Aliments biologiques, un luxe ?

 

Les aliments biologiques, un luxe des pays riches ?

 

La table n’est plus l’autel des succulences, un moment de partages et d’échanges mais un comptoir de pharmacie où l’on pèse soigneusement graisses et calories.

Pascal Bruckner Les rendements agricoles ont fortement augmenté après la deuxième guerre mondiale et ont permis de nourrir une population mondiale en explosion, d’enrayer les famines et même de générer des excédents alimentaires dans  beaucoup de pays. La production par hectare au cours du dernier siècle a augmenté plus vite que la population. L’augmentation exponentielle de la population mondiale en serait même une conséquence[1]. En Europe de l’Ouest, les problèmes de famine appartiennent au passé, bien que la population soit passée de 190 à 325 millions en un siècle. A la fin du siècle dernier des centaines de milliers de personnes meurent de famine en Ecosse en Irlande. Et en 1920, ce sont des milliers d’Allemands qui sont victimes de la destruction des récoltes de pommes de terre par les maladies cryptogamiques. Aujourd’hui encore, plus du tiers des récoltes mondiales est détruit  par les maladies et les ravageurs, par les sauterelles et les mauvaises herbes.  Mais les excès dans l’utilisation d’engrais et de pesticides ont conduit une large frange de la population à préférer ce que l’on appelle produits biologiques. En général, aux yeux de la population, rien ne vaut les produits naturels. Une étude réalisée par l’ECPA à Bruxelles montre que le nombre de fermiers ‘biologiques’ dans 7 pays de la communauté est passé de 3 420 en 1980 à 11 477 en 1992. La surface exploitée par ces fermiers ne représente cependant que 0,45 % des terres cultivées. Elle varie fort d’une région à l’autre : en 2004 elle était de 20 344 ha en Wallonie et de 3 219 ha en Flandre. Les Flamands seraient ils plus économes, car en Belgique les produits bio peuvent être de 50 à 175% plus chers[i]. Mais le rendement moyen pour les produits biologiques et souvent de 50% inférieur  à celui des fermes conventionnelles (et leur prix de 50% supérieur). Ceci est en grande partie dû au fait que les fermiers biologiques interdisent l’azote et les nitrates artificiels produits par l’industrie et ne veulent recourir qu’à l’azote biologique. La ferme biologique doit avoir en moyenne un tiers de sa surface en jachère ou l’utiliser pour produire des engrais ‘verts’ ou du fumier. Il en découle que les fermiers biologiques ont besoin du double de la superficie cultivée pour produire la même quantité d’aliments.  Actuellement 3% seulement de la surface de notre planète peuvent être utilisés pour la production de nourriture. Le reste est occupé par les océans, des étendues glacées, des déserts, des montagnes, des forêts, des villes et des routes. Pour nourrir la population mondiale actuelle par les méthodes de l’agriculture biologique, il faudrait. transformer en champs quelque 13 à 15 millions de km carrés de forêts ou de territoires non exploités et occupés par des animaux et des plantes sauvages, soit une surface équivalente à l’ensemble des Etats-Unis et du Mexique. Aussi étrange que cela paraisse, l’agriculture intensive et ses hauts rendements protègent donc les derniers refuges de la faune et flore sauvages de la charrue. La surface qu’elle exploite n’a pas augmenté, elle a même diminué. C’est parce qu’elle a permis de mettre en jachère des milliers d’hectares en Europe, que certains peuvent s’amuser à planter des carottes biologiques. C’est là où les gens vivent dans une extrême pauvreté qu’ils défrichent et endommagent irrémédiablement la nature. Le bon sauvage dont rêvent les associations vertes était un prédateur et il était nomade parce qu’il devait chercher de nouveaux terrains de chasse, d’élevage et d’agriculture parce qu’il avait épuisé les ressources des terres où il vivait pendant quelques années.