au libre pâturage, avaient pris la mauvaise habitude de sauter les clôtures que Caïn avait installées pour protéger ses légumes. Un coup de massue bien appliqué acheva le pauvre Abel à la grande surprise de Caïn, l’expérience de la vie et de la mort étant fort limitée à l’époque. Le problème n’est donc pas que l’environnement a rendu certains individus violents, mais plutôt que cet environnement social ne leur a pas permis de se débarrasser  de leurs réflexes d’agressivité. Les théologiens ont appelé péché originel cette prédisposition à la violence La violence est universelle et règne sans partage dans les relations entre les hommes. Elle est aux fondements de notre monde. La culture et la religion ne sont souvent que la continuation de la barbarie par d’autres moyens. Le sacré s’enracine dans le sacrifice, la mise à mort. C’est pourquoi les mythes, tous les mythes, racontent des sacrifices et lynchages premiers Le philosophe français, René Girard, qui vient d’entrer à l’Académie, a montré que dans l’histoire des hommes, quand les guerriers se rendent compte que le conflit risque de supprimer les guerriers jusqu’au dernier, les belligérants souvent se retournent contre un seul qui devient le bouc émissaire et qui est sacrifié. Ou encore ils offrent aux dieux en colère des victimes propitiatoires, humaines ou animales. Les meurtriers en quelque sorte ne savent plus ce qu’ils font et se laissent entraîner par un mimétisme collectif.. Les religions ont toujours conduit au mimétisme, à la sacralisation et au sacrifice. Seul le message des Evangiles  message des Evangiles veut rompre ce cercle infernal des violences.  La violence existe également chez les animaux. La lutte pour la survie et la nourriture peut être féroce. Mais l’homme est la seule espèce qui se lance dans des guerres meurtrières. D’où viendrait cette spécificité. L’homme a du sortir de la forêt vierge et chasser en savane lorsque la cueillette ne suffisait plus pour sa subsistance. Il a transformé la savane en boucherie à ciel ouvert, en « immense abattoir » comme dit Hegel. Mais d’après Robert Ardrey [ii] les luttes fratricides ne venaient que plus tard, quand le gibier devenait rare. Elles .seraient concomitantes avec l’explosion  de la population de l’homo sapiens sapiens, il y 40 000 ans. Le développement du langage a favorisé la communication et la création de tribus plus larges que les groupes de chasseurs qui n’étaient en général que de 50 personnes. En même temps des armes plus efficaces que le gourdin et la hache ont été mises au point : l’arc et la flèche, le javelot et la fronde. Il est étrange qu’à la même époque sont apparues les peintures rupestres dans les grottes, premier signe de l’irruption du sacré et des mythes. Les guerres avaient  trouvé leurs armes, leurs systèmes de communication et leur idéologie, et leurs artistes pour traduire ces haut faits en Iliades, Odyssées, peintures et autres formes d’art. Le premier résultat de la supériorité de l’homo sapiens sapiens fut l’éradication complète de l’homme de Neanderthal, sans doute aussi doué mais plus pacifique. La plupart des massacres qui ont eu lieu au cours de l’histoire humaine étaient liés à des conflits identitaires ou tribaux. Quelquefois les victimes restent désespérément les mêmes ; quelquefois les rapports s’inversent et les victimes deviennent bourreaux en une génération. Et englués dans des sentiments de culpabilité nous glissons parfois vers la complaisance envers ces nouveaux bourreaux.   La violence : un trait inné des humains ? Toutes les théories, hypothèses ou dogmes voulant relier la violence à des facteurs acquis et culturels tels que éducation, discrimination, pauvreté ont difficile à être corroborés par des études scientifiques. Relier la violence aux émissions de télévision est une piste de recherche qui n’a jamais pu être confirmée. Comment en effet expliquer qu’ au Moyen-Age quand il n’y avait pas de TV on ne pouvait pas sortir le soir de sa maison sans se faire agresser ou tuer. Le Canadien Matthew Yeager[iii] a fait le relevé de toutes les études qui comparent la criminalité entre immigrants et autochtones, dans un grand nombre de pays occidentaux. La conclusion est nette : les immigrés causent moins d’actes criminels que les indigènes. Ce n’est donc pas la race ou la culture du pays d’origine qui est source de criminalité, mais bien plutôt le contexte social du pays hôte.  Ce n’est pas non plus la peine capitale qui met un frein à la criminalité. Une étude publiée dans le New York Times (22 septembre 2000) montre juste le contraire. Ceci ne veut pas dire qu’un état démocratique ne doit pas avoir une police performante qui garantit le respect des lois.  Ce n’est pas non plus le nombre d’armes disponibles dans la population d’un pays qui est une cause évidente. Les Canadiens possèdent autant d ‘armes que les Etatsuniens, et les Suisses plus et pourtant le nombre d’homicides est de loin inférieur dans ces pays. Ou encore, l’arme à feu n’est pas l’arme préférée pour les meurtres et assassinats.  Sur les 900 homicides répertoriés en Grande Bretagne par année, seulement 10 % sont perpétrés avec des armes à feu. Ne reste qu’une explication : l’homme naît génétiquement violent et, mis dans les conditions appropriées, chacun de nous peut devenir un tortionnaire, un criminel, un assassin. Les dociles Scandinaves d’aujourd’hui étaient les sanguinaires Vikings d’hier. Il  existe des différences dans le comportement violent entre sexes mais il est difficile d’en trouver entre races. Plus récemment on a trouvé des corrélations étranges entre cholestérol et santé humaine. Des études  anglaises[iv] et italiennes[v] montrent que les personnes violentes ont souvent un taux de cholestérol anormalement bas[vi].  Une étude tchèque montre qu’un taux bas de cholestérol conduit à des tendances suicidaires chez les femmes[vii]. Le cholestérol joue en effet un rôle régulateur dans la formation de synapses entre neurones[viii]. Et les graisses animales contribuent au développement du cerveau. Les végétariens seraient-ils plus violents que les mangeurs de steaks et de saucisses ? Hitler était végétarien ? Une autre hormone, l’oxyticine semble jouer un rôle important dans l’agressivité ; des doses fortes de cette hormone conduisent à des relations plus amiables et confiantes entre personnes selon les études du prof E. Fehr de Zurich. Le philosophe anglais Hobbes a relié la violence humaine à trois causes : la concurrence pour l’espace vital et la nourriture, la méfiance qui conduit aux guerres préventives et troisièmement la gloire et les codes d’honneur. Lorsque la densité d’une population animale devient trop grande quelque part, l’animal stressé produit plus d’hormones, parfois en overdose, dans l’hypophyse et les surrénales. Celles-ci affectent le comportement et l’état de santé. Le professeur Behr de Göttingen a montré que les réactions les plus violentes sont déclanchées quand l’homme se sent attaqué dans sa famille ou son partenariat. Reste le problème compliqué du niveau élevé de violence aux Etats-Unis. Le nombre d’homicides est de 6.5 par 100 000 habitants aux Etats-Unis et en moyenne de 1,5 dans les pays de la CE[ix] ou Canada. 

Il  faut peut-être aller chercher des éléments d’explication en géographie et en histoire. Les Pères fondateurs du Mayflower ont émigré en Amérique pour établir une société plus juste. Mais pour survivre ils ont très vite du se défendre contre les indigènes, les chasser et les massacrer. Les Américains n’ont jamais digéré ce conflit psychologique et l’ont refoulé. Pour justifier les massacres les puritains opposaient la civilisation chrétienne à la « sauvagerie » des Indiens. Les prédestinés, les élus, les justes sont confrontés à ces suppôts de Satan dans une sorte de croisade. Et chaque massacre de Sioux permet de reculer les frontières de la civilisation blanche vers l’Ouest.  » Les Indiens n’ont rien de commun avec nous les humains, sinon la forme du corps. L’extension progressive de notre peuplement poussera les sauvages à faire comme des loups, c’est-à-dire à se retirer ; comme ces derniers, ce sont des bêtes de proie ».

Les Etats-Unis se sont établis progressivement vers les espaces de l’Ouest. Les pionniers étaient essentiellement des éleveurs de bovins, des cow-boys. Or dans toutes les populations nomades de par le monde la violence et les homicides sont plus fréquents.

S’ajoute à cela une forte immigration de Siciliens et de Corses en Amérique qui sont à la base de différentes mafias où les codes d’honneur conduisent encore à des vendettas aujourd’hui.

Nous oublions souvent que chez les peuples et les nations la réminiscence des souffrances que d’autres leur ont causées dans le passé reste vivace pendant des générations. Les humiliations que des bandes de mercenaires européens et américains ont infligées aux Chinois au milieu du XIX° siècle restent vivaces dans leur souvenir. Et si Mao a pu rallier derrière les Chinois dans ses conquêtes fulgurantes c’est en faisant appel aux noms des héros et martyrs chinois de cette époque.

Et c’est sans encore pendant des générations que le monde occidental « chrétien » paiera le tribut des massacres coloniaux et de ceux perpétrés contre les musulmans en Irak, Palestine et Afghanistan

  La violence dans les religions Dans tous les récits mythiques (Odyssée, Deutéronome…) qui sont à la base des religions le sang coule à flot. Moïse nous a laissés les Dix Commandements, mais à son peuple il a également laissé les instructions suivantes : » Vie pour vie, oeil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied….. Quand Yahvé ton Dieu livrera une ville en ton pouvoir, tu en passeras tous les mâles au fil de l’épée. » Chant de Moïse J’enivrerai de sang mes flèches Et mon épée se repaîtra de chairSang des blessés et des captifs, Têtes échevelées de l’ennemi. Et le grand roi David n’a fait qu’ajouter dans le psaume 68 : » Tu enfonceras ton pied dans le sang de tes ennemis, et la langue des chiens en aura sa part » Ces instructions ont bien été mises en pratique et peut-être le sont elles encore aujourd’hui à Gaza et au Liban. Car Josué  a dit « Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous le donne. Depuis le désert et le Liban, jusqu’au fleuve Euphrate et jusqu’à la mer, tel sera votre territoire ». Heureusement qu’un juif de Nazareth a voulu mettre fin à ces horreurs. L’église catholique a classé la violence et la colère parmi les sept péchés capitaux. Elle ne fait en cela qui suivre un des enseignements majeurs de Jésus : tendre la joue pour recevoir une seconde gifle. Cet enseignement était en rupture nette avec l’Ancien Testament. Moïse a laissé à son peuple les instructions suivantes : » Vie pour vie, oeil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied….. Quand Yahvé ton Dieu livrera une ville en ton pouvoir, tu en passeras tous les mâles au fil de l’épée. » L’Eglise a maintenu le concept que Dieu seul avait le droit à la colère. L’homme ne peut pas usurper ce privilège. Mais en tant que représentante de Dieu sur terre l’église a le droit  d’agir comme instrument de la colère divine. Et de brûler les sorcières, les hérétiques, les musulmans, pour leur plus grand bien. Depuis Hegel ce droit a été transféré à l’Etat : lui seul peut condamner, incarcérer, belligérer Eloge de la mansuétude Si la violence est un trait spécifique du genre humain, il y a une qualité qui l’est également et que l’on ne trouve pas chez les animaux : la mansuétude. Les Italiens utilisent le joli mot Mitezza. Le violent s’essouffle et se déshumanise dans ses débordements. Il s’égare dans l’impuissance. Le pouvoir appartient au contraire à qui possède la volonté de ne pas céder à la violence. La mansuétude se conjugue avec l’indulgence, la gentillesse, la bienveillance, l’honnêteté, l’équité, la pudeur, la décence, l’intégrité, l’indulgence, l’optimisme.  Ce sont les qualités qu’Erasme recommande aux princes chrétiens. Elles sont le contraire de celles recommandées par Machiavel : la morgue, l’arrogance, la suffisance. La mansuétude ne garde pas rancœur. Elle traverse le feu sans brûler, les tempêtes de sentiments sans s’irriter La non-violence prêchée par Jésus, Bouddha et Gandhi est une arme puissante. En rompant la spirale ascendante de la violence, ce qui peut paraître comme faiblesse devient une force. La force de ne pas se laisser humilier ou manipuler par l’autre. Elle conserve à la victime son humanité et sa dignité alors que l’autre la perd. C’est aujourd’hui typiquement le cas des Palestiniens devant les exactions des militaires et colons israéliens. 

Pierre Lutgen

Gradué en sciences sociales lutgenp@gms.lu


[i] Margaret Mead, My early years, Pocket Books, NY.

[ii] R Ardrey, The Hunting Hypothesis, Fontana-Collins

[iii] MG Yeager, Ministry of Immigration, Ottawa, Ontario, 1996 http://www.cyberus.ca/~myeager/art-1.htm

[iv] N Chakrabarti et al., Crim Behav Ment Health, july 13, 2006.

[v] A Troisi et al., J Pychiatr research 40, 466, 2006

[vi] J Mercola,  Journal of Amer Med Assoc, 278, 313, 1997.

[vii] Morcinek T et al., Eur psychiatry, 18, 23, 2003

[viii] F Pfrieger. Max-Delbrück Center, Berlin, Science, Nov 9 2001.

[ix] New York Times, May 11, 2002.

Mgr Tutu et la Palestine

septembre 30, 2007

Comment trouver des mots plus justes que ceux de Mgr.  Desmond Tutu publiés dans The Guardian.  Chaque fois que je reviens de Palestine où nous coordinons un projet de coopération avec les jeunes du village chrétien de Zababdeh-Jenin, j’ai envie de pleurer et de crier mon indignation :

 « J’ai été terriblement choqué par ma visite en Terre Sainte ; je n’ai cessé de trouver des parallèles avec ce que nous avons souffert, nous, les Noirs, sous l’ancien régime d’apartheid.J’ai vu l’humiliation quotidienne des Palestiniens de tous ages et de tout sexe, aux checkpoints et aux barrages sur les route. Leur souffrance est la même que la nôtre, quand de jeunes policiers et militaires arrogants et apeurés nous confinaient dans nos ghettos. . . J’ai rencontré des Palestiniens qui me montraient au loin leur maison, occupée aujourd’hui de manière illégale par des colons juifs. . .Mon coeur saigne. Et j’ai envie de crier au monde : pourquoi avez vous la mémoire si courte ? Est ce que nos frères et soeurs juifs ont oublié les humiliations qu’il ont du subir ? Ont-ils oublié leur propre histoire, quand eux aussi étaient livrés aux punitions collectives injustes, aux destructions de maisons, aux expulsions, à l’arbitraire de la force. Ont-ils tourné le dos à leurs traditions religieuses et humanistes ? Ont-ils oublié que l’amour de Dieu est en premier lieu tourné vers ceux que l’on piétinne et humilie ?Israël n’obtiendra jamais une véritable sécurité si elle continue à opprimer tout un peuple. Une paix véritable et durable ne peut être fondée que sur la justice. . .

Nous avons eu la chance, en Afrique du Sud, de parvenir à une transition politique relativement paisible et sans violence. Si la folie qui a empoisonnait nos coeurs et nos vies depuis 200 ans a pu disparaître ainsi , il devrait être possible d’obtenir le même résultats partout ailleurs dans le monde. Si la paix a su trouver le chemin jusqu’en Afrique du Sud, il n’y a aucune raison pour qu’elle ne trouve pas le chemin de la Terre Sainte. »

Un langage bien plus clair que celui de notre archevêque qui se tait comme Pie XÌI devant un autre génocide , ou comme le Pape Benoit XIV qui  déclame « Il faut avoir le courage de la paix » ou comme le Dalai Lama qui opine « La paix intérieure allège les souffrances et les humiliations ».

Pierre Lutgen

La guerre de Bush

septembre 30, 2007

« Les Etats-Unis prêchent une morale qu’ils ne pratiquent pas ». Ortega y Gassset «  Nos relations avec les tribus indiennes sont un triste cortège de traités rompus, de massacres, de vols et d’injustices »Président Ulysses Grant en 1869.  Pour comprendre les volte-face des Etats-Unis dans leurs relations avec des pays ou des personnes dans le monde arabe : Soudan, Irak, Pakistan, Talibans, Kurdes, rien ne sert d’utiliser nos références et réflexes d’Européens. Il faut se mettre dans la peau même des  habitants du Nouveau Monde.  

Dès le plus jeune âge on inculque aux jeunes Américains l’idée –ou plutôt la certitude  – que l’Amérique est le pays le plus riche et le plus puissant de toutes les nations de la terre , avec la forme de gouvernement la plus parfaite, la nourriture la plus saine et la plus riche, les voitures les plus grandes, l’arsenal nucléaire le plus redoutable, les gens les plus gentils. Etre rayonnant et ouvert aux autres, être aimé et apprécié par ceux-ci,  réussir dans les affaires, être en forme physiquement, dans l’éthique protestante, ce sont les signes des hommes préférés de Dieu. Pour l’homme de la rue la destruction des tours de Manhattan est due à la jalousie de « méchants qui nous attaquent parce que nous sommes trop bons ».

