Le marché de la peur

 
‘Le marché de la peur

 

La peur est le plus puissant levier de la religion écologique, comme elle l’a été de toute religion.

Bernard Oudin

 Invoquer sans cesse le principe de précaution alors qu’on dispose d’une telle masse d’informations revient à nier l’utilité de la recherche scientifique.Alfred Bernard La peur de l’an 1000 a été remplacée par la peur de l’an 2000. Les prophètes, les moines prêcheurs et les chamans ont été remplacés par les activistes verts, les congressistes voyageant de Rio à Tokyo et les ‘experts’ des administrations.  Les gens sont aussi crédules qu’au Moyen-Âge quand on peur prédit des catastrophes qui arriveront dans 20 ans ou 100 ans, et cela parce que personne ne peut aller vérifier ce qui se passera dans cent ans. Les images générées par ordinateur et projetées sur nos écrans de télévision ont remplacé les tours de passe-passe et les techniques de mystification des saltimbanques. L’Apocalypse de St-Jean a été remplacée par les apocalypses diverses pour le siècle à venir. Des scientifiques avides de subsides pour leur programme de recherche sont prêts à vous produire n’importe quel scénario effroyable sur la montée des océans, sur le danger des salades contaminées au plomb, sur les cancers dus au trou dans la couche d’ozone, sur les morts imaginaires de Seveso, sur les mutations génétiques autour des centrales nucléaires. La bonne conscience peut de nouveau s’acheter. Au Moyen-Âge la collecte de fonds se faisait par le biais des absolutions, maintenant elle se fait par le biais des cotisations à des associations écologistes qui sont devenues des empires financiers. Il se fait cependant que dans nos pays où la technophobie et le chimiephobie sont les plus marquées, la mortalité infantile est tombée de 26% à 0,9% en un siècle et l’espérance de vie est passée de 40 à 72 ans. Bien sûr il y plus de gens qui meurent d’un cancer, mais précisément parce qu’ils sont âgés. 2% des cancers seulement sont dus à des pollutions d’origine industrielle.  Mais la peur a de tout temps été un puissant levier utilisé par les politiciens : la peur des communistes, la peur des terroristes, la peur des multinationales… Car la peur paralyse et rend docile. Non seulement paralyse-t-elle les muscles, mais également le cerveau ou la faculté de penser logiquement. 

Le smog qui s’éclaircit

 Entre les deux guerres la diphtérie était la cause de 50 000 morts en Angleterre et la tuberculose la cause de 25 000 morts. Une des causes principales était l’atmosphère polluée des grandes villes comme Londres, atmosphère beaucoup plus délétère que ne l’est l’ozone pour les joggeurs. A cause des fortes concentrations en ozone des basses couches de l’atmosphère l’air de nos villes deviendrait irrespirable et dangereux pour les personnes à risques, les asthmatiques, les cardiaques, les vieillards, les enfants et les joggeurs.Le coupable de cet état de choses serait la voiture particulière, non pas la Volkswagen peinturlurée et cahotant du professeur écologiste mais la Mercedes de l’homme d’affaires. Aussi des Länder progressistes comme ceux de Hesse ou de Bade ont procédé à des expériences [i]à grande échelle par des restrictions dans la circulation automobile, mais, oh désappointement, les résultats étaient contraires à ceux attendus. Des études et essais similaires ont été faits dans plusieurs villes australiennes (Rozelle, Earlwood, Campbelltown, Camden, Oakdale) et aucune, mais vraiment aucune corrélation n’a pu être trouvée entre ozone et circulation automobile. Ou encore, si on admet que les dernières années ont vu une augmentation en ozone dans l’air, ce serait dû aux catalyseurs des voitures. Ceux-ci en réduisant les quantités de CO et de vapeurs d’hydrocarbures réduisent la concentration dans l’air de substances qui sont capables de détruire les molécules d’ozone. Ces mesures ont été confirmées entre-temps : les concentrations en ozone sont souvent plus élevées à la campagne qu’en ville, à Consthum qu’à Metzerlach, au pied de la Sierra Nevada qu’à Malaga[ii]. Les enfants des villes qui participent à des camps de vacances à la campagne y souffrent souvent d’affections pulmonaires dues à l’ozone des forêts. Les arbres, les chênes notamment, émettent de l’isoprène (450 000 000 tonnes par année de ce composant organique volatil)[iii]. D’autres plantes émettent des terpènes qui eux aussi entrent dans la chimie de l’ozone.La station météorologique de Diekirch[iv] vient également de publier des données qui montrent qu’il y a bien une corrélation entre le rayonnement UV-B et l’ozone troposphérique, mais pas avec les concentrations de NO2 et de SO2.Les études épidémiologiques faites au cours de ces années ont également infirmé beaucoup d’hypothèses alarmantes. Les seniors et les asthmatiques[v] ne sont guère affectés. A San Francisco les gens vivent en permanence dans des concentrations d’ozone supérieures à 400 ppm sans en pâtir, alors qu’à Luxembourg et en Allemagne on sonne l’alarme à 240 ppm. Mais ces appels d’alarme concernant l’ozone à la radio et dans la presse ont probablement rendu plus de luxembourgeois malades d’angoisse que de bronchite. Si l’effet de l’ozone sur les troubles respiratoires reste à démontrer, celui des émissions de voitures en milieu urbain semble cependant certain[vi]   Les scientifiques reconnaissent aujourd’hui qu’ils ne comprennent pas encore la chimie de l’ozone. Il apparaîtrait que les contaminants émis par les voitures et les cheminées détruisent rapidement l’ozone qui s’est formé sous l’influence des rayons du soleil. Des chercheurs américains qui ont reçu le prix Nobel pour cette découverte nous ont dit il y a 20 ans que cela ce passait ainsi au-dessus de l’Antarctique. Pourquoi ces mêmes polluants ne détruiraient pas également l’ozone au raz des pâquerettes ?Verra-t-on encore l’année prochaine sur nos autoroutes la banderole ‘Kee Bock op de Smog’ qui apparaît ridicule dans ce nouveau contexte scientifique et qui fait peur aux touristes étrangers et aux flamands qui viennent à Luxembourg  pour affaires. 

