La presse américaine et le terrorisme

  

Comment expliquer qu’en septembre 2001 tous les pays de la terre sympathisaient avec les Etats-Unis pour le drame qu’ils venaient de vivre, et que deux ans plus tard ils se sentent tous excédés par l’arrogance impérialiste de ce pays[1]. Lors des votes aux Nations Unies, il ne lui reste que deux amis, l’un vacillant :  la Grande-Bretagne, l’autre jubilatoire : Israël. Même en Arabie Saoudite, pays arabe ami, 94% des habitants déclarent détester les Etats-Unis.

 

Ou comment encore expliquer qu’une institution telle que la presse américaine qui était le garant des libertés démocratiques, se soit laissée enrôler pour devenir le porte-parole des militaires et des banquiers et présente aujourd’hui le facteur de risque majeur pour la survie de la démocratie aux Etats-Unis.

 

La liberté de presse, symbolisée par le fameux 1er amendement de la Constitution était un des piliers fondamentaux de la démocratie américaine. Le « Patriot Act » de 2002 a mis fin à cela.

Aux Etats-Unis durant les mois suivant le 11 septembre 2001, toute la presse était devenue la Voix de son Maître. Peu de cris se sont élevés contre les restrictions du Patriot Act. Au pays des hommes libres et braves il était devenu difficile de trouver un journaliste impartial et inquisiteur. La plupart des stations de télévision étaient de toute façon inféodées au pouvoir.

Le président Roosevelt déclarait à la fin de la deuxième guerre mondiale : « La suppression de la liberté d’expression et le censure figurent parmi les armes mortelles qu’un dictateur dirige contre son propre peuple ».

Ce que certains journalistes ou auteurs disaient au siècle passé ne serait plus politiquement correct aujourd’hui : Michael Harrington sur les « pauvres invisibles », Jack London « sur le peuple d’en bas », John Steinbeck sur les « migrants de Californie », Henry James sur « le gigantesque paradis de la rapine ». De ce temps là le stylo tenait lieu de rateau ; il remuait la tourbe accumulée au bas de l’échelle sociale par les forbans distingués de la haute société. Le stylo s’en prenait aux maîtres.

Les médias américains ont grandement facilité l’impérialisme et l’agressivité de GW Bush. On pense inévitablement au film « Citizen Kane » dans lequelle le mandat de la presse Hearst lance en 1898 une campagne de presse hystérique qui permet de déclarer la guerre à l’Espagne et de conquérir Cuba et les Philippines.  Sans l’accord de ces médias, GW Bush n’aurait jamais pu lancer la guerre en Irak. Robert Murdoch avait convoqué 167 rédacteurs en chef pour les obliger à soutenir la guerre en Irak[i]. Jusqu’en 2004 les 1 200 stations de radio et les 36 émetteurs de télévision de la chaîne Clear Channel n’ont jamais parlé des manifestations contre la guerre et ont saboté des artistes ou chanteurs qui osaient émettre des critiques. On se croirait soudainement dans un pays des tropiques où les médias naviguent entre censure, autocensure et contrôle officiel sur l’information. Les médias américains sont autant responsables des bains de sang et des violations des droits de l’homme en Irak, Haïti, Palestine, Afghanistan que les stratèges du Pentagone. La propagande de la presse dans les pays dits libres peut être plus efficace que celle des régimes autoritaires, parce que les gens croient qu’elle est indépendante. Et certaines associations telles que Reporters sans Frontières profitent de cette situation, en jouant sur l’association mentale que les gens font avec Médecins sans Frontières et Pharmaciens sans Frontières.. Elle est en fait le porte-voix de la CIA.