 

La seule civilisation qui a droit de cité est celle héritée des immigrants puritains du Mayflower. L’Amérique des débuts s’identifiait avec le peuple d’Israël : conquérir et dominer une terre promise comme peuple choisi par Dieu pour cette tâche. Et cette tâche messianique assignée par Dieu à l’Amérique lui crée l’obligation d’apporter aux autres nations de la terre la même façon de vivre et de penser. Cette mentalité a pris naissance après la deuxième guerre mondiale qui a permis aux Etats-Unis de devenir la plus grande puissance du monde, devant une Europe, une Russie et un Japon ruinés et détruits.

L’image idéale pour l’américain moyen est celle du « self-made man » qui travaille main dans la main  avec le Créateur. Les cultures des autres immigrants sont refoulées et intégrées. Ceci a eu comme effet bénéfique de gommer les conflits religieux et nationaux, alors que dans le Vieux Monde les guerres meurtrières entre ethnies continuèrent  à faire des ravages jusqu’au milieu du 20° siècle.

 

Il est inutile de s’intéresser à ce qui se passe sur les autres continents. Les journaux américains n’en parlent même pas. Dans les familles du Middle West on ignore totalement que les guerres en Irak, Palestine, Afghanistan sont la cause les milliers de morts civiles. Geographical Magazine distribue des cartes du Moyen-Orient aux militaires parce qu’ils ne savent pas où se trouve l’Irak. Dans l’Etat de Kansas, sur l’Oregon Trail se dresse le monument aux « Pionniers qui ont apporté la civilisation à l’Ouest ». Celle des Indiens qui habitaient dans le coin et celle des Espagnols qui vivaient depuis des siècles en Californie sont ignorées ou intégrées dans le « melting pot ». Vous ne trouverez aucun monument à la mémoire des Indiens refoulés et massacrés ou encore dédié aux souffrances des Noirs victime des de l’esclavagisme et du racisme. Mais vous trouverez des monuments rappelant les massacres ou génocides commis sur d’autres continents, que se soit contre les Juifs en Allemagne ou contre les Arméniens en Turquie. On ignore les forfaits commis à domicile mais on se croit investi d’une mission messianique pour redresser les torts des autres. Ou comme disait Hemingway : «  Dans mon pays les pelouses étaient larges et les esprits étroits ». Ces attitudes hypocrites trouvent leurs racines dans l’histoire des débuts des Etats-Unis. Les pères fondateurs puritains avaient fui la persécution en Angleterre pour créer dans le Nouveau Monde une société libre et démocratique. Mais les massacres des populations indigènes créèrent un traumatisme, un conflit entre ce que l’on disait et ce que l’on faisait.

 

Tocqueville lors de son voyage en Amérique en 1835 avait déjà bien vu que « Un pouvoir immense et tutélaire y travaille au bonheur d’hommes semblables et égaux ; il pourvoit à leur sécurité et assure leurs besoins ; il ne brise pas les volontés mais il les amollit ; il ne détruit pas , il empêche de naître. Le gouvernement veut être le berger d’un troupeau d’animaux timides et industrieux ». Bertrand Russel en 1935 disait que les Américains confondaient démocratie et uniformité. On regarde d’un mauvais œil celui qui sort du rang, exprime des opinions différentes ou essaie de se profiler. L’Amérique est le pays du conformisme, qui peut tourner à l’hystérie grégaire.

 

L’Amérique serait un pays sans classes. Dans le préambule de la Constitution on lit : » We the people ». L’expression est trompeuse. En 1787 la Constitution fut en effet rédigée par 55 hommes, tous blancs et maîtres d’esclaves, et déterminés à mettre en place une autorité capable de défendre les intérêts de leur classe. Le gouvernement est encore aujourd’hui au service des riches, et les Etats-Unis furent parmi les derniers à supprimer l’esclavage et à supprimer la discrimination raciale.

 

Il est difficile de toucher au mythe de la Guerre d’Indépendance. Ce ne fût pas une révolution sociale comme la Révolution Française mais une banale insurrection des marchands américains contre les taxes que l’Angleterre imposait sur le rhum et le tabac. Les méchantes langues disent même que la Constitution américaine de Philadelphie est basée sur l’organisation étatique des tribus iroquoises.

 L’infaillibilité morale. 

En Amérique, l’individu, cheminant à côté de Jésus, contient une parcelle de divinité, et tous, en somme, seraient des dieux. Or, si chacun est dieu, alors tout est permis : l’autodivinisation conduit au relativisme moral. Sur le marché de la religion portable aucune autorité supérieure ne peut s’arroger une légitimité quelconque pour condamner les comportements de l’individu et de la nation

 

Une hubris considérable conduit ce pays à réfuter la moindre accusation contre sa politique par simple principe d’infaillibilité morale et à combattre toute tentative d’appréciation à son égard. Cela place les USA dans des positions d’isolement inhabituels et dommageables pour une grande puissance.

 

Convaincus de leur supériorité morale  les Américains paraissent impatients de la moindre censure étrangère et insatiables de louanges. Ils vous harcèlent à tout moment pour obtenir de vous d’être loués, et si vous résistez à leurs insistances, ils se louent eux-mêmes. Le journaliste chinois Liu Zongren en voyage aux Etats-Unis découvre avec joie parmi ses patriotes immigrés un seul qui ait su conserver la vertu chinoise de la modestie dans ce pays où tout le monde se pavane.

 

Une telle nation peut s’assigner des droits de souveraineté particuliers et ne doit pas respecter les conventions internationales telles que celle de Genève pour les prisonniers de guerre. Alors que les pays européens abandonnent progressivement les droits de souveraineté nationaux pour permettre à des instances européennes ou internationales de faire respecter les droits de l’homme, les Etats-Unis retournent progressivement vers toutes les prérogatives de l’Etat-Nation, dont la peine de mort ou la guerre préventive.

 

En été 2001,  juste avant le septembre noir et la panique de l’anthrax elle avait refusé qu’on vienne vérifier sur son territoire si la Convention sur l’Interdiction des armes biologiques était appliquée. De telles vérifications sont cependant imposées manu militari à d’autres pays dont l’Irak.

 

En 1951 déjà, les Etats-Unis avaient refusé de signer la Convention relative au statut des réfugiés. Dans la suite ils ont refusé la ratification du Pacte International relatif aux droits sociaux, économiques et culturels, la ratification de la Convention sur l’élimination de toutes les Discriminations à l’égard des Femmes, le refus de la convention sur le Droit de la Mer de 1982, la Convention sur la Biodiversité de 1994, la ratification de certaines conventions de l’OIT.

 

Deux pays n’ont pas signé la Convention des Droits de l’Enfant : la Somalie et les Etats-Unis. Pour eux les enfants soldats ne sont pas une problème honteux.

 

La Convention Internationale des Droits Civiques et Politiques a pu être signée avec de fortes restrictions (p.ex .concernant la peine de mort).

 

La loi de l’empire signifie pour les Etats-Unis une dispense à l’égard d’accords internationaux auxquels ils exigent que les autres se soumettent. Il en est ainsi de certains paragraphes de la convention de Genève de 1977 sur les droits des populations civiles en cas de guerre, de la convention de 1997 interdisant les mines antipersonnel et de la convention de 1994 interdisant le recrutement de jeunes de moins de dix-huit ans dans les armées. En octobre 1999 le Sénat américain rejette le traité sur l’interdiction globale des armes nucléaires.

 

La Cour de La Haye jugera Milosevic, mais jamais les Etats-Unis  ne permettront  qu’on y traduise en justice un militaire ou tortionnaire de citoyenneté américaine. 

 

En 2006 ils ont refusé avec Israël d’approuver la nouvelle Commission des Droits de l’Homme.

 

De même, les Etats-Unis peuvent revenir sans broncher sur des traités de préservation de l’environnement ou annuler unilatéralement le traité anti-missiles.

 

En 1977 les Etats-Unis se sont opposés à la ratification des articles 54 (destruction de réserves d’eau potable et d’ouvrages d’irrigation) et 56 (attaque de barrages ou de centrales nucléaires) de la Convention de La Haye.

 

Plus récemment, à la conférence de Johannesburg, le président Bush était l’allié des conservateurs catholiques et islamistes pour interdire que l’on y parle du contrôle des naissances.

 

En 1990 les Etats-Unis n’ont pas ratifié la Convention de Bâle qui interdit l’exportation de déchets dangereux vers les pays du Tiers-Monde et en  2002 ils ont opposé leur veto à la vente de médicaments génériques aux pays pauvres.

 

Les volte-face de la politique étrangère des Etats-Unis, et les guerres  qui en résultent, sont  difficiles à comprendre et laissent des dégâts incommensurables.

 

En 1916 le président Woodrow Wilson réussit sa réélection après une campagne basée sur le non engagement dans le première guerre mondiale. 4 mois plus tard il se lance à fond dans cette guerre.

 

Jusqu’en 1942, quand Hitler déclara la guerre à l’Amérique, General Motors, Dupont, Standard Oil étaient fournisseurs en matériel pour l’armée allemande et ces sociétés entretenaient des relations commerciales fructueuses avec leurs partenaires allemands, IG Farben et Opel. L’Amérique n’est-elle pas la nation préférée de Dieu (God’s chosen nation) comme un autre « Herrenvolk » a son « Gott mit uns ».

 

En 1950 est créé à Fort Bragg le « Psychological Warfare Center » où des forces spéciales apprennent à s’infiltrer, à dynamiter des bâtiments, à organiser des actions de sabotage, à assassiner des personnalités hostiles. Kennedy utilise à fond ces « Special Forces » pour déstabiliser Cuba et d’autres tentatives démocratiques en Amérique latine. Le manuel secret publié par l’armée en 1962 « Opérations de contre-insurrection » est un des premiers manuels qui recommande la terreur comme arme. En 1984 le sécrétaire d’Etat aux Affaires Etrangères, Shultz, déclare : « En matière de contre-insurrection, les considérations morales ne doivent pas nous paralyser. La terreur fait partie de la guerre politique ». Les escadrons de la mort formés par les Américains ont ravagé l’Amérique du Sud pendant des décennies.

 En décembre 1987, une résolution de l’assemblée générale des Nations Unies contre le terrorisme avait deux opposants : les Etats-Unis et Israël.  

Le New York Times vient de révéler en 2000 que c’est bien la CIA qui, en 1953, avait fomenté le coup d’état contre le président Mossadegh en Iran. Celui-ci était en faveur de la nationalisation des compagnies pétrolières et pour la démocratisation du régime. Il a été remplacé par le shah Reza Pahlevi qui s’est transformé en dictateur cruel.

 

A Fidel Castro on impose un blocus des plus sévères pendant qu’on soutient le régime de Duvalier en Haïti, pour saboter par après Aristide, président démocratiquement élu.

 

Au Panama, Noriega, narcotraficant notoire, est recruté par le CIA et devient l’homme fort du pays. Il sera mis en prison à Miami lorsqu’il n’obéit plus.

 

L’anachronique blocus imposé par les Etats-Unis à Cuba continue jusqu’aujourd’hui. De surcroît, plusieurs organisations terroristes, hostiles au régime cubain, siègent en Floride, et envoient régulièrement sur l’île, avec la complicité passive des autorités américaines, des commandos armés commettre des attentats.

 

Au Congo, le dictateur Mobutu était l’allié des Américains qui faisaient de juteuses affaires avec lui, pendant que le peuple congolais était affamé.

 

C’est un secret de Polichinelle aujourd’hui que c’est Henri Kissinger qui a organisé l’assassinat du président Allende et la mise en place du régime Pinochet. C’est lui qui a soutenu  et financé le terrorisme d’Etat en Indonésie et au Timor, en Afrique du Sud, au Bangladesh et dans de nombreux pays d’Amérique latine. « S’il faut bombarder tous les terroristes », comme dit M. Henri Kissinger le 11 septembre 2001, il devrait être parmi les premières victimes. Il se trouve coupable de beaucoup plus de crimes que ceux commis par Ben Laden et par tous les terroristes du monde. Et dans beaucoup plus de pays » écrit Eduardo Galeano, auteur du best-seller ‘Les veines ouvertes de l’Amérique latine’.

 

La Turquie a reçu un soutien inconditionnel en argent et en armes pour l’écrasement de la minorité kurde.

 

En résumé, au cours des dernières décennies, les Etats-Unis ont soutenu une série dictateurs des plus abominables : Chian kai check, Mobutu, Amin Dada, Diem, Lon Nol, Suharto, Pol pot, Rios Montt, Marcos, Somoza, Duvalier, Trujillo, Pinochet, Sadam Hussein, Ceaucescu,…et maintenant Karimov en Ouzbekistan.  Faut-il s’étonner  quand on sait aujourd’hui que la CIA a été créée en 1947 par le général Reinhard Gehlen, chef des services secrets de Hitler.

 

Avant la guerre du Koweit Sadam Hussein était l’ami et l’allié et le client de l’Amérique dans la guerre contre l’Iran, et cela malgré l’élimination systématique de villages kurdes avec des armes chimiques. N’oublions pas non plus les centaines de milliers d’Iraniens tués par les mêmes gaz fournis par les Américains quelques années auparavant. Et puis, du jour au lendemain Saddam est comparé à Hitler. Les pays arabes sont déroutés par l’ambivalence et la géométrie variable des valeurs morales prêchées par l’Occident. Celui-ci ne parvient pas à forcer Israël à se retirer des territoires occupés, mais Saddam y est forcé par une forte coalition internationale après son occupation du Koweït.

 

Les Etats-Unis ont en quelque sorte provoqué l’invasion du Koweït en 1990. Leur ambassadrice à Bagdad avait déclaré à Saddam Hussein que les Etats-Unis n’interviendraient pas en cas d’invasion du Koweït. Après la guerre du Golfe, les Américains qui se trouvaient à quelques kilomètres de Bagdad auraient pu aisément éliminer Saddam. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait ? Parce que le gigantesque appareil militaire américain a besoin d’un ennemi pour justifier son existence. 400 milliards de dollars sont dépensés chaque année pour  l’armement. 5% de cet argent suffiraient à éviter la mort annuelle de 7 millions d’enfants à cause d’eaux potables contaminées.

 

Même certains dirigeants israéliens reconnaissent que l’aide militaire surabondante que l’Amérique leur prodigue n’est rien de plus qu’une subvention du gouvernement américain en faveur des fabricants d’armes américains. Les 3.8 milliards de dollars de cette aide représentent plus de 80 % de l’aide totale distribuée par les Etats-Unis au monde entier. Les dons d’armes sophistiquées à Israël incitent les pays arabes avoisinants à acheter des armes semblables. Ce qui fait que depuis la guerre du Golfe les ventes d’armes au pays du Moyen-Orient dépassent les 90 milliards de dollars. Les méchantes langues disent que ce sont les marchands d’armes américains qui bloquent tout processus de paix en Palestine, parce qu’une paix durable signifierait la fin d’un marché juteux

 

Le Soudan a longtemps été mis au ban des sociétés et a été bombardé au napalm, pour retrouver récemment le soutien des Etats-Unis, et cela malgré la guerre sanglante qu’il mène contre les tribus noires et chrétiennes dans le Sud du pays.

 

C’est le Pakistan, un pays allié des Etats-Unis, qui a mis en place le régime des talibans à Kaboul et les nombreuses écoles qui ont servi à leur endoctrinement.

 

Ben Laden et les talibans ont été soutenus par les Américains non seulement du temps de l’occupation russe en Afghanistan, mais jusqu’en 2001(43 000 millions de dollars accordés par Colin Powell).  lors de tractations sur la construction d’un pipeline de la Mer Caspienne à l’Océan Indien Ce pipeline sera peut-être construit par le président Karzai mis en place par les américains. Celui-ci est un ancien cadre de la compagnie pétrolière Unocal, qui avait déjà présenté ce projet  au Congrès américain le 12 février 1998. Condoleeza Rice travaillait pour Chevron avant de rejoindre Bush à Washington. Un des supertankers de Chevron porte le nom de Condoleeza.  Le vice-président Dick Cheney travaillait pour une entreprise de construction de pipelines.  

