Fer, malaria et artemisia

 Un espoir incroyable pour l’Afrique : une tisane qui guérit définitivement de la malaria Le fer a bonne réputation. Peut-être ne la mérite-t-il pas. Les diététiciens et les cuisiniers à la télévision ne ratent guère une occasion pour nous recommander des aliments riches en fer, dans la lutte contre la fatigue, la paresse, et l’anémie. Les sociétés pharmaceutiques se devaient de répondre à cette demande du public. Et pourtant on sait aujourd’hui que chez la plupart des personnes c’est la surdose en fer qui est dangereuse, plutôt que le manque. On nous parle sans cesse des radicaux libres causes de troubles vasculaires et de cancer. C’est le fer qui dans notre corps est sans doute le principal producteur de ces radicaux libres. En 1868  Armand Trousseau[i] avait déjà noté l’impact désastreux d’une alimentation riche en fer sur la tuberculose pulmonaire. Celui qui a le mieux décrit les dangers d’un excès de fer libre dans le corps et dans le sang est le Suisse Félix Kieffer[ii]. Les coureurs cyclistes qui ont essayé de se doper au sang frais riche en fer et en oxygène n’ont pas tenu le coup longtemps ni durant le Tour de France, ni pendant les mois qui suivaient. Au milieu du siècle passé, l’excellent état de santé des tribus nomades, surtout des Massai du Kenya,  rendait perplexe les médecins. Les Massai ne se nourrissaient que de produits laitiers pauvres en fer et vivaient en état d’anémie permanente. Et pourtant ils ne soufraient pas de diarrhée ou d’amibiase ou de malaria comme leurs voisins sédentaires. Leur eau potable provenant de la même marre que celle où pataugeait le bétail. Les médecins coloniaux[iii] ne pouvaient pas rester indifférents devaient cette situation désastreuse : des enfants en bonne forme, mais anémiques et manquant de vitamines et buvant de l’eau boueuse[iv]. On lança un programme pour diversifier leur alimentation et surtout l’enrichir en fer. On distribuait même des bonbons contenant du fer. On ne faisait suivre en fait que les recommandations de l’OMS qui mettait un supplément de fer dans tous les aliments, chez nous dans la farine.  Horreur : après 4 semaines sur les 71 Massai en parfaite santé participant au test 13 avaient la malaria,  3 la tuberculose, 5 la brucellose, 12 la diarrhée, 15 des abcès etc. Le corps essaie par tous les moyens de maintenir bas son niveau de fer libre en circulation. Certaines protéines telles que les transferrines ou la ferritine[v] le neutralisent ;dans le lait maternel ce sont les lactoferrines présentes en forte concentration.  Quand nous faisons du sport nous perdons du fer par la transpiration, encore plus dans le sauna. Et peut-être que la longévité des Méditerranéens n’est pas due à l’huile d’olive, mais tout simplement du au fait qu’ils perdent leur fer excédentaire par la transpiration. En montagne nous utilisons les réserves pour fabriquer des globules blancs. Les polyphénols du vin et du thé lient et éliminent le fer, de même que les composés sulfureux de l’ail, des oignons ou des asperges. C’est pour cette raison qu’on recommande un bon verre de vin rouge avec la viande rouge et qu’on envoyait au siècle passé les malades dans les bains sulfureux. Le fer libre est précipité sous forme de sulfure insoluble.  Même l’aspirine va pêcher quelques atomes de fer libre dans le sang dans sa lutte contre l’infarctus et en former un complexe soluble et éliminable. Le fer est un élément essentiel, non seulement pour nous, mais également pour les parasites et pathogènes. Ils ont besoin d’une bonne dose de fer sinon ils meurent d’anémie comme nous. Et sont même plus voraces que nous et ont besoin de doses supérieures. Et s’ils ne trouvent pas dans le corps de leur hôte assez de fer pour survivre, ils périclitent. L’effet bénéfique d’une réduction de la charge en FeIII dans le corps sur un grand nombre d’infections a été passé