Hussein, mon ami de Palestine

 De retour d’un voyage en Palestine, où nous avons rencontré des situations totalement indescriptibles mais aussi des Palestiniens qui y font face avec une force d’âme et une sérénité vraiment admirables.Pourtant, tout dans ce conflit du Proche-Orient est complexe. Bien sûr, l’origine est connue de tous. C’est la spoliation des terres et la création du  problème des réfugiés palestiniens. Vu de loin, on se demande comment près de 60 ans n’ont pu permettre de résoudre la question et surtout pourquoi et comment le problème empire de jour en jour.C’est de fait beaucoup plus compliqué qu’il n’apparaît, nous dit un de nos interlocuteurs, Hussein, professeur d’université qui est à l’origine de la création de nouvelles tendances politiques non traditionnelles et non confessionnelles. (Pour le rencontrer, nous avons dû quitter Jérusalem car, vivant dans le West Bank, il n’est pas autorisé à venir à Jérusalem). Il nous rappelle : « Il y a bien Israël d’un côté qui œuvre systématiquement avec un mépris total des droits de l’homme les plus élémentaires et de l’autre :-Les Palestiniens de la bande de Ghaza, littéralement emmurés dans une bande de sable sans réelles ressources industrielles, sans port, sans aéroport et sans liberté de circuler en dehors de la zone.-Le million de Palestiniens arabes vivant dans les frontières d’Israël : les descendants de ceux qui n’ont pas quitté leurs pays en 1948. Interdits de sortir du pays, pas de passeport international, interdits de troupeau de vaches (parce que pas Kasher…), interdit d’aller voir leurs connaissances du West Bank, des citoyens de seconde zone dans un système qui ressemble beaucoup à l’Apartheid.-Les Palestiniens de Jérusalem Est : interdits de tout et présentement dépossédés de leurs maisons et terrains de façon systématique. Pas de liberté de circulation non plus.-La grosse partie du West Bank : interdit de visiter les autres parties dont Jérusalem. Le président et le premier ministre palestiniens sont interdits de visiter Jérusalem-Est, qui pourtant fait partie des territoires occupés. Et donc d’aller prier dans la mosquée de Jérusalem, un des hauts lieux de l’Islam-Le million de réfugiés dans les camps (Jenin, Naplouse, Ramallah etc…. n’ayant jamais accepté la spoliation de leurs terres, ils sont sous la protection de l’ONU avec des papiers de réfugiés.Pour donner un exemple parmi cent de la violation fondamentale des droits de l’homme : un Palestinien de la zone intérieure n’a pas le droit d’épouser une Palestinienne du West Bank !C’est dans ce contexte à « s’arracher les cheveux » qu’œuvre Hussein pour créer, à côté des traditionnels Fatah et Hamas, une mouvance moderne, résolument tournée vers la paix et l’avenir. « C’est vrai aussi, confesse t-il, les deux grands partis protagonistes palestiniens ne sont pas exempts de défauts, voire de fraude. Il faut rénover, il faut corriger, il faut réformer ». Nous on déplore les excès des politiques mais, sans les accepter, on peut comprendre, vivant nous-même dans un pays de cocagne où les exactions de chefs politiques belges font la une de tous les quotidiens. Mais « abusus not tollit usum » et Palestiniens ou Belges, rien ne permet d’autoriser ces débordements. De là l’intérêt énorme que pourrait représenter une nouvelle tendance plus ouverte et plus démocratique. Hussein continue : « Je m’accroche malgré toutes les difficultés. J’ai été physiquement tabassé par mes propres pairs, j’ai été à plusieurs reprises dans les prisons d’Israël. Je suis un empêcheur de faire la guerre en rond et cela gêne ». Autre personnage héroïque rencontré : Samir est un homme à tout faire. Il a fait ses études supérieures en hébreu et jongle parfaitement avec l’anglais. Il est l’homme des cent métiers. En l’occurrence, c’est lui qui nous conduit de Jérusalem à Ben Gourion Airport. Il nous montre en passant les très nombreuses colonies sauvages des Israéliens. C’est évidemment fort choquant mais ce qu’il nous montre ensuite l’est beaucoup plus : partout où une colonie s’installe (en flagrante violation du droit international et des droit de l’homme), Tsahal bloque systématiquement les routes d’accès aux villages arabes avoisinants. Des gros cubes de béton interdisent toute entrée ou sortie de véhicules. Ces villages sont simplement isolés, asphyxiés, comme rayés de la carte. Si une femme doit accoucher ou si un grand malade doit entrer en clinique à la ville proche, la famille doit descendre près des obstacles infranchissables et attendre une ambulance venue de loin. Le nombre d’enfants nés à ces check points ou de malades décédés avant des premiers secours est important. Il nous est impossible aussi de ne pas mentionner le mur de la honte : omniprésent, lugubre, sinistre,  il sillonne le pays comme un serpent mortel. Il passe aveuglément à travers villages, écoles, places publiques. Il sépare brutalement des familles qui n’ont plus le droit de se retrouver. Les champs devenus interdits à leurs propriétaire passe « de droit » au mains de l’Etat d’Israël s’ils ne sont pas cultivés pendant un an…et le fermier spolié n’a pas le droit de passer au-delà du mur ! Bref, un système kafkaien dont, nous pensons, tout le monde est responsable. Qu’on ne vienne pas dire après : « nous ne savions pas ». 

Alain Rihoux, lors d’une mission humanitaire en Palestine avec l’ONG « Iwerliewen fir bedreete Volleker »  


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