Dans ce contexte, l’affirmation de G.W.Bush dans son discours du 29 janvier que les Etats-Unis font la guerre pour libérer les femmes afghanes paraît ingénue : «  Le drapeau américain flotte au-dessus de notre ambassade à Kaboul… Et aujourd’hui les femmes afghanes sont libres ». Peu semble en réalité changé pour les femmes fin 2002, à part que l’affreuse burka a été remplacée par le tchador. On est loin de la situation plus avantageuse que les femmes avaient lors du gouvernement marxiste de 1978 et 1992. Celui-ci avait forcé les filles d’aller à l’école. Jamais il n’y eut autant de femmes avocates, professeurs, médecins qu’à cette époque. Mais ce gouvernement était devenu l’allié des Russes… Aussi Condoleeza Rice était-elle plus prudente lors d’un voyage au Moyen-Orient au printemps 2005 en disant que le sort des femmes en Arabie Saoudite n’était pas de son ressort.

La prétention du Département d’État dans son rapport du 4 mars 2002 que le changement de régime en Afghanistan est « un triomphe pour les droits de l’homme » frise le cynisme. C’est pour construire un pipe-line qu’on écrase un pays et sa population sous un tapis de bombes. Fin 2002 il y un million de réfugiés afghans additionnels.

 

A ses débuts la révolte des Tchétchènes a été fomentée et financée par les Américains. L’échec de la construction de pipelines à travers l’Arménie ou la Géorgie ne laissait libre qu’un passage éventuel à travers la Tchétchénie. El les insurgés de cette région sont restés des « freedom fighters » jusqu’au 11 septembre 2001. Du jour au lendemain CNN les a transformés en terroristes alliés de Ben Laden.

 

Mais l’alliance la plus condamnable est celle que les Etats-Unis ont établie avec l’Arabie Saoudite où ils soutiennent à bout de bras un régime tyrannique pour avoir accès aux puits de pétrole et disposer de bases militaires. Nous assistons à une alliance sans cesse renforcée entre les puritains américains et les puritains saoudites.

 

L’Arabie saoudite impose à ses sujets l’islam le plus rigoureux, à l’égal des talibans. Mais au contraire des chefs talibans, les princes saoudiens se vautrent dans la corruption et le luxe.

Au cours de décennies les Saoud ont  mis en place un système totalitaire d’une violence et d’une cruauté qui fait froide dans le dos[i]. Pour soutenir ce régime et ses tortionnaires les autorités américaines, d’après Amnesty International,  ont autorisé entre 1980 et 1993

l’exportation de matériel pour une valeur de 5 millions de dollars, dont des fers, des entraves et menottes , des poucettes Smith et Wesson et des appareils servant à administrer des décharges électriques. Parce qu’ils menaceraient l’unité et la pureté de la société islamique les partis politiques, les syndicats, les organisations humanitaires et les associations de défenses de droits de l’homme sont interdites en Arabie. Et pourtant quand le gouvernement des Etats-Unis vient de publier en 2003 une liste noire des Etats sans liberté religieuse, on y trouve la Chine et l’Irak, mais pas l’Arabie Saoudite.

Sur une autre liste de 26 Etats considérés comme « dangereux », tous musulmans, à l’exception de la Corée du Nord, ne figure pas l’Arabie Saoudite (L’Arménie y figurait également, mais son ambassadeur à fait remarquer à Washington que son pays était chrétien, Il a été rayé de la liste)

Sur le plan international une partie de la fortune des Saoudiens sert à financer des écoles d’endoctrinement et des réseaux islamistes et terroristes, dont les talibans en Afghanistan, les frères musulmans en Algérie, en Egypte, aux Philippines. 15 des 19 pirates de l’air du 11 septembre 2002 étaient saoudiens.

 

La paix ne reviendra pas au Moyen-Orient et dans le monde tant que Israël ne respectera pas les résolutions 242, 237,  338 (de 1967), 1397, 1402 et 1403  des Nations Unies  et les accords de paix signés à Oslo et Camp David : libération des territoires occupés, retour des réfugiés palestiniens, arrêt de la colonisation, présence de troupes de surveillance internationales comme dans les Balkans. Tant que le président Bush accordera un soutien inconditionnel  (fort de 3 milliards de dollars par année) au régime d’apartheid de Sharon et refusera de parler avec Arafat  à qui on ne laisse contrôler que 4 % d’un territoire où vit une population humiliée, emprisonnée, appauvrie, il suscitera de nouveaux terroristes.

 

Mais l’espoir n’est pas mort. Les Saoudiens proposent un plan de paix accepté  par tous les pays arabes. Sharon le rejette. Puis naît le plan de Genève que Sharon rejette. G Bush propose un « plan de route » que Sharon escamote. Puis Tony Blair prend une initiative de paix en 2005 que Sharon boycotte.  Des officiers de l’armée de israélienne refusent le service dans les territoires occupés parce qu’ils «  ne veulent plus dominer, chasser, affamer et humilier tout un peuple ». Il ont compris ce que dit le docteur Schnalgman, un rescapé d ‘Auschwitz :« Trop de choses en Israël me rappellent trop de choses de mon enfance… J’ai entendu ‘sale arabe’ et je me rappelle ‘sale juif’,  j’ai entendu parler de ‘territoires et villages fermés’ et j’ai pensé ‘ghettos et camps’.  Le « Grand Israël » fait penser au « Grossdeutschland ».

 

Et pourtant l’histoire de ce siècle nous a montré que les avions et les chars des nations les plus puissantes ne peuvent rien contre la volonté de survie d’un peuple humilié, colonisé . Ne  citons que la défaite de la France en Algérie en 1961 et celle des Américains au Vietnam en 1975

 

Depuis le début du siècle passé les Américains ont laissé une traînée de sang sur le globe.

400 000 morts lors de la conquête des Philippines en 1900, 10 000 morts lors de la séparation du Panama de la Colombie en 1903, 10 000 morts au Chili, 29 000 morts au Nicaragua, 200 000 indiens au Guatemala, 2 000 000 de  morts coréens,  4 000 000 de morts vietnamiens, 200 000 morts au Soudan, 700 000 en Indonésie, 1 200 000 dans les pays limitrophes de l’Afrique du Sud,  500 000 enfants morts en Irak à cause des sanctions. Et cela sans que la CNN ou les journaux du monde soient présents et leur prêtent la moindre attention

 

Est-ce que l’Iran, l’Irak, la Somalie, la Corée du Nord (pourquoi pas l’Arabie saoudite ?) seront les prochaines victimes, puisqu’elles sont déclarées par G.W. Bush comme faisant partie de cet « axe du mal » dont personne en Europe n’a connaissance. Le président texan fait penser à l’obsession du romain Caton et ses appels à la guerre contre Carthage : « Ceterum censeo Carthaginem esse delendam ». Il fait penser au bon cowboy en chapeau blanc des Western d’après-guerre et qui descend sur la ville pour la débarrasser des méchants. Mais prétendre que Saddam Hussein est de connivence avec Ben Laden est absurde. Ce dernier est une intégriste fanatique, l’autre un socialiste nationaliste et laïc qui ne veut certainement pas donner cet argument-là aux américains pour leur permettre de l’attaquer.

 

Toutes ces erreurs et volte-face laissent évidemment des meurtris dans de nombreuses régions du monde. Et permettent de comprendre pourquoi les tours du World Trade Center et le Pentagone symbolisaient le mal, «  le cœur des forces qui causent tant de souffrances dans le monde » (Rabbin M Lerner, San Francisco). Et pourquoi à la conférence de Durban en été 2001 la communauté internationale a presque unanimement condamnée la politique des Etats-Unis en Palestine.

 

Car malgré la fascination exercée sur le reste du monde par les gadgets américains, celui-ci est loin de vouloir applaudir au mode de vie américain. Simon Bolivar se plaignait déjà de ce que les Etats-Unis se croyaient investis d’une mission de civilisation et de libération pour l’Amérique Latine et marchaient sur les pieds de ses compatriotes.

 

La discrimination et la misère restent le lot de nombreux américains. 35 millions d’Américains vivent en dessous du seuil de pauvreté, selon les estimations du Ministère US du travail et 40 millions n’ont pas d’assurance –maladie. Le taux de chômage réels serait de 9%, loin au-dessus des chiffres officiels. Aussi une partie importante de la population, un Américains sur dix, a recours aux jeux du hasard et aux loteries pour rêver d’un avenir meilleur.

 

Comment prétendre être le pays de la démocratie et de la liberté quand les homicides et assassinats y atteignent le chiffre de 25 000 et les suicides celui de 27 000 par année, proportionnellement plus que dans n’importe quel autre pays du monde (quelques centaines p.ex. en Allemagne, en France, au Canada, en Angleterre). Washington est dans l’hémisphère Nord la ville la plus meurtrière.

 Comment prétendre être le gardien émérite de la liberté quand 2.2 millions d’Américains croupissent en prison (soit un citoyen sur 138), alors que dans l’Europe des 15 il y en a à peine 300 000 pour une population au total supérieure. En 2003 13,6 millions d’Américains ont été mis en arrestation préventive. 70% de la population carcérale est noire, alors que les Noirs ne représentent que 12.3 % de la population.Le Washington Post du 3 décembre dernier écrit qu’en 2003, 7 milliards de dollars ont été investis dans la construction de nouvelles prisons. Le système carcéral est devenu le second employeur des USA après General Motors avec 530 000 employés. Plus de 100 prisons sont gérées par des compagnies privées. Le chiffre d’affaires total est de 1.1 milliard de dollars. On vend des prisons clefs en main.Toute personne qui a été condamnée à une peine de prison perd ses droits d’électeur à la sortie de prison et on peut estimer que c’est un jeune homme noir sur trois qui se trouve dans cette situation. 

 Les Etats-Unis restent un des derniers pays où la peine de mort est massivement appliquée. 736 exécutions capitales en 25 ans. Même la Chine interdit l’exécution des mineurs d’âge. Pour pouvoir continuer cette pratique barbare les EU ont refusé de signer la Convention Internationale des Droits de l’Enfant.

 

Au pays de la Liberté les libertés ont été souvent brimées. Ce qui se passe actuellement fait penser aux heures les plus noires du Comstock Act de 1873 contre l’obscénité suite auquel 60 000 kilos  de livres  et 20 000 kilos de matériel photographique ont été brûlés, à la suppression de l’habeas corpus, à la censure de la presse et des livres, à l’emprisonnement des opposants par Lincoln, au Sedition Act de 1920, copie avant la lettre du Patriot Act,  interdisant toute critique des dépenses militaires ou des autorités de l’Etat et au McCarthysme des années 50 : interrogatoires, écoutes téléphoniques, perquisitions à domicile, incarcérations de suspects ou de personnes apportant un soutien financier, politique ou médical à des associations humanitaires oeuvrant dans des pays suspectés. « Nous allons connaître les restrictions les plus fortes de notre histoire sur nos libertés », déclare Mme Sandra Day O’Connor, juge à la Cour Suprême. Durant la guerre froide d’interminables listes noires circulaient. Ceux qui y figuraient étaient lourdement touchés : emploi perdu, carrière brisée, honneur bafoué. Pour beaucoup d’Américains qui osent appeler à la non-violence, au pardon et à la compréhension des autres cultures, le cauchemar recommence. La démocratie américaine risque de se limiter à la liberté de fabriquer et de commercialiser des biens de consommation, mais pas à la liberté des opinions et des idées  qui dérangent.

 

Mais où sont donc passés ces merveilleux corps d’écrivains, de peintres, de musiciens qui ont fait des Etats-Unis, pendant tant d’années, le centre de l’opinion libre ? Où sont Hemingway, Faulkner, Steinbeck… ?  Il reste des universitaires (Chomski), des cinéastes (Moore), des journaux (Post) qui élèvent la voix. On dit que la majorité des Américains sont contre la guerre en Irak. Admirons la capacité de ce pays de descendre dans la rue une fois qu’une cause a été reconnue comme injuste. C’est une autre forme de démocratie et qui a su mettre fin à la guerre du Vietnam.

 

Le manichéisme, pratique par Bush et beaucoup de ses prédécesseurs, est  une religion qui sépare le monde en bons et mauvais. A la fin de la première guerre les Allemands vivant en Amérique étaient brimés comme les musulmans le sont aujourd’hui.  Les Saoudiens sont bons et les Irakiens sont mauvais. Nous voulons bien discuter avec Sharon mais pas avec Arafat. Ce qui est pernicieux et déroutant, c’est que les bons d’hier deviennent des ennemis sataniques aujourd’hui ; les acteurs changent de masques, les héros deviennent des monstres et les monstres des héros.

 

N’oublions pas que Bush n’est pas le premier à lancer une guerre sans le consentement du Congrès et sans stratégie bien définie . Abraham Lincoln l’avait fait avant lui. Teddy Roosevelt disait il y a cent ans : «  Il nous faudrait une petite guerre pour dynamiser les Américains ». Woodrow Wilson se lançait à la fin de la première guerre mondiale sur les champs de bataille de l’Europe avec des troupes mal préparées et une logistique défaillante. Des centaines de milliers de soldats américains ont été décimés par la grippe espagnole.

 

Comme le dit l’Américain Robert Kagan dans son récent livre « Of  Power and Paradise » : aux Etats-Unis s’est développé une « culture de la mort », un « warfare state ». Chacun porte une arme, la peine de mort reste acceptée par la majorité et les conflits internationaux se règlent dans le sang. Le pays dispose de 10 640 têtes nucléaires, mais veut interdire à l’Iran d’en posséder une seule.

 Le manichéisme et la guerre sainte n’ont rien à voir avec le message d’un juif de Palestine, d’il y a 2000 ans.« Œil pour œil et dent pour dent, mais moi je vous dis de ne pas résister au méchant, mais à qui te gifle sur la joue droite tourne aussi vers lui l’autre joue »,   

Pierre Lutgen,

Gradué en sciences sociales


[i]  Claude Feuillet, L’Arabie à l’origine de l’islamisme, Edtions Favre 2001.

La tolérance

septembre 30, 2007

 Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. A l’inverse c’est de l’isolement que meurent les civilisations

Octavio Paz

 

L’important n’est pas que je sois compris, mais que je comprenne

François d’Assise

 

L’idée de tolérance – le droit d’adhérer ou de ne pas adhérer à un régime, une philosophie ou une religion établie – n’a pas suivi en Europe un développement linéaire mais cyclique. Pendant de longues périodes elle a essuyé des revers. Les prises de position des philosophes dépendent toujours de l’environnement politique et social de leur époque. L’intolérance religieuse, autant que les guerres, a conduit à d’indicibles tortures et souffrances. Toutes les grandes Églises, catholique aussi bien que protestante, se sont opposées à la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789.

 

Le concept de tolérance a connu des définitions variables. Le Littré de 1882 la définit comme « indulgence pour un péché qu’on ne peut pas ou ne veut pas empêcher ». Le Robert de 1964 parle de « respect de la liberté d’autrui en matière de religion, d’opinions philosophiques et politiques ».

 

La tolérance peut être passive : supporter ou résister aux façons de voir ou de vivre différentes – et Goethe qualifiait cette forme de tolérance d’humiliante et insultante pour l’autre- ou bien active : essayer de comprendre pour éventuellement trouver dans d’autres cultures des approches intéressantes qu’on peut adopter.

 

Les plus grandes civilisations en effet sont celles nées du métissage racial et culturel. L’homme de sciences et l’artiste sont des arlequins bariolés, composés de captures et de vols, des nomades. L’esprit de tolérance est inlassable à résorber nos servitudes et nos blocages. La décision créatrice, en rompant une chaîne de fatalités, fait que le monde avance et que l’homme se forme.

 Les trois premiers siècles de notre ère. 

Le principe de liberté proclamé par Jésus devait être reconnu aux autres comme à soi-même et Paul de Tarse se fait fort de cette idée : « il n’y a ni Juif, ni Grec, il n’y a ni esclave, ni homme libre », ou encore «  en péchant ainsi contre vos frères, en blessant leur conscience, c’est contre le Christ  que vous péchez ». Une rigoureuse séparation entre Eglise et Etat devint la charte au nom de laquelle les chrétiens sous l’Empire romain, réclamaient la tolérance pour « rendre à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ».En appliquant strictement ces principes, l’Eglise primitive se fit une réputation de charité et de non violence d’une qualité rarement atteinte plus tard. Au début du 3ème  siècle Tertulien assurait que « selon la loi naturelle et la loi humaine, chacun est libre d’adorer qui bon lui semble. Il est contraire à la nature de l’esprit religieux d’imposer une religion ».

 

Le christianisme trouvait des alliés chez certaines philosophes de l’époque, notamment chez les stoïciens. Voici à titre d’exemple une pensée de Marc-Aurèle :   « Si le fait de penser nous est commun, la raison fait de nous des êtres semblables. Ceci admis, la loi aussi nous est commune. Ceci admis, nous sommes concitoyens ».

 Le christianisme après Constantin. 

