Eugenisme hier et aujourd’hui

 Mengele et Malthus survivent. Eugénisme d’hier et d’aujourd’hui? Chaque époque a ses frayeurs, au Moyen-Âge on avait peur du diable, à la Renaissance des sorcières et à notre époque du climat. Mais au début du siècle passé une autre frayeur conduisait à des aberrations dont on a peur de parler parce qu’elles sont si proches et que nos parents y étaient mêlés. La théorie en question avait l’appui d’hommes illustres tels que Théodore Roosevelt, Winston Churchill, Woodrow Wilson, Alexander Graham Bell, H.G. Wells, George Bernard Shaw et plusieurs prix Nobel, dont le médecin catholique français Alexis Carrell. Des institutions universitaires de renommée finançaient des projets de recherche sur cette théorie : les universités de Stanford, Harvard, Yale, Princeton, l’Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis. Ceux qui élevaient la voie contre les affirmations de cette théorie étaient traités de réactionnaires et aveugles. Ce qui est en fait très inquiétant est que le rang des objecteurs ait été si clairsemé. La théorie en question a causé la mort de millions de personnes. Elle s’appelle eugénisme. Elle se basait sur la croyance que la base génétique de la race humaine se détériorait parce que les éléments inférieurs de la société se reproduisaient à une vitesse plus grande que les éléments de qualité. Et parmi ces éléments inférieurs on comptait les nègres, les arabes, les étrangers, les immigrants, les juifs, les débiles mentaux. L’origine de l’eugénisme se trouve chez Malthus, mais le vrai propagateur de la théorie avait été Francis Galton. 

Pour Freud la lutte entre le ‘surmoi’ et le ‘ça’, n’est autre que la contrepartie de l’offensive civilisatrice des pays impérialistes qui assujettissent les peuples de couleur, considérés comme des sauvages, vivant encore à l’état naturel et qui bénéficieront du bien que leur apportent les héros blancs.

 

Alexis Carrel, dans ‘L’homme, cet inconnu’, livre de chevet des étudiants catholiques de Belgique, ne disait-il pas : « Pourquoi la société ne disposerait-elle pas des criminels et des aliénés de façon plus économique? Peut-être faudrait-il supprimer les prisons. Des établissements euthanasiques comme en Allemagne, pourvus de gaz appropriés, permettraient de les éliminer de façon humaine et économique ».

 

Julian Huxley, le père d’Aldous Huxley et fondateur du World Wildlife Fund écrivait : » Pour les gens des quartiers délabrés, vivant au milieu d’une pauvreté extrême et de la crasse, les tests d’intelligence sont inférieurs à la moyenne. Ils indiquent aussi qu’ils sont génétiquement en dessous de la moyenne quant à beaucoup d’autres qualités, telles que l’initiative, l’opiniâtreté, l’intensité émotionnelle et la puissance de volonté. Pour eux, nos meilleurs espoirs doivent reposer dans la perfection de nouvelles méthodes de contrôle des naissances, soit par des contraceptifs oraux, ou encore par des injections. »

 

L’eugénisme n’était pas seulement en vogue à droite, parmi les puritains américains et les fascistes européens, mais certains socialistes étaient également son propagateur, tel  Rainer Fletscher,  le spécialiste de génétique statistique qui avait mis en cartes 70 000 familles.

 

John Keynes, auteur de la doctrine keynésienne sur le rôle de l’Etat, croyait fermement à l’eugénisme Galtonien, qu’il considérait comme la branche la plus importante de la sociologie.

 

Théodore Roosevelt n’avait pas peur de dire : » La société ne doit pas permettre aux débiles mentaux de se reproduire ». Les critères pour définir la débilité mentale étaient évidemment d’un flou extrême.  Dommage qu’ils n’ont pas été appliqués à certains de ses successeurs à la Maison Blanche.

