Des organophosphorés plus dangereux que le DDT

 Ce 31 mai 2006, les représentants de 9 000 scientifiques et chercheurs de l’US-EPA (Environmental protection Agency) ont publié une lettre dans laquelle ils accusent les dirigeants de cette administration de se laisser influencer par les lobbys de l’industrie chimique pour ne pas interdire des pesticides organophosphorés dont l’effet neurotoxique est maintenant bien démontré, et qui ont été interdits en Angleterre, en Suède et au Danemark L’utilisation des organophosphorés comme insecticides date du début des années 1970 suite à l’interdiction du DDT.  On se rend compte maintenant qu’ils sont la cause de troubles neurologiques chroniques tels que  les maladies de Creutzfeld-Jacob ou Alzheimer. Une étude récente de la clinique Mayo vient de le confirmer[i]. Une étude chinoise[ii] avait déjà montré une relation nette entre la maladie de Parkinson et le paraquat en 1997. Et le DDT innocenté est de nouveau utilisé suite à la convention de Stockholm de 2001 dans 31 pays pour la fumigation à l’intérieur des habitations. Les organophosphorés sont des substances chimiques que l’on peut rencontrer à l’état solide, liquide ou gazeux. Leur pouvoir neurotoxique avait été découvert dans les laboratoires d’IG Farben avant la seconde guerre mondiale. Au cours des années cette société a mis au point une série de gaz toxiques : le Tabun (1936), le Sarin (1938) et le Soman (1944). L’efficacité de ces produits a été démontrée dans les camps de concentration. Les Agents Orange et Bleu qui avaient été utilisés au Vietnam pour défolier le couvert de la jungle étaient également des organophosphorés. Et les Américains continuent à utiliser les organophosphorés en Colombie, tout en sachant très bien que la santé des petits fermiers en pâtit. Au Pakistan 2 568 personnes se sont suicidées en 1999 en utilisant un pesticide organophosphoré. Une femme belge à tué son mari fermier en mettant un insecticide organophosphoré dans sa bière. La mystérieuse maladie des vétérans américains de la première guerre du golfe serait due à leur contamination par le Sarin suite à l’explosion d’un dépôt.  En 1995 les terroristes du métro de Tokyo avaient utilisé le Sarin et le Mossad israélien l’utiliserait pour éliminer les opposants palestiniens. Ces substances agissent toutes sur l’enzyme cholinesterase au niveau des synapses nerveuses et interrompent la transmission neuromusculaire. L’intoxication se dénote assez rapidement par des troubles respiratoires, suivis de troubles gastriques, d’oedèmes, de fibrillation cardiaque, de convulsions, de crampes intestinales. Ces mêmes propriétés ont conduit au développement de pesticides qui tuent les insectes par destruction du système nerveux. Rien qu’aux Etats-Unis existent 37 insecticides sur base d’organophosphorés. Ils sont connues sous des noms divers : round-up, diazinon, phosmet, disulfoton, chlorpyrifos, malathion, parathion, fonofos. Chaque année 7 000 tonnes de ces produits sont vendues rien qu’aux Etats-Unis pour des utilisations diverses. L’Allemagne en utilise 500 tonnes en agriculture. En 2003, on a dénoté aux Etats-Unis 20 000 cas d’intoxication aux organophosphorés, dont 6010 cas graves et 16 décès. Dans les cas d’intoxication grave on note toujours des séquelles neurologiques qui ne disparaissent qu’après dix ans. Les symptômes que l’on trouve chez des patients qui ont été exposés à de petites doses de pesticides organophosphorés sont d’ordre neurotoxique et affectent la psychomotricité, les capacités cognitives, le sommeil (cauchemars, insomnie), causent des mouvements épileptiques et conduisent à la dépression. Ces troubles ressemblent souvent à ceux dénotés dans le syndrome de la guerre du Golfe chez les vétérans américains[iii]. On avait fait porter au GIs des colliers antipuces saturés en organophosphorés. Ces insecticides s’accumulent dans les tissus adipeux du corps à partir desquels ils exercent leur toxicité de manière continue. Les lésions nerveuses ne sont révélées que deux semaines après exposition à l’agent neurotoxique. Une étude portant sur 18 782 fermiers américains ayant manipulé ces pesticides durant les années 1993-1997 montre que ceux-ci ont 2 fois plus de troubles neurologiques que la population normale[iv]. Ceux qui sont éventuellement les plus affectés par les pesticides organophosphorés sont les jeunes enfants. 34% des cas d’intoxication aux Etats-Unis concernent des enfants  L’impact d’une surexposition des animaux de ferme à ces substances est connu. Il est évident que de jeunes enfants vivant dans un milieu agricole peuvent également absorber des doses de ces substances qui sont supérieures à celles des enfants des villes. Ce qui commence à créer de fortes inquiétudes, c’est l’augmentation incroyable de 23% des naissances prématurées depuis les années 80[v]. Plus inquiétant encore est l’augmentation d’anomalies congénitales. Une étude portant sur 34 772 fermiers de l’Etat de Minnesota entre 1989 et 1992 donne une augmentation de 27% d’anomalies de toutes sortes chez les nouveaux-nés  (musculaires, urogénitales, respiratoires) si le père avait manipulé du glyphosate (Round-up) ou des organophosphorés[vi]. Le procureur de l’Etat de New-York a quand contraint Monsanto à retirer les termes « biodégradable » et écologique » de ses publicités pour le Round-up. Une autre étude au Canada donne dans le même contexte une augmentation des fausses couches par un facteur 2,1[vii]. En France les ouvriers viticoles souffrent de fibromyalgies (douleurs musculaires persistantes) et de troubles neuropsychologiques, selon une étude de l’Université de Bordeaux portant sur 700 personnes. A Saint-Trond en Belgique 12 cueilleurs de pommes espagnols ont dû être hospitalisés d’urgence à cause d’une intoxication aiguë. Deux étaient même tombés dans le coma. Le Centre de Recherche de Salinas en Californie a démarré un programme de recherche sur les effets toxiques des organophosphorés. Les premiers travaux[viii] avaient pu confirmer que ce sont surtout les nouveaux nés qui sont susceptibles aux effets neurotoxiques. mais tout récemment plusieurs centres de recherche américains[ix] ont confirmé que le Chlorpyrifos® causait de graves retards dans le développement physique et neurologiques des jeunes enfants.  Cet organophosporé qui remplaçait le DDT dans la lutte contre la malaria a maintenant été retiré du marché. L’Institut Canadien de la Santé Infantile presse le gouvernement fédéral à mettre au point immédiatement un programme de recherche sur les pesticides qui soit spécifique au domaine de la santé infantile. A l’Université de Caen des travaux sont en cours pour confirmer l’effet du Round-up sur les tissus embryonnaires..Devant ces résultats l’Environmental Protection Agency (US-EPA) se voit obligée de revoir dans un programme d’urgence les valeurs limites pour la concentration des organophosphorés dans les aliments. La diazinone avait déjà interdite de vente aux Etats-Unis. Mais ces produits sont encore allègrement exportés vers les pays en voie de développement : 30% des pesticides ainsi exportés sont interdits aux Etats-Unis. Il en est de même pour l’atrazine interdite aux Etats- Unis et en France depuis 2001 mais qui est encore utilisée sans les pays du Sud. Et pourtant ce pesticide utilisé intensivement dans les plantations de maïs contamine irrémédiablement les nappes phréatiques et cause des troubles endocriniens, neurologiques, gastriques et est cause de cancer dans les essais sur animaux La vache folle et Phosmet Au cours des dernières années on s’est rendu compte également d’une relation probable entre les pesticides aux organophosphorés et la maladie de Parkinson[x]. Les premiers cas de ce type de cause à effet furent rapportés par MH Bhatt chez 5 jeunes femmes indiennes en 1998[xi]. 

