Eliminer le chlore de la nature

 Oh, Freund! Nichts geht doch über die hohe Weisheit der Mutter Natur. Sie erschuf allerlei Kräuter, harte und weiche zugleich.Wilhelm Busch. 

Parlez de DDT, de dioxines, de PVC, de PCB, ou d’autres substances chlorées et tout le monde est convaincu que ces substances sont la cause de désastres, de morts, de cancers. N’a-t-on pas dit que le sel de cuisine était contaminé par le chlore ?

 

Le chlore est le onzième élément le plus abondant dans la nature. Il est même plus abondant que le carbone. C’est principalement sous forme de chlorures qu’on le trouve. L’eau de mer contient 2,9% de chlorure de sodium (sel de cuisine) et 0,3% de chlorure de magnésium. Le chlore se terre aussi dans les dépôts de sels formés, il y a des millénaires, par l’évaporation des mers intérieures.

En une année, plusieurs millions de tonnes de dérivés chlorés se dégagent d’éruptions volcaniques et de l’eau de mer sous forme d’aérosols et se déposent sur la terre ferme. Cinq millions de tonnes de chlorure de méthyle sont aussi produites chaque année par les algues des océans. Les algues marines produisent en plus de grandes quantités de chloroforme, de bromoforme, de tétra- et de trichloréthylène. La production de solvants chlorés de ce type par l’industrie est insignifiante à côté de ces quantités.[i] Des chercheurs de l’Université de Bayreuth viennent également de trouver dans les rivières de plusieurs pays du globe des concentrations en acide trifluoroacétique qui dépassent de loin les concentrations qui pourraient provenir de sources industrielles[ii].

Dans tous les domaines de la vie le chlore est présent. Plus de 80 produits chlorés contenus dans le lichen sont connus. Les champignons et les plantes fixent des chlorures et incorporent cet élément dans la biomasse. Les microbes terrestres responsables de la décomposition de la biomasse produisent comme substances secondaires inévitables du tétrachloréthylène, de l’acide trichloracétique, des oligochloracétones. Des essais contrôlés de compostage effectués avec du feuillage, de l’herbe et d’autres déchets horticoles non contaminés ont montré qu’en peu de temps se forment des chlorophénols [iii]. Dans le foin on trouve jusqu’à 100 mg/kg de matières organochlorées suite à l’action des enzymes chloroperoxydases[iv]

Des composés naturels à base de chlore se trouvent dans notre sang, notre peau, nos hormones et nos dents. Sous la forme d’acide chlorhydrique, le chlore joue un rôle vital dans notre système digestif.[v]Le corps produit ses propres antiobiotiques chlorés. Les leucocytes génèrent de l’hypochlorite en cas d’infection [vi]. Le manque d’iode conduit au goitre et le manque de fluor aux caries dentaires.

La chimie du chlore a commencé en 1790 avec Bertholet qui a mis au point une solution aqueuse de chlore destinée à blanchir la toile. C’était l’eau de Javel, nom du quartier où elle était née.

Très rapidement l’on prit conscience des propriétés désinfectantes du chlore et les solutions d’hypochlorite commencèrent à être utilisées abondamment dans les hôpitaux.

Dès 1902, le chlore fût utilisé pour la désinfection de l’eau potable de la ville d’Ostende. Le traitement au chlore de l’eau de distribution fût bientôt généralisé dans tous les pays industrialisés. Suite à l’adoption de la chloration de l’eau aux Etats-Unis, le nombre de personnes mortes du typhus a diminué de façon spectaculaire : de 25 000 cas en 1900 à moins de vingt en 1990. Là où on ne désinfecte pas l’eau[1], elle transmet 80% des maladies infectueuses (choléra, typhus, dysenterie) qui ont récemment causé 300 000 cas de choléra et tué 3 500 personnes au Pérou et continuent de tuer 25 000 personnes tous les jours selon l’Organisation Mondiale de la Santé.