[2] L’agriculture prend conscience de ses excès et de ce qu’un excédant de pesticides ou d’engrais endommage le sol. Se développent des formes d’agriculture qui se situent entre l’extrême agro-industriel et l’extrême ‘biologique’. Ne citons que la rotation des cultures d’une saison à l’autre, les cultures en rangées alternées, les cultures intégrées[ii], le semis sans labour[3] sur couvert végétal qui a pris un essor considérable au Brésil et permet de réduire fortement l’érosion des sols[iii]. On ne peut pas non plus passer sous silence le développement d’espèces plus résistantes, que ce soit par sélection naturelle comme cela se fait depuis des millénaires ou que ce soit par la technologie  génétique. La sélection traditionnelle consistait à aller chercher dans des plantes apparentées des gènes supposés avantageux  et que l’on introduisait par des croisements. Mais ceux-ci apportent dans la foulée d’autres caractères dont on ne sait pas grand-chose, comme par exemple une toxicité accrue pour des insectes. Le génie génétique également ne fait qu’utiliser ce qui existe dans la nature, mais il va chercher les gènes utiles non pas dans une plante apparentée, mais dans une bactérie, par exemple. La différence avec la sélection traditionnelle n’est donc pas très grande. Le risque que les gènes se transfèrent à d’autres plantes est fort réduit et n’a pas pu être démontré scientifiquement à ce jour. Les espèces  « artificielles » produites  à des fins agricoles, que ce soit par croisement ou par modification génétique,  ont généralement un temps de survie très court dans la nature. Elles n’ont que peu de chance dans la lutte avec les mauvaises herbes qui ont un potentiel génétique d’adaptation beaucoup plus grand.  Un risque beaucoup plus grand pour les espèces indigènes dans un pays déterminé est l’introduction d’espèces en provenance d’autres continents. Ne pensez qu’aux lapins qui prolifèrent en Australie, aux abeilles tueuses en Amérique et aux nénuphars américains qui polluent le fleuve Congo. Les positions des associations vertes sont assez contradictoires. Le livre de Rachel Carson en 1962 était un pamphlet contre les pesticides. La modification génétique des plantes a souvent comme but d’y introduire des gènes qui rendent inutile l’utilisation de pesticides. Alors pourquoi lutter contre cette modification génétique. Il est vrai qu’après la seconde guerre mondiale le DDT était utilisé à des doses beaucoup trop élevées, mais aujourd’hui les résidus de pesticides dans les produits de l’agriculture conventionnelle sont généralement bien en-dessous des seuils permis et leurs effets négatifs sur la santé se basent plutôt sur des rumeurs. Aucune étude épidémiologique n’a peu confirmer des liens bien établis entre les pesticides artificiels et telle ou telle forme de cancer. Depuis qu’on utilise des pesticides synthétiques, le taux de cancer de l’estomac a même diminué de 55% dans nos pays, sans doute parce que des fruits et des légumes d’excellente qualité sont disponibles en grande quantité[iv]. Les pesticides dits « naturels »  ne sont pas sans risque non plus. On soupçonne très fort la rotenone extraite de plantes tropicales d’être à l’origine de la fréquence beaucoup plus élevée de la maladie de Parkinson[4] chez les fermiers biologiques. Elle est extrêmement toxique pour la faune aquatique. Mais les produits dits conventionnels et les produits biologiques présentent aujourd’hui des résidus de pesticides minimes, car la réglementation sur ces résidus est fort contraignante. Ce qui menace nos aliments, ce ne sont pas les pesticides, mais les microbes et les moisissures. Le bulletin épidémiologique du Ministère de la Santé en France a recensé en 1998 près de 400 foyers d’infection et 9 000 personnes atteintes, depuis les infections bénignes telles que la grippe intestinale ou la crise de foie jusqu’au nombreux cas de salmonellose.  D’après un rapport des Communautés européennes l’agriculture biologique peut comporter des risques plus élevés, en raison de la présence de mycotoxines, notamment l’aflatoxine[v]. Selon le rapport du Archiv für Lebensmittelhygiene (1998/49/S42-45) les aliments biologiques sont souvent contaminés par les toxines du Fusarium.  