La dioxine innocentée.

 L’Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis vient de publier un rapport (ISBN : 0-309-10258-8, 2006) qui déclare qu’il n’y a aucune preuve scientifique que les dioxines soient cancérigènes ou aient un quelconque effet sur la santé humaine. Les dioxines (PCDD) et les furanes (PCDF) sont une famille de produits organiques chlorés qu’on trouve partout dans la nature et depuis toujours, même en forêt vierge.  On en trouve d’ailleurs plus dans les sols de nos forêts que dans les sols des zones urbaines[i]. Dans les sols de forêts en Rhénanie la concentration est de 10 à 100 fois plus élevée que dans les prés et les jardins[ii], [iii].[iv] Les Suisses viennent de trouver la même chose dans leurs forêts[v]. Lors de la dégradation des feuilles et des branchages par des champignons sont générés des chlorophénols qui conduisent aux dioxines[vi] . Les peroxidases bovines et celles du radis en produisent également  C’est pour des raisons semblables que le sol autour des scieries de bois et autour des plateformes de compostage est riche en dioxines. On a retrouvé des dioxines dans des sédiments japonais vieux de 8000 ans[vii], en fortes concentrations dans des dépôts d’argile[viii] aux Etats-Unis vieux de millions d’années, dans les momies des pharaons et dans des échantillons de sol datant du temps du Christ. On en trouvé en quantités importantes sur le site archéologique d’une ancienne fabrique de tuiles romaines à Dormagen en Allemagne. La présence des dioxines dans beaucoup d’argiles est d’ailleurs peu comprise.  On a trouvé des concentrations allant  jusqu’à 25 000 ng/kg dans des argiles  naturelles en Amérique et en Rhénanie[ix].Les dioxines sont générées par les feux de forêt, les feux de cheminée[1], la fumée de tabac, les flammes de biogaz, les centrales thermiques et les barbecues, par les opérations de blanchiment et par les incinérateurs, par la décomposition de la matière vivante, par les installations de compostage et d’épuration des eaux, elles sont émises par les volcans, par les chauffages au mazout[x] et par les voitures. Les feux de forêt et l’incinération sauvage de déchets au fond des jardins en génèrent plus aujourd’hui que les incinérateurs de déchets équipés de filtres[xi]. Et le feu de la cheminée au bois en génère dix fois plus que le chauffage au mazout[xii]. Les concentrations de dioxines dans les aliments et dans le sol sont cependant extrêmement faibles, de l’ordre du milliardième de gramme par kg (ce qui correspond à un grain de sable dans un train de marchandises de 20 kilomètres), tellement faibles qu’il est très difficile et coûteux de les détecter. En plus dans les sols elles sont fortement liées à des particules d’humus, ou à des particules de suie, et donc peu biodisponibles. Des études faites à Bochum en Allemagne montrent que le sang de végétariens contient la même concentration en dioxines que celle de non-végétariens[xiii] ; également pour les habitants de régions rurales ou pour les habitants de régions où les retombées de dioxines sont très fortes[xiv].  Inexpliquée est également la forte concentration de PCB et de dioxines dans les tissus et le lait maternel des eskimos du Groenland[xv] ou encore celle dans les sédiments côtiers du Queensland en Australie[xvi].Le débat sur les dioxines a commencé avec l’accident de Seveso, dans le Nord de l’Italie en 1976 lorsqu’un kg d’un de ces composés s’est répandu dans l’atmosphère lors de l’explosion d’un réacteur chimique produisant des herbicides. Cet accident industriel avait causé une grande panique.Des essais de laboratoire avaient en effet montré que les cobayes étaient extrêmement sensibles aux dioxines. Et on a extrapolé sur les humains et sur d’autres animaux. Mais il s’est avéré que ceci était faux et qu’il fallait par exemple 5 000 fois plus de dioxine