 

Il suffit de créer un « brouillard de patriotisme », semblable aux actions « Nacht und Nebel » d’un autre ministre de la propagande tristement célèbre. Car ce n’est pas de date récente que le Pentagone essaie de contrôler les media américains et les utilise pour se lancer dans des actions militaires. Pour faire approuver l’intervention des troupes américaines au Vietnam, Nixon invente l’incident du golfe du Tonkin, avant de débarquer en  Somalie, Bush fait publier des photos d’enfants somaliens rachitiques, pour faire intervenir les troupes américaines au Koweït, une interview falsifiée d’une infirmière est publiée, qui prétend que les troupes irakiennes tuent les bébés dans les maternités. Il a fallu des années pour découvrir que c’étaient des manipulations.

 

Aujourd’hui le public regarde avec plus de suspicion les informations prodiguées par les médias anglo-saxons : l’usine de fabrication d’armes chimiques dans le Nord de l’Irak se révèle être une ferme, le rapport confidentiel sur les armes biologiques en Irak un travail d’étudiant, le contrat de vente de minerais nucléaires à Saddam forgé de toutes pièces  

 

L’inféodation de la presse américaine au pouvoir ne date pas de 2001. En 1996 Gary Webb révélait dans le San Jose Mercury News  les liens étroits entre la CIA, les trafiquants de drogue et les contras au Nicaragua. Il fut tourné en ridicule dans le Washington Post, le New York Times et le Los Angeles Times. Mais les investigations la CIA et le Département de Justice ont confirmé les dires de Gary Webb, et ont mis en évidence que les présidents Reagan et Bush avaient essayé d’empêcher toute investigation sur le trafic de la drogue entre l’Amérique Latine et les Etats-Unis, sur la guerre au Nicaragua et les crimes commis dans ce contexte. Gary Webb avait perdu son travail en 1996. On vient de le trouver en septembre 2004 mort dans son appartement, deux balles dans la tête (meurtre ou suicide). L’ostracisme dont il a été victime n’encourage pas d’autres journalistes à aller chercher des informations dans des dossiers auxquels la CIA et le Pentagone sont mêlés.

 La pression exercée sur les journalistes américains par la Maison-Blanche et son appareil juridique est grande. Rappelons qu’en Amérique un journaliste peut-être licencié du jour au lendemain, sans justification et sans compensation sociale. Plusieurs journalistes ont été traduits en justice et risquent des peines de prison parce qu’ils refusent de livrer les sources de leurs informations ( Judith Miller du New York Times, Matthew Cooper du Time, Brent Sadler de CNN  Jim Taracini de WJAR, John Solomon de Assiated Press, Susan Sontag du New Yorker, Bill Maher de ABC ). Le président de la FCC (institution de régulation des media américains) n’est autre que le fils de Colin Powell. En octobre 2001 la Maison des Représentants a autorisé le FBI à mettre en place le programme Carnivore pour surveiller les communications par courrier électronique. Le FBI vient de fermer le « Independant Media Center » ou du moins d’enlever de ses journaux électroniques un grand nombre d’informations. Un contrat a été signé entre la CIA et la NSF (National Science Foundation) pour le contrôle du »chat » sur Internet. Le DHS (Department of Homeland Security) organise des séminaires pour journalistes pour leur inculquer un code de conduite dont le thème de base est l’obligation de diffuser en temps de crise les informations publiées par le Pentagone, et seulement celles-là.  Aussi n’y a-t-il rien d’étonnant à ce que           tous les journalistes aient embarqué sur l’affirmation qu’il y avait des armes de destruction massive en Irak         que la plupart des Américains croient encore aujourd’hui qu’il y a un lien entre Saddam Hussein et Osama Ben Laden          et croient que Chirac est un ami de Saddam Hussein. (on ne montre pas les images de Rumsfeld quand il signe avec Saddam un contrat de vente d’hélicoptères avant la première guerre du Golfe)         qu’on ne parle pas du fait que 15 des 19 présumés terroristes du 11 septembre 2001 étaient saoudiens         qu’on ne parle pas des 120 agents du Mossad arrêtés en 2002 aux Etats-Unis         que comme toutes les guerres celle en Irak permette de masquer les problèmes internes d’un pays, comme par exemple le sort de 33 millions d’Américains vivant en dessous du seuil de pauvreté         que dans un sondage Gallup du moi de juin 2005 63% d’Américains sont d’avis qu’il ne faut pas fermer Guantanamo. et que G.W. Bush ait été réélu. La couverture comateuse des élections et des autres enjeux enracine ce que l’on appelle avec dérision la « culture journalistique » américaine. Si les Rupert Murdoch du globe sont les nouveaux bergers du nouvel ordre mondial, ils doivent leur succès au troupeau de moutons dociles contents de mastiquer, digérer et réimprimer des communiqués de presse fournis par les porte-parole officiels et des opérations de relations publiques coopératives.  Dans les années soixante les journaux américains s’étaient déjà fait les porte-paroles du McCarthysme. « Qu’importe si les accusations et les listes de coupables sont fausses, du moment que cela nous permet de vendre plus de dentifrice[2] ».  