Le « Waldsterben » qui se meurt

 Tout le monde était d’accord au début des années 80. La forêt se mourrait. Greenpeace le disait et les journaux le répétaient. En 1982 la ‘Süddeutsche Zeitung’ lui donnait encore 5 années et ‘Der Spiegel’ faisait appel à l’amour atavique pour la forêt : » Nicht in kalten Marmorsteinen/ Nicht in Tempeln, dumpf und tot/ In den frischen Eichenhainen/ Lebt und rauscht der deutsche Gott » (Ludwig Uhland).  Il est certain que dans les régions à fortes concentrations en industries émettrices de fumées sulfureuses les forêts de conifères périssent (Erzgebirge, Ontario, Tchechie). Le problème est plus complexe pour les prétendus dépérissements en Forêt-Noire, en Scandinavie, au Canada. Dans tous les pays des programmes de suivi et de comptage des arbres malades ont été mis sur pied. On s’est rendu compte que le phénomène du ‘Waldsterben’ n’était pas nouveau. En 1779 l’abbé du couvent cistercien d’Aldersbach en Bavière notait :’Die Bäume scheinen von einer Krankheit befallen zu sein und einzugehen. Die Krankheit dehnt sich aus und greift auf andere Bäume über. Möge doch der Himmel dieses grosse Unglück von uns wenden’. Et en 1810 un rapport des gardes forestiers de Saxe notait :’ Die Buchen fangen an giebeldürr und weissfaul zu werden und eilen mit Riesenschritten ihrer  Verwesung zu’. Un rapport de St.Blasien de 1922 dit : ‘In der Rothütte habe ich seit 15 Jahren nicht nur ein Tannensterben sondern auch ein Buchensterben gesehen’. Les scientifiques invoquent différentes causes : l’ozone, la radioactivité, la monoculture, la sécheresse, le grand froid. Il est difficile d’expliquer pourquoi en plein coeur de Paris les arbres des Tuileries résistent parfaitement à une pollution intense qui ronge les statues de la place de la Concorde. Le congrès des Etats-Unis a financé un programme de 10 ans impliquant 300 scientifiques et coûtant 500 millions de dollars pour étudier les pluies acides et arriver à la conclusion que celles-ci ne peuvent pas être la cause principale du dépérissement de certains arbres parce que celui-ci a souvent lieu sur des sols alcalins. En Allemagne les programmes de recherche sur le ‘Waldsterben’ ont englouti  500 millions de DEM pour arriver au même résultat. Aux Etats-Unis 600 millions de dollars. Qui en profite ? Les derniers comptages dénotent cependant un pourcentage d’arbres sains plus élevé, de 4 à 10 % selon les comptages[vii]. Ceci est également confirmé par le dernier rapport du Forstministerium de Bavière[viii]. On ne peut pas non plus incriminer la déposition de poussières chargées en métaux lourds. Les arbres se développent normalement sur les sols fortement contaminés en métaux lourds[ix], et cela quelle que soit la nature du sol.Il apparaît de plus en plus que les secousses climatiques jouent un rôle prépondérant et que la grande sécheresse du printemps de 1976 est la cause des dégâts observés quelques années plus tard. Mais aujourd’hui ont se rend compte que la forêt est toujours là et qu’elle se porte plutôt bien. Sa surface augmente même. En Allemagne la surface de la forêt a augmenté de 20 % en un siècle[x], en Suisse elle a augmenté de 50%[xi], au Royaume-Uni et en Suède[xii] elle a doublé[xiii], en France elle est passée de 9,3 millions d’hectares en 1862 à 14,3 millions d’hectares en 1978. Aux Etats-Unis la surface des forêts a augmenté de 50 