 

La majorité des médicaments contiennent du chlore. C’est le cas notamment pour certains antibacteriens, corticoïdes, antifongiques, diurétiques, antidiabétiques, tranquillisants, antihistaminiques,  antibiotiques, vitamines.

 

En Europe de l’Ouest, les problèmes de famine appartiennent au passé, bien que la population soit passée de 190 à 325 millions en un siècle. Le chlore a joué un rôle essentiel dans cette évolution. Il est à la base de la formulation de nombreux pesticides et herbicides. A la fin du siècle dernier des centaines de milliers de personnes meurent de famine en Ecosse en Irlande. Et en 1920, ce sont des milliers d’Allemands qui sont victimes de la destruction des récoltes de pommes de terre par les maladies cryptogamiques. Aujourd’hui encore, plus du tiers des récoltes mondiales est détruit  par les maladies et les ravageurs, par les sauterelles et les mauvaises herbes.

 

L’enthousiasme compréhensible des agriculteurs devant le succès enregistré lors de l’utilisation des insecticides à base de chlore et surtout du DDT [2]a conduit, au début, à des usages immodérés et à négliger l’importance des effets secondaires engendrés par ces produits. Des études[vii] ont cependant montré que les excédents de pesticides n’avaient que peu d’effet sur la vie microbienne, ni sur les vers de terre[viii], ni su les fermiers siciliens qui l’ont utilisé massivement dans la lutte contre la malaria après la guerre; les maladies cardiovasculaires ont même diminué dans cette cohorte de 1043 personnes[ix]. D’après une étude menée au Vietnam le DDT ne conduit pas non plus à une fréquence plus grande des cancers du sein[x]. Les résidus qui ne disparaissent pas par biodégradation, se lient de manière irréversible à la matière humique[xi] du sol et ne sont plus biodisponibles. Le transfert du sol vers les plantes en tout cas est négligeable pour le DDT et ses produits de dégradation.[xii]  Certainement moindre que celui de l’arséniure de plomb qu’on employait avant la découverte du DDT comme pesticide.

Au début des années 70, le livre Silent Spring de Rachel Carson avait fait craindre à tout le monde que les oiseaux allaient disparaître de notre ciel. Rachel Carson avait également prédit une épidémie de cancer qui toucherait 100% de la population. Aujourd’hui on sait que ces 2 prophéties ne se sont pas matérialisées. 40 espèces d’oiseaux avaient été mises aux Etats-Unis sur la liste des espèces en danger. 19 d’entre elles ont une population stable depuis 1966, pour 14 le nombre a augmenté et pour 7 il a diminué[xiii]. Le nombre d’aigles répertoriés par la société Audubon était de 197 en 1940 eet de 891 en 1960. On peut également mettre en doute l’effet du DDT sur l’épaisseur des coquilles d’oeufs pour certaines espèces. Cette diminution d’épaisseur pourrait également être due aux pluies acides et à une diminution du calcaire dans le sol[xiv].

Mais des mouvements d’opinion s’étaient manifestés dans les années 60 et avaient amené les responsables politiques à interdire le DDT. Cette interdiction a conduit à un génocide. Au Sri Lanka, en moins de vingt ans, l’utilisation du DDT avait permis de réduire le nombre de cas de malaria de 2 800 000 à 17. Lorsque le Sri Lanka a été forcé d’interdire le DDT le nombre de cas de malaria est de nouveau monté en flêche. Etait-ce vraiment le bon choix ? On estime que dans les années 50 l’utilisation du DDT dans les pays tropicaux a sauvé la vie de 500 millions d’êtres humains[xv] et qu’aujourd’hui de nouveau des millions de personnes dans le monde meurent de la malaria par année ou encore une personne toutes les dix secondes.

Certains pays tropicaux s’insurgent d’ailleurs contre l’interdiction du DDT dans leur agriculture. Des études faites à l’Université d’Ibadan[xvi] au Nigeria montrent que le transfert du DDT dans les céréales est insignifiant. Cette interdiction peut cependant faire mourir de famine des milliers de Nigerians.