Un mensonge devient vérité si vous le répétez souvent, ou encore si vous réussissez à le faire publier dans un grand nombre de journaux. Les media américains font penser au « Ministère de la Vérité » dans le roman « 1984 » de G. Orwell.

 

Le premier qui avait bien compris le rôle que pouvaient jouer les médias dans la formation des opinions était Hitler, allant jusqu’à dire que plus un mensonge était gros (« faustdick »), plus il devenait crédible.

 

Les sionistes l’avaient bien compris également en 1948. La fuite des populations palestiniennes n’était pas due aux massacres perpétrés dans quelques villages, mais aux appels irresponsables des radios arabes qui incitaient les populations palestiniennes à se réfugier à l’intérieur des terres.

 

Il est affligeant dans la même ligne qu’aucun journaliste américain n’ait jamais mis en question le bouclier antimissile de Reagan qui est une Fata Morgana. Tout bon ingénieur sait qu’il ne peut pas fonctionner, qu’il n’est même pas capable de descendre une poule accrochée à une fusée envoyée dans l’espace par les Américains eux-mêmes.

 

Un exemple d’affirmation volontairement mensongère est celle de George Bush dans une conférence de presse, 14 février 2003 :  « Nous avons offert à Saddam Hussein, la possibilité de laisser entrer des inspecteurs des Nations-Unies dans son pays, mais il a refusé cette opportunité ». Les inspecteurs faisaient précisément leur travail en Irak à cette date. Mais la presse américaine n’en parlait pas. Bush finit par croire en son propre mensonge, puisque il réitérait cette affirmation devant le président polonais en janvier 2004.

 

Bush et son équipe sont disciples d’un obscur philosophe immigré aux Etats-Unis, Leo Strauss, mort en 1973 et dont les trois principes de base pour la société idéale étaient : maintenir les croyances religieuses du peuple, maintenir la prééminence des élites en trompant le peuple et intégrer le peuple dans un nationalisme agressif.

 

De fil en aiguille, la télévision qui devrait être un instrument d’enregistrement des faits, devient instrument de création de la réalité. Elle devient arbitre et prescrit. L’avalanche d’informations ne permet plus la réflexion, au contraire elle impose ses énoncés. Dans d’autres continents les antennes paraboliques (appelées paradiaboliques par les régimes musclés) permettent au moins aux gens de recevoir ou d’aller chercher des informations à d’autres sources.  Dans beaucoup de pays, et plus particulièrement dans les pays musulmans, cet accès à Internet et à des informations autres que celles diffusés par les médias sous contrôle officiel crée de véritables révolutions sociales et culturelles (Espérons également que la voix dissidente des blogs américains amène quelques éléments de réflexion dans le Bible belt). Pour le Pentagone des chaînes comme el Jazira sont fort importunes, surtout quand ils ne trouvent pas de moyen pour les réduire au silence. Il avait été facile en 2003 de réduire au silence une autre chaîne arabe « dissidente » émettant à Bagdad en l’annihilant sous quelques obus « collatéraux ». Avec des chaînes El Jazira dans les Emirats et la chaîne Ohmynews en Inde s’élèvent donc des voix hors Occident qui donnent une autre vision des choses que celle de FoxNews ou CNN.