millions d’âcres depuis 1920 selon le US Department of Agriculture. En 1850 les forêts en Nouvelle Angleterre ne couvraient plus que 30% du sol, aujourd’hui elles couvrent de nouveau 70%. En Espagne, elle a augmenté de 400 000 hectares au cours des dernières vingt années[xiv]. Non seulement la surface totale des forêts a augmenté de 30 % en Europe, mais la croissance des arbres a également été plus rapide qu’au cours des décennies précédentes et le volume sur pied augmente. La mesure de l’épaisseur des anneaux de croissance le montre nettement. Du moins sous nos latitudes alors que dans le grand Nord on voit plutôt une tendance contraire[xv]. La cause de cette croissance plus rapide des arbres serait due aux composés azotés, oxydes nitriques et ammoniaque, que la contamination aérienne leur amène en concentrations plus élevées[xvi]. Cette surabondance d’engrais crée cependant des dérèglements : les feuilles jaunissent plus tard en automne, l’ion ammonium conduit à une déficience en magnésium, les arbres sont plus susceptibles aux attaques de certains insectes, plus sensibles aux périodes de sécheresse. D’autres disent que la cause principale du dépérissement des forêts de nos pays est le recyclage du papier poussé à l’extrême. Jadis l’utilisation du bois pour la fabrication de papier, pour le chauffage et pour la construction favorisait l’entretien, le rajeunissement des forêts et la marche harmonieuse du cycle forestier. Aujourd’hui la plupart des arbres sont malades parce qu’ils sont vieux. Et ce sont les jeunes arbres en croissance qui consomment le dioxyde de carbone, et non pas les vieux chênes de l’Oesling ni la forêt tropicale. On se rend compte également que les catastrophes naturelles telles que avalanches, tempêtes, feux de forêt ne sont pas nécessairement des catastrophes mais conduisent à un rajeunissement des vieilles forêts et surtout à une augmentation de la biodiversité[xvii]. Cependant, si nous changeons de continent il faut reconnaître que la surface de la forêt tropicale diminue tous les ans, non pas tellement à cause de la vente de bois tropical, mais plutôt pour faire de l’espace à l’élevage et à l’agriculture sur brûlis. Encore que cette diminution ne prend pas les proportions catastrophiques que l’on dit. La forêt amazonienne diminue de 0.5% par an et 90 % de cette forêt reste intact.[xviii]Mais les européens se garderont bien de donner des leçons de bonne conduite aux brésiliens et aux camerounais. Leurs aïeuls ont effrontément déboisé l’Europe pendant des siècles pour se chauffer, pour cultiver de l’orge ou pour faire de l’acier.  Les pénuries en matières premières qui deviennent pléthore.  En 1972 le Club de Rome nous avait fait peur : continuer à utiliser les ressources naturelles au rythme où on le faisait allait conduire à des pénuries graves sous peu. Dans beaucoup de pays on avait imposé des limitations à la circulation automobile et les premiers pas vers le recyclage de canettes en aluminium avaient été faits. Puis le soi-disant choc pétrolier est passé et les choses se sont normalisées. En moins d’une génération la crainte de la pénurie s’est effacée devant la surabondance. En 1989 on se trouvait  dans la situation paradoxale que les réserves connues étaient plus élevées qu’en 1973 malgré une consommation qui dans beaucoup de cas aurait dû complètement épuiser les réserves[xix].   