A Munich on a trouvé jusqu’à 2.6 mg/kg de fumosinine dans du müsli biologique. Une enfant de 11 ans est tombée gravement malade. Le centre d’essais de l’Institut National de la consommation a récemment effectué des tests[vi] sur divers aliments bio et trouvé des traces de patuline (une moisissure toxique) dans le jus de pomme, autant de dioxine en moyenne dans le lait bio que non bio, autant de nitrates dans les salades bio que non bio. Le Bundesumweltministerium[vii] trouve même plus de dioxines dans les poulets fermiers que dans les poulets ‘industriels’. Des analyses fort poussées faites à l’Université Catholique de Louvain[viii] ont également montré que les mycotoxines sont souvent présentes en concentrations plus élevées dans les produits bio, telles que farines de blé intégrales. Les jus de pomme bio contiennent parfois des concentrations dangereuses en patuline et la bière bio de fortes concentrations en ochratoxine. Les œufs de ferme de la région d’Anvers contiennent beaucoup plus de métaux lourds, de dioxines, de pesticides que les oeufs de batterie. Ces études de l’UCL[ix]montrent également qu’il existe en Belgique 8 systèmes de certification des produits biologiques : Charte Perfect, Terra Nostra, EureGAP, Frlandria, FlandriaGAP, IFP, Fruitnet, Organic. Ces systèmes utilisent des critères variés et variables et en fait le plus sévère et le plus détaillé est Charte Perfect, celui qui est utilisé pour les produits de l’agriculture conventionnelle.  La certification FLO qui s’applique aux produits bio du commerce équitable sur base de la norme ISO 65 n’inspire pas nécessairement grande confiance quand on sait que la définition des critères et leur vérification est faite par le même organisme. Mais la perception des risques alimentaires par le grand public est tout à fait différente de celle de la réalité scientifique. Alors que la FDA américaine met clairement en premier lieu les infections dues aux microorganismes et aux toxines naturelles (botulisme, listeria, salmonella, mycotoxines), le grand public voit le plus grand risque dans les additifs qui sont en fait le risque le mieux contrôlé. Etrange est également l’acceptation par l’agriculture biologique des fongicides et insecticides à base de cuivre et de soufre utilisés par nos grand-pères, mais qui ne sont pas nécessairement des produits anodins. Le foie de beaucoup de vignerons a souffert des épandages de sulfate de cuivre. Ces substances élémentaires ne se décomposent pas dans le sol. L’Université de Cornell a conclu récemment que le soufre utilisé dans l’agriculture biologique était la substance la plus dangereuse au point de vue environnemental parmi toutes celles utilisées en agriculture. Le sulfate de cuivre va d’ailleurs être interdit par la Commission des Communautés à partir de 2002. C’est un métal lourd qui s’accumule dans le sol. Un autre produit  toxique, l’arsénite de soude, était encore utilisé jusqu’en 2004 dans les vignobles français. Actuellement il reste en France un stock de 1000 tonnes de ce produit dont on aimerait bien se débarrasser, sans savoir comment. Considérer les composts comme engrais idéal paraît également aberrant. Il y en a qui pensent, sans oser le dire à haute voix, que le compostage de déchets verts est un procédé d’accumulation des métaux lourds en circuit fermé. Les plantes extraient une certaine quantité de métaux lourds du sol, qui par le biais du compostage y retournent et s’accumulent à chaque cycle. Dans beaucoup de pays les fermiers refusent dès à présent l’épandage du compost, même si on le leur offre gratuitement. Le compost et le fumier utilisés en culture biologique contiennent de nombreux agents pathogènes ; les engrais chimiques n’en contiennent pas. De nombreux microorganismes, tels que le virus de l’hépatite B, ne sont pas détruits par les opérations de compostage. Je me méfie des légumes de mon voisin qui a amoureusement contaminé son jardin avec le compost ‘maison’ enrichi en métaux lourds, en dioxines et en bactéries E-coli. La plupart des composts contiennent en effet de 3 à 4 fois plus de métaux lourds, de HAP et de dioxines que ce qui est toléré pour les sols agricoles. Les déchets organiques des ménages sont des bouillons de culture et les composts non arrivés à maturité contiennent énormément de bactéries, de virus et d’endotoxines et présentent des risques réels pour les utilisateurs[x] Aux Etats-Unis 73.480 personnes ont été infectées en 1999 par des bactéries E.Coli  (résidus de fumier) en provenance de légumes biologiques. Par contre aucun cas de maladie ou de décès dû aux OGM n’est connu.  