pour affecter un hamster qu’un cobaye. En 1987 le professeur A.Okey de Toronto, dans la revue Cancer Research, avait décrit le récepteur sur lequel chez l’homme se fixe la dioxine. Il avait trouvé que celle-ci avait une capacité de fixation nettement plus faible que chez certains animaux de laboratoire. L’espèce humaine ne semble pas être une espèce particulièrement sensible aux effets des dioxines. Aucun décès humain par intoxication aiguë à la dioxine n’a été constaté, malgré des nombreux et graves accidents à Seveso, Grenoble, Times Beach, Ludwigshafen, Bolsover, Amsterdam.Mais la presse avait sauté sur ces informations parce qu’elles étaient d’excellentes nouvelles à sensation et permettaient  de vendre plus d’exemplaires.[xvii] La dioxine est devenue le porte parole de la crainte que l’homme de la rue a de tous les produits chimiques. Le mal ainsi fait dans le public est difficile à réparer.Les organisations écologiques n’ont pas raté le coche. Ce risque diffus, auquel l’industrie, l’éternel ennemi, participait était une aubaine pour inquiéter la population et ramasser des fonds. Les politiciens non avertis ont sauté sur le train en cours de route et font du catastrophisme leur fonds de commerce politique. Des scientifiques friands de subsides pour leur recherche ont mis de l’huile sur le feu.  L’interdiction du DDT est un autre exemple de ces hystéries collectives. Le DDT n’a jamais tué personne malgré les abus dans son utilisation et les épandages massifs après la dernière guerre. Mais son interdiction a conduit à une résurgence de la malaria et des centaines de milliers de morts, au Sri Lanka par exemple.Nous sommes tous devenus plus pauvres dans ces faux débats. Au lieu de concentrer nos efforts sur des problèmes écologiques réels et d’éradiquer des maladies ou des risques dus à l’eau contaminée dans le Tiers-Monde et qui tuent des millions d’êtres humains par année, nous avons dépensé des milliards et supprimé des emplois pour essayer d’éliminer des substances chimiques probablement innocentes aux doses présentes dans l’environnement. La dioxine est un problème ‘de luxe’ que peuvent se payer les pays riches.Aux Etats-Unis des lotissements entiers ont été détruits et les habitants relocalisés parce qu’on a trouvé des traces de dioxines dans le sol (Love Canal, Times Beach, Escambia). Mais toutes les études épidémiologiques faites parmi les anciens résidents de ces lotissements se sont révélées négatives et n’ont pu mettre en évidence des taux de maladies supérieurs à la normale. De même, il n’existe aucune preuve épidémiologique d’un risque de cancers au voisinage des incinérateurs, même des plus anciens[xviii]. Ceci a été confirmé par les travaux du prof A Bernard de l’UCL et plus récemment par des chercheurs japonais[xix] ou des études françaies[xx].Mais voyons ceci en détail : 17 ans après l’incident de Seveso le professeur Pesatori[xxi] de l’Université de Milan publie les résultats d’une étude démarrée en 1983 sur les cancers induits par l’émission massive de la dioxine TCDD dans une zone densément habitée. L’étude a porté sur la population âgée de 0 à 19 ans. Le territoire étudié a été réparti en trois zones A, B et R d’après le niveau de contamination du sol en dioxines. Elle regroupe 2122 personnes pour la zone A (la plus polluée), 18115 personnes pour la zone B et 598 236 personnes pour la zone de référence R.  Le nombre de cas de cancer était de 23 dans les zones contaminées A et B. Statistiquement il n’est pas supérieur à la normale, si ce n’est pour deux  cas de cancers thyroïdiens (contre 0,4 attendus) sur  la population de plus de 20 000  personnes. Ceci n’empêche pas un journal français d’écrire sur base de ces chiffres que l’on a trouvé à Seveso un taux supérieur à la normale de cancers rares, avec en gros titre : » Augmentation de cancers autour de Seveso ».  