La résurrection du nucléaire.

Lors du Conseil européen des 23-24 mars2006 et de nouveau le 9 mars 2007  l’immense majorité des chefs de d’Etat et de gouvernement ont donné leur appui à une motion demandant une relance de l’énergie nucléaire pour diminuer la dépendance européenne aux  combustibles fossiles qui doivent être importés et pour lutter contre les émissions de dioxyde de carbone[i]. Tony Blair, Jose Manuel Barroso et Andris Piebalgs, le commissionnaire européen à l’énergie se sont clairement exprimés en faveur de cette approche. Le comissaire européen J.Almunia avait déjà déclaré en janvier 2006 : » Ce serait suicidaire de ne pas envisager la relance du nucléaire ». Même le fondamentaliste J, Lovelock, fondateur de Gaia, est aujourd’hui un fervent défenseur de l’énergie nucléaire[ii]. La NRC (Nuclear Regulatory Commission) étudie 12 nouvelles demandes de réacteurs en Amérique. 27 nouveaux réacteurs nucléaires sont actuellement en construction de par le monde et à la dernière réunion de l’IAEA en octobre 2006  une centaine de pays du Sud ont exprimé leur intérêt pour cette source d’énergie, pour satisfaire les besoins de leurs habitants. L’électricité devient un droit humain comme l’eau. Les plus intéressés par de nouvelles centrales nucléaires sont certains pays arabes : l’Algérie, l’Egypte, le Maroc, la Tunisie 

Dire que les conséquences de la catastrophe de Tchernobyl sont moins graves qu’on ne l’a prétendu apparaît comme une hérésie. Cette catastrophe est pour beaucoup de gens la plus dramatique de ce siècle. A ceux qui ont osé dire le contraire on a reproché de nager à contre-courant, de ne pas écouter l’avis unanime des experts, de ne pas être des scientifiques sérieux, de ne pas lire les journaux ou de ne pas regarder la télévision.

Dire que le nombre des 40 morts de Tchernobyl est de loin inférieur aux milliers de gens morts dans les mines de charbon ou de minette, aux centaines de milliers de morts de nos routes ou aux millions qui meurent de typhus ou de malaria apparaît comme hérétique ou injurieux.

Il est vrai que la catastrophe de Tchernobyl a été un drame économique, social et psychologique pour plus de 100 000 personnes déplacées de force en Ukraine et en Biélorussie.

Mais essayons de nous limiter à l’effet des retombées radioactives de Tchernobyl.

 La radioactivité fait partie de la nature. 

Par malice ou par ignorance, on oublie souvent que la radioactivité naturelle fait partie de notre vie depuis des millénaires. Certains prétendent même que l’homme est le résultat de mutations provoquées par la radioactivité. Ou encore, la radioactivité naturelle n’a entraîné aucune conséquence décelable sur le développement de l’espèce humaine. Si c’était le cas, compte tenu des variations importantes des niveaux de radioactivité selon les diverses régions globe, on devrait noter dans les régions les plus irradiées des recrudescences de certains types de cancer. Les êtres vivants semblent être équipés de mécanismes de défense extrêmement puissants contre les radiations, beaucoup plus en tout cas que contre le froid ou la chaleur.

Les sources naturelles de radioactivité constituent  80% de la dose annuelle reçue par l’homme. Elles sont nombreuses :

– les rayons cosmiques. Ce rayonnement est plus fort en altitude. Un séjour de 15 jours en haute montagne vous donne une dose équivalente à 10 diagnostics RX des poumons. La même chose est vraie pour un vol transatlantique en Concorde[1].

– la nourriture contient depuis toujours du potassium, du carbone et du tritium radioactif. Ainsi dans le corps d’un homme adulte il y a en moyenne 4400  Becquerel (désintégrations par seconde) dus au potassium radioactif et 3700 Becquerel dus au carbone radioactif.

– l’air contient du radon. Les concentrations de ce gaz sont plus élevées dans les régions à roches granitiques (Forêt Noire, Massif Central, Ardennes).

– le sol contient toujours un peu d’uranium. 5 ares de jardin, sur une profondeur de 50 cm, contiennent 1 kg d’uranium et 3 kg de thorium.

– l’eau, et surtout les eaux thermales prélevées à grande profondeur

Pour mesurer l’exposition aux rayonnements ionisants on utilise la dose effective exprimée en milliSievert par personne et par année. Cette dose est de l’ordre de 4 mSv, avec de fortes variations régionales de 1 à 100 mSv (p.ex. 35 mSv en Inde, 80 en France et plus de 700 sur certaines plages brésiliennes).