  Réserves* connues en 1970 Consommation cumulée 1970-89 Réserves connues en 1989

Aluminium

1 170 232 4 918
Cuivre 308 176 560
Plomb 91 99 125
Nickel 67 14 109
Zinc 123 118 295
Pétrole 550 600 900
Gaz naturel 250 250 900

* en millions de tonnes, excepté en milliards de barils pour le pétrole  En 2005, les réserves connues de pétrole dépassent les 1 250 milliards de barrils. Le meilleur indicateur pour des réserves plus abondantes est le prix de ces matières qui dans beaucoup de cas a fortement baissé et la leçon à tirer de cette expérience est que les hommes sont très ingénieux pour trouver de nouvelles réserves, que ce soit l’uranium dans l’eau de mer, les métaux rares à de plus grandes profondeurs ou les énormes réserves de  méthane emprisonné dans les glaces sous formes d’hydrates[xx].L’autre conséquence positive de ce ‘choc pétrolier’ est le frein mis au gaspillage éhonté et la recherche de sources d’énergies alternatives. Comme la charbon a remplacé le bois de chauffage et que le gasoil a remplacé le charbon il est certain que d’autres sources d’énergie seront trouvées par l’humanité pour remplacer les combustibles fossiles.La pénurie conduit également au remplacement de certaines matières premières apr d’autres. C’est ainsi par exemple que la fibre de verre a détrôné le cuivre. L’écologiste Nigel Calder avait prévu que la production d’appareils électriques finirait par s’éteindre à cause du manque de cuivre[xxi].  

Au lieu de la famine des montagnes de tomates

 En 1968 Paul Ehrlich écrivait : ‘Le combat pour nourrir l’humanité est presque perdu. Nous ne serons pas capables d’éviter une famine dans les dix prochaines années’. En 1974 il insistait :’ La catastrophe alimentaire submergera probablement l’humanité dans les années 80. Il a été créé une situation qui pourrait provoquer la mort par famine d’un milliard d’êtres humains ou davantage’. Dans son dernier livre il continue à faire des prédictions semblables mais, plus prudent, il n’indique plus de date de réalisation.Ehrlich ne fait que répéter Malthus qui lui non plus n’avait pas imaginé les gains de productivité du monde agricole et qui pour cette raison essayait de justifier l’existence d’un système social avec une classe possédante bien nourrie et une classe de prolétaires crevant de misère. Du temps de Malthus il fallait 200 ares pour nourrir une personne. Aujourd’hui il en faut 20.   L’explosion démographique des années 50 est en partie due à l’efficacité du DDT dans la lutte contre la malaria et celle de la fin du 20° siècle à la disponibilité d’aliments en suffisance[xxii]. Mais à chaque alerte de surpopulation l’humanité  a su trouver des techniques nouvelles pour augmenter la production : les engrais azotés en 1920, la révolution verte des blés hybrides en 1960 et aujourd’hui les OGM. Le spectre de la surpopulation lui-même est en train de disparaître : le taux de croissance de la population  mondiale était de 2% en 1980, de 1,7 % en 1990 et de 1,3 % en l’an 2000.  Inattendu et incroyable ! Un article récent de Nature prévoit que la population mondiale baissera au cours de ce siècle[xxiii]. L’Italie qui a aujourd’hui 56 millions d’habitants n’en aurait plus que 8 millions en 2100. Dans une grande partie c’est la mondialisation tant décriée de l’agriculture qui est la cause de ce phénomène :  la population n’est plus dépendante de la production locale d’aliments et elle ne cherche plus à se protéger des carences de la vieillesse par une descendance nombreuse. Les hommes disposent d’une alimentation saine et variée et riche en fruits en toute saison. La longévité augmente sans cesse. Nous avons trop de nourriture en cette fin de siècle. Le signe le plus probant de cette surabondance est le prix des aliments qui a baissée de 30 % au cours des dix dernières années. La CEE chancelle sous des stocks énormes de céréales, des montagnes de beurre  et des lacs d’huile d’olive. Dans les pays riches la suralimentation et une diète basée sur les sucres et les graisses fait l’obésité chez les adolescents de 12 à 17 ans est montée de 5 à 16 %. Dans les pays pauvres la situation s’est également améliorée. En 1961 un habitant du Tiers-Monde disposait de 1 932 calories pour survivre. En 1998 il  dispose de   2 650 calories et pour 2 030 on prévoit 3 020 calories. Guy Sorman a montré dans son livre  « La richesses des nations » que là où on laisse le fermier propriétaire de ses terres, sa production atteint un optimum. Pendant  50 ans les gouvernements ont cru devoir encadrer, collectiviser, voire écraser les paysans afin qu’il produisent plus. C’est la redécouverte des motivations d’entrepreneur du paysan qui ressuscite aujourd’hui l’agriculture chinoise ou africaine. L’Ethiopie exporte du blé pour acheter des armes ». Le conflit commercial majeur dans le monde d’aujourd’hui est lié à ces excédents alimentaires et le problème le plus honteux de l’humanité est leur injuste répartition ainsi que les famines générées par les guerres.  