A la conférence « Dioxin 92 » à Tampere en Finlande le professeur  L.Needham du Service de Santé Publique d’Atlanta (US) a présenté les résultats de son étude sur l’accident de Seveso. Cette étude utilise les mêmes zones de référence A,B et R. Les seuls problèmes médicaux notés chez les humains étaient des cas de chloracné, surtout chez de jeunes enfants dans la zone A. Mais ces affections cutanées pourraient également être dues à d’autres produits chimiques émis lors de l’accident. L.Needham cite également les travaux du professeur Bertazzi de Milan qui n’ont pas pu mettre en évidence un nombre plus élevé de cas de cancer. Un effet assez inattendu a par contre été détecté dans la région de Seveso :  le cancer du sein et de la matrice apparaît moins souvent. Lire à ce propos le ‘UZ-Gezondeidsbrief de la K.U.Leuven publié en 1999 et que l’on peut obtenir gratuitement[2].Ces travaux ont été confirmés par les travaux du professeur H.Rüdiger de Vienne. De 1977 à 1992, 15291 nouveau-nés ont été examinés dans les zones contaminées A, B et R autour de Seveso. Aucun effet tératogène ou foetotoxique n’a pu être mis en évidence. Et pourtant la concentration de dioxines auxquelles certaines personnes de la population de Seveso avaient été exposées était 10.000 fois plus élevée que la concentration à laquelle la population générale est exposée. Ceci confirme des travaux antérieurs faits au Missouri et au Vietnam[xxii] dans des zones contaminées.25 ans après le professeur Baccarelli A de Bethesda-MD a étudié le cas des jeunes qui avaient souffert de chloracné lors de l’incident de Seveso. Aucun ne présente aujourd’hui des séquelles de quelque nature que ce soit. Récemment deux jeunes femmes ont accidentellement absorbé une dose très forte de dioxines. On a trouvé dans leur sang des valeurs 10 000 fois supérieures à la normale pour la dioxine TCDD. Elles ont souffert de chloracné dans les jours qui suivaient l’accident, mais d’aucune autre séquelle deux ans après. Déjà en 1986 la revue Scientific American avait publié les travaux du professeur F.Tschirley. Dans la population de Seveso,ainsi que dans celle du Vietnam et de Suède accidentellement exposée à des herbicides contaminés, la mortalité n’était pas différente de la mortalité naturelle de la population générale. Aucun effet durable, aucun effet neurologique, aucune malformation congénitale ou défaut chromosomique n’avait pu être trouvé. Sur 15.291 enfants nés dans les années suivant l’accident de Seveso on n’a pas pu détecter un taux de malformations anormal.  L’absence d’impact de l’insecticide Agent Orange riche en dioxine sur la santé des soldats australiens engagés au Vietnam a été constatée par le rapport « Evatt » du Ministère de la Santé australien[xxiii]. Vient d’être publiée également une étude américaine[xxiv] qui confirme que les vétérans américains impliqés dans l’épandage de l’Agent Orange ne souffrent 25 après d’aucune forme particulière de cancer. Bien plus, une étude complétée en 2000 montre que les soldats américains qui pendant 2-3 ans ont été en contact avec l’agent orange ont beaucoup moins de cancers de la peau[3] et que leurs enfants[xxv] avaient moins de malformations congénitales. Dans un rapport de 1994, le Dr.Kl. Komorowski du ministère fédéral allemand de la recherche constate qu’à ce jour aucun risque de santé sérieux lié aux dioxines émises  par les installations d’incinération de déchets n’a pu être mis en évidence. Ces données épidémiologiques contredisent les informations alarmistes publiées par les médias. Les études faites sur des habitants de sites américains pollués (Times Beach, Love Canal…) n’ont pu mettre en évidence aucun impact de la dioxine sur la santé, bien que sol contienne des concentrations de 1000 ppb. V.Houk, responsable de la relocalisation forcée  de milliers