Le DDT a été interdit parce ce qu’il s’accumule dans la chaîne alimentaire et dans les tissus adipeux. Mais on ne connaît aucun cas de décès humain [xvii]relié directement au DDT. Avant le débarquement de Normandie les uniformes des soldats américains avaient été imprégnés de DDT pour que ceux-ci ne succombent pas aux poux et puces de France. La combativité des GI n’en a pas souffert.  Des volontaires américains ont absorbé pendant une année 35 milligrammes de DDT par jour (soit 1000 fois plus que la dose de la population normale). Aucune toxicité et aucune maladie chronique n’a été observée non plus chez les ouvriers des usines fabriquant le DDT. On a manqué d’en parler, mais aux Etats-Unis le DDT a été enlevé de la liste des substances cancérigènes par le National Cancer Institute et des expériences faites sur des animaux ont même montré un effet retardateur sur la croissance de certains cancers[xviii].

 

Dans la littérature scientifique on ne peut trouver aucune étude, insistons sur aucune, qui démontre un quelconque effet néfaste du DDT sur la santé humaine.

 

Mais dans l’interdiction du DDT il y a également d’énormes intérêts économiques en jeu pour les firmes chimiques. Les pyréthroides qui les remplacent sont moins efficaces mais coûtent 4 fois plus cher. Nous savons les payer, mais pas les Africains.

 

Les pesticides dits « naturels »  ne sont pas sans risque non plus. On soupçonne très fort la rotenone extraite de plantes tropicales d’être à l’origine de la fréquence beaucoup plus élevée de la maladie de Parkinson[xix] chez les fermiers biologiques

 

Le 10 décembre 2000, le bon sens a connu une victoire. Les délégués 120 pays participant au congrès des Nations-Unies sur les produits chimiques persistants ont exempté le DDT de l’interdiction, s’il était utilisé pour la lutte contre la malaria.

 

Des mauvaises langues disent par contre que la maladie BSE est due à Greenpeace, suite à l’interdiction il y a dix ans du dichlorométhane dans les abattoirs pour extraire les graisses des abats à 110°C. Aujourd’hui cette extraction se fait par pression, mais ne détruit pas les prions qui sont la cause de cette maladie.

 

L’histoire de l’interdiction des PCB ressemble à celle du DDT. Suite à la contamination d’aliments par des fuites de PCB on l’a interdit complètement. On peut accepter l’interdiction des PCB dans les tranformateurs et d’autres équipements pour cette raison, encore que les liquides de remplacement soient inflammables. Mais l’acharnement à vouloir enlever la dernière trace de PCB de sols pollués tourne à l’hystérie. Les PCB y sont solidement liés à la matière humique et à l’argile et ne sont pas biodisponibles. Aucun cas de décès directement dû aux PCB n’est connu. Des effets mutagènes ou cancérigènes n’ont pas pu être mis en évidence chez l’homme. L’OMS vient de publier une revue[xx] de toutes les études qui ont évalué l’impact des PCB sur la santé humaine dont par exemple une étude sur un ensemble de 7000 travailleurs chez General Electrics[xxi]. Dans beaucoup de cas on trouve même moins de cancers chez les populations exposées aux PCB. Mais l’élimination des transformateurs au PCB coûte au contribuable français quelques milliards de FRF comme l’a montre Haroun Tazieff[xxii], disant que les PCB sont incomparablement moins dangereux que le butane, l’ammoniaque, la soude. Et les PCB comme les dioxines existent de tout temps dans la nature. On en a trouvé dans les cendres volcaniques lors de l’éruption du Mont St.Helens[xxiii]. Les PCB qu’on a trouvés dans la faune arctique seraient en provenance des pays industrialisés. Mais alors que dans ces mêmes pays leur concentration diminue dans l’air et dans le sol, dans le grand Nord canadien elle reste constante. Ces PCB seraient ils présents depuis des éternités[xxiv] . Les poissons chez qui on a trouvé jusque 20 000 ppm dans les graisses utiliseraient-ils les PCB à des fins que nous n’avons pas encore comprises. Rappelons que selon la législation européenne une substance qui contient 50 ppm de PCB est déclarée déchet dangereux.