en revue  récemment par JJ Bullen de l’Université de Miami : gangrène, diarrhée, mycoses, septicémie, salmonellose, rhumatisme, cholestérol, SIDA…. Une des raisons pour lesquelles on pratiquait des saignées au Moyen-Age était sans doute de réduire la quantité de fer disponible dans le sang pour les foyers d’infection. Et les femmes vivraient plus vieilles que les hommes parce qu’elles perdent régulièrement du fer par le sang des menstruations. Les parasites Plasmodium falciparium  ont besoin pour se multiplier de beaucoup de fer. Une des raisons sans doute pour laquelle ils utilisent le foie pour leur incubation. Et voilà que l’om redécouvre que la tisane d’une plante chinoise l’ artemisia annua, proche de notre artemisia absinthum, guérit définitivement de la malaria. Et à plus de 90% sur les milliers de personnes qui y ont pris recours. Cette tisane peut être cultivée par les villageois africains eux-mêmes, gratuitement.  L’artemisinine, substance active ce la plante,  se combine avec le fer pour produire des radicaux libres en grande quantité qui détruisent  et tuent les parasites de la malaria, les brûlent en quelque sorte. Mais le mécanisme de l’action de l’artemisinine n’est pas encore parfaitement élucidé. Cette grosse molécule s’accrocherait à des éléments de l’ATP du Plasmodium pour les désactiver, mais uniquement en présence de fer. La preuve en a été faite par des chercheurs anglais qui ont désactivé le fer par chélation[vi] (disons par encapsulation). Ou encore[vii] par des essais sur souris. Les quinines ou chloroquinines en tout opèrent par des mécanismes différents. Une des raisons qui peuvent nous faire espérer que les parasites de la malaria ne développeront pas de résistance à l’artemisinine comme pour d’autres médicaments anti-malaria. Cette résistance en tout cas ne s’est pas déclarée pendant des millénaires d’utilisation de la tisane en Chine et a été confirmée par les études de PA Kagger du Academisch Medisch Centrum à Amsterdam. En mots plus simples : la molécule d’artemisinine contient une liaison peroxyde qui au contact du fer crée des radicaux oxydants.. Le couple peroxyde-fer (appelé Fenton) est en fait l’oxydant le plus puissant dans la nature et les chimistes l’utilisent pour assainir les eaux contaminées. Une réaction chimique banale qui détruira les parasites de la malaria pendant des siècles et des siècles, même mieux que l’eau de Javel, mais celle-ci aussi continuera dans le seau de la ménagère à être efficace contre les moisissures, les bactéries et toutes les autres petites bêtes.  Ce qui a mis les chercheurs sur cette piste, c’est que l’artimisinine est très efficace contre certaines formes de cancer[viii] et conduit très vite à l’apoptose (destruction) des cellules cancéreuses, qui comme le Plasmodium, sont très friandes de fer. Un secteur de recherche nouveau, mais en explosion. Alors que d’autres tisanes ne faisaient qu’alléger les douleurs et les fièvres, la tisane d’Artemisia annua serait une thérapie terriblement efficace. Et si cela se vérifiait ! Les damnés du monde se lèveraient de leur grabat  et les revendeurs de pilules seraient sur la paille, Benny Michels, michelb@pt.lu Pierre Lutgen, lutgenp@gms.lu


[i] A Trousseau, Lectures on Clinical Médecine, New Sydenham Society, 1872.

[ii] F Kieffer, Mitteil.. Gebiete Lebensmittel, 86, 48, 1993.

[iii]H McFarlane et al : Immunity, transferrin and survival in kwashiorkor, Brit Med J, 2,268, 1970

[iv] MJ Murray et al , The salutary effect of milk on amoebiasis and its reversal by iron, Bri Med J 2 268, 1980

[v] ED Weinberg, Perspectives, 5, 346, 1999.

[vi]  U Eckstein et al Nature, 424, 957, 2003.

[vii] S Koka. et al, Biochem Biophys Res Comm 357, 608, 2007.

[viii] NP Singh et al, Anticancer Res., 24, 2277, 2004.    AE Mercer et al., J Biol Chem 282, 9372, 2007.


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