de personnes déclare en 1992 :  « Ce sont les expériences de l’EPA (Environmental Protection Agency) sur les animaux qui  nous ont induit en erreur. Nous savons aujourd’hui que de saturer un rat pendant des années avec une substance chimique,  de compter les tumeurs produites par ce mauvais traitement, puis d’extrapoler avec un facteur de sécurité de 1 000 000 sur les humains, n’a pas de sens scientifique. Des millions et de milliards de dollars ont été dépensés pour rien et pour confirmer une chose évidente pour toutes les substances chimiques : elles sont toxiques  à très forte dose, mais pas à faible dose ».  Il y a eu rarement une substance chimique qui a été autant étudiée par les scientifiques que la dioxine. Une analyse coûte plus de 50 000 BEF[xxvi] parce que les concentrations sont tellement faibles (de l’ordre du ppt). Et pourtant on n’a pas pu mettre en évidence chez les humains, ni cancer, ni malformation génitale, ni effet neurologique après 20 années de latence. Elle n’exerce pas non plus d’effet immunodépresseur sur les lymphocytes[xxvii] ou autre affectation du système immunitaire. La dernière étude[xxviii] qui vient d’être publiée porte sur 7 075 hommes et femmes qui entre 1946 et 1977 ont été soumis à des doses élevées de PCB et de dioxines à l’usine de General Electric à Hudson Falls. Aucun effet sur la santé n’a pu être mis en évidence. Une étude récente vient d’essayer de résumer de manière statistique toutes les études faites à ce jour, à Seveso et ailleurs, et arrive à la conclusion[xxix] que pour la majorité des types de cancer la dioxine est plutôt un remède (blocker) qu’un promoteur !  Et les journaux américains de renchérir : « Dioxin Scare called Mistake (St-Louis-Post), Toxic Nightmares may be unpleasant Dreams (Chicago Tribune), Dioxin joins List of costly false Alarms (Los Angeles Times) ». Un journal français a titré à la même époque « La dioxine innocentée! .[xxx]  Le nombre de cas de cancer de Seveso, s’il y en a, paraît insignifiant à côté des 70 000 cas de cancer par an dus au tabagisme et aux 40 000 cas de cancer dus à l’alcoolisme en France ». Et pourtant on continue à vouloir enlever du sol, de l’air et de l’eau la dernière molécule de dioxine détectable. Les normes de l’US-EPA poussent la dose tolérée dans l’alimentation très loin : 0.006 par kilo et par jour. Au Canada voisin la dose tolérée est mille six cent soixante six fois fois plus élevée. On peut également mettre en doute la norme américaine de 1 ppb de dioxines dans les sols, niveau à partir duquel les sols devraient être décontaminés, avec les coûts exorbitants que cela représente. Le Umweltbundesamt d’Allemagne propose 100 ppb[xxxi].  ( Dans la zone A de Seveso on trouvait 580 ppb dans les sols). Le transfert des dioxines contenues dans le sol vers les plantes est extrêmement faible. Les dioxines sont en effet intimement aux particules de suie qui les ont amenées et ne sont guère biodisponibles[xxxii].  Les normes d’émission pour les cheminées d’usine ou d’incinérateur sont également très sévères (0,1 ng/Nm3). Un incinérateur moderne, équipé de filtres performants et d’une postcombustion à 1200°C, émet moins de 100 milligrammes de dioxine par année, sans doute moins que les barbecues d’une fête de Sapeurs-Pompiers ou de Syndicat d’Initiative. On ne peut plus comparer une centrale moderne de valorisation énergétique des déchets avec un incinérateur municipal du passé qui émettait de 100 à 200 fois plus de dioxines et substances nocives. Et souvent les dioxines qu’on incrimine aux alentours des incinérateurs sont d’autres congénères dans la grande famille des dioxines que ceux qui sont émis par ces mêmes incinérateurs. « Le Soir » du 31 mars 2004 vient de publier un résultat inattendu : les riverains de l’incinérateur de Neder-over-Heembeek vivant sous les vents dominants