 

Ce n’est pas seulement l’Allemagne de Hitler qui avait promulgué des lois sur la stérilisation, mais également l’Etat de Californie où elles se pratiquaient à grande échelle avant la deuxième guerre mondiale. La Scandinavie a également pataugé dans l’eugénique. Entre 1935 et 1975 11 000 personnes ont été stérilisées au Danemark, 40 000 en Norvège et près de 60 000 en Finlande. Les Etats-Unis continuaient également à stériliser allègrement jusqu’en 1963.

 

L’anti-sémitisme et l’eugénisme avaient trouvé un terrain fertile aux Etats-Unis, longtemps avant que Hitler ne s’y intéresse. Les Américains de race blanche avaient une peur viscérale d’être englobés dans un pays géré par les Noirs, les Juifs polonais et les autres immigrés. L’ État d’Indiana est le premier au monde à avoir promulgué une loi sur l’eugénisme en 1907, les autres Etats de l’Union suivaient et la Cour Suprême approuvait cette législation. Le journal médical New England Journal of Medecine de Boston écrivait en 1934 : » L’Allemagne est le pays le plus progressiste dans le domaine de l’eugénisme et de l’élimination des dégénérés ».

 

A la même époque, c’est-à-dire au début du XXe siècle, la société Krupp finançait les publications d’une série d’auteurs qui tous propageaient des idées sur la supériorité de la race aryenne et lutte des plus forts pour la survie : Haeckel, Hauptmann, Höppner, Hentschel, Boelsche. Hitler puisera largement dans cette littérature pour proclamer ses théories sur la pureté de la race. La contamination du peuple allemand est à comparer avec la contamination de la nature, de l’eau et de l’air. Les lois de la nature, plus que la morale chrétienne qui met l’homme au milieu, devraient nous guider. Hitler était le premier écologiste fondamentaliste et certains misanthropes de notre époque auraient aimé travailler avec lui.

 

Les travaux de recherche allemands sur l’eugénisme étaient financés par la Fondation Rockefeller et la Fondation Carnegie, ouvertement jusqu’en 1939, plus discrètement après le début de la guerre. L’assassinat des débiles mentaux des sanatoriums dans les chambres à gaz faisait partie de ce programme.

 

Le célèbre magnat du pétrole, John D. Rockefeller de la Standard Oil ( maintenant appelée Exxon) prétendait que » les couples doivent avoir un nombre d’enfants en rapport avec leur revenu, c’est-à-dire en relation avec leur qualité sociale. C’est lui fournissait les fonds pour la recherche dans le domaine de la génétique. Les données médicales servant de fondement à ce nouveau domaine de recherche furent prises directement à partir de recherches qui avaient déjà été faites en Allemagne à l’Institut de Psychiatrie Kaiser Wilhelm. Le directeur en chef de cet établissement était le psychiatrie suisse fasciste Ernst Rudin, aidé par Otmar Verschuer, Josef Mengele et Franz Kallmann. Le régime hitlérien nommera Rudin à la tête de la Société d’Epuration Raciale (Rassenhygiene). Sous le régime nazi la compagnie de chimie allemande I.G. Farben et la Rockefeller’s Standard Oil étaient une seule et même compagnie. IBM, avec sa filiale allemande Hollerith, permettait avec ces cartes perforées toute la population sur fichiers et d’organiser de façon efficace les transports vers les camps de concentration. IBM développait pour le régime nazi de nouvelles technologies de gestion jusqu’en 1943.

 

Un des propagateurs les plus sournois de l’eugénisme était Konrad Lorenz, qui a reçu le prix Nobel pour son travail sur les oies. Les oies sauvages du lac d’Altenberg en Autriche deviennent pour lui le symbole de l’Uebermensch en comparaison avec les oies domestiquées et dégénérées.Les oies du type des Führerindividuen ont des yeux plus perçants, un plumage plus lustré, un corps plus musclé,  une démarche plus altière. C’est sur elles qu’il faut baser une amélioration de la race. Les autres doivent être sacrifiées. N’oublions pas que le nazisme se basait sur des raisonnements « scientifiques » de ce type, pour éliminer d’abord 70 000 handicapés, puis des millions de Tziganes et de Juifs.

