BIODIESEL

Le Biodiesel, dangereux pour la santé et l’environnement ?

Economiquement une ruine

On nous fait croire que le biodiesel ou l’éthanol dérivé de produits agricoles présente une alternative intéressante aux énergies fossiles. Les études publiées par des chercheurs de l’Université de Cornell et de l’Université de Berkeley montrent cependant que l’éthanol produit à partir de maïs requiert 129 %  d’énergie fossile pour sa production, celui produit à partir de paille ou de bois 150% et celui produit à partir de fleurs de tournesol 217 %. Ou en simplifiant, pour produire un litre de biocarburant il faut 2 litres de gasoil. Si un litre d’essence contient 40 mégajoules, un litre d’éthanol n’en contient que 29, ou, en d’autres mots, avec un litre d’éthanol on ne fait que les deux tiers du chemin que l’on fait avec un litre d’essence. En plus les émissions des voitures roulant à l’éthanol ne sont pas anodines : fortes émissions de produits nitrés et d’aldéhydes. Les usines de production d’éthanol aux Etats-Unis sont extrêmement polluantes[i]. Deux tiers des produits qui entrent dans les usines de production de biodiesel sortent comme déchets (drêches, résidus cellulosiques, glycol et gaz carbonique). Et des voix s’élèvent pour dire que de subsidier ces formes d’énergie non rentables fait fortement penser aux erreurs de systèmes de planification communiste. Les Etats-Unis ont déjà dépensé 2 milliards de dollars en subsides pour les biocarburants. Mais la contribution aux besoins du bioéthanol n’est actuellement que de 1%, et si tout le maïs des Etats-Unis était transformé en éthanol, cela ne fournirait que 6% des besoins en pétrole. L’Allemagne n’est guère à la traîne : les subsides pour biocarburants se montent à 1 milliard € par année.

L’Institut Français des Pétroles calcule que pour toutes ces raisons cumulées le coût d’un litre de biocarburant est 3 fois supérieur à celui des carburants pétroliers. En plus pour obtenir des rendements intéressants à l’hectare ces monocultures de soja ou de maïs doivent utiliser de grandes quantités d’engrais et de  pesticides, comme le reconnaît Arnaud Apoteker de Greenpeace France : « Seule une agriculture intensive permet de produire des biocarburants financièrement viables ».  Selon le Max Planck Institut de Potsdam, un hectare ne peut produire sous nos climats que 1500 litres de biodiesel ou 1650 litres de bioéthanol.

Dans le domaine des biocarburants  le Luxembourg avait des solutions encore plus irrationnelles. La Superdrekskescht collecte les huiles de friture pour les conduire en camionnette en Autriche pour procéder au cracking dans une usine spécialisée. Il est difficile d’obtenir des chiffres sur le bilan économique de cette opération[ii], mais on peut s’imaginer que le prix de revient d’un tel litre de biodiesel vaut cinq fois celui du mazout de chauffage. Et puis même, toutes nos huiles de fritures transformées en biodiesel permettraient à chaque Luxembourgeois de rouler pendant un jour avec ce produit. Pas plus, à moins de manger plus de frites. Pourquoi ne pas brûler directement ces huiles dans le nouvel incinérateur de Leudelange pour faire de l’eau chaude pour la ville. Nos fours à ciment de la Minette se lècheraient également les doigts pour cette graisse à friture. Sans émettre aucune substance nocive,. Entretemps les transporteurs routiers se régaleront de ces millions de litres de biodiesel subsidié avec notre argent.