ont moins de dioxines et de PCB dans leur sang que ceux de la population témoin des Ardennes. On oublie souvent que le compostage et la biométhanisation créent également de grandes quantités de dioxines. Durant les opérations de compostage la concentration de dioxines dans les matières organiques est multipliée par trois alors que lors de la valorisation thermique elles sont presque toutes détruites.Un peu irresponsable dans l’état actuel de nos connaissances apparaît l’épandage de composts et de boues de station d’épuration sur les sols agricoles et même les pâturages où les dioxines sont directement transférées dans le lait de vache. Les composts[xxxiii] et les boues de station d’épuration contiennent en moyenne 300 ppb de dioxines, et parfois plus de 1000 ppb.[xxxiv] Leur transfert dans certains légumes est très prononcé, surtout dans les carottes, les courgettes et les concombres[xxxv]. (Sans parler des concentrations parfois très élevées en métaux lourds dans les composts). L’US-EPA veut d’ailleurs introduire une valeur limite pour les dioxines dans les composts et les boues épandues sur les champs[xxxvi].  Certains questionnent également le recyclage du papier et la fabrication de filtres à café, de serviettes, de mouchoirs à partir de vieux papiers. Les dioxines s’accumulent en effet dans les papiers recyclés[xxxvii] et y atteignent des concentrations de 14 fois supérieures à celles du papier normal[xxxviii]; le papier toilette et les couches pour bébé en contiennent plus que n’importe quel déchet courant ou produit naturel[xxxix].  Voyons l’avis de quelques administrations ou académies :  En 1991, l’ Agence Américaine de Protection de l’Environnement  (EPA) reconnaît finalement qu’il est nécessaire d’entreprendre une étude exhaustive pour déterminer la toxicité des dioxines, pour établir une fois pour toutes si ces produits représentent un risque sérieux pour la population ou non. Les données statistiques accumulées à ce jour ne le démontrent pas, comme le concluait le rapport 1988 de l’EPA.En 1994 l’EPA a publié un autre rapport volumineux qui n’élimine pas le risque de cancers dus aux dioxines (et c’est ce que la presse à sensation a retenu), mais malgré vingt années de recherche, des sommes astronomiques dépensées et 2000 pages de résultats l’EPA n’a pas non plus pu prouver que les dioxines causaient le cancer. Ce dernier rapport de l’EPA a été fort critiqué dans le monde scientifique[xl] pour ne pas prendre ne compte des avis divergents et de ne servir que les ambitions de quelques  fonctionnaires à vouloir contrôler telle ou telle activité industrielle .[xli] Le 20 septembre 1994 a également été publiée une étude de l’Académie des Sciences en France. Elle conclut qu’il n’y a pas eu un seul cas de mortalité humaine direct ou différé à cause Seveso et que, pour l’homme, le seul effet attribuable avec certitude aux dioxines, c’est le chloracné. Le rapport montre que, « contrairement à l’opinion généralement répandue, aucun élément ne permet aujourd’hui de considérer que la dioxine et ses analogues constituent un risque majeur pour la santé publique. L’homme est peu sensible à la dioxine, et les doses auxquelles il est soumis sont très faibles. » La dioxine n’est pas un initiateur du cancer[xlii]. Depuis des millénaires[xliii] l’homme est exposé aux dioxines présentes dans l’alimentation, dans l’eau, le sol et l’air et son corps a sans doute appris à vivre avec ces petites quantités. Et G.Ourisson, président de l’Académie des Sciences, vient de reconfirmer cette position en février 2000[xliv] : « Il est extraordinaire que, successivement, les militants anti-dioxine, l’aient accusée d’être un toxique puissant, d’être un cancérigène, d’être un agent immuno-délétère, et enfin d’être un tératogène… A ma connaissance., aucune étude clinique n’a démontré ni l’une, ni