 

La Maison Blanche commence à s’inquiéter également de l’impact des blogs. Le programme «  Informations Operations Roadmap » que Rumsfeld voudrait mettre en place au Pentagone permettrait de bloquer les informations sur Internet qui nuisent à la sécurité des Etats-Unis et qui déstabiliseraient le régime. Les Chinois ont fait la même chose. Mais fin 2005 existaient aux Etats-Unis 8 millions de blogs et le nombre de lecteurs de ces sites est bientôt supérieur au nombre de journaux achetés journellement. Rupert Murdoch, lors du rachat du Wall Street Journal en juillet 2007 a déclaré lui-même : » La technologie est en train de priver les rédacteurs en chef, les patrons de chaîne de leur pouvoir. Aujourd’hui c’est le peuple qui a le contrôle ».  Les lecteurs de blogs sont surtout des jeunes qui ne veulent plus être manipulés par la presse à papa à la merci des conservateurs. Le jaillissement extraordinaire de l’influence de l’information circulant sur Internet a ébranlé la thèse officielle de l’attentat du 9/11. Les réseaux individuels et dissidents ont finalement aux réseaux officiels d’accepter la mise en question de la thèse officielle. Et 42% des Américains sont d’avis qu’il fait faire une nouvelle enquête.

 Déjà en 1996, la presse avalait sans rechigner des atrocités verbales comme celle de Marguerite Allbright qui déclarait que la mort de 500 000 enfants affamés par le blocus était sans doute le juste prix a payer (« worth it ») pour mettre Saddam à genoux. Ces enfants ont disparu dans le trou noir d’une information biaisée. Comme disparaissent les 30 000 Kurdes tués par le régime militaire turc soutenu par les Etats-Unis alors que les victimes kurdes de Sadam Hussein de loin inférieures en nombre méritent d’être considérées comme victimes d’un génocide dans la presse américaine. Et combien de colonnes et de pages ces mêmes journalistes ont consacrées aux 3 000 victimes malheureuses du World Trade Center et aux 1 000 soldats américains qui ont perdu la vie en Mésopotamie ! Plus récemment Condoleeza Rice disait encore sans vergogne que les quelques centaines d’enfants morts dans les bombardements israéliens au Liban en juillet 2006 étaient les douleurs d’enfantement inévitables d’un nouveau Moyen-Orient. 

Pour la guerre en Irak le Pentagone ne voulait pas que se reproduisent les erreurs de la guerre du Vietnam et de la première guerre en Irak.

La guerre du Vietnam fut la première guerre suivie par la télévision, et ce sont les images des victimes, en particulier du camp vietnamien, qui ont mobilisé la population américaine  contre cette guerre et obligé le gouvernement américain à se retirer. Pendant la guerre du Golfe de 1991, les images furent archi-contrôlées et ne filtrait que ce qui avait été décidé au sommet. On avait plus l’impression de suivre un jeu vidéo qu’une guerre. La presse avait fini par perdre toute confiance dans les informations officielles, et le ton des articles s’était tourné contre l’administration

Après l’attentat du 11 septembre, la Maison Blanche a affiné sa logique de guerre médiatique. Il ne fallait plus que l’indignation change de camp. Pour la seconde guerre du Golfe quelqu’un eut la brillante idée d’intégrer des journalistes dans l’armée (embedded journalists). Ils sont vite victimes d’une sorte d’auto-censure pire que  celle des journalistes de la Pravda, ne rapportant jamais les positions et malheurs de la partie adverse et nous inondant de messages qui ressemblaient à ceux de journalistes sportifs commentant le Tour de France. Mais ils sont tellement incorporés, incrustés, enfermés au milieu des troupes et protégés par elles, ils ne peuvent que parler de la superbe technologie militaire de leur pays,  mais pas des souffrances de la population irakienne, ni des détails des 80 attaques que subit l’armée américaine tous les jours.