 

On réalise de plus en plus que les plantes produisent leurs propres insecticides[xxv] et un tas de substances toxiques pour se protéger contre les insectes, les champignons, les prédateurs. On a mis en évidence des milliers[xxvi] de ces pesticides naturels, chlorés ou non, et on estime qu’un humain en consomme environ 1,5 g par jour, ce qui est 10 000 fois supérieur à la consommation des produits organochlorés artificiels. 65% des substances organiques chlorées que l’on trouve dans le Rhin sont d’origine naturelle[xxvii]. Une tasse de café contient 10 mg de substances qui se sont avérées cancérigènes dans les tests sur les rats et la quantité ainsi consommée est équivalente à la quantité de pesticides artificiels ingérés en une année avec la nourriture. Personne n’a pu démontrer cependant que le café était cancérigène, malgré les frayeurs causées par ces analyses. Le café et beaucoup de[xxviii] fruits contiennent de l’acide chlorogénique qui a un effet stimulant et tonifiant sur la musculature. La substance toxique des pommes de terre, la solanine, s’accumule dans les tissus adipeux, comme le DDT. Personne n’a encore eu l’idée de mettre en garde les grands consommateurs de frites. Le miel peut être contaminé par des toxines endommageant le foie. Les fruits de mer peuvent être contaminés par des toxines mortelles en provenance des algues. Les légumes et les fruits de nos jardins contiennent un tel cocktail de produits chimiques, d’insecticides, de nitrates et de toxines qu’ils ne passeraient jamais des tests de mise sur le marché, s’ils n’y étaient déjà. Les haricots et les petits pois contiennent de l’hémaglutinine toxique et des dérivés chlorés de l’indole. La dioxine imite les oestrogènes, mais beaucoup de plantes contiennent des substances semblables.  Le houblon contient tant d’oestrogènes que lors de la cueillette il peut dérégler le cycle mensuel des femmes. Des gens ont été légèrement intoxiqués par l’acide oxalique contenue dans la rhubarbe et les épinards. La saponine des asperges est hémolytique. Pour des raisons difficiles à comprendre on a seulement étudié l’effet cancérigène et mutagène des pesticides artificiels. Une étude[xxix] a été faite récemment sur les choux pour démontrer leurs effets bénéfiques sur le cancer. Elle a tout au contraire mis en évidence que les grandes quantités d’isothiocyanates contenus dans le jus de tous les choux depuis le chou rouge jusqu’au choufleur montraient dans les tests un fort effet mutagène alors que cet effet n’était pas induit par les jus de tomates et de carottes. Il y aurait pourtant grand intérêt à étudier de plus près ces milliers de substances chlorées naturelles, leur effet sur la santé bénéfique ou toxique, leur génération et leur dégradation dans la nature. Le venin d’une grenouille sud-américaine contient un produit chloré, l’épibatidine, qui est un analgésique 200 fois plus puissant que la morphine.

 

La nature peut encore, pour longtemps, constituer un réservoir inépuisable de substances médicamenteuses. Ne nous en étonnons pas : depuis 5 milliards d’années que tout a commencé, l’évolution a eu le temps de synthétiser bien plus de molécules différentes que les chimistes n’en produiront jamais.