Depuis que Roentgen a découvert les rayons X et Becquerel  la radioactivité naturelle de certains éléments, il y plus d’un siècle, l’homme a utilisé ce phénomène à des fins médicales et scientifiques. Ces sources radioactives ‘artificielles’ contribuent aujourd’hui pour 15% à la dose moyenne annuelle et le césium radioactif répandu par Chernobyl sur l’Europe  1% supplémentaire, au grand maximum, d’après « Le Monde » du 19 mai 2000 !

Il s’agit surtout des rayonnements provenant du diagnostic médical (RX) et de la thérapie médicale.

Les autres sources contribuent seulement pour 1 % à la dose annuelle : détecteurs de fumée, cadrans lumineux de montres, écrans de télévision, émissions des centrales nucléaires, retombées des tests nucléaires… Le niveau de radiations autour des centrales conduit à des doses additionnelles annuelles de 0,01 mSv, soit 0,003% de la radiation naturelle.

Nous ne pouvons pas éliminer ces rayonnements de notre vie, mais nous pouvons essayer d’en comprendre et d’en réduire les risques.

L’effet des centrales nucléaires sur la santé a été intensivement étudié au cours de la dernière décennie. Il faut en effet attendre plusieurs années pour détecter l’effet des radiations sur le cancer.

Un rapport du professeur M.Gardner avait en 1990 secoué le monde médical. Il avait trouvé un lien statistique entre l’usine de retraitement de Sellafield en Angleterre et la fréquence anormale de leucémies dans le village voisin[iii].

L’effet du rapport Gardner a été de stimuler d’autres épidémiologistes et radiologistes à continuer ce type de recherche. L’une de ces études, financée en partie par l’Union européenne, n’a pas corroboré les résultats du rapport Gardner.

A l’Institut Gustave Roussy de Villejuif une étude a porté sur les décès provoqués  par différents types de leucémies et par les cancers de la thyroïde chez des jeunes vivant aux alentours d’une vingtaine de centrales nucléaires françaises. Le nombre de décès des suites d’une leucémie constaté par cette étude était inférieur à celui attendu par comparaison avec des populations vivant loin de centrales nucléaires. Il n’y avait aucune corrélation avec l’augmentation de la distance à partir des sites.

On a fait des études comparatives également sur des dizaines de milliers de militaires américains. La mortalité par cancer était trois fois plus faible chez ceux qui avaient été en contact avec le nucéaire que chez les autres. Ces résultats étonnants ont été confirmés par des études subséquentes chez les militaires canadines et britanniques[iv].

Die Bundesanstalt für Strahlenschutz  arrive également à la conclusion que le nombre de leucémies dans le voisinage n’est pas plus élevé que dans les autres régions (il es même inférieur).

Une étude publié récemment en Angleterre[v] montre que pour 23 000 hommes travaillant dans l’industrie nucléaire on n’a pas pu mettre en évidence un taux plus élevé de malformations dans leurs descendance.

En fait les doses reçues par les ouvriers des centrales nucléaires sont de loin inférieures à celles des mineurs, et jusqu’à 500 fois à celles de ceux qui travaillent dans les mines de sel ou de charbon. Certains charbons contiennent de fortes concentrations en uranium et en thorium. On calcule que les quantités d’uranium émises dans l’air par les centrales thermiques au charbon en Amérique émettent 801 tonnes d’uranium par leurs cheminées alors que les centrales nucléaires du pays n’en consomment que 501 tonnes par an et n’en émettent que des quantités insignifiantes. Pour ceux qui ont peur des particules radioactives il est donc beaucoup plus dangereux de vivre auprès d’une centrale au charbon qu’auprès d’une centrale nucléaire.

L’augmentation des leucémies dans certaines régions, et plus précisément en Russie, a plutôt été relié à l’emploi abusif de certains insecticides[vi]. Elle était antérieure à la catastrophe de Tchernobyl.

Une étude faite en 1992 par l’Institut für Medizinische Statistik und Dokumentation de l’université de Mayence sur les risques de cancers chez les jeunes conclut de la façon suivante[vii] :  « In der 15-km-Region um Kernkraftwerke beträgt das relative Risiko für alle bösartigen Erkrankungen der unter 15jährigen 0,97. Das bedeutet, dass keine Erhöhung der Krebserkrankungen in den Kernkraftwerksregionen gegenüber den Vergleichsregionen feststellbar war. » Cette étude n’a pas non plus pu détecter d’effets mutagènes anormaux (par comptage des chromosomes dicentriques).