 

Mais le régime de Vichy ne valait guère mieux que les Américains ou les Allemands. Avec le consentement de médecins comme Alexis Carrel, dans les centres d’internement de Pétain 40 000 malades mentaux sont morts de froid et de misère pendant les années de guerre.

 Platon eugénique ? 

Certains font remonter l’eugénisme à Platon. En favorisant la vie sexuelle des sujets d’élite, Platon compte améliorer le peuple de sa communauté : « Il faut rendre les rapports très fréquents entre les hommes et les femmes d’élite, et très rares, au contraire, entre les sujets inférieurs ».

 

Les Spartiates avaient une solide réputation d’eugénistes. Les nouveaux-nés passaient un examen extrêmement rigoureux. Tous ceux qui montraient les moindres signes de déformation ou de faiblesse étaient tués. Aussi Hitler était-il plein d’admiration pour eux.

 

Un tabou sexuel assez marqué existait également chez les Juifs. «  Les prêtres et les Lévites ont pris parmi les Moabites et les Cananéens des femmes pour eux et pour leurs fils. La race sainte s’est ainsi mêlée aux populations de ces pays, et les chefs et les magistrats ont été les premiers à commettre un tel péché. » (Esdras, 9, 1-2) . Dans le Talmud l’union d’un Juif avec une femme étrangère sera même considérée comme une union contre nature (Talmud, Ber.58a).

 

Mais ne pensons que ces aberrations eugéniques appartiennent au passé.

 

En France la Cour de Cassation vient de donner raison à des parents d’un enfant handicapé qui ont traduit en justice le médecin qui n’a pas pu déceler une rubéole chez sa mère. La naissance d’un handicapé a été reconnue comme délit passible de condamnation.

 

Les guerres actuelles au Moyen-Orient nous remettent en mémoire les « Uebermenschen » qui pour un soldat allemand perdu assassinaient en représailles des villages entiers. Il est clair que pour les Américains et les Israéliens un Arabe a moins de valeur qu’un anglo-saxon et l’humilier, le piétiner, l’affamer, l’emprisonner, le mettre en ghetto n’est fait que pour son bien, pour qu’on brise sa tendance naturelle de se reproduire ou de devenir terroriste (nos pères auraient appelés « résistants » ces terroristes).

 

Plus grave ! Le fait qu’on n’arrive pas à sauver les 8 millions d’enfants qui meurent tous les ans parce qu’ils n’ont pas accès à l’eau potable, est une négligence criminelle, la honte de nos sociétés riches du Nord. Il suffit de 2 € par année pour procurer de l’eau potable à une personne du Tiers-Monde. Les 32 millions € dépensés par le Luxembourg en 2004 pour des cellules photovoltaïques et des éoliennes suffiraient largement pour sauver toutes ces vies humaines. Mais ce ne sont que des Africains ou des Asiatiques qui risquent de prendre place à notre table .Et nous nous donnons bonne conscience en prenant une douche au lieu d’un bain pour économiser l’eau que nous avons en surplus pendant 11 mois de l’année..