La désertification : mythe ou réalité

 Selon un rapport de l’UNEP/WWF de 1991 : « On estime qu´il y a environ  6 à 7 millions d »hectares de terres agricoles qui sont rendues improductives chaque année par l´érosion. Chaque année 75 millions de tonnes de sols sont déplacées par l »érosion. La désertification affecte un sixième de la population mondiale ». Il est certain qu’une agriculture mal gérée et un élevage intensif peuvent conduire à l’érosion et à une chute de la production agricole. Mais ces affirmations sont souvent exagérées et basées sur des extrapolations faites à partir de parcelles témoins. La relation entre des parcelles minuscules et tout un pays est peu significative et souvent le sol ‘perdu’ est redistribué à l’intérieur du paysage agricole et non définitivement perdu. En Guinée des photos aériennes prises depuis le début du siècle montrent que la végétation dans la préfecture de Kissidougou n’a pas changé au cours du siècle[xxiv]. Les chiffres préoccupants constituent un message puissant adressé aux dirigeants politiques : le désastre est imminent et il est urgent de faire quelque chose. Ceci se reflète dans la tonalité militaire de mots clés employés dans de nombreux documents officiels comme ‘combat’, ‘vaincre’, ‘force tactique’.Rien n’a plus de poids pour faire bouger les gens que l’image d’une ravine profonde. Le discours de l’apocalypse malthusien, précipité par l’effondrement de l’environnement, est une force extrêmement puissante pour faire avancer le calendrier des interventions extérieures.  Dans le cadre d’un exercice curieux, orchestré par le Programmes des Nations unies pour l’environnement (PNUE), des questionnaires furent envoyés aux fonctionnaires des ministères de tous les pays, les incitant à produire des estimations sur les superficies affectées, à des degrés divers, par la désertification. Ces ‘données’ furent ensuite reportées sur des cartes officielles et on a établi des statistiques alarmantes pour illustrer la gravité du problème. Les récits de crises sont les principales méthodes par lesquelles les experts du développement et les institutions pour lesquelles ils travaillent réclament le droit de gérer la terre et les ressources dont ils ne sont pas propriétaires. En générant des histoires de crises, les experts techniciens et les gestionnaires revendiquent des droits parce qu’ils se disent dépositaires d’enjeux au sujet de la terre et des ressources qui sont menacées. La réalité est éventuellement différente. Un rapport récent de la BBC basé sur des photos satellite montre que le Sahara est en régression sur une large bande allant de la Mauritanie à l’Erythrée. En fait la bande « verte » s’est accrue d’une surface de 300 000 km2, une surface presque équivalente à celle de l’Allemagne.  