Ecologiquement une sottise

En Malaisie, 87% de la déforestation a été provoquée par le développement de plantations de palmiers.. Et même les surfaces agricoles de ces pays qui servaient traditionnellement à nourrir la population locale sont utilisées maintenant pour ce produit d’exportation. C’est une nouvelle forme de colonisation.  A Sumatra et à Bornéo 20 millions d’hectares vont être défrichés pour produire du biodiesel à partir d’huile de palme[iii].Un coup dur pour la biodiversité prônée par le WWF Celui-ci vient d’ailleurs de se rendre compte que sa propre publicité pour le biodiesel conduit à une catastrophe écologique, appelle le biodiesel « diesel de la déforestation » et fait un appel aux autorités allemandes pour freiner l’appétit pour ce liquide en coupant les subsides[iv].  On estime que dans dix ans l’huile de palme pourrait causer l’extinction des orangs-outangs et des gibbons, seuls grands singes d’Asie, d’ici 12 ans en Malaisie.   Le WWF aura réussi ce que le livre de Rachel Carson Silent Spring nous avait prédit, mais nullement à cause de l’utilisation du DDT dans la lutte contre la malaria, mais par la propagation de ces monocultures où les oiseaux n’ont pas de place. Sur le plan national et international les grandes machineries-à-sous vertes auront réussi avec leurs manipulations à causer des désastres économiques, écologiques et humanitaires, chez nous et dans le Sud.

L’an passé, quand des scientifiques examinèrent les plantations de palmiers en Indonésie et en Malaisie, ils devinrent inquiets.  La demande croissante pour l’huile de palme en Europe, suite aux subventions allouées à ceux qui se convertissaient à cette énergie propre, a entraîné le déboisement de grandes étendues de forêt équatoriale en Asie du sud-est.  Des terres de tourbe furent drainées et brûlées pour faire place à toujours plus de plantations de palmiers.  Des quantités importantes d’émissions de dioxyde de carbone furent rejetées dans l’atmosphère.

Les chercheurs de l’Université de Leeds ont calculé qu’à cause des forêts qu’on brûle et  à cause des autres intrants un litre de biodiesel émet en fait neuf fois (9x) plus de CO2 qu’un litre de gasoil fossile. Le Journal Science confirme ces chiffres dans son édition du 17 août 2007.

L’Indonésie est ainsi devenu en peu de temps, le troisième plus important producteur d’émissions de carbone après les États-Unis et la Chine. Tout ça, au nom de l’énergie durable.  Beau paradoxe.  » Ce constat est choquant et annule toutes les bonnes raisons qui nous ont fait choisir l’huile de palme « , indique Alex Kaat, porte-parole de Wetlands, un groupe écologiste hollandais.  Selon les études de certains scientifiques, la production de biocombustible, longtemps considérée comme la pierre angulaire pour l’adoption d’une énergie propre, pourrait parfois créer plus d’émissions dangereuses que les combustibles fossiles. 

Et les impacts sur l’environnement ne sont pas anodins ;  selon une étude du gouvernement écossais publiée en 2006. Les monocultures en vue de la production de biofuels ont un impact sur le sol qui est 5x plus élevé que celui causé par les combustibles fossiles : érosion et inondations, pesticides, nitrates et ammoniac. Les mêmes contaminants  produits chimiques polluent les eaux de surface, l’air et les nappes phréatiques.. Le Golfe du Mexique étouffe sous les nitrates que le Mississipi charrie en provenance des champs du même Middlewest.

Biodiesel et cancer.

Plus grave. Les travaux de chercheurs aux universités de Bochum et de Göttingen  qui ont été publiés en décembre 2006 montrent que les émissions de moteurs fonctionnant à l’huile de colza sont de 10 à 30 fois plus cancérigènes que celle du diesel normal et qu’elles conduisent également à  des effets mutagènes.

Le biodiesel émet de grandes quantités de formaldéhyde cancérigène[v]. comme l’huile de friture.

Les émissions des usines fabriquant du bioethanol émettent beaucoup de composés organiques volatils et de NOx, ce qui conduit à de fortes concentrations d’ozone dans l’air comme on l’a noté dans le Middlewest.

La fabrication de biodiesel utilise de grandes quantités de méthanol, liquide toxique, inflammable et explosif.