Ces résultats sont corroborés par les enquêtes effectuées dans des régions à haut niveau d’irradiation naturelle par rapport aux régions à faible niveau. On n’a jamais pu mettre en évidence un nombre accru des cancers ou des malformations congénitales dans les régions à haute radioactivité naturelle (Norvège, Ramsar en Iran, plages brésiliennes, Sud-Ouest de la France,Chine). Bien au contraire on a souvent trouvé autour des centrales nucléaires une moindre incidence des cancers par comparaison avec la population générale. De même, dans la région autour de Chernobyl le nombre total de cancers est inférieur à celle de populations témoin habitant plus loin. Une étude systématique effectuée aux Etats-Unis a porté sur l’incidence du cancer du poumon dans différents comtés de ce pays, en fonction des teneurs en radon dans l’air. Une étude très fouillée a montré une diminution de l’incidence aux concentrations légèrement plus élevées[viii]. Cette étude a, par la suite été étendue à des régions du monde, telles que la Scandinavie, où le sol granitique naturellement riche en uranium accroît les teneurs en radon dans l’air. Les résultats ont confirmé les premières observations : l’incidence des cancers diminue d’abord jusqu’à des doses de 20 à 50 mSv pour croître ensuite à des doses supérieures à 100 mSv[ix]. Une étude finnoise a donné des résultats semblables[x],[xi]. Les centres thermaux tels que Bad Gastein connaissent une nouvelle jeunesse. On y envoie avec succès les gens souffrant de rhumatismes et d’arthrose[xii].  Mais pour les chercheurs qui avaient espéré obtenir de grands budgets de recherche pour continuer des études sur les dangers du radon, c’est la catastrophe. Plus personne ne leur en donne[xiii].

Viennent d’être publiés aux Etats-Unis les résultats des études faites sur 70 000 militaires américains ayant participé dans les années 50  à des essais nucléaires sur le sol. Aucune augmentation du taux de morbidité ou de mortalité. Au site de stockage de déchets radioactifs à Hanford (projet Manhattan) dans l’Etat de Washington de nombreuses études épidémiologiques faites au cours des dernières décennies n’ont pu mettre en évidence aucun effet sur la santé du personnel employé sur le site.

De petites doses de radioactivité sont bonnes pour la santé.

Le résultat le plus extraordinaire dans ce domaine a obtenu de manière fortuite à Taiwan. 10 000 personnes vivaient depuis 1982 dans des appartements dont l’armature en acier était fort radio-active suite à l’utilisation de ferrailles riches en Co-60 par une aciérie. Ces habitants avait tous reçu une dose moyenne de 74 mSv en 1983, dose décroissant lentement au cours des années suivantes, mais de toute façon 10 fois supérieure à la dose moyenne de 4 mSv pour le reste de la population. La presse avait immédiatement découvert quelques cas de leucémie et de malformations et causé un mouvement de panique parmi la population concernée. Mais une étude épidémiologique faite par le professeur WL Chen et ses collaborateurs ont montré que le nombre de cancers dans la population « irradiée » n’était que de 3% et que le nombre de malformations congénitales n’était que de 6.5%  de ceux rencontrés dans la population taiwanaise en général. Et ils proposent que l’on fasse d’urgence d’autres études sur les effets prophylactiques de petites doses de radiations ionisantes.

L’explication proposée est que des doses faibles activent les mécanismes de réparation moléculaire  et accroissent la résistance des tissus à l’induction des tumeurs. Au début du siècle d’ailleurs on envoyait les gens pour des cures dans des mines (Gasteiner Heilstollen p.ex.) ou dans des stations balnéaires où la radioactivité de l’air ou de l’eau était plus élevée. L’engouement pour le radium était général . Tho-radia était une crème de beauté au radium, la laine Oradium était préconisée pour les bébés, Radia était un appât radioactif pour attirer les écrevisses, Provadia engraissait les animaux de ferme et de basse-cour. Au Japon on envoie encore aujourd’hui les curistes dans la station de Misasa dont les eaux sont riches en radon, alors qu’aux Etats-Unis on ferme des écoles où la concentration en radon est 1000 fois moins élevée. Et pourtant dans la région de Misasa, les taux de cancer sont inférieurs à ceux des régions environnantes.