les autres de ces actions ». Une étude menée par l’INSERM ( Institut National de la Santé et de la recherche Médicale) en 2000 arrive à la conclusion « qu’ aucun cas de cancer n’a pu être formellement attribué à une exposition aux dioxines dans la population générale ». En Allemagne le ‘Länderausschuss für Immissionsschutz’ a également reconnu que la peur des dioxines était exagérée, surtout si on la compare aux risques réels que représentent par exemple le benzène ou les suies chargées d’hydrocarbures aromatiques polycycliques[xlv]. Le Bundesgesundheitsamt avoue qu’aucun cas de maladie ou de décès directement relie aux dioxines ne lui est connu en Allemagne. Les concentrations de dioxines dans le lait de vache sont élevées. Un tiers des dioxines absorbées par l’alimentation humaine provient du lait. Une étude très fouillée faite en Rhénanie-Westphalie a cependant montré que la concentration en dioxines dans le lait n’était pas supérieure dans le voisinage des centrales thermiques et des incinérateurs[xlvi]. Les concentrations en dioxines dans le lait sont toujours supérieures en hiver. On ne connaît pas bien la raison, mais on sait que l’enzyme peroxidase du lait est capable d’introduire du chlore dans les molécules organiques[xlvii]. Une enzyme semblable.[xlviii] est la cause de concentrations parfois très élevées de dioxines dans le raifort[xlix]. Il se fait que le corps humain accumule les dioxines dans les tissus adipeux où il prend le temps de les dégrader.[l] Il est inquiétant également que les concentrations en dioxines dans le lait maternel soient supérieures aux doses prescrites pour les aliments. Il y en a cependant  autant dans le lait maternel chez les peuplades primitives ou dans des régions non industrielles [li]que dans nos pays. Un bébé nourri au sein absorbe ainsi 100 fois plus de dioxine qu’un adulte[lii]. Certains écologistes ont voulu interdire pour cette raison l’alimentation au sein maternel[4]. Un journal allemand n’avait-il pas écrit en première page :  « Ist Muttermilch Sondermüll ?», sottise à laquelle l’Organisation Mondiale de la Santé a quand même mis un frein.[liii] L’EPA américaine recommande d’ailleurs maintenant l’allaitement au sein.Une étude récente faite aux Pays-Bas a confirmé l’inocuité du lait maternel. Au contraire cette étude portant sur 7092 enfants à montré que l’allaitement maternel réduisait la fréquence des diarrhées, des rhumes et de la toux. Aucune relation n’existe entre le taux de PCB/dioxine dans le lait et l’état de santé des nourrissons[liv]. Au contraire on vient de trouver que les filles qui avaient ingéré comme nourisson de plus fortes doses de dioxines souffraient moins de l’endometriose[lv].  On sait également depuis quelques années que la concentration de dioxines est de 10 à 100 fois plus élevée dans la viande de poulets et surtout dans les oeufs. La lecture du rapport très complet publié à ce sujet par le Bundesministerium für Umwelt à Bonn en 1993 s’impose. Périodiquement une panique concernant la dioxine naît dans tel ou tel pays, comme celle qui concernait les viandes belges en 1999. Et pourtant les analyses faites sur des centaines d’échantillons de ces viandes belges par des laboratoires suisses ou allemands[lvi] ont montré que la dioxine s’y trouvait dans des concentrations tout à fait similaires à celles des autres pays européens.Mais c’est dans les mollusques et les poissons que l’on trouve les concentrations les plus élevées de dioxines, selon le professeur Bernard de l’UCL[lvii]. Est-ce du à des rejets de dioxines dans les eaux côtières ou ces dioxines sont elles fabriquées par les poissons ? Les populations de pêcheurs peuvent avoir des concentrations en dioxines dans leurs corps 5 fois[lviii] supérieures à celles du reste de la population. Et pourtant elles ne souffrent pas plus du cancer.  