Les politiciens de plusieurs pays s’interrogent maintenant sur la pertinence des millions de dollars de subventions qu’ils ont accordés aux industries pour se convertir à ce combustible supposément écologique.  La directive prise en 2003 par l’Union européenne, qui prévoyait que 5,75% des véhicules devraient rouler au biocombustible d’ici 2010, est pour l’instant sur la sellette. Car en subsidiant le gasoil on subsidie le transport par route.

Le gouvernement hollandais a suspendu son programme de subventions offert aux  nouveaux utilisateurs d’huile de palme. Le ministre de l’environnement a aussi annoncé qu’il paierait une compensation aux Indonésiens pour les dommages que la production de l’huile de palme a pu causer à leur pays.

En attendant, le WWF délivre des labels de conformité aux entreprises de Malaisie qui s’engagent « à concevoir des plans d’action afin de promouvoir une production, une commercialisation et une consommation durable ».[vi] Un tel label avec la photo du directeur de l’entreprise à côté du responsable de WWF profite à tout le monde, aux laboratoires de recherche universitaires, aux associations vertes, mais surtout à certaines multinationales Cela s’appelle le «  blanchiment vert. » Les compagnies de transport de pétrole essaient également de profiter de ce business. En route vers l’Europe leurs bateaux vont d’abord chercher à un dock américain encaisser les subsides de ce pays, pour faire ensuite route vers l’Europe où un nouveau subside les attend. Ce juteux trafic s’appelle « splash and dash ».

Un scandale humanitaire

Dans les pays tropicaux où l’on rase et brûle les forêts les peuples indigènes sont les premières victimes.  On les chasse tout simplement de leurs terres. Pourquoi ce silence des associations de défense des droits de l’homme et  des minorités.

L’Europe s’est laissée embarquer avec la directive 200/30/CE qui prescrit 5,7% de biodiesel pour nos voitures en 2010 dans un scandale humanitaire. ( Le Luxembourg se serait même engagé à en mettre 10 %. Toujours premier de classe quand il s’agit de faire une sottise environnementale comme avec les fréons et les HAP).  

Le Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras a sonné publiquement l’alarme le 21 novembre 2006[vii] : »Face à la montée des cours du maïs, le prix du foie gras devrait progresser de près de 10% en 2007. »  Les fabricants de spaghettis s’inquiètent également de la flambée du prix du blé. Et les brasseurs, parce que le prix de l’orge a augmenté de 125 à 235 € la tonne en une année[viii]. Cette flambée des prix des produits alimentaires nous fait sourire en Europe, mais dans les pays du Sud elle tue. Des centaines de millions de gens vivent à la limite de la subsistance.

Il y a plus grave. En moyenne 74 % de l’eau potable de cette terre est utilisée pour l’irrigation. Dans les pays chauds beaucoup plus. Produire du biodiesel, c’est enlever à des millions d’enfants l’eau potable qui manque déjà à des milliards d’êtres humains

Et dans ce cadre une petite usine de biodiesel que le Luxembourg installe à Bettembourg à renfort de subsides et de tamtam médiatique pour utiliser des huiles de palme ou d’autres produits agricoles  nous rend profondément tristes..

Jean Bosseler

Norbert Friob

Jean Georges

Jean Heinen

Pierre Lutgen,

Francis Massen

Benny Michels

Olivier Pegel

Jean-Adrien Thorn


[i] S Lilley, Asheville Global report, June 2006.[ii] De Konsument (ULC), 13 octobre 2005.[iii] Courrier International, 9 février 2006.

[iv] Der Spiegel, 25.09.2006

[v] Académie des Sciences, Paris 2003

[vi] Tom Kucharz,, Palme de la mort , Ed. Colombiano, 14 avril 2006.

[vii] Céline Astruc, LSA, 30 novembre 2006N° 1977

[viii] Financial Times, 26 Feb 2007.


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