 Les dernières années ont montré que ces informations distillées par le Pentagone sont souvent erronées ou tendancieuses. « Spin » est le mot employé pour décrire une tactique qui consiste à mettre en exergue un événement mineur, un détail insignifiant pour masquer des horreurs (Guantanamo, Abu Ghraib). Mais pour que le « spin » marche, il faut une presse réceptive et muselée. Que la presse américaine accepte aujourd’hui comme alliés dans la guerre en Irak les dictateurs Musharaf au Pakistan et Karimov en Ouzbekistan, comme elle avait accepté Ben Laden et les Talibans dans la lutte contre les Russes en Afghanistan est grave. Ou que même dans des journaux comme le Washington Post ou le New York Times on dise que pour des personnes suspectées de terrorisme la Convention de Genève ne jouait pas, qu’il fallait accepter qu’on les traite de façon un peu plus sévère. 

Le dispositif essentiel du système de lavage de cerveau tel qu’il est pratiqué dans le pays qui se dit le plus libre et plus démocratique du monde, consiste à encourager le débat sur les questions politiques, mais dans le cadre des doctrines fondamentales de la ligne officielle, dans un sentiment de respect mêlé de la crainte de sortir du politiquement correct. Avant de donner son accord sur la publication de pages publicité dans un journal,  la Chrysler Corporation demande un résumé de tous les articles portant sur des sujets politiques ou sociaux.

 

Et quand le risque de questions importunes aux conférences de presse de la Maison Blanche devient trop grand, on met dans la salle de faux journalistes comme Jeff Gannon qui posent les questions qui permettent aux responsables de faire de longs monologues et d’éviter les questions embarrassantes.

 

Aussi ne verra-t-on pas dans la presse américaine des enquêtes de fond sur les parties escamotées du rapport 9/11, l’écroulement inexpliqué de la troisième tour au WTC,  les attaques terroristes organisées par l’OSP de P.Wolfowitz contre ses propres concitoyens, la protection accordée par Bush Sr. au général Pinochet, l’implication continuelle de la CIA dans le trafic de la drogue,  les 4 bases militaires permanentes qui se construisent en Irak, l’utilisation de napalm et de gaz toxiques à Falluja, l’implication de la Maison Blanche dans les tortures perpétrées en Irak et à Guantanamo, ni de photos d’enfants morts de faim en Irak ou déchiquetés par les bombes.

 

Un des lobbys les plus puissants pour le contrôle de la presse est le lobby israélien, non seulement en Amérique, mais également en Europe. En 2003 la BBC a été traitée violemment d’antisémitisme pour avoir divulgué le film Israels secret weapon.

 

Ce que la presse a perdu dans cette démarche est le sens critique, l’obligation de vérifier toutes les informations. La désinformation du jour fait oublier celle de la veille. Les médias ne peuvent conserver leur crédibilité que par l’amnésie. L’esprit critique est comme l’huile de foie de morue de notre société. Elle a  mauvais goût, mais est très bonne pour la santé.  Les média qui nous abreuvent tous les jours en images et en mots, nous donnent trop souvent une impression de pauvreté et de superficialité. Non seulement ils font tous le même choix de sujets et nous racontent tous les mêmes histoires, mais ils le font en adoptant des points de vue comparables. Presque jamais dans cette avalanche de faits quotidiens quelqu’un ne cherche à élucider la cause profonde des événements. C’est du coller-copier intégral. Sans réfléchir on affuble les gens des qualifications que les agences de presse distillent intentionnellement à longueur d’année: le Hamas radical, les terroristes musulmans, les Colombiens narcotrafiquants, les Chinois irrespectueux des droits de l’homme, la démocratie israélienne exemplaire. Le meilleur exemple sont les rapports sur le climat. Aucune voix qui n’exprimerait le moindre doute sur des affirmations apocalyptiques.  Les journalistes sont devenus un troupeau de ruminants.