Car, s’il est aisé de fabriquer soi-même son compost, il est beaucoup plus compliqué d’obtenir un produit de qualité, dépourvu de toxines. Comme l’a souligné le Dr Robert Tauxe dans le Journal of American Medical Association il y a déjà plus de dix ans, « nos connaissances concernant le temps et la température nécessaires pour rendre le compost d’origine animale sans danger d’infection microbienne sont totalement insuffisantes ». On sait cependant qu’un compostage de plus de six mois est efficace pour neutraliser l’essentiel des micro-organismes pathogènes. A ce jour, il n’existe aucune réglementation en matière d’épandage de fumier, et un agriculteur bio peut très bien répandre du compost fraîchement fabriqué sur une culture, quelques jours seulement avant sa récolte. En outre, il aura d’autant plus tendance à raccourcir le temps de compostage qu’un compost frais est plus riche en azote. Raison qui explique que le risque de contamination par Escherichia Coli est six fois supérieur en agriculture bio qu’en agriculture traditionnelle, comme l’a démontré une étude de l’Université du Minnesota publiée dans le Journal of Food Protection en 2004.  Le compost, surtout celui en provenance de déchets de cuisine, contient beaucoup de chlorure de sodium et peut, en augmentant la salinité des sols, perturber l’absorption d’autres nutriments par les plantes, tels que le potassium[xi].  L’idée que la nature serait plus bienveillante que les producteurs agro-alimentaires peut paraître absurde. Elle  fait de nous des êtres mortels,  nous donne des ouragans, des raz-de-marée, des inondations et des épidémies. La nature c’est le froid, la pluie, la sécheresse, les parasites. Si les pesticides qu’on utilise  introduisent un risque cancérigène dans notre alimentation, ce risque est bien plus faible que celui qu’on prévient en combattant les parasites de nos végétaux, tels que l’ergot du blé (Mutterkorn) conduisant au feu de Saint Antoine et qui a tué des milliers de personnes au Moyen-Âge. La ciguë, la digitaline, l’opium, le curare sont des produits 100 % biologiques. Les tests faits à grande échelle par la revue Test-Achats en 2001 n’ont pas pu démontrer avec certitude que la nourriture biologique soit plus saine. La préférence des personnes ayant participé aux tests gustatifs allait souvent vers les aliments non-biologiques. La santé des enfants alimentés aux produits agricoles non-biologiques semble meilleure selon la Bundesanstalt Qualitätsforschung pflanzlicher Produkte[xii]. Les produits biologiques ne contiennent pas plus d’oligo-éléments, ni de vitamines, mais[5] moins de protéines[xiii]. En 2006 un quotidien britannique prétendait que les graisses du lait biologique contenaient plus d’omega-3. L’information a été désavouée par British Medical Journal Si cela avait été vrai, il faudrait évidemment boire du lait entier et non allégé pour profiter de cette aubaine. Ou encore manger une tranche de saumon qui contient 10 fois plus d’omega-3. On réalise de plus en plus que les plantes produisent leurs propres insecticides[xiv] et un tas de substances toxiques pour se protéger contre les insectes, les champignons, les prédateurs. On a mis en évidence des milliers[xv] de ces pesticides naturels, chlorés ou non, et on estime qu’un humain en consomme environ 1,5 g par jour, ce qui est 10 000 fois supérieur à la consommation des produits organochlorés artificiels. La substance toxique des pommes de terre, la solanine[6], peut provoquer une dégénérescence neurologique.. La saponine des asperges est hémolytique Le miel sauvage peut être contaminé par des toxines endommageant le foie. Les légumes et les fruits de nos jardins contiennent depuis des siècles un tel cocktail de produits chimiques, d’insecticides, de nitrates et de toxines qu’ils ne passeraient jamais des tests de mise sur le marché, s’ils n’y étaient déjà.. Pour des raisons difficiles à comprendre on a seulement étudié l’effet cancérigène et mutagène des pesticides artificiels.  