En tant que religion établie, le christianisme était irrésistiblement attiré vers une association d’intérêts avec le pouvoir séculier et l’Eglise en vint à admettre l’usage de la répression contre les chrétiens hétérodoxes, ariens et donatistes. Les empereurs  romains interdirent le paganisme et démolirent ses autels. L’Eglise et l’Etat romains dans leur association de lutte contre les hérétiques ont au 4ème siècle  tué plus de chrétiens et de païens que toutes les persécutions des trois premiers siècles.

 D’après les historiens on commença à admettre les persécution à partir de saint Augustin et ses cris d’intolérance : « Existe-t-il pour l’âme pire mort que la liberté de se tromper » ou encore « Un homme est mieux en compagnie d’un chien qu’il connaît  qu’avec des hommes dont il ignore la langue »  qui jeta les fondements qui pendant tout le Moyen-Age encourageaient l’Eglise à pratiquer la répression. 

D’un côté l’Eglise enseignait une patiente soumission aux puissances de ce monde, et de l’autre, l’Etat intervenait pour extirper l’hérésie religieuse, partout où elle dressait la tête. Les croyances différentes comportaient une menace pour la structure même de la société. Saint Louis ne disait-il pas : «  Avec les Juifs et les Musulmans, il n’y a qu’un argument : l’épée. Il faut la leur enfoncer dans le ventre ». Sous peine de pendaison, les juifs devaient porter la rouelle jaune sur le devant de leurs habits. Une bulle du pape saint Pie V interdisait aux médecins de les soigner.

 

Qui mieux que l’historien anglais John Locke dans sa Lettre sur la Tolérance décrivait cette situation d’intolérance : «  Le christianisme des trois premiers siècles était une religion douce, patiente qui n’aspirait pas à s’élever sur les trônes. Aujourd’hui, il est devenu une religion sanguinaire, meurtrière, habituée au carnage ».

 

La position de Thomas d’ Aquin était plus nuancée. Il soutenait que seulement les hérétiques méritaient la peine de mort, car « il est indéfiniment plus grave de dénaturer la foi qui assure la vie de l’âme, que de contrefaire la monnaie qui est seulement nécessaire à nos besoins matériels ». Mais il concédait que l’esprit dans l’erreur pouvait plaider l’ignorance, comme Pierre Abélard au 12ème siècle déjà avait soutenu que le péché commis dans l’ignorance n’était pas une véritable faute, car le coupable ne faisait que manquer de clairvoyance. A l’égard des paiens on appliquait une échelle différente : «  Les incroyants ne doivent pas être contraints de croire , car la foi est un choix libre et volontaire. » Sur ces bases les chrétiens vivaient en paix avec des Juifs et des Musulmans en plusieurs pays du monde méditerranéen. L’empereur Frédéric II, le ‘stupor mundi’ qui vivait en Sicile et dans les Pouilles en était un parfait exemple. A la même époque Averroès disait « : » Les divergences et la multiplicité d’écoles est une grâce ».

 

Les mouvements paysans et doctrinaux de la fin du Moyen-Age  illustrent l’arrière-plan social de l’hérésie. Aussi les autorités reprochèrent à Jean Huss en Bohême d’associer à la liberté religieuse des transformations radicales dans l’organisation sociale et économique. Le seul révolutionnaire qui ait échappé au bûcher était François d’Assise.

 La Renaissance et la Réforme. 

Au début du 16ème  siècle, ce monde médiéval et féodal subissait de sévères changements. La Renaissance culturelle venant d’ Italie, atteint le milieu des banquiers et des bourgeois, des intellectuels et des scientifiques (p.ex. Giordano Bruno) qui commencent à rejeter les préjugés de leurs prédécesseurs. Nicolas de Cuse au 15° siècle déjà avait essayé de réunir les orthodoxes et les hussites aux catholiques ; il rêvait d’un ultime rassemblement des juifs, des chrétiens, des musulmans et des hindous. Les diatribes de Machiavel contre la tyrannie du pape étaient significatives de l’époque. De même l’invective de Galeotti Marzio au pape Sixte IV : » Celui qui vit correctement et agit selon les lois de la nature, entrera au ciel, à quelque peuple qu’il appartienne ». Montaigne disait : » Chacun appelle barbare ce qui ne fait pas partie de ses propres moeurs » ou encore « Il vaut mieux manger un ennemi mort comme le font les Amérindiens, que de brûler un homme vivant, comme le font les Européens »

 

La paix était le souci majeur des humanistes au nombre desquels il faut citer Erasme : « L’essence est dans la paix et l’harmonie ». Sa  vie était consacrée à transformer le christianisme en une religion moins dogmatique et plus libérale. Il se décrivait lui-même comme celui « dont la plume ne cessera jamais de pourchasser la guerre et l’action violente ».

 

Albrecht Dürer avait été fort impressionné par Erasme et a écrit une supplication pour la tolérance : « O Erasme  Rotterdamae, fais que les Turcs, les mécréants et les calacuttes (on venait de découvrir l’Inde) nous rejoignent pour lutter contre les abus de pouvoir ».

 

La réforme luthérienne avait été, à l’origine, un hymne à la liberté. Luther était un disciple d’Erasme et si au début il écrivait qu’il est « injuste que quiconque soit brûlé pour hérésie à moins qu’il ne soit également coupable de sédition ou d’autres crimes », il s’est vite aligné sur un compromis politique du « cujus regio, ejus religio » et largua toute tolérance lors de la révolte paysanne de 1525, et cela à l’égard des Catholiques aussi bien que des Juifs : » Que leur sang remplisse les rigoles des rues, qu’on dénombre leurs morts non par centaines, mais par milliers, qu’on mette le feu à leurs synagogues et leurs maisons et qu’on les enferme dans des étables avec les tziganes, pour qu’ils sachent qu’ils ne sont pas les maîtres de ce pays ».

 

Zwingli (« Le problème est celui de la révolte, de l’hérésie et de la discorde ») et surtout Calvin (« Les pasteurs ont le droit d’exercer une police spirituelle ») rendirent l’intolérance de leurs fiefs proverbiale. Certains appellent Calvin et Luther les ayatollahs de la Renaissance.

 

Bossuet, le catholique, n’en valait guère mieux : « La tolérance est un poison qui contient en germe la confusion de Babel ». Le peu d’appréciation que l’Église romaine a de la liberté apparaît dans la lettre d’Ignace de Loyola sur l’obéissance, qui a marqué le catholicisme pendant des siècles : l’abdication du jugement individuel et la soumission à l’autorité devient une vertu.

 

Les humanistes (J.Comenius, H,Grotius, O Cromwell) créèrent un courant de tolérance au 17° siècle, de même que les philosophes du siècle des Lumières. Un des premiers à écrire des lettres dans le style de celles d’Amnesty International pour la libération des prisonniers fût Leibniz. Celle adressée au Maréchal de Villars ravageant les Cévennes protestantes est un modèle du genre et a amené le maréchal à des actes de clémence. « Quoi ? L’illustre vainqueur de la bataille de la Forêt Noire est devenu l’instrument des tortionnaires qui assassinent les femmes et les enfants des Cévennes ».

 

Aux Pays-Bas, le mercantilisme favorise le développement de la tolérance. L’intériorisation de la religion est congruente avec le développement du commerce : non seulement échange et circulation de biens matériels, mais aussi échange et circulation d’idées.

 Une des premières grandes voyageuses fut Madame de Staël, et encore en grande partie contre son gré. Mais ses voyages lui ouvrent les yeux sur l’Europe, elle rêve d’une littérature européenne. « Les nations, écrivait-elle doivent se servir de guides les unes auy autres et toutes auraient le tort de se priver des lumières qu’elles peuvent mutuellement se prêter. Lesw pensées étrangères et l’hospitalité font la fortune de celui qui les reçoit ». 

Le même vent de tolérance et de respect d’autres cultures souffla chez les Encyclopédistes français après le siècle d’intolérance du Roi Soleil. Rousseau dans son « Discours sur l’origine de l’inégalité » ne reprend que le thème à la mode de certains explorateurs et missionnaires qui trouvaient chez les sauvages canadiens des qualités humaines de loin supérieures à celles de la noblesse de leur pays. Mais le « Bon Sauvage » de Rousseau vivant en paix avec ses voisins se révèle aujourd’hui être un mythe. Les anthropologues ont mis en évidence que la mortalité par fait de guerre y était dix fois plus élevée que dans nos pays. Ou encore si au XXème siècle 5 européens sur 100 sont morts dans les grandes guerres, chez les Jivaros et autres tribus 50 hommes sur 100 perdent leur vie dans des luttes intertribales. 

 

N’empêche que les quakers et les protestants fuyant les persécutions en Europe, instaurèrent bien vite et à leur tour des Etats théocratiques et intolérants en Amérique. J.Cotton à Boston de dire : «  La tolérance a déchristianisé le monde » et W. Berkeley, gouverneur de Virginie d’écrire : «  J’espère que nous n’aurons, d’ici à cent ans, ni écoles gratuites, ni imprimeries, car l’instruction apporte la désobéissance et l’imprimerie la propage ».

 

Le même thème sera développé en 1832 par Grégoire XVI qui décrivait la liberté de conscience et la liberté de presse comme un ‘deliramentum’. Son successeur Pie IX, sanctifié en l’an 2000, condamnait en 1874 le suffrage universel, « cette épouvantable maladie qui afflige la société humaine ». Au début du 19ème siècle le Vatican avait lourdement condamné la Déclaration des Droits de l’Homme, rédigée et signée en 1791 par Pierre Dupont de Nemours (le fondateur de la grande société chimique américaine).  Un document significatif du mépris du Vatican pour les valeurs démocratiques  est le discours du président colombien Rafael Nuñez décoré par le pape Leon XIII d’une médaille : «  L’imprimerie n’est par un élément générateur de paix, mais de conflit . Les élections continuelles et les parlements sont des ennemis de l’homme ».

  

Mais si le 19ème siècle a peut-être manqué de tolérance en paroles, notre 20ème siècle a traduit cette intolérance en actes. Non seulement les guerres de ce siècle ont causé la mort de millions de personnes sur les champs de bataille et sous les bombes, mais les génocides des Juifs, des Arméniens, des Tutsi, des tribus indiennes et de tant d’autres minorités ethniques ont ajouté à ce bain de sang la torture et l`horreur.

 

Nous avons mis en pratique des techniques apprises de la psychologie et de la sociologie : pour tuer quelqu’un sans regret il faut d’abord se convaincre et convaincre les autres  de ce qu’il est un sous-produit de l’humanité, l’humilier et le maltraiter jusqu’au moment où il perd l’apparence d’une personne humaine. A ce moment-là la torture et la mise à mort deviennent aussi faciles que de jeter un homard vivant dans l’eau bouillante.

 

Les nazis qui se croyaient de la race des « Herrenmenschen » pouvaient déporter, humilier, tuer sans mauvaise conscience. Hélas, on est en train de voir une répétition de cette même horreur. Ceux qui ont plus de chars ou d’hélicoptères se croient chargés de missions morales pour élargir leur territoire ou « Lebensraum » et leur emprise économique. Le sale arabe remplace le sale juif.

 

Rétrospectivement le christianisme occidental est la culture qui a conduit aux persécutions les plus sanglantes. La Chine et le Japon ont accepté le bouddhisme sans problème à côté du confucianisme et du shintoisme. La Chine n’a pas connu de guerres de religion. Et quelle tolérance plus grande n’a jamais été prêchée que celle du Coran qui imposait le respect pour toutes les religions du livre. Quelle civilisation plus chatoyante que celle de l’Andalousie du Moyen-Âge où Musulmans, Juifs et Chrétiens cohabitaient et collaboraient. Dans le christianisme par contre la moindre déviation de la doctrine officielle conduisait déjà au bûcher.

 

Qu’il était loin des Béatitudes, ce christianisme doctrinaire ! La pauvreté en esprit pour Jésus ne signifiait pas autre chose que pauvreté en dogmes, préceptes et fausses certitudes. Il aurait souscrit à l’affirmation d’un auteur de ce siècle : «  On doit être tolérant pour les personnes, mais pas nécessairement pour les idéologies ».

 

Le philosophe français René Girard nous donne un message d’optimisme dans son dernier livre « Je vois Satan tomber » : notre société est plus préoccupée des victimes de l’intolérance (Palestiniens ou Tutsi, Tibétains ou Mapuche) qu’en aucune autre époque. La mondialisation a ses côtés positifs ; jusqu’au vingtième siècle la solidarité n’allait pas plus loin que la famille, la tribu ou la nation. Aujourd’hui la misère d’un enfant malaisien ou congolais nous bouleverse.  

 

La lutte que mènent des organisations telles que Amnesty, l’ACAT et « Iwerliewen fir Bedreete Volleker » en vue de préserver les libertés fondamentales doit se poursuivre sans relâche et l’on n’est jamais assuré du succès de cette lutte. Car comme disait Nelson Mandela :  »L’opprimé et l’oppresseur ensemble sont privés de leur humanité : L’oppresseur doit être libéré tout autant que l’opprimé »

 Pierre Lutgen, Bachelier en philosophie thomiste    

Tempus fugit

septembre 30, 2007

Ou pourquoi les Papous ne connaissent pas le stress  

Les Mayas étaient obsédés par l’écoulement du temps. Leurs monuments et leurs autels étaient érigés en l’honneur du Temps, plutôt qu’en l’honneur de rois ou de conquérants.  Les différentes subdivisions du temps – heures, jours, mois, années- étaient représentées comme des charges portées par des divinités.Pour eux l’histoire se répétait dans un cycle de 260 années. Le passé, le présent et le futur se mélangeaient. 

Les animaux ne connaissent pas le problème du poète, ils ne connaissent pas la fuite du temps, ni le passé, ni le futur et vivent continuellement à l’instant présent.

 A certaines époques également, l’indifférence vis-à-vis de l’écoulement du temps était très grande. Une sentence telle que « Time is money », n’a certainement pas son origine au Moyen-Age. Cette indifférence s’exprimait chez les chroniqueurs avares de dates précises par des expressions vagues telles que « en ce temps-là », « cependant », « peu après »… 

La conception du temps varie fortement d’une culture à l’autre. Chez la plupart des peuples prévalait une conception cyclique du temps qui était due au caractère même des phénomènes naturels : les cycles diurnes, lunaires et annuels. Le nombre des saisons variait d’un peuple à l’autre : les Incas en connaissaient deux, les Grecs trois et les Inuits neuf.

 Les enfants d’aborigènes en Australie savent donner une valeur numérique à la position des aiguilles d’une horloge, mais ils ont beaucoup de difficultés à mettre ceci en relation avec l’heure de la journée. (Un peu comme l’immense majorité d’entre nous qui une année après l’introduction de l’Euro calcule encore en francs).Ceci n’a absolument rien à voir avec leur QI qui est en moyenne égal au nôtre mais à une vision différente du temps. Les Malais ne connaissent pas de forme grammaticale pour le futur ou le passé des verbes. Ils ne font pas de plans d’avenir et arrêtent de travailler quand ils ont accumulé assez de nourriture pour la semaine qui vient. Le temps avait également pour les gens du Moyen-Âge une densité différente. Le Christ avait vécu il y a quelques générations. Aussi les soldats romains qui l’entourent à Golgotha portent-ils des armures du Moyen-Âge. Ce n’est que plusieurs siècles plus tard que les soldats romains retrouvent sur les peintures leurs vraies armures.  Le caractère sacré du temps faisait partie des croyances du Moyen-Âge. Le temps appartenait à Dieu et les usuriers et les juifs en exigeant des intérêts en fonction du temps s’appropriaient un patrimoine appartenant à Dieu. Ou comme disait Pierre Lombard : « L’usurier vend à son créancier du temps et ce temps est la propriété de Dieu ». L’introduction de l’heure d’été (daylight saving time) en Angleterre en 1916 soulevait une tempête de protestations, non seulement chez ceux que ce changement dérangeait, mais surtout chez les croyants qui trouvaient qu’on n’avait pas le droit de toucher au Temps qui appartenait à Dieu. C’était le cas des Kabyles d’Algérie qui considéraient les horloges des colons français comme « des moulins du diable » parce qu’ils découpaient la journée en morceaux et les empêchaient de vaquer sans précipitation à leurs occupations sociales. Car pourquoi il ne faut pas avoir peur de gaspiller son temps. L’argent dépensé ne revient pas, mais après une minute perdue il y en a mille autres…  Beaucoup de peuples avaient ou ont encore une conception cyclique du temps. C’est le christianisme qui a introduit une conception linéaire. Avec chaque journée qui passait la mort et le dernier jugement approchait. Le séjour au Purgatoire se mesurait en journées et en années, mais on pouvait réduire cette durée par des heures de prière. L’Eglise introduisit un premier calendrier en 527 et le pape Sabinus fit sonner les cloches pour marquer le passage des heures. Tout changeait encore plus fondamentalement  à la Renaissance. Pour les Calvinistes gaspiller son temps était un péché. C’est dilapider un bien précieux mis à disposition par Dieu. « Time is money ». Mais ce n’est qu’à la fin du 18ème siècle que se marque un réel tournant avec Adam Smith. Le travail devient la substance vitale de la société bourgeoise. Il donne peu à peu un sens à la vie et devient une valeur en soi.  Il sert à mesurer la valeur des choses. «  En tant que valeurs, précise Marx, toutes les marchandises sont des expressions égales d’une même unité, le travail humain. »  Cette quantité de travail a comme unique mesure sa durée dans le temps, elle est mesurée par le temps mécanique de l’horloge. Sans horloges, le capitalisme n’est pas possible. Les moines ont inventé l’horloge, les américains le chronomètre. Les moines basaient leur vie sur le calendrier, sur le passé, les capitalistes la basent sur un agenda, sur le futur. Les moines avaient du temps à perdre.  