 

L’instantané a remplacé l’analyse ; le scoop a remplacé l’article de fond. Les rédactions poussiéreuses ont été remplacées par des palais  de marbre et de verre. Les propriétaires en sont Walt Disney, General Electric, Viacom, News Corp. On est loin de l’affirmation de Karl Marx de 1842 : » La véritable liberté de la presse consiste dans le fait qu’elle n’est pas une industrie ».L’information est devenue une marchandise qui n’a plus besoin d’être vérifiée et authentique, et le rôle du journaliste se limite à celui de photographe. Il suit la meute en Somalie, au Ruanda, en Ukraine, au Liban, mais ses reportages ne contiennent aucun élément original. Et si la meute de photographes se trouvent par hasard en Floride pour photographier l’ ouragan Isabelle, plus personne n’est disponible pour documenter un désastre beaucoup plus grand au Bengladesh..

 

Dans le passé c’étaient les traditions orales transmises de génération en génération qui faisaient la culture d’un peuple. Aujourd’hui ce sont les images de la télévision avalées comme des hamburgers. Dans son livre « La rébellion des masses » Ortega y Gasset avait écrit que la société est une collectivité de personnes satisfaites d’elles-mêmes, de ses goûts et des ses opinions. S’il y a 50 ans pour des journaux de renom le monde entier était devenu leur village, de plus en plus le monde aujourd’hui prend les limites du village ou de la province.

 

Le colombien Yamid Amat donne une excellente description du bon journaliste : » Celui qui fouille, qui cherche des témoins à gauche et à droite, met en doute les versions officielles. Il ne met pas d’étiquettes, ne condamne pas, ni absout. Il n’est pas au service d’un dirigeant ou d’une cause. Et sans cesse il pose la question : pourquoi ? »

 

Mais l’info-bidon commence à avoir du plomb dans les ailes. Les publications triomphalistes dans les journaux scientifiques soi-disant sérieux tels que Nature ou Science sur les succès de clonage du Dr Hwang en Corée, sur les faux résultats scientifiques norvégiens sur le formaldéhyde, la douteuse hystérie collective autour de la grippe aviaire conduisent à une décadence accélérée du bobard.  Le dernier en date fût celui publié par le National Post au Canada. Il s’agissait d’un nouveau règlement en Iran obligeant les députés juifs du parlement de ce pays à porter un insigne jaune. Le canard avait été monté par un ancien fonctionnaire du Shah aux Etats-Unis. Reuters a du le démentir.

 

Du à l’insipidité de leur contenu les media perdent d’ailleurs de leur audience. Une enquête de juillet 2007 du Pew Research Center de Washington a montré que 53 % des Américains ne croient plus en ce que la presse leur raconte. 25% cherchent maintenant leurs informations sur internet. Mais le relais a été pris par Hollywood. Les films de propagande pour la guerre ne datent pas d’hier : « Top Gun » avait été un précurseur. Aujourd’hui le Pentagone met gratuitement à disposition des réalisateurs de films de guerre  ses porte-avions et bases, avions et équipements ; une floraison de films justifiant la guerre sont nés au cours des dernières 5 années :  Pearl Harbor, Black Hawn  Down, Behind Enemy Lines, Tears of the Sun, Flight of the Intruder, Armageddon, Deep Impact, The Core. On y retrouve souvent les musulmans comme masse ennemie.

 

Ou encore des présidents sud-américains n’obéissant plus à la baguette, comme Chavez, Kirchner, Correa, Morales ou Lula. Les médias de ces pays, aux mains d’une poignée de privilégiés fidèles à Washington, ont déclaré une véritable guerre contre les présidents Chavez et Lula, en utilisant toute l’artillerie des manipulations, des mensonges et du bourrage de crâne. Mais dans les deux pays cette campagne mc-carthyste, qui au Venezuela a conduit à un coup d’Etat et au  Brésil devait déboulonner Lula, s’est retournée contre ses auteurs. Les masses mieux informée les ont réélus avec une écrasante majorité.