Faut-il vraiment s’inquiéter ? Une enquête[xvi] faite en France sur 13 800 personnes pendant 8 ans et qui porte sur l’alimentation et les paramètres sanguins montre un tableau plutôt rassurant de la santé des Français au regard de la façon dont ils se nourrissent. Elle montre également la disparition de toute forme de carence au niveau de la population.Pour garantir une alimentation saine, il faut surtout éviter :          les régimes de carence qui garantissent ‘la ligne’, mais  garantissent aussi à long terme l’ostéoporose, les tassements vertébraux et les sciatiques des vieux jours,         la déstructuration des repas et la consommation permanente à l’américaine. Une boulimie qui conduit à une population de 30% d’obèses,         les gavages en vitamines et minéraux de toute sorte, dont on sait fort peu sur le court et encore moins sur le long terme,         une alimentation déséquilibrée, faite uniquement de Muesli.  Il y a évidemment plusieurs manières dans le monde d’accéder au métaboliquement correct : il y a l’équilibre français fait de foie gras, de cassoulet et de vin rouge. Il y a l’équilibre chinois riche en légumes, en riz et en poisson. Il y a l’équilibre sud-américain, riche en viande, et on vit très vieux au bord du Rio de la Plata. Il faut bien comprendre qu’aucun aliment au monde ne contient les quantités optimales des nutriments nécessaires à la vie. Et même si les aliments biologiques peuvent avoir meilleur goût ils ne sont pas nécessairement plus nutritifs. Une conférence tenue récemment a rassemblé des rapports provenant d’une douzaine de pays et comparant la valeur nutritive d’aliments biologiques et classiques. Aucune différence nutritionnelle significative n’a pu être trouvée[xvii]. Nous ne pouvons pas passer sous silence les 25 000 morts par jour dans le Tiers-Monde qui sont dus à des infections résultant de la non-utilisation de pesticides ou de désinfectants (malaria, cholera, diarrhée) qui sont un drame quand on les compare aux craintes diététiques des clients de boutiques bio. Le déséquilibre alimentaire entre le Nord et le Sud .Les pays développés produisent  trop d’aliments en cette fin de siècle. Le signe le plus probant de cette surabondance est le prix des aliments qui a baissée de 30 % au cours des dix dernières années. La CEE chancelle sous des stocks énormes de céréales, des montagnes de beurre  et des lacs d’huile d’olive. Dans les pays du Tiers-Monde la production alimentaire a également augmenté, même en Ethiopie. Mais il reste beaucoup de régions où les gens vivent à la limite de la sous-nutrition. Leur parler de légumes ‘biologiques’ou de l’interdiction complète de certains pesticides relève de l’insouciance[7]. Ainsi les MST, Mouvement des Sans Terre, au Brésil exige de ses adhérents auxquels il distribue des lopins de terre de pratiquer une agriculture sans engrais chmiques, sans pesticides et sans OGM.  Ce prosélytisme frise l’insulte. C’est en effet dans beaucoup de cas  condamner ces hommes et ces femmes à mourir immédiatement de faim, plutôt que d’encourir les risques pas toujours démontrés de certains d’aliments produits ‘industriellement’. La lutte pour la pureté de la nature et des aliments  ressemble trop à la lutte de la pureté de la race chez Heidegger, Nietzsche et Hitler. Même le pape Jean-Paul II déclarait : » La biotechnologie pourrait être un instrument précieux pour résoudre les problèmes de la faim et de la maladie, par le développement de variétés plus résistantes ou servant à la fabrication de médicaments ». Tant que les inégalités existeront entre le Nord et le Sud, les carottes et les aubergines ‘biologiques’ resteront des produits de luxe pour les habitants de nos pays. Et le prince Charles passera son temps, à défaut d’autre chose, à les cultiver dans son grand jardin potager bio au pays de Galles. C’est son droit. Mais qu’il n’essaie pas d’imposer cette fantaisie coûteuse au reste de ses sujets. Car si l’engouement pour la production biologique l’emporte, le monde devra faire face à son véritable coût économique et écologique Pierre LutgenDocteur en Sciences  