La mesure du temps

 La découverte de l’horloge mécanique à poids vers 1370 représentait pour l’humanité une invention aussi importante que le feu, la roue ou la machine à vapeur. Avant cette date, les clepsydres ou sabliers ne permettaient qu’une mesure grossière de l’écoulement du temps. Bien que la longueur des journées et des nuits variait fortement avec les saisons, elles étaient toujours divisées en 12 heures, de longueur fort inégale. La découverte de l’horloge s’était faite sous l’impulsion des moines qui avaient besoin de déterminer avec plus de précision l’heure des offices. Mais ils regrettaient bien vite cette invention parce que les beffrois de toutes les villes s’équipaient d’horloges et de cloches (d’où le mot anglais clock) et l’Eglise perdait le monopole du temps. Celui-ci devenait laïque. Les moines avaient ouvert une boîte de Pandore. Les hommes prenaient goût aux innovations techniques. Jusqu’à cette date, toute innovation était considérée comme diabolique, si elle n’était pas décrite dans la bible. Cette peur des découvertes de la science n’existait pas seulement au Moyen-Âge. On en trouve des résidus à notre époque : les mises en garde du Club de Rome, la lutte de Greenpeace contre les OGM et la thématique globale des foires écologiques de Rio, Kyoto et Johannesbourg.  Mais ni les moines, ni les écolos n’arrêteront les Kepler, les Galilée, les Vinci, les Newton, les Einstein et les Curie. La nécessité de disposer d’une mesure exacte du temps pour l’observation du ciel amena Huygens en 1656 à inventer la première horloge à balancier, ce qui augmenta considérablement la précision de la mesure du temps. Mais jusqu’au 19°ème siècle les gens n’entraient pas dans le détail et se limitaient à compter en heures ou en quart d’heures. La minute ne devenait d’usage courant qu’à l’époque des trains et les secondes n’entraient dans le langage qu’avec la popularisation des exploits sportifs où cette précision était requise. Si Baudelaire n’était pas né au siècle des trains, il n’aurait pas écrit dans Le spleen : » Trois mille six cent fois par heure la seconde chuchote : souviens-toi ! ».Aujourd’hui les chronomètres atomiques au césium permettent de découper la seconde en 9.192.631.770 morceaux.    

Le temps des philosophes

 Saint-Augustin était perplexe et refusait de donner une définition du temps : « Qu’est-ce donc le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ».  Les affirmations de Giordano Bruno et les découvertes de Kepler et de Galilée représentaient pour leurs contemporains un choc. Une terre finie dans un espace et un temps fini était remplacée par un univers infini existant depuis des millions d’années. Ils en avaient le vertige et l’Eglise voyait s’écrouler tout son édifice dogmatique basé sur une terre au centre d’un univers fini qui n’existait que depuis 5 000 ans. Le pape ne fut pas seul à s’insurger contre cette hérésie. Luther disait que,  puisque Joshua avait bien arrêté le soleil, c’était donc celui-ci qui était en mouvement et non pas la terre. Des chocs ou traumas identiques furent causés plus tard par Darwin en faisant descendre l’homme du singe, par Freud en mettant en évidence le rôle du subconscient et par Einstein découvrant la relativité du temps et de l’espèce. Pour Newton et Kant le temps était une entité absolue, mathématique, rationnelle. Le premier qui mit en doute ce caractère absolu du temps fut Leibniz. Pour lui le temps n’existait qu’en relation avec le monde matériel, en relation avec les évènements qui s’y passaient. Sans matière pas de temps. Et s’il en est ainsi, le temps est fonction des spectateurs qui suivent des évènements différents en des endroits différents. En fait Platon déjà avait prétendu que temps et espace étaient intimement liés. Pour Hegel, le temps est lié à l’histoire ; même Dieu est lié à l’histoire et n’est pas immuable. Pour Einstein dans La théorie de la relativité restreinte et générale, le temps est inséparable de l’espace et de l’énergie d’un objet en mouvement. La simultanéité est abolie, il n’y a plus que des hic et nunc. Le temps peut ralentir en fonction de la vitesse. Une horloge en mouvement  retardera par rapport à une horloge fixe, ou encore lorsque sa  vitesse de déplacement se rapproche de celle de la lumière, elle semble s’arrêter. Ceci a été amplement vérifié dans tous les accélérateurs de particules du monde. Dans les « trous noirs » où la force gravitationnelle est infinie, le temps s’arrête.  L’histoire écrite de l’homme qui se limite à 5 000 ans a été progressivement remplacée, grâce aux travaux des archéologues, par une histoire de 100 000 ans. Les géologues parlent de 5 milliards d’années pour l’âge de la terre et les astronomes 15 milliards d’années pour l’âge de l’univers.  

Notre temps intérieur

 Physique et mathématique ne savent pas non plus rendre compte de la relation entre le temps physique et le temps psychologique, entre les temps des horloges et celui de la conscience. Le temps physique est représenté comme un mince filament et le temps subjectif se déploie en ligne brisée, entremêle des rythmes différents, des discontinuités. Il a une fluidité si variable que la notion de durée n’a qu’une consistance relative. On sait que l’estimation subjective de la durée varie selon l’heure de la journée, selon les rythmes circadiens et selon l’âge. Les temps d’attente sont plus longs que les temps de bonheur intense. Le temps vide et inintéressant est long, à l’opposé du temps plein, intéressant qui passe sans que l’on s’en aperçoive. Dans ce nouveau cadre, l’espace et le temps deviennent des entités impossibles à démêler . Plus une activité est morcelée, plus elle paraît durer longtemps, plus il y a de changements éprouvés, plus le temps est long.  Le bonheur c’est quand le temps s’arrête. Les premiers jours d’un voyage de vacances paraissent longs. C’est pour cela que les vacances nous paraissent comme une cure de jouvence ; nous nous réapproprions notre temps. Il semble s’arrêter pour quelques jours.. « Il prend du volume et de la densité » (Thomas Mann). Mais les derniers jours des vacances s’enfuient brusquement à un rythme accéléré, comme emportés par le vent.  Les poètes voudraient arrêter ces instants propices. « O temps, suspends ton vol (Lamartine). En chantant « Avec le temps, va, tout s’en va » Léo Ferré touche la même corde et rejoint Héraclite qui chantonnait «  Panta rhei – Tout s’écoule » Notre circulation sanguine à son horloge intérieure : les battements du cœur. Mais le cerveau n’a pas de repère. C’est bien pour cela que nous avons besoins d’horloges. Un peu comme les musiciens ont besoin de métronomes et de chefs d’orchestre, pour bien respecter les indications du compositeur : allegro ou presto, adagio ou largo et ne pas se laisser emporter par leur propre rythme. Mais plus on nous impose d’horloges et de machines qui nous imposent leur rythme, plus nous avons l’impression de perdre le temps. Il y a des villes comme New-York où cette tension, cette hâte continuelle imprime son cachet à toutes les activités de la vie quotidienne. Flâner dans les rues ou s’asseoir sur une terrasse comme à Paris est impossible. Il n’y a pas de terrasses aux cafés, pas de bancs publics, pas de balcons aux buildings. Mais il y a des fast food.  D’une époque déjà assez lointaine où, en nos régions, on avait encore du temps à perdre nous sommes passés à un rythme de vie où le temps nous manque cruellement et où nous sommes toujours sous pression. Les montres-bracelet sont devenues nos menottes.   

Pierre Lutgen  

Bachelier en philosophie thomiste

lutgenp@gms.lu

Supermarchés et droits humains

septembre 30, 2007

 « Le but fondamental de l’OIT aujourd’hui est que chaque femme et chaque homme puissent accéder à un travail décent et productif dans des conditions de liberté, d’équité, de sécurité et de dignité. » – Juan Somavia, Directeur général du BIT  

Lors de sa 95e Conférence de juin 2006,  l’Organisation internationale du Travail (OIT) a mis fortement l’accent sur les aspects socio-économiques des droits de l’homme, et plus particulièrement la lutte contre la discrimination et sur la défense des droits des minorités ethniques. La Conférence rassemble annuellement quelque 4 000 délégués représentants des gouvernements, des travailleurs et des employeurs des 178 Etats Membres de l’OIT. Le rapport de cette Conférence ne se veut pas alarmiste et dénote des évolutions positives dans beaucoup de domaines. Le respect des droits humains en général n’a jamais autant progressé que durant les 50 dernières années. Depuis la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme en 1948 tant de Conventions internationales se sont mises en place, (même si aucune d’elles n’a été signée par les Etats-Unis). Ne citons que celles concernant le statut de la femme, des réfugiés, de l’enfant, ainsi que les multiples prescriptions de l’Organisation Internationale du Travail. Ou encore la Cour de Justice de La Haye. Ou encore le travail d’Amnesty International, et des dizaines d’autres ONG comme « Iwerliewen fir bedreete Volleker », Enfants de l’Espoir, ACAT, Oxfam, Peace Brigades International.  La mise en place de normes comme SA 8000 sur la responsabilité sociale des entreprises fait que les multinationales sont appelées à faire auditer leurs fournisseurs dans les pays pauvres pour vérifier s’ils respectent les prescriptions de l’OIT. Les multinationales de l’équipement sportif et de l’habillement le font régulièrement depuis quelques années car de grosses parts de marché ont été perdues par certains distributeurs parce que les produits importés étaient le fruit du travail des enfants. La pression des consommateurs a eu cet effet extraordinaire que de 2000 à 2004 le pourcentage d’enfants engagés dans des travaux pénibles et dangereux à travers le monde a baissé de 25,9 % comme le montre le rapport de l’OIT du 16 juin 2006. La même chose risque de se passer dans le marché des produits alimentaires. Car les bananes, les avocats, les graines de café, les feuilles de thé que nous avons dans nos assiettes ou nos tasses portent souvent les traces de sueurs d’hommes et de femmes exploités, discriminés, humiliés. Ces réalités suscitent l’émoi et l’indignation. Les associations de consommateurs et les organisations de défense des droits de l’homme sont en droit de demander des comptes sur les produits entachés de discrimination et d’oppression.
La Conférence de l’OIT de juin 2006 a encore dû noter des manquements graves pour les Conventions n° 111 et 169. La convention de l’OIT n° 111 concernant la discrimination requiert une politique nationale visant à éliminer, dans l’accès à l’emploi, dans la formation et dans les conditions de travail, la discrimination fondée sur la race, la couleur, le sexe, la religion, l’opinion politique, l’ascendance nationale ou l’origine sociale, et à promouvoir l’égalité de chances et de traitement. La discrimination est définie comme toute distinction, exclusion ou préférence  qui a pour effet de détruire ou d’altérer l’égalité de chances ou de traitement en matière d’emploi ou de profession. La convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux concerne une large palette de sujets allant des conditions de travail, du recrutement des populations aborigènes et tribales aux droits fonciers, à la santé et à l’éducation.La Conférence de juin 2006 a notamment abordé le problème du travail forcé au Myanmar et  l’emprisonnement de travailleurs de ce pays à la suite de leurs relations avec l’OIT . Elle a publié un rapport alarmant de 58 pages sur la situation des travailleurs des territoires arabes occupés. Le rapport décrit notamment le blocage du transfert des marchandises agricoles palestiniennes vers le marché national et international. Le rapport fustige également les conditions de travail inhumaines pour les travailleurs immigrés dans les usines de Taiwan, la discrimination ethnique dans les usines bosniaques et  les difficultés de la minorité indigène du Guatemala d’accéder au marché du travail chez United Fruit. Les nitrates, les dioxines, la biodiversité, le recyclage, la couche d’ozone et le climat de l’an 2050 préoccupent beaucoup le consommateur européen. L’humiliation quotidienne de millions d’humains mérite une attention tout aussi soutenue. Que ce soit la cohérence des politiques commerciales et agricoles avec l’effort de coopération au développement, le respect des droits humains au niveau international, la défense des travailleurs migrants ou un effort nécessaire pour débloquer la crise au Proche-Orient, partout on a l’impression que l’Europe en fait assez ou ne peut rien faire. Les organisations et les entreprises ont quant à elles les mains libres pour s’engager un peu plus en avant dans leur responsabilité sociale. Dans le secteur alimentaire, c’est le puissant secteur de la grande distribution qui est concerné et qui ne peut jeter le voile sur les fournisseurs qui ne respectent pas les prescriptions de l’OIT. La norme SA 8000 établit des exigences aisément vérifiables avec l’aide d’auditeurs expérimentés. A l’instar de plusieurs Groupes, un Programme de vigilance devrait faire l’objet d’une rubrique spécifique de leurs chartes pour s’assurer du bon respect des principes éthiques et des droits de l’homme sur toute la chaîne d’approvisionnement. Un vaste chantier s’ouvre du côté des supermarchés.  

Pierre Lutgen                                                                     

Luxembourg Senior Auditors    

Nadine fraselle                                             

Université catholique de Louvain,

Centre Entreprise-Environnement 

Les sols contaminés: un luxe des pays riches

septembre 30, 2007

 Publié dans l’hebdomadaire Le Jeudi du 7 septembre 2001 

L’assainissement de terrains contaminés est devenu une des tâches les plus coûteuses dans le domaine de l’environnement. Aux Etats-Unis plus de 20 milliards de dollars ont déjà été dépensés par l’EPA (Environmental Protection Agency) et les entreprises privées dans le cadre du programme Superfund -CERCLA et ce ne serait encore rien comparé aux dépenses de centaines de milliards de dollars projetées pour l’assainissement de milliers d’autres sites contaminés.

Tout a commencé en 1980 à Love Canal près des chutes du Niagara. Un lotissement avait été établi sur et dans les environs d’une ancienne décharge de produits chimiques où on trouvait des suintements et des odeurs étranges dans les caves. Des écologistes  prédisaient des taux de cancer et de défauts congénitaux alarmants. La population a été déménagée et les maisons détruites.  Des études épidémiologiques faites au cours des années ont montré que le taux de maladies rencontrées parmi les anciens habitants de Love Canal ne dépassait pas celui de la population d’autres communautés des environs.

Mais la machine avait été mise en route et elle est devenue ubuesque. Et ce n’est pas vraiment l’environnement qui en profite. Selon les estimations, chaque fois que 100 dollars sont lâchés, 25 dollars seulement servent aux indemnisations et assainissements. Le solde aboutit dans les poches des experts et des avocats. Un peu partout à travers les États-Unis, on voit donc des experts fouler le terrain et réaliser des carottages dans les décharges et dans les terrains vagues. La loi stipule en effet que le propriétaire du terrain est responsable à moins qu’il puisse prouver qu’un autre ait contribué à cette contamination. La bénédiction, c’est de trouver un bidon d’Exxon ou de Dupont. Voilà des groupes aux reins solides à attaquer prioritairement et qui trouveront bien le moyen de se débrouiller ensuite, grâce à leurs avocats et leurs assureurs.

Aussi des voix commencent à se faire entendre de l’autre côté de l’Atlantique pour dire que ces dépenses sont hors proportion avec les risques encourus par la population et que les milliards ainsi gaspillés pour des risques imaginaires seraient mieux dépensées pour des objectifs environnementaux plus valables, pour la santé, pour l’éducation, pour la prévention. Une étude épidémiologique financée par le Congrès américain sur six des sites récemment assainis a montré qu’aucun effet sur la santé (cancer, avortements spontanés…) n’avait pu être mis en évidence sur ces sites[1].

Des critiques s’élèvent ainsi contre un certain ordre moral et puritain que des organisations ou administrations écologistes, convaincues de représenter à elles seules l’intérêt général, essaient d’imposer à la société et qui conduit à des dérapages et des intolérances de toute sorte. Ce perfectionnisme conduit en effet à la situation aberrante que en dix ans seulement 250 sites contaminés ont été réhabilités sur les 35 000 répertoriés. Une réhabilitation en effet coûte en moyenne 20 millions de dollars.