 

Pour déterminer la toxicité d’une substance on a généralement recours aux tests sur les animaux et plus particulièrement les rats qu’on alimente avec des doses massives de la substance à étudier. Aux résultats obtenus sur les animaux on applique un facteur de sécurité pour les humains qui est de un million pour les effets cancérigènes .[3]

Une des observations fondamentales en toxicologie est que l’effet dépend de la dose et que cet effet est très fort variable d’une espèce à l’autre. Il suffit de soumettre des hommes ou des animaux à des doses élevées de n’importe quelle substance chimique, naturelle ou synthétique, pour voir des effets toxiques ou mortels. Bruce Ames, le toxicologue de renommée mondiale, a révélé que pour de nombreuses substances, contenant du chlore ou non, soumises à analyses pour détermination du potentiel cancérogène aux doses maximales tolérées (MTD) par les rongeurs, on constate un résultat positif pour 50% des sujets. Selon ce chercheur, une grande partie des cancers sont dus à la dose et non au potentiel cancérogène de la substance.

A certaines doses cependant l’effet est négligeable ou nul. Ce qui est souvent oublié, c’est qu’en dessous de ces concentrations idéales, on observe de nouveau, non pas un effet négligeable, mais des conséquences néfastes pour la santé, parce que beaucoup de substances ou de métaux sont nécessaires au métabolisme humain et appelés éléments essentiels. Ainsi vient-on de découvrir récemment que le corps humain génère ses propres dioxines.[xxx]

Une revue de toutes les études épidémiologiques faites sur l’influence des produits organochlorés sur le cancer des seins et de l’utérus a été faite par une université suédoise[xxxi]. Aucune relation de cause à effet n’a pu être établie par ces études. Une étude faite aux Bahamas et en Floride[xxxii] sur 122 cas de cancer a montré qu’il n’y avait aucune relation détectable entre DDT et cancer ou, en d’autres mots, que la concentration en DDT dans les tissus des malades n’était pas plus élevée. Certaines études[xxxiii], ont même mis en évidence un effet anticancérigène. Une étude portant sur 300 000 fermiers américains a montré que le taux de cancer était de loin inférieur pour cette population pourtant fortement exposée aux pesticides chlorés[xxxiv]. On sait maintenant que le nombre de cas de cancer, à l’exception du cancer des fumeurs, est en baisse depuis des décennies. Aux Etats-Unis ce nombre à diminué de 3,1% entre 1990 et 1991[xxxv]. Dans le passé c’est plutôt une alimentation déficiente et pauvre en certaines substances qui a été la cause de nombreux cancers.

Il n’y a aucune raison non plus d’affirmer que le corps humain serait plus sensible aux produits organochlorés artificiels qu’à la multitude de ceux qui se trouvent dans la nature. C’est précisément parce que le nombre de ces toxines naturelles est tellement élevé que les mécanismes de défense du corps sont polyvalents. Sinon une vache qu’on transplanterait d’une prairie italienne dans une prairie danoise ne résisterait pas longtemps au changement et les européens seraient morts comme des mouches lors de l’introduction de produits exotiques comme le thé, les mangues, les pommes de terre, le maïs, le chocolat.

 

Aujourd’hui le chlore est la matière de base d’une multitude de procédés de fabrication, de produits et de  matériaux indissociables de notre vie quotidienne : les poêles au Teflon, le dentifrice, les déodorants, l’eau de Javel, les lentilles de contact,  les câbles électriques, les poches à sang, les revêtements de sol, les meubles de jardin, les batteries, le papier, les vêtements imperméables. Même les bateaux pneumatiques de Greenpeace ont une couche de PVC pour les imperméabiliser. Sans les produits plastiques contenant du chlore on aurait depuis longtemps abattu le dernier arbre.

 

C’est surtout le polychlorure de vinyle (PVC) qui a été attaqué par les écologistes. Les monomères de base tels que le chlorure de vinylidène seraient fortement cancérigènes. L’OMS vient de terminer ces études sur ce sujet en 2003 et doit conclure que ce n’est pas le cas.