Les oiseaux disparus qui mangent mes cerises

 Au début des années 70, le livre Silent Spring de Rachel Carson avait fait craindre à tout le monde que les oiseaux allaient disparaître de notre ciel à cause des insecticides. Aujourd’hui on sait que l’impact sur les populations d’oiseaux ne s’est pas matérialisé. 40 espèces d’oiseaux avaient été mises aux Etats-Unis sur la liste des espèces en danger. 19 d’entre elles ont une population stable depuis 1966, pour 14 le nombre a augmenté et pour 7 il a diminué[xxv] . La population de l’aigle (bald eagle), symbole de l’Amérique, est passée de 197 à 641 entre les années 1940 et 1970.Il est vrai cependant que l’homme exerce une pression sur la nature. C’est le cas pour le jardinier qui protège ses carottes des parasites et assassine les taupes,  et pour le fermier qui fait de ses champs un désert vert. Les espèces animales qui ont les plus grandes chances de survie sont celles qui se sont le mieux adaptées à l’homme, celles qui se sont laissé domestiquer, que ce soient les vaches dans la pampa argentine ou les chiens sur les trottoirs de Paris. Nous avons  fait disparaître en Europe de l’Ouest l’ours et le loup (le loup n’avait aucune chance devant le caniche). Mais il est arrivé plusieurs fois qu’une espèce ait été déclarée disparue et qu’on la redécouvre ailleurs[xxvi]. Il est très difficile de faire la part des choses et les chiffres avancés varient dans de grandes proportions, entre 40 et 40 000[xxvii] de disparitions par année[xxviii]. Ces chiffres peuvent paraître élevés mais il faut les mettre en relation avec le nombre total d’espèces vivant sur notre terre et qui est de l’ordre de 100 millions et la perte annuelle se ramène alors à 0,004%. On estime également que pour chaque espèce de mammifères qui existe aujourd’hui, entre 30 et 40 ont disparu su cours des millénaires. Au cours des millions d’années que la vie existe sur terre , il y a eu plusieurs chocs naturels ou autres qui ont fait disparaître jusqu’à 50 pourcent des espèces existantes. Mais la vie a repris et s’est diversifiée de nouveau.  On sait aujourd’hui que le chiffre de 40 000 disparitions annuelles avancé par Norman Myers dans son bestseller en 1979 est une affirmation gratuite, basée sur aucune donnée scientifique et qui ne s’est pas vérifiée. Mais elle a été utilisée comme argument à outrance par Greenpeace et WWF. Des évaluations plus récentes des biologistes Mawsdley et Stork montrent que pas plus que 0,00046 % des insectes connus disparaissent par année. La risque de la disparition de certaines espèces a été pour les associations vertes un cheval de bataille et une vache à lait. Ainsi à tour de rôle les phoques, les éléphants, les baleines et les pingouins ont été utilisés pour remplir les caisses, et pourtant certaines de ces espèces sont loin d’être éteintes La cause principale de la disparition de beaucoup d’espèces est la perte de leur habitat, notamment celui de la forêt tropicale. Mais si l’on veut conserver cet habitat il faut avoir vis-à-vis des pays en voie de développement une politique de soutien rationnelle. Condamner par exemple l’utilisation de bois tropicaux donne aux forêts tropicales une valeur nulle alors que l’utilisation des bois tropicaux permettrait à ces pays une gestion des forêts pour la mise en valeur de ces bois et éviter ainsi défrichage pour la génération de pâturages. Ou encore si l’on interdit l’abattage des éléphants et la vente de l’ivoire faut-il trouver une compensation pour les ravages que des hordes d’éléphants en surnombre créent dans les plantations des indigènes.

 

 

L’Europe tue les vaches folles

 

…mais l’incertitude scientifique demeure. La maladie appelée « scrapie » existe en effet depuis cent ans chez les moutons. On a  détecté de nombreux cas (un nombre record en France en 1998[xxix])  d’ESB (encéphalite bovine spongiforme) après l’interdiction des farines potentiellement contaminées. Or ces farines étaient considérées comme le vecteur de cette maladie[xxx]. Des vaches qui vivent sur des alpages et qui ne n’ont jamais vu de poudres animales attrapent l’ESB. Par contre d’autres vaches alimentées à titre d’essai avec des doses massives de poudres animales en provenance de la moelle épinière de moutons infectés de « scrapie » ne l’attrapent pas.

Une autre hypothèse récente est que le transfert se fait par les mites ou autres insectes qui sucent le sang des animaux infectés, dont surtout les souris.

Ou encore par l’utilisation en Grande-Bretagne de doses massives d’hormones de croissance extraites de l’hypophyse[xxxi].