 

Mais cette excitation dans la recherche des anciens sites pollués a traversé l’Atlantique et dans beaucoup de pays européens on a commencé à faire des relevés de ces sites. Ainsi en 1991 plus de 200 000 de ces sites (Altlastflächen) étaient déjà connus en Allemagne et leur nombre va en augmentation constante. Aux Pays-Bas 4 000 sites contaminés étaient répertoriés en 1980, dont 1137 requéraient un assainissement immédiat.

Ces sites appelés ‘brownfields’ en Amérique deviennent pendant de longues années inaccessibles à toute nouvelle construction, industrielle ou autre. Ils se développent en déserts au centre des villes pendant que les usines nouvelles se construisent dans les prés ou bois des pourtours des villes (appelés ‘whitefields’).

 

Le sol est un milieu vivant et dynamique, véritable réacteur de notre environnement, doté d’une réelle capacité d’épuration. Un gramme de sol contient 3 millions de micro-organismes.  Au sein du sol, et en dépendance étroite avec sa nature et sa composition, un grand nombre de processus se produisent en permanence : décomposition des composés organiques par les micro-organismes, adsorption sur les particules solides du sol, passage en phase gazeuse des composés volatils, immobilisation des composés par précipitation ou par adsorption définitive sur l’humus ou dans les argiles. On sait maintenant que lors d’un épandage accidentel d’hydrocarbures, après une année 50 % se sont volatilisés, 40 % se sont décomposés ou ont été intégrés à la matière organique du sol. 5 % seulement restent détectables par les méthodes d’analyse courantes, mais ne sont guère lixiviables ou biodisponibles[i].

La même chose se passe lors des catastrophes du genre Amoco Cadiz, Braer ou Exxon Valdez. Une année, ou au plus tard deux, après ces catastrophes quasi toute trace de pétrole, à l’exception de quelques granules de goudron, à disparu et la nature a repris tous ses droits. Ce n’est que quand on a essayé de remédier à la situation par l’usage d’émulsifiants ou d’autres produits chimiques que l’on a aggravé la situation.

 

On a souvent perdu de vue que l’objectif du diagnostic d’un terrain n’est pas tellement la détermination de la concentration absolue de certaines substances sinon le risque qu’elles font courir aux eaux souterraines et aux hommes.

 

Ce n’est pas la présence de telle ou de telle substance qui est le problème, mais l’effet qu’elle peut exercer. Pour déterminer ces risques il faut prendre en considération les différents mécanismes par lesquels cette substance peut affecter les humains : inhalation, absorption cutanée, alimentation (eaux et plantes)… Ceci explique pourquoi il est difficile de définir des valeurs limites bien déterminées pour les concentrations dans les sols, alors que ceci est relativement facile pour les eaux potables et les aliments et qu’il existe une certaine confusion entre valeurs de référence, valeurs d’intervention, valeurs limite[2].

 

Au cours des dernières années les normes concernant la contamination des sols dans plusieurs pays donnent plus d’importance à la fraction mobile d’un contaminant qu’à la concentration totale déterminée par dissolution de l’échantillon dans l’eau régale ou par extraction avec le fréon pour les hydrocarbures. La fraction mobile d’un contaminant est celle qui peut interagir avec les plantes et avec la vie microbienne ou qui est lixiviable. Elle est déterminée à l’aide de solvants tels que l’EDTA, le nitrate d’ammonium, le chlorure de calcium…

 Un rapport de la CECA de 1995 affirme [ii]: “Die Beurteilung des Gefährdungspotentiales kontaminierter Böden basiert zur Zeit überwiegend auf der nachweisbaren Gesamtmenge an Schadstoffen. Dabei wird die Bioverfügbarkeit der Schadstoffe und ihr Gefährdungspotential für biologische Systeme nur unzureichend berücksichtigt. Daher stellen ökotoxikologische Testverfahren eine sinnvolle und notwendige Ergänzung zur Charakterisierung von kontaminierten Böden dar. Sie erlauben eine Beurteilung des Gefährdungspotentials in Abhängigkeit von der Bioverfügbarkeit und dem Austrag der Schadstoffe”. 

Les conclusions d’un autre rapport de recherche[iii] sur l’accumulation des métaux lourds dans les plantes sont : «  Il y a un besoin immédiat de redéfinir les limites du contenu en métaux lourds des sols agricoles. L’utilisation de normes basées sur le contenu total ne sont pas justifiées. Des critères basés sur la disponibilité des métaux pour les plantes doivent être développés. » Si on se basait par exemple sur les anciennes normes néerlandaises sur la teneur en cadmium, il faudrait décontaminer 90% du territoire ardennais, tout simplement parce que les roches en contiennent de trop.

 

Les métaux lourds peuvent en effet être présents sous des formes fort immobiles, comme constituants naturels des roches, comme précipités insolubles ou être absorbés fortement dans les pores du sol ou dans le réseau cristallin des argiles. Les pesticides ou les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) peuvent être fortement liés à la matière organique du sol. On a pu démontrer que pour des concentrations résiduelles de 500 ppm de ces substances dans le sol seulement 1% pouvait encore entrer dans la phase aqueuse. Et si les bactéries n’arrivent pas à réduire ces concentrations résiduelles dans le sol, c’est parce que les polluants sont immobilisés et inaccessibles. Les risques de contamination des nappes phréatiques par migration sont par conséquent  presque nuls[iv].

Les HAP sont parmi les substances qui ont conduit aux assainissement les plus coûteux. Et pourtant leur caractère cancérigène chez les humains n’est pas prouvé. La substance la plus étudiée pour ses effets sur la santé est le benzo(a)pyrène ou BaP. Le BaP s’est avéré cancérigène et mutagène lorsqu’il a été appliqué à forte concentration dans l’alimentation des rongeurs (seulement pour des concentrations supérieures à 6 300[3] mg/kg). Un effet cancérigène par absorption orale chez les humains n’a cependant pas pu être démontré. Pour les autres congénères de la famille des HAP (tel le fluoranthène) aucune étude épidémiologique n’a pu mettre en évidence un effet cancérigène ou mutagène chez les humains. Ceci est également le cas pour les nombreuses études faites chez les travailleurs des usines de goudron.

 

On commence à trouver dans plusieurs normes le concept de fraction mobile comme critère pour juger de la contamination d’un sol Pour fixer les valeurs critiques des fractions mobiles ce règlement tient compte de la nature minérale du sol, de son pH et de son utilisation future. Ce même règlement spécifie également les plantes ou légumes qui peuvent ou ne peuvent pas être cultivés sur un certain terrain lorsque la fraction mobile d’un élément dépasse une certaine valeur.

 

L’utilisation de différents procédés de lixiviation pour déterminer la fraction mobile se retrouve également dans la législation américaine (US Federal Register, 1990). En Suisse, le nitrate d’ammonium est utilisé comme solvant pour déterminer la fraction mobile et définir des normes.

  

Quant aux normes à appliquer, deux écoles s’affrontaient :

 

– l’école « rigoriste » pour laquelle les Pays-Bas faisaient figure de champion. Afin de garantir un ‘développement durable’ et laisser en héritage aux générations futures un environnement de qualité, la multifonctionnalité des sols doit être préservée ou restaurée, quelque soit l’usage actuel du sol. Le Luxembourg était pendant longtemps un fidèle disciple de cette école.

 

– l’école « casuiste », représentée par les réglementations flamande et canadienne, et maintenant également par la législation allemande. Les fonctions du sol à protéger dépendent de l’usage actuel du sol et de son affectation future. Les allemands ont d’ailleurs rendu obsolètes les listes en usage dans les différents Laender, y inclus la liste Alex2, et n’utilisent plus que les valeurs de la Bodenschutzverordnung de 1999.

 

Même les néerlandais se sont ralliés récemment à cette façon de voir. Le DOOF (Decree on the application of other organic fertilizers-1993) distingue entre différents types de sols pour l’épandage de boues de station d’épuration. L’ancienne liste dite hollandaise avec les valeurs A-B-C  a été remplacée en avril 1994 par une liste de valeurs de base et de valeurs d’intervention où sont données des formules de correction pour différents types de sol. Une mise au point récente communiquée par la Ministre De Boer prévoit désormais des assainissements qui sont fonction de l’utilisation finale du site. Elle espère ainsi que plus de sites seront assainis à brève échéance.

La politique française relative aux sites pollués a été définie dans la circulaire du ministère de l’environnement de décembre 1993. Le principe général de cette politique consiste à affirmer qu’un sol doit être adapté à son usage actuel ou prévu. Il en découle que le degré de décontamination doit être lié au risque potentiel  pour la santé publique et à l’usage futur du site. Il n’y a pas lien automatique entre la concentration en polluants et la priorité d’action ou la technique de traitement. Cette politique a été confirmée dans la Circulaire du Ministère de l’Aménagement du Territoire du 10 décembre 1999. Avant de procéder à l’assainissement il faut passer par une étude de risques avec caractérisation des trois éléments : les sources de pollution, les voies de transfert, les cibles à protéger.

 

La législation luxembourgeoise est muette concernant les critères d’analyse et d’assainissement des sols contaminés. L’Administration de l’Environnement dispose donc d’un pouvoir discrétionnaire et peut imposer, dans ce vide légal et juridique, les normes les plus sévères.

 

Ainsi on peut lire dans un périodique luxembourgeois[v] que pendant longtemps l’Administration de l’Environnement a exigé pour la remise en état des anciens sites d’exploitation des stations service des normes de dépollution (100 mg/kg d’hydrocarbures) qui sont extrêmement sévères. Ne peut-on pas lire dans une norme allemande (Verwaltungsvorschrift über Orientierungswerte für die Bearbeitung von Altlasten und Schadensfällen, Baden-Württemberg, 16.  September 1993) : «400 mg/kg von Kohlenwasserstoffen auf Kinderspielflächen stellen eine Konzentration dar, bei der aus humantoxikologischer Sicht selbst bei der empfindlichsten Zielgruppe (Kleinkinder) und der empfindlichsten Nutzung ( unversiegelte Spielplatzanlagen) nach dem Stand der Kenntnis keine gesundheitliche Gefährdung besteht. » Il faut savoir que 100 mg/kg correspondent à 1 litre d’hydrocarbures répartis dans 10 tonnes de terre. Le bruit de fond normal trouvé dans les sols arables est de 50 mg/kg, et dans certains sols urbains, loin de tout site industriel, on trouve en moyenne 300 mg/kg.[4] Les valeurs d’intervention dans un grand nombre de pays (Pays-Bas, Flandre, Canada, Finlande…) sont d’ailleurs supérieures à 1000 mg d’hydrocarbures par kg de sol sec.

 

On a l’impression qu’on veut nous faire vivre dans un monde stérile[5], sans aucune agression de la part de substances chimiques.

Les sols stérilisés n’apportent aucun bénéfice à la santé. Mais quelles dépenses pour les obtenir ! Les suisses se sont rendus compte de l’aberration que constituait le lavage  avec des acides forts ou la stérilisation et vitrification à 1300° C des sols contaminés et ils prescrivent  maintenant que : ‘Wer Boden aushebt, muss damit so umgehen, dass dieser wieder als Boden verwendet werden kann’[vi]. Le Bundes-Bodenschutzgesetz de 1999 en Allemagne prévoit également que les opérations d’excavation et de décontamination ne doivent pas détruire la fonction naturelle du sol. En plus, on se rend compte que lors des opérations d’excavation et de transport une grande partie des substances organiques, y inclus les PCB, les HAP et les solvants chlorés s’évaporent[vii].

 

Une des observations fondamentales en toxicologie est que l’effet dépend de la dose. Il suffit de soumettre des hommes ou des animaux à des doses élevées de n’importe quelle substance chimique, naturelle ou synthétique, pour voir des effets toxiques ou mortels. A certaines doses l’effet est négligeable ou nul. Ce qui est souvent oublié, c’est qu’en dessous de ces concentrations idéales, on observe de nouveau des effets néfastes sur la santé (l’eau distillée est toxique), parce que beaucoup de substances ou de métaux sont nécessaires au métabolisme humain et appelés éléments essentiels, ou pour le moins que l’organisme s’est habitué sans problème à certaines concentrations naturellement présentes. Ainsi vient-on de découvrir récemment que le corps humain génère ses propres dioxines en quantités plus grandes que celles qu’il absorbe par l’alimentation.[viii]

La hantise des sols pollués des américains et des européens étonne en tout cas les universitaires du Tiers-Monde. Dans des pays ou des centaines de milliers de personnes meurent à cause des problèmes de pollution de l’eau (20 millions de morts par année), notre souci presque maniaque de nettoyer les sols fait rire jaune, parce que personne en Amérique ou en Europe n’est encore mort, ou même devenu malade, des suites d’une exposition à des sols pollués. Que de milliards dépensés pour une hypothétique protection des générations futures, alors que des enfants qui meurent aujourd’hui à cause de problèmes de pollution de l’eau potable  n’intéressent personne.

 

Laissons les sols légèrement pollués s’assainir eux-mêmes.

 

Pierre Lutgen

docteur en sciences


[1] The panel discovered no cases of acute health effects. In regard to chronic health effects such as cancer, the panel concluded that to date none of the investigations has provided sufficient evidence to support the hypothesis that a causal link exists between exposure to chemicals at a disposal site and latent or delayed adverse health effects in the general populace. As one congressman stated .  « If there were in fact decades-old  time bombs tick-ticking away across the land, we would expect by now some ‘explosions’ detectable to epidemiologists. The only effects so far noticed are the psychological trauma caused to the people living in the vicinity of these sites or to the people who have been relocated to other communities. »

[2] Im Deutschen kann man folgende Definitionen festhalten:                – Grenzwert : gesetzlich festgesetzter Höchstwert                – Referenzwert : Hintergrundwert, Background-Wert                – Prüf- oder Schwellenwert :  Beurteilungshilfe  für weitere Untersuchungen im Einzelfall                – Massnahmenwert : Gefahrenwert, Höchstwert, Interventionswert, Eingreifwert.

[3] D.Gaylor et al., Risk.Anal., 02,  81, 2000.

[4] L.Bradley et al., Journal of Soil Contamination, n° 340059, https://www.crcpress.com

[5] Car soumettre le sol à des traitements thermiques à haute température, comme cela s’est fait pour les terres contaminées de l’usine de Hollerich, en fait une matière stérile qui selon la législation de plusieurs pays est à considérer comme un déchet pour lequel on doit trouver de nouveaux procédés d’élimination


[i] M.Wilkens, TerraTech, 27,2,1997.

[ii] EGKS Forschungsvorhaben Nr. 7261/03/484/01

[iii] P.H.Brownet al., Z.Pflanzenernähr.Bodenk., 152, 85,1989.

[iv] Ph.Delorme, Conference ConSoil Edinburgh 18-20 May 1998.

[v] D’Handwierk, 3-4, 19, 1997.

[vi] Umweltschutzgesetz, 1.Juli 1997.

[vii] J.Chiarenzelli, Environmental Health Perspectives, 106-2, 47,1998.

[viii] P.Schrey et al. Ruhr Universitaet Bochum, htpp:www.hygiene.ruhr-uni-bochum.de, 11.3.1997

SIDA-VIH: une scandaleuse imposture

septembre 30, 2007

 Le SIDA est une poule aux œufs d’or !

Ministre de la Santé, Botswana. 