Sa fabrication et sa transformation serait une forte source de dioxines. On a également prétendu que le PVC était responsable du problème de la dioxine dans les fours d’incinération et on a essayé de l’interdire pour cette raison. Plusieurs expériences faites dans différents pays ont cependant montré qu’il n’existait aucun lien entre la teneur en PVC dans les déchets et la formation de dioxines. Un essai à grande échelle a été réalisé à l’incinérateur de Würzburg avec des quantités dosées de plastique et de PVC, jusque 15%. Les quantités de poussières, de dioxines, d’oxydes d’azote émises sont restées constantes, celles de monoxyde de carbone, d’acide chlorhydrique, de dioxyde de soufre ont fort baissé. Il apparaissait que les déchets ménagers contiennent déjà une quantité élevée de chlorures (aliments, papier…) dans laquelle disparaissait le chlore des bouteilles en PVC. Une dizaine d’autres essais ont confirmé les résultats de Würzburg. Les données les plus complètes ont été générées par L’ASME (American Society of Mechanical Engineers). Pour 169 incinérateurs de tout type on ne trouve aucune corrélation entre les émissions de dioxine et la concentration de chlore (ou encore de PVC) dans les déchets. On a également pu démontrer dans l’incinérateur ‘Tamara’de Karlsruhe que les CFC contenus dans les mousses en polyuréthane étaient à 99,999 détruits lors de l’incinération[xxxvi].  Et même le « Livre Vert » publié en août 2000 par les CE[xxxvii] reconnaît que le PVC ne contribue guère aux émissions de dioxines dans les fours d’incinération. Et même lorsque les PVC brûlent à l’air libre, ne génèrent-ils guère de dioxines. Lors de l’incendie d’une usine en Allemagne, 50 tonnes de granulés de PVC ont brûlé en même temps que 75 tonnes d’autres plastiques. Ni les échantillons de fumée prélevés dans les alentours lors de l’incendie,  ni les échantillons des eaux de surface, ni les échantillons de sol prélevés après l’incendie ne contenaient de concentrations en dioxines supérieures à la normale[xxxviii].  La concentration en dioxines dans les cendres n’était pas supérieure à celles d’un feu ouvert.

 Les plastiques augmentent cependant le rendement énergétique de l’incinérateur[xxxix], ce qui permet une combustion plus complète et une réduction de l’apport en combustible fossile. De même, des essais faits aux Etats-Unis ont montré que les cheminées des incinérateurs émettaient plus de substances nocives quand on brûlait du charbon en lieu et place des PVC contenus dans les déchets ménagers[xl].  

Les Ministres de l’Environnement en Flandre et son collègue norvégien ont autorisé la construction de nouvelles unités de production de PVC. A leur avis les données scientifiques objectives ne justifient pas l’abandon de la chimie du chlore.

Par contre le Ministre néerlandais de l’Environnement a été condamné à deux reprises parce qu’  « n’ayant pu apporter la preuve que le PVC serait nuisible, toute publication de sa part en sens contraire est de nature à induire le public en erreur et est dès lors condamnable ». A également été condamnée une banque britannique prétendant que ces cartes bancaires n’étaient plus en PVC parce que ce dernier serait à l’origine d’une diminution du sperme chez les hommes[xli]. Suite aux rumeurs répandues par Greenpeace, certaines communes d’Allemagne (Bielefeld et Berlin) étaient allées jusqu’à prohiber le PVC dans les cahiers de charges pour bâtiments publics. Elles ont fait entretemps marche arrière[xlii]. La logique de Greenpeace conduit parfois à des aberrations : sous la pression de cette association les autorités ont choisi le PTFE au lieu du PVC pour couvrir le toit du Millenium Dome. Le PTFE contient 4 fois plus de chlore que le PVC.

 

Le Ministre italien de la Santé, en réponse à une question parlementaire a déclaré : «  Je ne vois aucune raison qui puisse justifier le bannissement des emballages en PVC. A ce jour, les résultats d’aucune étude toxicologique ne le justifient ». Il se basait sur le rapport du professeur C.Maltoni de Bologne qui confirmait qu,  « aucune tumeur anormale n’a été constatée sur les sujets alimentés en eau contenue dans des bouteilles en PVC. Et toutes les recherches sur la soi-disant carcinogénicité du PVC se sont révélées négatives ». Récemment le Ministère espagnol de l’Environnement  a publié des conclusions semblables.