Des relations de cause à effet semblent également exister dans le cas de la maladie d’Alzheimer. Selon une hypothèse à l’étude en Grande-Bretagne les prions chez les ruminants seraient endommagés non pas par les aliments à base de poudres animales mais par un insecticide organophosphoré riche en magnésium, utilisé pour éradiquer le varron chez les vaches. C’est précisément le cas des régions où l’apparition de la BSE est massive. Dans l’une de ces régions, à Ashford dans le Kent, se trouve l’usine de fabrication de l’insecticide.  Les premiers cas de BSE en France sont apparus en Bretagne et coincident avec l’application du même insecticide Phosmet. Pourquoi en effet en 2003 comptait-on 180.501 vaches folles en Grande-Bretagne et seulement 218 en France et 31 en Allemagne[xii] .

 

Les sociétés chimiques et pharmaceutiques (ICI, Bayer, Monsanto, Novartis, Pfizer, Roche et Schering) font évidemment tout pour discréditer cette hypothèse. Si le Phosmet était reconnu comme étant la cause le gouvernement britannique et les fabricants seraient poursuivis et exposés à des frais d’indemnisation faramineux. Ils préfèrent donc noyer cette hypothèse dans un nuage de prions. Les vaches massacrées par centaines de milliers auront sans doute été les boucs émissaires innocents et inutiles de cette bulle médiatique dont plus personne ne parle en 2006. Les flammes et les fumées des bûchers d’incinération se sont estompées.