Les études portant sur les animaux sauvages de la région de Chernobyl montrent que ceux-ci ont moins de cancers que ceux vivant en dehors de la zone.

Etonnants sont également les résultats obtenus par des chercheurs français[xiv] sur la prolifération de certaines bactéries. Celle-ci diminue fortement quand on les protège de la radiation gamma par un écran en plomb. Ceci suggère que de faibles doses de radiation sont nécessaires à la vie.

Un tel constat remet évidemment en question toutes les conclusions plus ou moins alarmistes. On a trop longtemps cru qu’il y avait une relation linéaire entre dose et effet pour les radiations. On sait maintenant qu’il existe un effet dit hormétique. Le corps humain s’est habitué depuis l’origine des temps à la radiation naturelle et l’utilise à bon escient. Ce qui est malheureux, c’est que lors de l’accident de Chernobyl on ait déplacé 300 000 personnes en se basant sur ce principe de linéarité. Suite aux recommandations du ICRP on voulait les protéger de doses qui auraient été supérieures à 1 mSv par an. C’est absurde parce qu’une telle dose induit éventuellement la lésion supplémentaire de quelques cellules du corps humain, alors que le nombre de lésions naturelles au cours d’une année est de l’ordre de 70 millions[xv]. Il faudrait dans ce cas également évacuer des populations entières en Norvège où la dose annuelle des radiations dépasse les 4mSv par an.

N’empêche que les querelles entre chercheurs continuent. Ainsi le ‘Gemeinschaftsausschuss Strahlenforschung’ regroupant plusieurs centres de recherche de RFA vient d’exclure de ses rangs 5 collègues qui publiaient constamment des rapports alarmistes sur les cas de leucémie autour des centrales nucléaires, créant ainsi des angoisses injustifiées chez les habitants[xvi].

L’Académie nationale de médecine en France va plus loin. Elle soutient le nucléaire[xvii]. Dans son avis, elle explique ce choix par une hiérarchisation des priorités. Selon elle, le plus important est d’éviter  toute rupture d’approvisionnement en énergie. En effet le plus grave risque pour la santé est de manquer d’énergie comme le montrent à des degrés divers le lien entre état sanitaire et dépense énergétique dans les pays en voie de développement, l’importance à la fois de la chaîne du froid et de la lutte contre les températures extrêmes. Dans cette optique la filière nucléaire est celle qui s’avère avoir le plus faible impact sur la santé par kWh produit par rapport aux filières utilisant des combustibles fossiles, les biomasses ou les énergies éoliennes et voltaïques.

Essayons de résumer maintenant ce que l’on sait aujourd’hui sur les conséquences de Tchernobyl.

Au cours des années qui ont suivi la catastrophe, des informations diverses, parfois contradictoires et difficiles à vérifier ont été données par les médias. Ainsi un grand quotidien luxembourgeois a affirmé lors du neuvième anniversaire de l’accident que les radiations avaient tué 124 000 personnes. Information fantaisiste et irresponsable. On sait maintenant que les photos d’enfants chauves montrés à la télévision ne provenaient pas de Tchernobyl, mais de Tchernotvsi, une ville du sud de l’Ukraine, située à 450 km à vol d’oiseau du réacteur accidenté, dans une région totalement épargnée par les retombées radioactives. Ces enfants avaient été les malheureuses victimes d’un empoisonnement au thallium, un élément hautement toxique, utilisé comme rodenticide et bien connu pour ses effets sur le système pileux[xviii].

Un rapport conjoint a été publié en 1991 par les Communautés Européennes, la FAO, l’Agence Internationale de l’Energie Atomique, la Commission Internationale de Protection Radiologique et l’Organisation Mondiale de la Santé[xix]

Retenons quelques conclusions marquantes de ce rapport :

– Il y a eu 31 morts parmi le personnel de la centrale

– Un diagnostic d’irradiation aiguë a été confirmé chez 237 personnes. Des examens plus poussés ont permis de réduire ce nombre à 145.

– Un rapport de 2006 des Nations-Unies confirme le nombre de morts directement liées à l’accident : 46.

– La majorité de la population a reçu une dose égale à celle qu’un patient reçoit lors d’une radiographie normale.

– Dans les régions les plus sévèrement contaminées, les doses externes reçues durant la première année sont de l’ordre de 7 à 25 mSv, et la dose interne n’a pas dépassé 10 mSv dans 90% des cas. On estime qu’il faudrait au moins 200 mSv pour voir un effet sur la santé. A ces doses on peut souvent détecter des changements dans les cellules du sang.