Plus déroutants encore sont les résultats de travaux publiés par l’Université de Bochum[lix]. Les excrétions fécales de 14 adultes étudiés contiennent deux fois plus de dioxines que les quantités apportées par l’alimentation. Le corps humain générerait-il ses propres dioxines pour des raisons qu’on ne comprend pas encore. Ces résultats confirment des résultats obtenus, il y a quelques années,[lx]sur des vaches suisses. Les quantités de dioxines éliminées dans les excréments étaient supérieures à celles absorbées par l’alimentation. On avait donné des aliments enrichis en dioxines à ces vaches pour trouver une corrélation avec la concentration de dioxines dans le lait et on n’en a pas trouvé.  Y aurait-il une raison pour laquelle le lait de vache et le maternel en contiennent tant? Plusieurs études américaines ont montré que le lait de vache était un inhibiteur du cancer[lxi] ou que tout simplement la dioxine elle-même agissait comme inhibiteur de nombreux cancers[lxii]. Ces travaux ont été confirmés par des recherches faites à l’université de Karlsruhe. Les dioxines freinent le développement de certaines cellules et arrivent à supprimer des tumeurs[lxiii]. On a même observé une diminution spectaculaire des tumeurs spontanées des glandes mammaires et de l’utérus chez les rates après administration de faibles doses de dioxines.[lxiv] Des résultats semblables ont été publiés par le journal Nature en 2003 par E.Calabrese « Toxicology rethinks its central belief ». Une étude toute récente montre que le TCDD et le PCB inhibent la croissance in vitro des cellules cancéreuses du sein[lxv]. Ou encore que ces substances permettent de guérir des grippes[lxvi] ou des pneumonies ou la Leishmaniose[lxvii]. Une des dernières allégations de Greenpeace était que les dioxines dans l’alimentation des nourissons conduisaient à des retards dans le développement du cerveau. Difficile à prouver ! Mais des essais faits sur de jeunes rats dopés à la TCDD avant et après la naissance indiquent qu’ils ont de meilleurs réflexes et une activité locomotrice plus grande[lxviii]. Et comment expliquer les résultats publiés récemment par l’ADEME en France : on trouve des niveaux plus élevés de dioxines chez les non fumeuses en comparaison à celui observé chez les fumeuses, pourtant susceptibles d’inhaler des dioxines avec les fumées[lxix].  Il en est sans doute des dioxines comme pour d’autres substances chimiques. Elles sont toxiques à forte dose mais peuvent être bénéfiques à faible dose. Aux Etats-Unis mille décès par année sont dus à une consommation excessive d’aspirine. Faudrait-il l’interdire pour autant ? A qui veut-on faire peur et pourquoi ? Il serait en tout cas immoral de faire peur pour soutirer de l’argent pour financer un laboratoire d’analyse ou la caisse d’une association écologiste. Les craintes publiques et hystériques dépassent de loin les risques réels.  Les dioxines auraient-elles remplacé les sorcières du Moyen-Âge et les collectes d’argent pour les indulgences ? Oser dire que l’on ne croit pas aux risques des dioxines pour la santé frise l’hérésie. C’est aller contre la croyance de la majorité et contre la foi aveugle des écolos en des absurdités. Au Moyen-Âge l’Islam était florissant, au début du 20° siècle l’Occident a vécu une explosion technique et économique parce qu’ils cherchaient le progrès à travers la science. Vivrons nous bientôt la même stagnation que vivent actuellement les pays arabes parce que la science s’y réduit à l’interprétation des textes et à la transmission des dogmes. Prenons un pas en arrière et réétudions la question! C’est ce que viennent de dire les experts chargés d’étudier le dossier des dioxines présenté par l’EPA en été 2000 : rien ne permet encore de conclure à un effet cancérigène des dioxines chez l’homme[lxx]. Pierre Lutgendocteur en sciences