 

Et pourtant la Charte des Nations Unies et la Constitution de l’Unesco interdisent aux Etats de sponsoriser la propagande guerrière.

 

Les médias et le terrorisme

 Le terrorisme a remplacé le communisme, et Ben Laden méritait d’être mis en valeur comme ennemi justifiant une guerre. Les méchantes langues disent même que le Mossad finance les extrémistes arabes du Hamas, du Hezbollah,  du 9/11.  

Le chaînes de télévision qui montrent des nouvelles en continu sont friandes d’images violentes et de sensations nouvelles. Et les terroristes leur donnent cet aliment de choix. La télévision est devenue le Colisée des Romains. La télévision est devenue pour le terroriste l’outil idéal pour parvenir à ses fins. Ls media ont besoin des teroristes, les terroristes ont besoin des media. Chacun des deux protagonistes exploite froidement la disponibilité de l’autre.

 

Un avion détourné sur un quelconque aéroport quelque part attirera les journalistes comme les mouches et pendant des jours, voire des semaines ils se feront le porte-voix des revendications des kidnappeurs. Et souvent la couverture des événements se fait du toit d’un hôtel proche sans que le journaliste soit même sur les lieux.

 

Ou encore vous devenez tueur solitaire à Washington et pendant des semaines plus de 50% des informations de CNN, Fox, CBS, ABC seront à vos trousses, oubliant tous les autres drames qui se jouent ailleurs dans le monde.

 

Plus sournois est le fait que des associations qui copiant l’image d’autres ONG s’appellent « Reporters sans Frontières » mais sont en fait à la solde de la CIA.

 

Les médias, et plus particulièrement la télévision, sont donc en quelque sorte devenus partenaires des terroristes. L’un a besoin de l’autre. Le terroriste qui ne réussit pas à faire passer son acte sur les écrans a échoué. Ou encore le terrorisme est l’enfant des médias. Des restrictions volontaires de la part des médias, un code de conduite moins voyeuriste, enlèverait à certains terroristes tout intérêt à se lancer dans des activités suicidaires.

 

Les médias se laissent également soumettre à toutes les manipulations. Cela commence par le choix des mots et la partialité du langage. Les musulmans qui basent leurs convictions politiques sur leur religion sont appelés « fondamentalistes », un président américain qui fait le même usage de la religion sera appelé « profondément croyant ». Hamas est « anti-israélien », les colons juifs ne sont jamais « anti-Palestiniens ». Les Palestiniens qui recourent à la violence sont des terroristes ; les Israéliens qui se comportent de la même façon sont des « partisans de la ligne dure ».

 Mais le vent tournerait-il ? 

A parcourir les journaux américains en cette fin 2006 on pourrait cependant reprendre espoir. Certains se montrent beaucoup plus critiques concernant la guerre en Irak, la politique économique et sociale de Bush, l’endettement vis-à-vis de la Chine, les campagnes d’intimidation des universités. C’est comme si le désastre de la Nouvelle Orléans avait ouvert, non seulement les vannes des digues du lac Pontchartrain, mais également celles retenant les frustrations des journalistes américains ayant dû jouer pendant 4 ans à l’écolier obéissant.

 

Soudain Chomski, Vidal, Moore et Palast ne sont plus des voix isolées.

 

Une curée semblable à celle de la guerre du Vietnam se préparerait-elle ?

 « Il aura fallu 200 ans pour imposer la liberté de presse. Il faut maintenant se battre contre la presse pour être libre »Jacques Muglioni  

Pierre Lutgen,

Gradué en sciences sociales

     


[1] J-M. Colombani, directeur du „Monde » avait intitulé son éditorial du 11 septembre 2001 « Tous américains ! ». Après les révélations de tortures américaines en Irak il  a intitulé celui du 15 mai 2004 « Tous non-américains ? »

[2] David H.Price dans « Threatening Anthropology » 2004, Duke University Press.



[i] Freddy de Pauw, Handelaars in Nieuws, Davidsfonds/Leuven


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