Hastert et le scandale Abramoff

Hastert éclaboussé par le scandale Abramoff. Une onde de choc parcourt Washington ces jours-ci. Un nombre incroyable de politiciens de tout bord se sont laissés acheter par le lobbyiste Jack Abramoff[i].  Parmi les 37 000 lobbyistes qu’il y aurait actuellement à Washington, Jack Abramoff entrera sans doute dans l’histoire comme  champion en fraude fiscale, corruption et escroqueries. »On est probablement en présence du plus grand scandale parlementaire de l’histoire », écrit Mélanie Sloan, directrice de Citizens for Responsibility and Ethics. Pour réduire la peine que le tribunal fédéral de Washington lui imposera, Jack Abramoff plaide coupable, mais menace de révéler les noms de congressistes qui ont profité de ses largesses. «  Les mots ne seront jamais assez forts pour exprimer mes regrets pour la multitude d’erreurs et le mal que j’ai fait », a déclaré M Abramoff, en sortant libre du tribunal revêtu de sa plus belle tenue de gangster : trench-coat noir et borsalino. Ceux qui ont bénéficié des « dons » de Jack Abramoff s’en débarassent en cette première semaine de janvier 2006 comme de charbons ardents. Le premier à le faire fut Dennis Hastert[ii], par un don de $70 000[iii] à une œuvre charitable. C’est moins que le sénateur Conrad Burns ( $150 000), mais légèrement plus que le sénateur Byron Dorgan ($67 000) et John Doolittle ($64 500)[iv], J.D, Haywort ($64 520) et beaucoup plus que Eric Cantor ($31 500) ou  Roy Blunt ($8 500). La liste est beaucoup plus longue, un déballage est attendu et Abramoff est considéré comme une grenade dégoupillée. En épluchant les livres de comptes d’Abramoff on a découvert que plus de 300 élus avaient bénéficié des donations de sa part depuis 1999.  Mais le plus sinistre aspect de cette affaire est que beaucoup d’épouses de sénateurs ou de représentants profitaient largement de cette manne et servaient de cachette : Julie Doolittle, Lisa Rudy, Christine DeLay, Wendy Buckham, Pamela Abramoff. C’est ce que le New York Times appelle « The Wives Club ». Bush affirme qu’il n’avait jamais eu de contact avec ce sinistre personnage ; pourtant les documents collectés par la police dans les bureaux d’Abramoff montrent que celui-ci se réunissait régulièrement avec les équipes de Dick Cheney ou John Ashcroft[v] ou Karl Rove. Et Abramoff avait reçu le titre honorifique de « Pioneer » pour sa contribution de $100 000 à la campagne présidentielle de Bush. Tom DeLay qui dînait régulièrement aux frais de la princesse au restaurant de luxe « Signatures » de Abramoff  et avait fait un voyage touristique sur les terrains de golf en Ecosse aux frais du lobbyiste doit tirer les conséquences de ces imprudences. On lui a conseillé de démissionner du poste de chef de la délégation républicaine. Les fonds dont disposait Abramoff  provenaient essentiellement de tribus indiennes aux Etats-Unis et des îles Marianne. Les chefs des tribus indiennes qu’Abramoff traitait de troglodytes [vi] (notamment ceux des Coushatta en Louisiane, des Saginaw Chippewa du Michigan, des Choctaws au Mississipi et des Tigua au Texas) payaient Abramoff pour qu’il les aide à échapper à la taxation des leurs casinos qui ont des gains semblables à ceux de Las Vegas. Dennis Hastert[vii] a signé en 2004 avec Tom DeLay et Eric Cantor une lettre demandant que les Indiens soient exonérés de taxes. Les politiciens des îles Marianne payaient Abramoff pour que dans les ateliers de leurs territoires, qui appartiennent aux Etats-Unis, le travail des enfants ne soit pas interdit. Les Mariannes sont également connues pour leur sexshops et salons de massage. Omar Bongo, le président du Gabon a payé $9 000 000 à Abramoff pour que celui-ci lui arrange une rencontre avec le président George Bush[viii]. Le congressiste Bob Ney et l’homme d’affaires Adam Kidan ont été condamnés pour avoir aidé Abramoff à acquérir frauduleusement les bateaux-casino du Grec Konstantinos Boulis en Floride[ix] et pour avoir aidé Abramoff à collecter des fonds pour des associations charitables, fonds qui ont été utilisés à de toutes autres fins. David Safavian, chef d’achats principal de la Maison Blanche a été inculpé par le FBI pour faux témoignage concernant ses relations avec Abramoff[x]. Jack Abramoff est un des personnages clefs de l’AIPAC (Amercian-Israel Public AffairsCommittee ) avec Tom DeLay, Steven Rosen et Keith Weissman. Les deux derniers ont été condamnés en 2005 pour espionnage en faveur d’Israël. Des sommes énormes[xi] ont été versées au parti d’extrême droite de Jabotinski et aux colons juifs de la West Bank en Palestine. 140 000 dollars pour la colonie illicite de Beitar Illit par exemple, sans parler des équipements paramilitaires, tels que jumelles infra-rouges, uniformes de camouflage, fusils à télescope qui servent à tirer sur les antennes paraboliques et les réservoirs à eau des villages palestiniens, ou bulldozers qui servent à arracher les oliviers.  Les seuls qui s’insurgent pour le moment sont les tribus indiennes en voyant que l’argent qu’on leur a extorqué sert à opprimer une autre minorité : les Palestiniens. Le fait que le silence de dizaines de politiciens ait pu être acheté, républicains et démocrates confondus, sur les violations des droits de l’homme et les résolutions des Nations-Unies concernant la Palestine fait trembler la démocratie américaine sur ses bases.  Je sais que de telles affirmations entraînent le risque d’être traité d’antisémite par Elie Wiesel, Marek Halter, MartinGray,  Simon Wiesenthal ou Alain Finkielkraut. Et pourtant ne sont ce pas eux les pires des antisémites : ils tolèrent pour les Palestiniens, qui sont des sémites comme eux, des traitements humiliants qui ressemblent étrangement à ceux de Berlin et de Vichy. Pierre Lutgen


[i] Los Angeles Times, December 22, 2005

[ii] Maureen Dowd, New York Times, January 4, 2005.

[iii] CNN, January 3, 2006.

[iv] Associated Press, November 24, 2005.

[v] USAToDay, 7/5 2005

[vi] Washington Post, November 19, 2005.

[vii] Washington Post, September 28, 2004

[viii] New York Times, November 10, 2005.

[ix] Washington Post, September 28, 2005.

[x] Washington Post, Septemer 20, 2005.

[xi] Michael Isikoff, Newsweek, January 2006


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