– Aucune augmentation des leucémies n’a été observée dans les 3 Républiques ex-soviétiques concernées.

– L’accroissement prévisible de maladies génétiques et oncologiques qui pourrait survenir en conséquence de l’irradiation ne dépassera pas quelques centièmes de pourcent.

– En Ukraine, il y avait 1630 femmes enceintes : aucune anomalie inhabituelle n’a été observée ni dans le déroulement de la grossesse, ni durant l’accouchement, ni dans l’état de santé des nouveau-nés.

Un bon nombre de femmes des zones évacuées n’ont pas subi d’avortement et ont accouché d’enfants normaux. Par contre, en Europe occidentale, il y a eu une augmentation très importante des interruptions volontaires de grossesse dans les mois qui ont suivi l’accident de Tchernobyl (de l’ordre de 100 000), totalement injustifiées. Cette hécatombe inutile, due à la panique générée par les médias, a été infiniment plus désastreuse que toutes les autres fatalités cumulées de l’accident de Tchernobyl. Pourtant on savait que sur les 72 216 enfants nés plus de neuf mois après les bombes de Nagasaki et de Hiroshima et qu’on a suivis médicalement, on n’a pas trouvé un taux anormal de malformations congénitales, de mutations chromosomiques ou de cancers.

En gros, les conclusions de ce rapport de 1991 sont identiques à celles de rapports soviétiques sur le même sujet. Elles ont été confirmées par des rapports plus récents, notamment celui de la conférence internationale organisée par la commission fédérale suisse à l’ETH de Zurich, celui de la conférence organisée en 1997 à Vienne par l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique et plus récemment , en septembre 2000, celui de la commission des Nations-Unies UNSCEAR.

Ces rapports arrivent également à la conclusion qu’il n’y a pas d’impact de longue durée sur les écosystèmes. Dans les environs immédiats de la centrale les arbres avaient été ‘brûlés’ par les radiations, mais un retour vers la normale s’est amorcé dans la forêt de Tchernobyl. Quelques malformations congénitales sont vraisemblablement survenues chez les animaux les plus irradiés vivant à proximité de la zone irradiée. Mais actuellement, des comparaisons entre zones particulièrement contaminées et des régions non contaminées ne permettent plus de mettre en évidence de différence significative. Ceci est vrai particulièrement pour le boeuf Uran et les trois vaches, Alpha, Beta et Gamma qu’on avait oubliés dans la zone. Chez les rongeurs on ne trouve pas non plus une augmentation du nombre de naissances difformes. Il reste bien sûr des métaux radioactifs dans le sol, mais ceux-ci ont tendance à être transférés dans les racines et dans les tiges et très peu dans les graines ou les fruits[xx]. Ceci n’a pas empêché le National Enquirer de parler d’une poule de 2 mètres de haut ou de charniers contenant des milliers de personnes

Depuis que les hommes l’ont abandonnée, la ‘zone d’exclusion’ est devenue une réserve de vie sauvage. Certaines populations d’animaux sont dix fois plus nombreuses qu’avant 1986. En tout cas le reportage d’un journal londonien de 1994 disant que « dans les forêts autour de Tchernobyl aucun oiseau ne chante et que les animaux y naissent avec d’horribles mutilations »  est fantaisiste.

Les effets des retombées de Tchernobyl n’ont pas seulement été étudiés autour de la centrale, mais dans de nombreux pays européens. Ainsi les suisses ont fait une étude détaillée de la concentration de substances radioactives dans les aliments de leur pays après l’accident[xxi]. En Hesse on a analysé les concentrations de césium dans les muscles des biches[xxii]. En Irlande on a suivi la concentration du même radionucléide dans les oiseaux migrateurs qui venaient dans ce pays en provenance d’Ukraine[xxiii]. Les conclusions de toutes ces études sont les mêmes : les concentrations dans l’alimentation des substances radioactives dues aux retombées de Tchernobyl sont insignifiantes comparées à la radioactivité naturelle. Elles ne justifiaient en aucun cas des mesures précipitées telles que celles du Ministère de l’Environnement au pays de Hesse qui interdisait en 1986 la consommation de lait émettant plus que 20 Becquerel (ce qui est moins que la radioactivité naturelle présente dans le lait à cause du potassium). Autant interdire les vols en avion à cause des rayonnements cosmiques.