En avril 2000, le Président Mbeki d’Afrique du Sud a tenté d’élargir la discussion relative au SIDA et au VIH. Le Ministère de la Santé de son pays posait en effet des questions fort pertinentes          La relation entre le VIH (virus d’immunodéficience humaine) et le SIDA n’a jamais pu être démontrée.         Où est l’épidémie annoncée en 1980 pour les Etats-Unis et l’Europe ?         Le SIDA est-il sexuellement transmissible ?         Où est la preuve de l’efficacité des médicaments anti-rétroviraux ? Qui les a approuvés ?         Ne sont-ce pas ces médicaments extrêmement  toxiques qui tuent plutôt que le VIH ?         Le test VIH+ n’est pas nécessairement un critère de diagnostic du SIDA. Le président Mbeki n’est pas le seul à mettre en question la réalité du SIDA. Vouz pourrez trouver sur internet l’avis de toute une panoplie de docteurs en sciences ou en  médecine de différents pays qui nient carrément l’existence du virus du SIDA : KB Mullis, Prix Nobel 1993, San Diego, USAM de Castro-Costa, Ceara, BrésilPH Duesberg, Berkeley, USACL Geshekter, California, USANM de Villegas, Bogota, ColombieRA Giraldo, Medellín, Colombie.N Hodgkinson, Oxford, England E Papadopulos, Perth, AustraliaM Deru, Namur, BelgiqueFE Leon, Bucaramanga, ColombieV Zaninovic, Cali, ColombieD Rasnick, New-York, USAS Lanka, Aachen, AllemagneE de Harven, Toronto, Canada.RG Hamer, Cologne, AllemagneMG Sotelo, Galicia, Espagne.A Hässig, Berne, Suisse.G Stewart, Glasgow, Grande-Bretagne[1]  Contrairement à ce qu’on nous fait croire, le virus du SIDA n’a jamais été isolé. Les photos qu’on nous montre sont celles de retrovirus endogènes qu’on trouve chez tout être humain, qui font partie de 2% de notre génome et qui ne causent jamais de maladie. Ou encore des photos obtenues non pas sur du sang frais, mais sur des photos de cultures de laboratoire où on prétend trouver des virus exogènes infectieux ou plutôt des fragments de VIH.. L’illusion a été alimentée a bon escient par les disputes en 1983 entre le chercheur américain Gallo et le chercheur français Montagnier qui prétendaient chacun avoir été le premier à découvrir le VIH. Même Reagan et Chirac intervenaient dans la dispute. La presse s’en faisait un régal et nous étions les dupes. Montagnier a maintenant confessé à une réunion au Parlement Européen le 8 décembre 2003 qu’il n’avait jamais vu de ses propres yeux le VIH sous un microscope électronique. Jamais il n’a pu inoculer le virus à un tissu vivant sain et dénoter les effets du SIDA. Le Dr Popovic, collaborateur du Dr Gallo, avait déjà révélé à la XII conférence mondiale sur le SIDA à Genève que le laboratoire du Dr Gallo avait manipulé les essais de détection du virus. Pourtant combien de photos en couleur sur papier glacé ne nous a-t-on pas montré de ce virus ? C’est vouloir avec des images totalement artificielles transmettre un message limpide et percutant pour le grand public et le monde médical : vous voyez, ce virus existe. Les mauvaises langues disent que la maladie du SIDA fut inventée après le succès électoral de Ronald Reagan.en 1981 et offerte comme « cadeau » aux laboratoires bio-médicaux et sociétés pharmaceutiques, et aux grosses organisations charitables comme Wellcome Trust Corporation qui avaient financé sa campagne électorale. Un peu comme George Bush offrait à son ami Ronald Rumsfeld la grippe aviaire pour que celui-ci puisse vendre son Tamiflu.  De suite après l’élection de Ronald Reagan, le San Francisco Chronicle parlait en première page des travaux de Michael Gottlieb qui avait identifié cinq personnes malades d’une maladie nouvelle caractérisées par un système immunitaire affaibli, qu’il appela SIDA. Il s’avéra par après que 4 de ces personnes avaient souffert de l’hépatite, 2 avaient eu une pneumonie, tous étaient des drogués. En 1982 le Center for Disease Control (CDC), la Food and Drug Administration (FDA) et le National Institute of Health (NIH) mettaient en place un système de prévention et de lutte contre le SIDA, sans la moindre preuve scientifique. Le tout fut orchestré par une grande conférence de presse et en 1984 Margaret, Secretary of Health pour Ronald Reagan annonçait que le Dr. Gallo avait détecté le rétrovirus causant le SIDA. C’est pour la première fois dans l’histoire humaine que des gens intéressés par l’appât du gain ont réussi à créer de toutes pièces une maladie infectieuse qui n’existe pas. Les statistiques du SIDA constituent une superbe vitrine du travail de prestidigitation auquel peut se livrer un statisticien intelligent. Citons quelques uns de ces trucs d’illusionniste. Le premier utilise la technique du cumul des données qui n’a d’autre intérêt logique que de grossir la réalité des chiffres, Ainsi, plutôt que d’établir le nombre de nouveaux cas apparus, on préfère vous donner le nombre cumulé de cas rapportés depuis le début du phénomène. Cela a plus d’impact, et avec un peu de chance le chiffre peut même être pris pour une donnée annuelle.Une seconde technique, généreusement utilisée, est de changer la base de référence, spécialement lorsque les chiffres ne répondent pas aux attentes. Dans le cas du SIDA, 29 différentes maladies, toutes connues préalablement à l’apparition du SIDA, ont été intégrées à la définition du syndrome d’immunodéficience. Et ne se pourrait-il pas que dans beaucoup de cas l’immuno-déficience soit due à des raisons génétiques ? Des travaux de recherche faits conjointement par l’Université de Fribourg, l’Université de Rotterdam et l’Université de Antioquia en Colombie pointent dans cette direction. Mais y a-t-il réellement une explosion exponentielle des cas de SIDA depuis la « découverte » de cette maladie en 1980 aux Etats-Unis ? En 1985  le UK’s Royal College of Nursing avait prédit qu’un million de personnes en  Grande-Bretagne auraient le SIDA dans les six années à venir. Quelle est la situation réelle vingt ans après ? En Europe le nombre de cas est en stagnation ou en décroissance. Ainsi par exemple, les travaux du professeur B. Hirschel de l’Hôpital cantonal universitaire de Genève[i] montrent que le nombre de nouveaux cas de séropositivité VIH découverts par an  à Genève a diminué de 390 en 1991 à 105 en 2002.  En Allemagne il y aurait eu 600 décès dus au SIDA en 2004[ii]. Le nombre des tests positifs pour le VIH diminue constamment. Ce qui est en contradiction avec l’affirmation des années 80 où on nous parlait d’un virus extrêmement contagieux et nous montrait des courbes exponentielles ( un peu comme pour le climat actuellement) Cette évolution est similaire à celle notée aux Etats-Unis[iii]. En 1991 on détectait 60 573 cas de SIDA et en 2002 seulement 40 267. Depuis 2000 le nombre de décès dus au SIDA est relativement constant autour de 17 000 par année. (Rappelons que dans le monde chaque jour 17 000 enfants meurent par suite de maladies dues à la mauvaise qualité de l’eau qu’ils consomment. Ces enfants sont principalement de race noire ou jaune). En Argentine la mortalité due au SIDA est également en baisse depuis la panique des années nonante (www.buenosaires2010.org.ar). En Ukraine, sur une population de 52 000. il y 170 cas de SIDA reconnus mais 560 chercheurs qui travaillent sur cette maladie. (http://free-news/cobruk01.htm). Une autre source d’information intéressante est l’armée autrichienne. Les tests faits sur 100 000 donneurs de sang les tests VIH n’ont donné  une réponse positive que chez 6 jeunes conscrits.  En ce qui concerne l’Afrique, nous croyons que lorsque l’UNAIDS nous annonce qu’il y a 26 millions de cas de SIDA en Afrique, c’est parce qu’il les a comptés. C’est faux. Personne ne peut savoir l’état de santé de l’Africain moyen tout simplement parce que la vaste majorité des Africains n’ont jamais eu de contact avec le système de santé. Donc, l’ONU utilise des modèles pour faire des estimations. Ou encore se base sur des symptômes.  L’immunodéficience existait en Afrique longtemps avant les Américains ne « découvrent » le SIDA. Mais les services de santé africains acceptent, eux, aussi bien que leurs gouvernements,  les chiffres publiés par les médias. C’est beaucoup plus facile d’obtenir une aide internationale par ce biais que pour les maladies africaines telles que la tuberculose, la malaria, le choléra ou la diarrhée qui tuent beaucoup plus et plus banalement. Ou encore serait-ce que nous utilisons l’excuse d’une maladie incurable dont les Africains sont responsables comme les bourgeois du dix-neuvième siècle disaient que les pauvres l’étaient à cause de leur mauvaise vie, de leur saleté, de leur paresse ? On relie le chiffre de 26 millions de cas de SIDA aux mœurs dissolues des Africains. Mais cette rumeur n’est pas vérifiée par les faits : des enquêtes faites chez des milliers d’Africains montrent que le taux d’infidélité n’est que 3.2 % alors qu’il est de 17 % chez les Français. Rn plus on est presque sûr aujourd’hui que le SIDA n’est pas une maladie sexuelle[iv]. Il est extrêmement difficile de transmettre le SIDA d’un homme à une femme ou d’une femme à un homme. Le condom est inutile . Il n’existe qu’une pratique sexuelle où la transmission serait possible : le sexe anal réceptif. Une autre preuve du manque de lien entre SIDA et maladies sexuellement transmises (MST) peut être trouvée en Thailande. A Bangkok, le nombre de personnes affectées de MST est astronomique, mais le SIDA y est rare. Dans le Nord du pays cependant, où il n’y a pas ou peu  de MST beaucoup de personnes sont séropositives. Il faut savoir que la consommation de drogues dures y est fort élevée dans le Triangle d’Or. Aucune étude épidémiologique contrôlée n’a  à ce jour démontré que le VIH causait véritablement le SIDA. Le VIH a seulement été mis en évidence dans des expériences de laboratoire. Jamais on ne l’a isolé chez un patient du SIDA. Jamais le VIH n’a été transmis par une mère à son bébé, ni pendant la grossesse, ni pendant l’accouchement, ni pendant l’allaitement,  mais la malaria bien.Un chercheur[v] de Wellcome Trust a même découvert en 2005 que les enfants séropositifs avaient une longévité plus grande que les autres. Serait-ce qu’un test positif au VIH indique tout simplement que cette personne a un système immunitaire plus actif ? Le test mis au point par Gallo requiert  en effet une dilution du sang d’un facteur 400. Sinon tout le monde s’avèrerait séropositif. Vous et moi aussi ! Comme l’a dit Kary Mullis, prix Nobel de chimie en 1993 : « S’il y avait des évidences que le SIDA était causé par le virus HIV, il devrait y avoir des documents scientifiques démontrant ce fait. Un tel document n’existe pas ! » (Sunday Times, 28 nov. 1993). Comme le disent beaucoup de scientifiques, le soi-disant HIV ne répond pas aux critères des Postulats de Koch qui doivent être appliqués lors l’attribution d’une maladie à microbe ou virus particulier. Le US National Institut of Health, Office of Scientific Integrity parle même de fraude scientifique pour les travaux de Gallo. Sachant qu’extrêmement peu de tests sont réalisés en Afrique à cause de leurs coûts élevés, on doit se demander sur quelle base sont faites ces estimations. Il existerait plus de soixante conditions médicales différentes pouvant occasionner une réponse positive aux tests de détection d’immunodéficience HIV : malaria, hépatite, tuberculose, parasites, malnutrition, cirrhose alcoolique, arthrite rhumatoïde, consommation de drogues, grossesse, syphilis, grippe, cancer, lèpre, rhum. En fait on peut dénombrer 70 conditions qui peuvent conduire à une réonse positive aux tests. En, fait la cause majeure est la malnutrition. car la déficience en vitamine A, B6 ou C, en zinc, sélénium ou cuivre peut conduire séparéement ou conjointement à un test VIH positif. La mort par SIDA ne serait finalement que l’épuisement extrême de l’immunité chez l’homme. Et le meilleur remède une nutrition saine et abondante. Car chez les classes africaines aisées le taux de fréquence su SIDA n’est pas plus élevé que chez les Européens[vi]. Lorsqu’on observe attentivement la carte des zones de prévalence de la malaria dans le monde entier présentée par l’OMS, il est intéressant de remarquer qu’elle recouvre presque exactement celle de l’épidémie du SIDA.  On nous dit que le test HIV est très fiable, à 98%. Cela veut dire que si on l’appliquait à une population de 400 000 personnes au Luxembourg, on détecterait le HIV chez 8 000 personnes qui ne sont peut-être pas affectées. Quel malheur pour ces gens ! Ils risquent de mourir de honte, de panique, de peur, de désespoir et de rejet social. Il existe trois tests pour le HIV : ELISA, Viral Load et Western Blot. Certains pays considèrent le ELISA comme peu fiable et en cas de réponse positive à ce test demandent une confirmation par le Western Blot. Dans d’autres pays par contre, comme en Angleterre, le Western Blot est interdit. Aux Etats-Unis il faut quatre réponses positives au test ELISA pour être déclaré séropositif. Utiliserait-on peut-être ces types de test pour convaincre les gens qu’ils vont mourir du SIDA, afin qu’ils achètent des médicaments hors de prix qui les rendront désespérément malades, et les tueront plutôt que les guérir ? Il est important de prendre conscience du fait qu’en Afrique aucun test n’est requis pour le diagnostic de SIDA. Toute maladie déclarée pendant plus d’un mois et manifestant certains symptômes est automatiquement répertoriée comme telle. La plupart de ces maladies ont toujours existé. Les malades du SIDA présentent souvent un affaiblissement des muscles du squelette, qui serait plus dû à  un cocktail de médicaments toxiques (azidothymidine, zidovudine, abacavir, névirapine)  qu’à la maladie elle-même[vii]. Le plus connu d’entre eux est l’AZT qui été mise sur le marché en 1982 de façon précipitée sans les contrôles généralement requis pour de nouveaux médicaments. La molécule de l’AZT avait été inventée en 1962 à Détroit, à une époque où on croyait pouvoir soigner le cancer à l’aide d’antimétabolites. .Considérée à l’époque comme poison inadapté au soin des humains, l’AZT fut jetée aux oubliettes. La grande victoire des laboratoires fut de faire admettre en 1982 cette chimiothérapie lourde à titre prophylactique (préventif) sur des personnes souvent en parfaite santé. L’étude Concorde publiée le 1er avril 1994 dans The Lancet et portant sur 1837 malades avait clairement montré que l’AZT ne retardait pas les symptômes du SIDA et qu’il y avait plus de morts parmi les personnes prenant ce médicament. Malgré le résultat de nombreuses autres études[viii]  démontrant l’inefficacité et la nocivité de l’AZT celle-ci ne fut pas retirée du marché. Le film « Constant Gardner » insinue même que les sociétés pharmaceutiques utilisent des associations humanitaires pour tester de nouvelles formulations sur les Africains à l’insu de ceux-ci. Etrange est en effet le soutien du NIH américain (National Institutes for Health) pour les essais d’un nouveau médicament, la « Viramune » sur les femmes enceintes[ix] en Afrique du Sud, bien que ce médicament ait déjà montré de nombreux effets désastreux sur la santé (sur l’appareil digestif, le foie, la peau[x], les nerfs[xi]). L’expert qui a voulu étaler ce scandale sur la place publique, le Dr Jonathan Fishbein, a été limogé (lire les détails de l’affaire dans l’article de J Solomon dans le Washington Post du 4 juillet 2005). Il faut dire que les enjeux sont de taille. Le médicament a rapporté 310 millions d’euro à son fabricant en 2003. Le Washington Post a révélé un autre scandale : Pfizer Pharmaceuticals a fait en 1996 des essais avec l’antibiotique expérimental Trovan sur des enfants au Nigeria, conduisant à la mort de nombreux enfants. Suite à ces résultats désastreux la FDA (Food and Drug Administration) n’a jamais voulu approuver le Trovan sur le territoire américain. On n’est pas loin de ce que le film The Constant Gardner nous a montré. Signalons que la société Burroughs-Wellcome qui fabrique l’AZT, fabriquait également jusqu’en 1990 les aphrodisiaques aux nitrites. Ceux-ci sont immunosuppresseurs, cancérigènes et fortement toxiques. Les médicaments qui prétendent guérir du SIDA sont horriblement chers. Un cocktail typique pour le traitement d’une année coûte autour de 12 000 €. Même si on les offrait au prix coûtant ou comme médicaments génériques, ces traitements sont inabordables pour l’Africain moyen. Dans la plupart de ces pays le PIB moyen est de 400 € par personne. Rappelons que pour sauver la vie d’un enfant affecté de la malaria (3 millions de morts par année) ou de la diarrhée (8 millions de morts par année) il suffit de 1 à 2 €.  Sur des traitements aussi bon marché et aussi efficaces les sociétés pharmaceutiques ne peuvent rien gagner. Pourquoi ce silence autour d’un mythe ? Les chercheurs des laboratoires travaillant sur le SIDA gardent le silence parce qu’ils risqueraient de perdre la manne des subsides, les médecins de UNAIDS perdraient la face, l’industrie du condom ferait faillite, l’OMS apparaîtrait comme ridicule et devrait tout à fait restructurer ses réseaux d’aide médicale, les sociétés pharmaceutiques perdraient des revenus substantiels, l’Eglise aime trop garder en réserve ce puissant levier pour imposer une morale sexuelle plus stricte et les gouvernements des pays sous développés savent très bien qu’il est beaucoup plus facile d’obtenir des subsides pour lutter contre le SIDA que contre la malaria ou la diarrhée et les médias n’avouent jamais qu’ils se sont trompés ou qu’on les a bernés. L’homme de la rue tout seul ne voudra pas avouer qu’il s’est laissé duper et arnaquer. La désinformation orchestrée par certains groupes d’influence dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Elle a permis de collecter de colossales subventions provenant en majeure partie de l’argent public. Le lobby du SIDA ne peut plus faire marche arrière, au risque de faire éclater le plus énorme scandale médical de tous les temps. Surtout quand il se déguise sous le manteau de la charité et de la morale.  En 2003 le président Bush a fait voter un budget de 15 milliards de dollars pour la lutte contre le SIDA dans le monde. Plusieurs pays se sont vite rendus compte qu’il s’agissait d’un cadeau empoisonné. L’octroi de cette manne était lié à un certain nombre de conditions : achat de médicaments et de condoms, mais également des contraintes morales telles que l’interdiction de la prostitution et de l’avortement. Le président Lula du Brésil a refusé cette aide. Un cadeau empoisonné en effet, car la FDA (Federal Drug Administration) qui émettait dans le passé des avis de précaution concernant les nouveaux médicaments, est depuis l’ère GW Bush aux services de l’industrie pharmaceutique[xii]. Elle ne doit soumettre ses décisions à aucune autre instance publique pour vérification. Quelle différence avec le système européen REACH où le producteur de tout nouveau produit chimique (non nécessairement pharmaceutique) doit démontrer à priori son innocuité. La situation est similaire pour d’autres phobies collectives ; le rythme auquel celles-ci sont mises sur le marché des médicaments s’accélère. La fièvre porcine est morte d’elle-même sans causer de morts collatérales. En 1999 le virus du Nil (MNV) avait fait son apparition à New-York et créé la panique. +46 Américains seraient morts de cette maladie.  La société pharmaceutique OraVax dirigée par un adjoint du maire de New-York Giuliani a pu gagner des millions de dollars en subsides pour la recherche. Fin 2001 quelqu’un envoya des enveloppes contenant le bacille de l’anthrax, en provenance du laboratoire militaire de Fort Derrick, à quelques personnalités et organisations américaines. Dans une première étape ceci permettait de stimuler les actes hostiles contre la population musulmane aux Etats-Unis, mais très vite également certains produits pharmaceutiques tels que l’antibiotique Cipro  virent des records de vente. En 2003 la pneumopathie SARS faisait la une des media. On dénombre à ce jour 119 décès dans le monde dus à cette maladie. On n’en parle plus guère. La grippe aviaire est la plus récente de ces psychoses. Il est difficile de savoir s’il y a réellement eu mort humaine due à ce virus, mais les fabricants du Tiramiflu (D. Rumsfeld est un des actionnaires de cette société) se frottent les mains. Comme dans le cas des autres paniques le Luxembourg n’est pas à la traîne et remplit les caves de la villa Louvigny de ce médicament sans doute inutile. Mais il n’y pas seulement les bénéfices pour les sociétés pharmaceutiques. Une maladie animale bien gérée peut également générer de belles retombées. En 2001 les Britanniques ont du massacrer  4 millions de vaches pour prévenir une épidémie de fièvre aphteuse, maladie dont les vaches ne meurent généralement pas. Tyson Foods, le plus grand producteur de viande bovine aux Etats-Unis, en a profité pour alimenter les supermarchés anglais en viande congelée. On ne parle plus guère des quelques vaches folles qui elles  également ont entraîné un  massacre bovin. La situation est identique dans le cas de la grippe aviaire. Les pays asiatiques ont à ce jour éliminé 40 millions de poulets. Tyson Food de l’Arkansas a de nouveau sauté dans la brèche. Il n’y a qu’un député russe qui a eu le courage et la lucidité de déclarer devant la Douma que la grippe aviaire a été inventée par les Américains qui veulent dominer le marché de la volaille mondiale. Heureusement qu’il reste la voix de quelques hérétiques[xiii] ? 