[1] En 1960 74 % de la population mondiale devait se satisfaire avec moins de 2000 kcal par jour. En 1990 6% seulement vivaient en dessous de ce seuil.

[2] Le croissant fertile entre la Mésopotamie et le Liban qui a été à l’origine de nombreuses civilisations est aujourd’hui un désert. Et il a été désertifié par l’agriculture biologique intensive.

[3] La charrue détruit plus de vers de terre et de nids d’oiseau que ne le font les pesticides, d’après des études faites au Canada.

[4] H Gao et al., J.Neurosci., 22, 782, 2002.

[5] Etude Afssa, La Recherche, septembre 2003, p.367.

[6] Certaines pratiques que l’on voit dans les grandes surfaces aussi bien que dans les épiceries bio sont irresponsables. Laisser les pommes de terre nouvelles à la lumière du soleil ou des tubes néon pendant 10 jours amène la concentration en solanine à des concentrations  qui dépassent les valeurs admises pour l’alimentation des jeunes enfants.

[7] Heureusement que certains pays sont insensibles à l’hystérie anti-OGM. En Argentine et au Brésil  120 millions d’hectares sont plantés avec du soya  et en Chine 10 millions d’hectares avec du mais OGM.



[i] CODA-CERVA, Leuvensesteenweg 17, B 3080 Tervuren.

[ii] Fédération des Meuniers luxembourgeois

[iii] O.Hertel, Le Point, 1 octobre 1999.

[iv] A Trewavas, Nature, 410, 409, 2001.

[v] Europa.eu.int/comm/agriculture/qual/organic/facts_fr.pdf

[vi] Marie-France, 162, juin 1999.

[vii] Prof. Basler. Arbeitsgruppe Dioxine, 1993, 53048 Bonn.

[viii] L. Pussemier et al., Food Addit and Contam, 23, 1208, 2006 and 23, 910, 2006.

[ix] F Garreyn et al, Sustainability of ertified production systems, Belgian Science Policy, Brussels 2006.

[x] E.Jager, Hygiene im Umfeld von Kompostierungsanlagen, Baeza Verlag, 1993.

[xi] R.Nogales et al., Residuos, 3142,1996.

[xii] ISSN 0377-3205

[xiii] K.Woese et al., J.Sci.Food. Agricol., 74, 281, 1997.

[xiv] B.C.Ames, J.of AOAC Internat. 75,1,1992.

[xv] G.Gribble et al., A.Survey J.Nat.Prod., 10, 1353, 1992.

[xvi] SU.VI.MAX, Science et Vie, 20, Septembre 1999.

[xvii] R.Montaigne, Chemistry and Industry, 1014, December 1997.


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