 

Les phathalates (DEHP) contenus dans le PVC afin de le rendre plus mou pour les jouets et les applications hospitalières ont également été, après des centaines d’essais, blanchis de tout soupçon de carcinogénité par l’OMS, l’US-FDA, EPA, la Commission Europénne et d’autres.

 

Mais des mouvements d’opinion se sont manifestés et risquent d’amener les responsables politiques et les administrations chargées de l’environnement à des interdictions de produits ou à l’élaboration de normes abusivement contraignantes. Celles-ci risquent de coûter cher à la société pour ne lui apporter aucune amélioration réelle dans le bien-être et la santé. Ainsi certaines normes appliquées par l’EPA correspondent au risque encouru par un enfant ingérant le même sol pollué pendant 30 ans. L’EPA  vient également d’être condamnée par la Cour d’Appel de Washington pour son refus d’ajuster la valeur limite pour le chloroforme dans l’eau de 0 à 300 ppm. Le chloroforme est une sous-produit de la chlorination des eaux et l’EPA ne voulait pas démordre de l’opinion  que l’on sait aujourd’hui erronée que chaque molécule de chloroforme pourrait induire le cancer. Ce n’est qu’à partir d’une certaine concentration qu’une substance devient dangereuse (Paracelse).

 

Une frayeur plus récente est due aux perchlorates. Comme pour le chloroforme on avait émis des normes très strictes pour leur concentration dans l’eau potable. Et voilà que l’on découvre que tous les aliments, mais surtout les fruits en contiennent de fortes quantités[xliii].

La surprotection a un coût[4].  La société doit établir une hiérarchie des risques et s’efforcer de pallier d’abord les calamités les plus grandes. Ce sont par exemple l’hécatombe de 45 000 personnes par an sur les routes européennes ou les milliers de morts causées dans les pays pauvres par une eau potable polluée. Ce ne sont pas les risques hypothétiques de produits chlorés.

 

Pierre Lutgen

 


[1] On avait arrêté à Lima la désinfection de l’eau par le chlore suite à un rapport de l’EPA américaine qui disait que le chlore pouvait se combiner avec des substances organiques dans l’eau pour créer des substances organochlorées éventuellement cancérigènes.

[2] L’inventeur du DDT, le Professeur Muller, s’est vu décerner en 1948 le prix Nobel de médecine pour les bienfaits que son produit apportait à l’humanité.

[3] Cette façon de voir commence à être fort critiquée. Souvent les cancers développés dans les animaux sont plutôt dus au stress et aux blessures induites par cette introduction de substances étrangères dans leur corps. En plus, appliquer une extrapolation linéaire ne semble pas adéquat quand on sait que le corps humain a la possibilité de réagir à de faibles doses et de neutraliser leur effet. Ainsi par exemple, la mortalité élevée de rats après  l’injection de 730 mg d’aspirine ne signifie pas que cette substance est néfaste pour les humains, au contraire. Il en est de même pour de fortes doses de vitamine D, de saccharine ou de fluorure de sodium. Il n’y a pas de substances non toxiques ; elles le sont toutes à des doses élevées. Il n’y a pas non plus d’évidence scientifique pour décider que les substances chimiques produites par l’homme soient plus dangereuses que les substances naturelles.

Cet effort surhumain de protection des humains, est coûteux, non seulement par les dépenses inutiles d’argent, mais par les effets négatifs sur la santé, en rendant les gens anxieux et malades. Il se concentre sur l’évaluation du risque ultime d’un milliardième de gramme présent dans l’alimentation au lieu de faire faire à l’humanité des démarches intelligentes pour éradiquer les risques et les maladies réels.