Les effets des retombées de Tchernobyl sur la santé humaine ont été étudiés par le ‘Bundesamt für Strahlenschutz’[xxiv]. On a comparé le taux de leucémies chez les jeunes de moins de 15 ans en Allemagne du Nord et Allemagne du Sud avec les données existant  pour les années antérieures à la catastrophe de Tchernobyl. Il faut savoir que les retombées radioactives étaient beaucoup plus élevées dans le Sud du pays que dans le Nord, où elles ne donnaient qu’une dose annuelle additionnelle de 0.07 mSv. Et pourtant le taux de leucémies dans le Sud se révélait être inférieur à celui du Nord et à celui des années avant Tchernobyl. S’il y avait eu un effet des radiations sur le nombre de cas de leucémie, on aurait au moins dû le détecter chez les enfants nés au moment de la catastrophe lorsque beaucoup de radioéléments à temps de vie court étaient tombés sur le Sud de l’Allemagne. En Ukraine, on trouve même moins de tumeurs malignes dans les régions contaminées[xxv].

Si on n’a pas détecté un nombre accru de leucémies dans la région de Tchernobyl (dans la région de Gomal, 150 km au nord, il est même inférieur à ce qu’il était avant l’accident),  on aurait cependant dénoté depuis 1990 un nombre accru de cas cancers de la thyroïde chez les enfants, mais presque uniquement en Biélorussie. L’iode radioactif s’accumule dans la glande thyroïde, surtout par absorption de lait. De ce point de vue, les enfants en bas âge sont une cible privilégiée. On attribue à ces cancers une centaine de cas. Des chercheurs japonais et anglais contestent cependant une liaison entre ce nombre accru de cancers de la thyroïde et les retombées de Tchernobyl[xxvi] mais les relient à d’autres contaminants. On n’avait pas vu cet effet à Hiroshima, sans doute parce que les bombes atomiques émettent peu d’iode radioactif. Il se pourrait également que le nombre accru de cancers thyroïdiens soit tout simplement soit la conséquence d’une surveillance médicale plus serrée de la population. Certains montrent même que l’incidence de ce type de cancer est de 100 à 1000 fois moindre en Biélorussie que dans d’autres pays du monde

Les moyens thérapeutiques actuels permettent de guérir la majorité des cancers de la thyroïde. Les enfants de la région de Tchernobyl étaient déficients en iode et lors de l’explosion l’iode radioactif s’est accumulé dans la glande thyroïde de ces enfants.On sait qu’une protection par ingestion rapide, après l’accident, de comprimés d’iode stable non radioactif (dans le but de saturer la thyroïde en iode et d’empêcher ainsi la fixation de l’iode radioactif dans celle-ci) aurait été très efficace. On ne l’a pas appliquée, ou beaucoup trop tardivement, dans de nombreuses régions contaminées en Ukraine et en Biélorussie. Les enfants de la région de Tchernobyl étaient déficients en iode et lors de l’explosion l’iode radioactif s’est accumulé dans la glande thyroïde de ces enfants.

L’état de santé général des personnes déplacées de force après la catastrophe n’est pas des meilleurs. L’anxiété, le stress, les signes de dépression avec une augmentation des suicides viennent en premier plan. Cette altération de la santé des personnes ‘déplacées’ s’observe après toutes les catastrophes naturelles ou les guerres. Elle est aggravée à Tchernobyl par l’inquiétude sur les risques encourus. Le système de compensations pour les relogés aggrave également la situation, car il contribue à les enfermer dans le statut passif, mais parfois intéressé, de ‘victimes de Tchernobyl’. Aussi les autorités ne sont plus opposées au retour des personnes âgées dans la zone interdite car leur état de santé s’améliore lorsqu’elles réintègrent leur domicile.

Dans un siècle on dira sans doute qu’une des plus grandes sottises criminelles de notre époque était le déplacement forcé mais inutile de 270 000 personnes de leurs villes et villages

On dit que les ‘liquidateurs’(ainsi appelés par les russes) du site de Tchernobyl ont disparu dans leurs régions d’origine sans qu’on puisse les retrouver pour les suivre médicalement. Il s’agit de 600 000 à 800 000 personnes, souvent jeunes, essentiellement des hommes du contingent, qui ont dû travailler sur le site dans les jours et les mois qui ont suivi l’accident. Cependant, les avantages sociaux et économiques dont bénéficient les victimes de Tchernobyl les motivent pour se faire connaître des autorités, ce qui permet de les retrouver. Par ailleurs, beaucoup de chercheurs s’intéressent aux conséquences de Tchernobyl et recherchent activement les personnes ayant été exposées aux radiations suites à cet accident. Ainsi dans le cadre de l’ICRHER (International Consortium for Research on the Health Effects of Radiation), des chercheurs américains et russes collaborent dans ce but et ont choisi une cohorte de 750 liquidateurs dans la région d’Oblast pour leur donner un suivi médical détaillé pendant des années[xxvii].