 Dans le cas du DDT et de son interdiction après l’éradication du paludisme aux Etats-Unis grâce à cet insecticide efficace, certains parlent également d’un génocide technologique voulu par les Américains pour se protéger de l’explosion démographique au Sud. Aucun effet sur la santé humaine dû au DDT n’a en effet pu être démontré. Le  Wall Street Journal parle d’un assassinat délibéré de bébés jaunes, bruns et noirs. Le Dr Charles Wurster, responsable scientifique du Environmental Defence Fund affirme sans sourciller « que de toute façon cet excédent de la population dans les pays pauvres doit  disparaître ». Le Dr Van den Bosch de l’University of California s’étonne de l’intérêt que l’on porte à tous ces enfants de couleur dans les pays pauvres[i]. Al Gore dans son livre Ecology and Human Spirit n’a pas honte de dire «  L’interdiction du DDT a peut-être sauvé la vie de centaines d’Américains ».  Beaucoup d’ONG impliquées dans les grandes conférences de Rio (1992), du Caire (1994). de Kyoto (1996) ne jouent pas un jeu innocent non plus. Celle de Belgrade en 19965 avait déjà tourné autour du thème : « Sans contrôle des naissances, il n’y a pas de développement possible ». On retrouve la même thématique dans le discours de l’UNESCO, de l’UNICEF, de l’OMS, de la FAO. L’écologisme profond voit dans les humains une espèce qui met en danger le bien-être de notre mère la Terre ou Gaia. Le Club de Rome dans les années 60 avait été à l’origine de ce mouvement écologiste qui voyait dans l’explosion démographie une sorte de fin de monde qu’on ne pouvait enrayer qu’en freinant le développement (et donc en maintenant les peuples du Sud dans leur état de dépendance pour que les pays riches puissent exploiter leurs richesses naturelles. En 1968 Paul Ehrlich avait déclaré : » Le plupart de ces nations (et il parlait également des Chinois) ne seront jamais développées dans le sens où le sont aujourd’hui les pays d’Amérique et d’Europe. Et mieux vaut les laisser vivre dans cette société pré-agraire idyllique. ». Il ne faudrait surtout pas que les pays du tiers-monde prennent le chemin de l’Occident ! Car « il faudrait deux ou trois planètes comme la nôtre si nous devions satisfaire, chez les peuples du Sud, la même folie d’hyperconsommation que celle que mènent les sociétés du Nord » ! Rompant avec le discours pro tiers-mondiste, le journaliste Fabrice Nicolino soutient que « les peuples du Sud ne rejoindront jamais, à vue humaine, notre niveau de vie – ce qui abat d’un coup toute l’idéologie soi-disant universaliste des gauches -, et c’est tant mieux, non du point de vue de la morale, mais de celui de la vie ». Propos en parfaite résonance avec les thèses malthusiennes d’un René Dumont, que le journaliste-militant qualifie d’ailleurs de « prophète ». Dans L’Utopie ou la mort, l’écologiste n’affirme-t-il pas que « l’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse ». Tous ces prophètes de malheur avaient déjà un prédécesseur illustre, Tertullien, père de l’Eglise du IIIeme siècle. Il trouvait qu’on n’arriverait jamais à nourrir la population de quelques millions vivant sur le pourtour de la Méditerranée.  Dans le contexte de ce discours malthusien, les mouvements écologistes ont intégré le message de l’empreinte économique dans leur argumentation. Nicolas Hulot a fait de l’empreinte écologique l’un des thèmes principaux de sa campagne. La cause de tous les maux de la terre est ainsi passée de la croissance de la population à la croissance économique. 

Nous accusons Milosevic et Sharon, Bush, Staline ou Hitler pour les milliers ou les millions de morts dont ils sont responsables, mais qui prend la responsabilité des 8 millions d’adultes et d’enfants qui meurent chaque année parce qu’ils n’ont pas accès à l’eau potable et des 3 millions de morts inutiles parce que le DDT est interdit. Les écolos inconscients du WWF ou de Greenpeace qui nous parlent du bonheur des générations futures comme Staline ou Hitler, les sociétés chimiques qui préfèrent vendre des produits plus chers, les médias friands d’histoires sur les produits chimiques qui font peur, ou nous tous qui nous laissons manipuler comme au Moyen-Âge ?

 

Pierre Lutgen

Gradué en sciences sociales

 


[i] G.Jackson, TNA News, 6 december 2000. http://www.newaus.com.au/news166ddt.html


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