[4] Le risque de retrouver les huiles pour transformateur contaminées aux PCB dans les huiles de moteur usées ou même dans les aliments pour bétail existera tant que l’élimination d’un litre d’huiles contaminées aux PCB coûtera 30 BEF.



[i] K.E.Geckeler et al., Naturwissenschaften, 82,2,1995.

[ii] J.Müller, Frankfurter Allgemeine Zeitung, 17,7,1996

[iii] L.Öberg et al., Arch.Environm.Contaminat.Toxicol.,19,930,1990.

[iv] G.Asplund, thèse, Univ.Linköping.

[v] Fédération des Industries Chimiques, n°4, avril 1993.

[vi] J.P.Utrecht, Drug.Metab.Rev., 24,299.1992.

[vii] P.R.Wallnöfer, Z.Umweltchem.Ökotox., 3, 230, 1991.

[viii] A.G.Ebere et al., Bull.Environ.Contam.Toxicol., 55, 766,1995.

[ix] P.Cocco et al., Ann.N-Y Acad Sci., 837,246,1997.

[x] A.Schecter et al., Arch.Env.Contam. Toxicol., 33.453,1997.

[xi] A.Moreale et al., Parasitica, 34,233,1978.

[xii]  D.Calamari et al., Environ.Sci.Technol, 25-8, 1489,1991.

[xiii] Newsweek, december 5, 1994, p51.

[xiv] M.L. Scott et al., Poultry Science, 50, 656, 1971.

[xv] R.Bates. What Risk, Butterworth & Heinemann, 1997

[xvi]  O.Osibanjo et al., Environ.Contamin. and Toxicol., 5,460, 1995.

[xvii]  Frankfurter Allgemeine Zeitung, 2, 7, 1997

[xviii] American Journal of Public Health, January 1989.

[xix] H Gao et al., J.Neurosc., 22, 782, 2002.

[xx] O.Faroon et al., World Health Organization, Geneva 2003.

[xxi] Environmental Science and Technology, 187A, March 1999.

[xxii] H.Tazieff, Pollutions réelles, pollutions imaginaires, Seghers 1993.

[xxiii] W.E.Pereira et al., Geophys.Res. Letters, 7, 953,1988.

[xxiv] H.Hung et al. Envir.Sci.Technol. 35, 1303, 2001.

[xxv] B.C.Ames, J.of AOAC Internat. 75,1,1992.

[xxvi] G.Gribble et al., A.Survey J.Nat.Prod., 10, 1353, 1992.

[xxvii] E.J.Hoekstra et E.De Leer, „Organohalogens, the natural alternatives“.

[xxviii] K.Lang, Landwirtsch.Forsch., Sonderh.32, Kongressband 1975.

[xxix] F.Kassie et al., Chemio-biological Interactions,102,1,1996.

[xxx] P.Schrey et al. Ruhr Universitaet Bochum, htpp:www.hygiene.ruhr-uni-bochum.de, 11.3.1997.

[xxxi] H.Adami et al., Cancer Causes Control, 6,551,1995.

[xxxii] J.E.Davies et., Symposium CEE Paris, 695, 1974.

[xxxiii] L.Fishbein, Symposium CEE Paris, 725, 1974.

[xxxiv] A Trewawas, Crop Protection 23, 757, 2004.

[xxxv] CJ.Mettlin, Cancer, 15-78, 2043, 1996.

[xxxvi]  C.Rittmeyer et al., Chemoshere, 26,2129,1993.

[xxxvii]  COM(2000)469, 26/7/2000

[xxxviii] http://www.institutdrjager/notfall/messstrategien/fallbeispiele.html

[xxxix] L’Eco-Manager, 10,4,1995.

[xl] Warmer Bulletin, 25,18,1983.

[xli] Advertising Standards Authority, UK, 14 dec 1999.

[xlii] Environnement&Technique, 51, 171, 1997.

[xliii] Science News, April 26, 2006.


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