[1] En Autriche, le chauffage au bois est la source majeure.

[2] Biblo-dossier dioxine 1999, Universiteit Leuven, 1999, Braschaatssteenweg 308, B-2920, Kalmthout.

[3] G. Kayajanian, Ecotoxic. Environ Safety 2000, 46:2, 125-9

[4] Plus insidieuse sont des affirmations qui se trouvent  dans des publications de Greenpeace : « La contamination en dioxines dans certaines régions est telle que des médecins en sont réduits à recommander à de futures mères de limiter l »allaitement au sein ». On laisse planer un doute affreux et ne dit pas dans quelle région, quels médecins ont recommandé de réduire de combien exactement.



[i] K.Kamm, Wasser, Boden, Luft, 5,48,1994

[ii] H.Krause. Z.Umweltchem.Ökotox., 5,194,1993.

[iii] Z.Umweltchem.Ökotox. 5.194.1993.

[iv] M.Joneck et al., Z.Umweltchem. Ökotox., 4,209, 1992.

[v] P Schmid et al., Chemosphere, 08.045.2004 (in press)

[vi] L.Öberg et al., Arch.Envir.Contam.Toxicol., 19,930,1990.

[vii] C.Tashiro et al., Chemosphère, 20,1533,1990.

[viii] J.Ferrario et al., Envir.Sci.Toxicol., 34, 4524,2000.

[ix] P.Schmid et al., Mitt.Lebens.mitt.Hyg., 92, 483, 2001.

[x] R.Haag et al., Wasser, Boden, Luft, 6,40,1992.

[xi] P.Lemieux et al.,  Envir. Science and Technol. Jan.2000.

[xii] F.Pfeiffer et al. Chemosphere, 40, 225, 2000.

[xiii] P.Wege et al., Organohalen compounds, 13, 13, 1993.

[xiv] U.Ewers et al., Gesundh.-Wes., 56, 467, 1994.

[xv] E. Dewailly et al., Envir.Health Perspectives, 107, 10, 1999.

[xvi] C.Gaus et al., Chemosphere, 43, 549, 2001.

[xvii] Der Spiegel, 31, 102, 1991

[xviii] Guy Lutgen, Réponse à une question parlementaire, L’écobilan, 67, L’Ecobilan ‘98.

[xix] Y Fukuda et al., J.Med.Dent.Sci 50, 249, 2004.

[xx] N Floret et al., Re.Epidemiol.Santé Publique, 52, 209, 2004.

[xxi] P.A.Bertazzi, A.C. Pesatori et al., Am.J.Epidemiol., 6,1187,1989.

[xxii] EPA, Record of Decision,: Reich Farm, NJ, 1988

[xxiii] Final Report of the Royal Commission, Canberra, 1985.

[xxiv] N.Ketchum et al.,   Am.J.Epidemiology, 149, 637, 1999.

[xxv] M.Fumento, Reason, July 2000, 1.

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[xxvii] D.Lang et al. Archives of Toxicology, 68, 1994, 296.

[xxviii] R Kimbrough, The Times Union, Albany NY, 23 March, 1999.

[xxix] G.Kayajanian, Regulatory Tox. and Pharmacol. 26,134, 1997.

[xxx] Dr. Pierre Lesca, in Le Monde, 11 novembre 1987.

[xxxi] D.Schulz, Z.Umweltchem. Oekotox., 4, 207, 1992.

[xxxii] K.Joppe, Die Welt, 23.11.1996.

[xxxiii] G.Gelbert et al., Agribiol.Research, 45-1.77,1992.

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[xxxvi] http://www.epa.gov /OST/standards  dec 1999.

[xxxvii] Dr.M.Ende et al., Z.Umweltchem.Ökotox. 4,211, 1992.

[xxxviii] H.Beck et al., Chemosphere, 25,1533,1992.

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