Les immigrants russes en provenance de la région de Tchernobyl ou ceux qui ont travaillé sur le site sont également invités à se signaler aux autorités américaines pour pouvoir participer à un programme de suivi médical et de recherche. De même, 500 000 juifs soviétiques ont émigré vers l’État d’Israël depuis 1986. Plus de la moitié proviennent de Biélorussie et d’Ukraine. On leur propose également de participer à des programmes de recherche sur les conséquences des radiations[xxviii].

Il est étonnant par ailleurs qu’on n’ait pas plus étudié les conséquences sur la santé du complexe nucléaire à Osjorsk dans le sud de l’Oural. Pendant des années ce site a produit du plutonium pour l’arsenal de bombes atomiques russes. Les environs ont été contaminés par les retombées radioactives et en 1957 par une gigantesque explosion, plus importante que celle de Tchernobyl. 1000 personnes auraient été tuées et des populations entières ont été délogées. Ce seraient surtout les eaux de surface qui auraient été contaminées par le strontium radioactif[xxix].

L’accident de Chernobyl est attribué à la négligence des Russes. On ne parle guère de celui de Three Mile Island de 1979 où le cœur d’un réacteur américain a fondu, émettant des millions de curies de radioactivité. Mais là non plus, 20 ans plus tard, a-t-on pu trouver un nombre de cas de cancer supérieur à la moyenne[xxx].

Une des conséquences positives de la catastrophe de Tchernobyl est que dans beaucoup de pays les centrales nucléaires ont été forcées à plus de transparence. Ainsi, par exemple, en France l’EDF et la COGEMA informent depuis décembre 1986 le public sur les incidents et les pannes. Une autre conséquence est qu’on a augmenté la sûreté dans les centrales existantes. Tchernobyl nous a enseigné une rude leçon sur les dangers de conceptions au rabais, d’organisations miteuses et de surveillances laxistes.

Plus précisément, suite aux allégations de Greenpeace que les centrales nucléaires pourraient être la prochaine cible des terroristes, les riverains des centrales ont de nouveau pris peur. Mais les calculs des ingénieurs de la Vereinigung Deutsches Ingenieure (VDI) montrent que ni un avion de chasse, ni un gros porteur civil ne peuvent percer la carcasse en béton et acier d’une centrale moderne.

Etrange également le fait que Greenpeace ne s’insurge pas contre l’utilisation d’uranium appauvri dans les obus utilisés par les Américains en Irak et les Israéliens au Liban. Ces obus percent sans problème toute chape de béton ou chape de plomb médiatique. Mais ils laissent une contamination radioactive non négligeable. C’est une aubaine pour l’industrie nucléaire : transformer les pays agressés en poubelles radioactives gratuites pour leurs déchets.

 Le charbon, source de pollution radioactive Tout le monde sait que les centrales au charbon génèrent d’énormes quantités de dioxyde de carbone, de cendres et de pluies acides, mais peu de gens savent que les centrales au charbon émettent d’énormes quantités de radioactivité. Le charbon contient en moyenne 1.3 ppm d’uranium et 3,2 ppm de thorium. En 1982[xxxi] les centrales thermiques au charbon des Etats-Unis on émis dans l’air 801 tonnes d’uranium et 1907 tonnes de thorium sous formes de poussières, alors que les centrales nucléaires de ce pays n’ont produit que 130 tonnes de déchets radioactifs, non pas émis dans l’air mais contenus dans des fûts ou dans du béton. L’uranium-238 émis par les centrales thermiques est transformé par le rayonnement solaire et cosmique en plutonium-239 qui est éminemment toxique par inhalation. Il est donc beaucoup plus dangereux de vivre dans le voisinage d’une centrale thermique au charbon que près d’une centrale nucléaire. Plusieurs centrales thermiques au charbon en Grande-Bretagne ont du fermer parce que leurs environs étaient devenus trop radioactifs. En plus les centrales au charbon émettent de grandes quantités de radon, gaz qu’il est difficile de capter par des filtres. Comme sont difficiles à capter les dioxines émises par les centrales thermiques. Les eaux usées des centrales au charbon sont également radioactives. L’Environmental Protection Ageny des Etats-Unis calcule que  toutes les centrales au charbon du monde émettent chaque année 6 630 tonnes d’uranium (Chernobyl avait mis 5 tonnes de substances radioactives dans l’air) et 16 320 tonnes de thorium dans la biosphère, soit un demi kilo pour chaque habitant de la terre. Il est possible d’utiliser ces déchets d’uranium 238 et de  plutonium dans des surgénérateurs. Le Superphénix en France qui ne produisait beaucoup moins de déchets qu’une centrale classique  a été arrêté par le gouvernement Jospin sous la pression des mouvements écologistes.  