 Et le Pyrèthre Le DDT a été remplacé dans beaucoup d’applications par le pyrèthre, insecticide naturel qui peut être extrait de plantes de la famille des marguerites. Les Américains ont convaincu de nombreux fermiers au Kenya et au Burundi de remplacer leurs cultures vivrières par cette plante et de l’exporter séchée vers les laboratoires étrangers, mais entre-temps les sociétés pharmaceutiques ont développé des pyrèthres synthétiques et les paysans africains se trouvent devant un désastre.En plus le pyrèthre est loin d’être anodin. Il[xiii] donne lieu à des allergies, des pneumonies, des troubles neurologiques et oculaires, et même des morts par empoisonnement. Son efficacité est de courte durée, parce que le produit est instable à l’air. Le DDT innocenté. 

Dans les années 70 une série d’allégations qui s’avèrent aujourd’hui être des canulars avaient conduit à l’interdiction du DDT. Ce fut la première victoire de Greenpeace. Au début des années 70, le livre Silent Spring de Rachel Carson avait fait craindre à tout le monde que les oiseaux allaient disparaître de notre ciel. Rachel Carson avait également prédit une épidémie de cancer qui toucherait 100% de  la population. Aujourd’hui on sait que ces 2 prophéties ne se sont pas matérialisées et que les données expérimentales avancées avaient été fantaisistes, faussées ou exagérées. Il a été décrié également parce qu’il conduirait à la résistance des moustiques, mais des études comparatives récentes ont montré que le DDT continuait à être efficace là où les moustiques avaient développé une résistance presque complète aux organophosphorés[xiv].

 

Avant le débarquement de Normandie les uniformes des soldats américains avaient été imprégnés de DDT pour que ceux-ci ne succombent pas aux poux et puces de France. La combativité des GI n’en a pas souffert. Le régime d‘Apartheid en Afrique du Sud par contre arrivait à empoisonner ses adversaires en imprégnant leurs vêtements d’organophosphorés.  Récemment des volontaires américains ont absorbé pendant une année 35 milligrammes de DDT par jour[xv] (soit 1000 fois plus que la dose tolérée dans les aliments) pour montrer son inocuité. Des candidats au suicide qui ont voulu utiliser le DDT comme poison mortel ne sont pas arrivés à leurs fins. Aucune toxicité et aucune maladie chronique n’a été observée non plus chez les ouvriers des usines fabriquant le DDT ou chez les fermiers qui en abusaient. Rien qu’en 1958 40 000 tonnes de DDT ont été épandues aux Etats-Unis. Cela a permis une éradication totale de la malaria dans les 50 Etats de l’Union et a évidemment rendu l’interdiction du DDT en 1972 complètement indolore pour les Américains.

 

Le DDT a été interdit parce ce qu’il s’accumulerait dans la chaîne alimentaire et dans les tissus adipeux. Mais on ne connaît aucun cas de décès humain [xvi]relié directement au DDT. Aucune des milliers d’études épidémiologiques qui ont été faites n’a pu montrer la moindre influence sur la santé humaine. Mais l’interdiction du DDT coûte chaque année la vie à 3 millions d’êtres humains et le prix des insecticides qui le remplacent est de 3 à 20 fois plus élevé. On peut ainsi faire des gains juteux sur le dos d’un génocide.

 

Pierre Lutgen

Docteur en sciences

  


[i] Lisa Lucier, newsbureau@mayo.edu

[ii] HH Liou et al, Neurology, 48, 1538, 1997

[iii] F Kamel et al., Environ Health Perspect. 112, 950, 2004.

[iv] J Rothlein et al., Environ Health Perspect. 114, 691, 2006.

[v] B Hilleman, Chemical and Engineering News, 21nov2001.

[vi] VF Garry et al., Environ Health Parspect. 104, 394, 1996.

[vii] T Arbuckle et al., Environ Health Perspect., 8, 109, 2001.

[viii] CE Furlong et al., Pharmoacogenetics and Genomics, 16, 183, 2006.

[ix] F Perera, J Am Acad Pediatrics, 4 dec 2006

[x] JA Firestone et al., Arch Nerol. 62, 91, 2005. « Pesticides and Parkinson’s disease »

[xi] MH Bhatt et al., Neurology, 52, 1467, 1999.

[xii] http://pubs.acs.org/cen/coverstory/7915/7915gov3.html.

[xiii] SM Bradberry et al , Toxicol Review 24, 93, 2005

[xiv] T Miyo et al., J Econ Entomol 94, 221, 2001.

[xv] W,Hayes, J.A.M.A. 162, 6 890, 1956.

[xvi]  Frankfurter Allgemeine Zeitung, 2, 7, 1997


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