Pierre Lutgen

Docteur en sciences 
 

lutgenp@gms.lu


[1] Recommandans également les livres de John Lauritsen, The AIDS War ; Ian Young, The AIDS Cult ; Robert Willner, Deadly Deception ;Peter Duesberg, Inventing the AIDS Virus; Jad Adams, AIDS: the HIV Myth ; Robert Root-Bernstein, Rethinking AIDS.


[i] http://www.geneve.ch/social/presse/sida.html

[ii] http://www.efg-hohenstaufen.de

[iii] http://www.avert.org/usastaty.htm

[iv] Robert Koch Institut, 6. Deutscher Aids-Kongress 1996

[v] Liz Corbett, London School of Hygiene and Tropical Medicine

[vi] http://www.robertogiraldo.com

[vii] MC Dalakas et al., N Engl j Med. 322, 1098, 1990 ; P Chariot et al., Neuromuscul Disorders, 1, 337, 1991.

[viii] M Seligman et al., The Lancet, Apr 9 343 (8902) 866-7, 1994.

[ix] P Sidley, BMJ, 327, 7410, 2003.

[x] OJ Daniel et al., J Nat Med Assoc., 97, 1719, 2005.

[xi] ME Jan Wise, British Medical Journal, 324, 879, 2002.

[xii] Ken Suggs, Washington Post, Jan. 19, 2006.

[xiii] J Cl Roussez, « Sida, supercherie scientifique et arnaque humanitaire », ISBN 2874340162 et Harvey Bialy, « Oncogenes, Aneuplody and AIDS », 2004 ; M Leitner, « Mythos HIV », ISBN 3-935111-28-2

Qui est sémite?

septembre 30, 2007

  Une publication récente d’un journal scientifique américain[i] montre que les Hébreux  et les Palestiniens sont très proches du point de vue génétique et sont de la même famille. Ce travail scientifique a été fort critiqué par certains milieux sionistes, car il impliquerait  que le conflit entre les deux peuples est d’ordre culturel et religieux plutôt que racial. Le professeur espagnol qui est à la tête d’une équipe de recherche en immunologie de renommée internationale a dû démissionner du comité de rédaction de la revue où l’article avait été publié et l’article a été retiré de cette revue scientifique. Les pressions exercées sur le journal étaient d’ordre purement politique car personne n’a pu mettre en question les résultats scientifiques de ce travail génétique. Le monde scientifique regrette bien sûr que des pressions politiques sur les scientifiques conduisent à des méthodes faisant penser à l’Inquisition, aux créationnistes américains,  au Kulturkampf de Bismarck, à Galilée et aux docteurs en sciences juifs auxquels on enlevait leur titre dans l’Allemagne des années 1930. [1] Le résultat de cette recherche est étonnant, vu que le métissage de la population juive au cours des siècles était assez important ; notamment avec les populations du Nord de l’Afrique et les Berbères. Or,  l’origine de ces derniers remonterait à l’émigration des Cananéens. Les récits talmudiques et rabbiniques font état, en effet, d’une migration  des habitants de Canaan vers l’Afrique du Nord. Ibn Khaldoun au XIV° siècle reprend cette affirmation : «  Les Berbères sont les enfants de Canaan, fils de Cham, fils de Noé ». Certaines de ces tribus berbères ont probablement été judaïsées lors des multiples émigrations juives en Afrique du Nord. On retrouve des composantes chromosomiques des ces populations berbères et séfarades chez de nombreux habitants des îles Madère et Azores[ii]. L’origine commune des trois religions qui se réclament d’Abraham est le pays de Canaan autour de Jérusalem – Urushalim. « Vous êtes nés au pays de Canaan, votre père était un Amorite et votre mère une Hittite » (Ezechiel, 16:3). Les dénominations «  arabe » et « hébreu » sont proches phonétiquement et proviendraient toutes les deux du mot araba qui dans les deux langues signifie nomade du désert. Les Sémites ne sont pas une race mais une communauté de langues : cananéen, philistin, araméen, hébreu, arabe. C’est un peu ce que le compositeur Daniel Barenboim veut reconstituer avec son orchestre qui est une fédération d’Israéliens, de Palestiniens, de Jordaniens et d’Egyptiens. Les Cananéens étaient de la même famille que les Phéniciens. Certains disent qu’ils sont des descendants de l’empire minoen chassés de Crète. Ceci expliquerait la technologie militaire fort développée des Cananéens.   Les garnisons abandonnées en Palestine après l’occupation égyptienne se sont également mêlées à la population locale. Les Sémites, Palestiniens et Juifs d’aujourd’hui sont génétiquement proches des Crétois et des Egyptiens.  Les origines de la communauté juive datent de l’an mille avant JC. Aucune trace archéologique ne confirme leur existence avant cette date., ni en Egypte, ni dans le désert, ni en Mésopotamie. Vers l’an 1000 certains villages cananéens se sont distingués des autres villages cananéens, notamment parce qu’ils ne faisaient pas l’élevage de porcs.  Lentement ces communautés se sont cristallisées dans les royaumes de Juda au Sud et d’Israël en Samarie vers 900 avant JC. D’autres théories circulent sur l’origine des différentes communautés juives du monde. Arthur Koestler, lui-même un grand auteur juif, avait créé  de grands remous en démontrant que les juifs ashkénazes de Russie, de Pologne et d’Allemagne (et de ceux qui vivent aujourd’hui en Amérique) descendaient des Kazars, une tribu de Crimée et de l’Oural qui s’était convertie au judaïsme au Moyen Age. Les juifs sépharades d’Espagne ou du Maghreb seraient les vrais descendants de la diaspora. La question sur l’origine génétique des juifs ashkénazes est d’autant plus brûlante qu’ils représentent 80% de la population israélienne. Selon le Dr David Goldstein de l’University College of London la communauté ashkenazi est une mosaïque de populations d’origines diverses.  Ou comme dit Paul Elsen, un autre Juif britannique : «  La plupart des Palestiniens d’aujourd’hui ont probablement plus de sang hébreu dans le petit doigt que la plupart des Juifs occidentaux dans tout le corps ». Une autre étude récente veut démontrer que les Sémites sont apparentés aux Kurdes[iii]. Une étude portant sur chromosomes Y de 526 personnes du Moyen Orient (Juifs ashkénazes, séfarades, kurdes, Arabes de Palestine, Bédouins). Montrerait que les Juifs séfarades et kurdes ne peuvent pas être distingués les uns des autres, ils sont différents des juifs ashkénazes. Chez ces derniers l’apport de gènes d’autres populations européennes semble important. Une autre étude[iv]  encore portant sur des analyses de différents constituants du sang chez des Juifs de différentes origines montre une situation fort complexe : les Juifs yéménites sont fort proches des Arabes yéménites, les Juifs kurdes du Nord de l’Iran et de l’Irak ressemblent génétiquement aux Kurdes de l’Iran, mais les Juifs du Sud de l’Irak en diffèrent considérablement. Les Juifs éthiopiens à peau noire sont proches des Somaliens mais pas des Sémites[v]. Des fondamentalistes rabbiniques veulent de force démontrer la spécificité de la race juive et sa persistance au cours des millénaires. Le Albert Einstein College of Medicine se lance dans un projet de caractérisation du génome juif. C’est une approche très dangereuse. Elle fait penser à d’autres essais du début du siècle passé visant à démontrer la pureté de la race aryenne.  Jared Diamond, l’auteur juif américain de renommée mondiale, s’insurge contre ces études sponsorisées par les rabbins conservateurs. Elles peuvent conduire à des résultats inquiétants comme ceux d’un sondage publié en mars 2006 et réalisé par l’Institut Israélien Geocartographia : 68 % des Juifs israéliens refuseraient de vivre dans le même édifice qu’un Arabe Israélien, 48  % ne laisseraient pas entrer un Arabe dans leur maison, 41 % aimeraient qu’il y ait ségrégation dans les lieux publics (cafés, magasins, piscines…) et 18% avouent qu’un sentiments de haine les prend quand ils entendent parler arabe[vi]. Steven Pinker[vii], professeur américain d’origine juive lui aussi, dit que l’espèce humaine est une espèce restreinte, ou encore ce qu’un biologiste appellerait une espèce avec très peu de sous-espèces. Chez tous les hommes 99,9% de gènes sont les mêmes. Chez les singes le spectre des variations est beaucoup plus large.  

Malgré ce fait la biologie nous a permis de constater une variabilité extraordinaire, insoupçonnée il y a une dizaine d’années, des caractères que nous pouvons spécifier chez l’homme. La distance biologique entre deux personnes d’un même groupe, d’un même village, est si grande qu’elle rend insignifiante la distance entre les moyennes de deux groupes, ce qui enlève tout contenu au concept de race. Le mécanisme de la transmission de la vie est tel que chaque individu est unique, que les individus ne peuvent être hiérarchisés. La richesse humaine est faite de diversité. Tout le reste est idéologie et fait penser à « Gott mit uns » ou « Gods choosen country ». On est loin en tout cas de ce Albert Einstein[viii] disait en 1964 : » L’attitude que nous adopterons vis-à-vis de notre minorité arabe sera le véritable critère  de notre niveau moral en tant que peuple. Ne devenons pas une shandeh fur die goyim ». Ou de ce que disaient les prophètes juifs « Je t’établis pour être la lumière des nations (Esaïe 49 :6) »

 On sait aujourd’hui sur base d’un livre publié par deux archéologues israéliens[ix] que l’essentiel du récit de l’Ancien Testament est imaginaire. Les plupart des textes ont été écrits 500 ans avant JC. Abraham et les patriarches n’ont pas existé. Les épisodes de Moïse et de la sortie d’Egypte sont totalement infirmés par l’archéologie. La conquête sanglante de Canaan par Josué (sur laquelle s’appuient les colons et leurs alliés fondamentalistes américains pour justifier le Grand Israël) est également légendaire. D’après le journaliste et auteur israélien Uri Avnery «  Il n’y a pas de preuve que l’empire et le temple de David et Salomon aient jamais existé ». Les communautés juives nord-africaines pourraient jouer un rôle important à ce moment critique de l’histoire du Moyen-Orient. Ayant cohabité avec l’Orient et l’Occident, le tiers monde et le monde occidental la communauté sépharade pourrait être appelée à être le catalyseur de catalyseur de la résolution du conflit entre Sémites. Sur la base de ces études génétiques certains disent que les Palestiniens sont en grande partie des Juifs restés au Moyen-Orient après la destruction du IIe temple par les Romains en l’an 76 et  convertis à l’Islam, et cela pour échapper aux répressions exercées sur eux par les Chrétiens durant les premiers siècles de notre ère. En Terre Sainte, les relations entre Juifs et Chrétiens ont, d’entrée, été exécrables. Les Chrétiens ont accusé les Juifs d’être déicides et ont voulu masquer l’origine juive de leur religion et pourtant Marie et Joseph étaient juifs. Les persécutions sanglantes commencent dès que le christianisme devient religion officielle au IVe siècle. Mais aujourd’hui persécuteurs et opprimés ont changé de bord et si Jésus le Sémite avait le choix pour naître aujourd’hui il opterait peut-être pour ses frères de race du camp de Jenine ou pour les quelques Palestiniens chrétiens  qui restent sur leur terres malgré les humiliations, plutôt que pour les tankistes de Tel Aviv. Et si être juif était quelque chose de plus fondamental et de plus important que les liens génétiques ou territoriaux. Ou comme dit Avraham Burg, ex-porte parole de la Knesseth : un Israélien a presque perdu sa judéité. Car la judéité était née dans la diaspora : Abraham découvre Dieu loin de son pays, les 12 tribus vivent en exil,  la Torah est reçue dans le Sinaï. La parole a été remplacée par l’épée. Ceux qui étaient la lumière du monde sont devenus des constructeurs de clôtures.   Pierre LutgenBachelier en philosophie thomiste


[1] Tout cela fait fort penser à un autre événement récent de ce type. Les universités de Chicago et de Harvard ont exigé que deux professeurs enlèvent le logo de l’Université d’un article qu’ils ont publié sur les relations entre les Etats-Unis et Israël. John J.Mearsheimer est directeur du Programme de Sécurité Internationale à Chicago et Stephen M. Walt est doyen à la Kennedy School. Ils montraient que la politique extérieure des Etats-Unis est contrôlée par le lobby sioniste.  


[i] A. Arnaiz-villena, N. Elaiwa, C. Silvera, A.Rostom, J.Moscoso, E. Gomez, L.Allende, P.Varela, J.Martinez “The Origin of Palestinians and their Genetic Relatedness with other Mediterranean Popuplations”, Human Immunology 62, 899-900 (2001).

[ii] R Gonzales et al, Human Genetics Laboratory, University of Madeira, Funchal.

[iii] A. Nebel et al, Am Journal Hum Genet 70, 1594, 2002.

[iv] D Tills et al., Ann Hum Biol, 4, 259, 1977.

[v] MG Thomas et al.,Am J Human Genet, 70, 1411, 2002.

[vi] The Guardian, Friday March 24, 2006.

[vii] Steven Pinker, The blank Slate, Penguin, 2004

[viii] A Einstein, Ideas and Opinions, Modern Library, New York. 1964

[ix] N A Silberman et I. Finkelstein, « La Bible dévoilée ».