Bichara Khader à Bastogne

Le 1er mars dernier, Bichara Khader a donné une conférence à la salle Jean XXIII de Bastogne. Bichara est Belge et Palestinien. Il enseigne à l’université de Louvain et participe à de multiples organismes qui tentent de trouver une solution aux problèmes du Moyen-Orient. En 1981, son frère, Naïm Khader, représentant de l’OLP à Bruxelles, a été mitraillé devant son appartement d’Ixelles. On n’a jamais su au juste qui étaient les assassins. Une faction arabe opposée à l’OLP ?  Les services secrets israéliens ?  Peu importe. Il s’agit simplement d’indiquer que Bichara ne parle pas des problèmes palestiniens comme nous pourrions en  discuter au comptoir du café du Commerce. Chaque fois qu’il s’exprime, il rouvre une plaie intime.

 

Or, que nous dit Bichara ?  Il nous explique le sort de tout un peuple qui, non pas à travers une frange de sa population, non pas de façon marginale, mais en tant que nation tout entière est exclu. Palestinien est devenu synonyme d’exclu. Ce peuple a été refoulé des terres qu’il occupait depuis quelque deux mille ans. Israël revendique ce pays  que Dieu – rien de moins – lui a donné avant ces deux mille ans. Les Belges sont une tribu celte qui s’est installée dans nos régions au 3e siècle avant Jésus-Christ. Avant cela, ils occupaient le Haut-Danube. Imaginez la tête des Autrichiens si nous prétendions réoccuper les terres de nos ancêtres.  Pourtant, c’est ce qu’ont vécu les Palestiniens balayés par le mouvement sioniste.

 

Aujourd’hui, l’État d’Israël occupe des régions entières en dépit des lois internationales. Il maintient des colonies hors de ses frontières. Il recourt systématiquement à une politique d’humiliation des Palestiniens. Il a construit un nouveau mur de la honte. Etc. Les détails sont exposés tous les jours dans vos journaux. Ce n’est pas mon propos de charger Israël.

 

Mon propos, c’est Bichara, le porte-parole des exclus. Que dit-il ?  Il pourrait appeler à la révolte, au soulèvement, à la vengeance, à la haine, au racisme. Il pourrait expliquer voire justifier les kamikazes et tout le reste. Ce n’est pas ce qu’il dit. Bichara, debout, les mains nues, condamne la violence, honnit l’antisémitisme. Il réclame simplement la justice. Il nous demande, les yeux dans les yeux, comment nous pouvons tolérer l’ignominie faite à son peuple. Il nous demande ce que les Palestiniens ont fait pour mériter ce qui leur est arrivé. Il nous laisse le temps de répondre. Puis, pour ne pas nous engloutir dans notre silence gêné, il nous tend la main. Il nous invite à venir chez lui, en Palestine, pour rencontrer les exclus, pour juger s’ils sont des attardés, des incapables, des fanatiques, des criminels.

 

« Notre force, c’est notre faiblesse », dit Bichara. Si nous agissons comme ceux qui nous excluent, armés jusqu’aux dents, arrogants, péremptoires, nous ruinons notre cause,  car nous usons des procédés de ceux dont la cause n’est pas juste. Une cause juste se détruit par des moyens injustes. Elle se saborde par la violence. La force des exclus, c’est de prendre le monde à témoin de ce qu’ils souffrent, revêtus de leur seule dignité. Et la revanche des exclus c’est leur générosité.

 

Ce que Bichara affirme au nom des exclus lointains de la Palestine, nous pouvons sans doute le reprendre au compte des exclus qui vivent tant de formes d’exclusions parmi nous. Même pauvres, même sans abri, même sans culture, les exclus ne demandent pas de pitié. Ils invoquent la justice. Par leur dignité, par leur générosité si étonnante, ils nous interpellent et nous donnent une leçon d’humanité incomparable.

 

                                                                                                                      Armel Job


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