L’énergie nucléaire reste la plus sûre et la plus propre et la plus efficace. Avec un kg de charbon on peut produire 3 kWh d’électricité; avec un kg d’uranium-235 on peut en produire 50 000. Les déchets nucléaires qui sont constitués en majeure partie d’uranium-238  peuvent être recyclés à 96%  dans des surgénérateurs ( comme Superphénix) ou dans ce qu’on appelle les réacteurs de la 4° génération (filière au sodium et filière au plomb) et si on ne le fait pas c’est sous la pressions des verts qui veulent absolument montrer que ces déchets entrestockés sont un problème.  Et il est probable que dans les années à venir on mette au point de nouvelles générations de réacteurs nucléaires, tels que ceux aux sels fondus qui ne génèrent plus de déchets radioactifs..

Pierre Lutgen

Docteur en sciences


[1] Une étude récente norvégienne montre que chez 3 701 pilotes le taux de cancer n’est pas sup´rieur à la moyenne Scan J Work Envir Health 26, 106, 2000.


[i] David Gow, The Guardian, March 28, 2006.

[ii] Le Monde, 31 mai 2004.

[iii] T.Snape, Revue Technique, 4, 175,1995.

[iv] TD Luckey Radiation hormesis, CRC press, Boca Raton Publish. 1991.

[v] P.Doyle, Lancet, 356, 1293,2000.

[vi] V.L. Adamovitch, Conférence de Radiobiologie, Briansk,février 1991.

[vii] A.Bultmann et al., Käufliche Wissenschaft, Knaur, 1994.

[viii] J.P.Buchet et al., Chimie Nouvelle, 13,1523,1995.

[ix] B.L.Cohen, Health Physics, 65-5, 529.1993.

[x] A.Auvinen, Journal of the National Cancer Institute, 88, 966, 1996.

[xi] Des études allemandes récentes prétendent cependant à une relation linéaire entre concentration du radon et cancer du poumon.

[xii] A Franke et al., Rheutmatology(Oxford) 39, 894, 2000.

[xiii] Heinz Rubeck, www.cu.lu, 2004.

[xiv] H Planel et al., Health Physics, 52, 571, 1987.

[xv] R.Bate, What Risk, Butterworth and Heinemann, 1997.

[xvi] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 15 April 1997.

[xvii] Colloque choix énergétiques et santé . 25 juin 2003

[xviii] Cl.Ronneau, Energie,Pollution,Environnement, Ed.De Boeck Université.

[xix] The International Chernobyl Project : Technical Report.

[xx] V.Matsko et al., Naturw.Rundschau 49-5,169,1996.

[xxi] B.Zimmerli et al, Mitt.Gebiete.Lebensm.Hyg., 80, 387,1989.

[xxii] H.Brunn et al., Bull.Env.Contam.Toxicol., 51,633,1993.

[xxiii] J.Pearce, Bull.Envir.Contam.Toxicol., 54,805,1995.

[xxiv] W.Burkhart et al., Nature 387,246,1997.

[xxv] Z Jaworowsk, Fusion, 74, 21, 1999.

[xxvi] V.Beral et al., Nature, 359, 3 october 1992.

[xxvii] http://cccr.bcm.tmc.edu/peterson.icrher/news/

[xxviii] http://radefx.bcm.tcm.edu/usacir/bcm-cr.htm

[xxix] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 6.8.1997.

[xxx] G.K.Tokuhata, in Phantom risk, MIT Press.

[xxxi] JP McBride et al., Science magazine, December 8, 1978.


%d blogueurs aiment cette page :