Selon le comité Dormont en France et qui est chargé du dossier on n’est absolument pas sûr que le responsable de la transmission de l’ESB et de la maladie de Creutzfeldt-Jacob soit le fameux agent appelé prion ou qu’il y ait une liaison entre l’ESB et cette maladie de l’homme. Aucune donnée épidémiologique, aucune expérience n’a pu confirmer que les prions de la BSE peuvent passer aux souris ou à l’homme. La maladie « scrapie » des moutons existe depuis un siècle et n’a eu aucune incidence connue sur la santé humaine.  La dernière expertise française rendue publique fin 2000 confirme que l’on n’a jamais recensé à ce jour de cas de transmission de la MCJ par le sang ou les dérivés sanguins chez l’homme[xxxii]..Les enfants français morts de cette maladie avaient tous reçu un  traitement spécial avec une hormone extraite de l’hypophyse humaine. On ajoutait également aux aliments pour bébé de la cervelle de veau comme émulsifiant. En Angleterre la maladie se concentre dans deux, trois villages. Pourquoi ? Pourquoi compte-t-on 180.501 vaches folles en Grande-Bretagne et seulement 218 en France et 31 en Allemagne[xxxiii] ? Certaines des victimes humaines sont des végétariens. La maladie pourrait également être due à un manque de cuivre ou un excédant de magnésium. C’est l’hypothèse d’un chercheur anglais qui relie l’apparition de la maladie dans certaines régions à l’utilisation massive d’insecticides riches en magnésium. C’est précisément le cas des régions où l’apparition de la BSE est massive. Dans l’une de ces régions, à Ashford dans le Kent, se trouve l’usine de fabrication de l’insecticide.  Les premiers cas de BSE en France sont apparus en Bretagne et coïncident avec l’application du même insecticide Phosmet. En Suisse on panique parce que le nombre de cas de vCJD y est beaucoup plus élevé que dans les pays avoisinants. La cause en est inconnue, mais d’après les scientifiques n’a rien à voir avec les vaches folles[xxxiv]. En 2006 le nombre total de cas vCJD était de 146 pour toute l’Europe Aux Etats-Unis où on continue allègrement à alimenter les vaches en poudres animales, celles-ci ne sont pas atteintes mais bien les biches dans les parcs nationaux. Elles boivent de l’eau dans des ruisseaux riches en magnésium.  Une autre hypothèse avancée en 2001 est celle du professeur Ehringer du King’s College, celle de la bactérie Actinobacter. Celle-ci a des molécules en surface qui ressemblent à celles des cellules nerveuses. Le système immunitaire les attaque et attaque en même temps les cellules nerveuses. Plus récemment on vient de mettre en évidence l’implication possible d’un insecticide « biologique », la rotenone, dans l’augmentation de la maladie de Parkinson chez les fermiers biologiques. 

La panique médiatique liée aux vaches folles est l’exemple typique de conséquences publiques d’une mauvaise communication sur les risques faibles, en particulier agroalimentaires et environnementaux. Et sous cette pression médiatique toute autre hypothèse que celle des poudres animales est négligée.

On a l’impression de retourner aux époques préhistoriques de l’humanité. En sacrifiant des milliers de vaches on croit résoudre le problème. L’homme des caves n’en sacrifiait généralement qu’une ou deux pour calmer le courroux des dieux.

Et ne nombre de fermiers qui se sont suicidés de désespoir, 160 rien qu’en Angleterre, est supérieur à celui des humains morts éventuellement  par le biais des poudres animales (19 cas d’encéphalite spongiforme sur 10 ans en Grande-Bretagne et 4 en France) .Mais le professeur R.Lacey de l’Université de Leeds et le professeur S.Dealler dans le British Food Journal avaient prédit deux millions de morts britanniques en 2005 pour cette maladie.

 

Il n’est pas logique en tout cas qu’on interdise les farines animales dans l’alimentation et que l’on accepte leur utilisation comme engrais en agriculture biologique[xxxv]. Et des voies s’élèvent d’ailleurs pour pouvoir réintroduire ces protéines dans le circuit alimentaire.

 

Toute l’affaire pourrait être une arnaque des plus monstrueuses. Le professeur S Prusinger, prix Nobel de médecine, est celui qui par ces publications a attisé sans arrêt le feu de la panique, recommandant aux voyageurs américains se rendant en Europe d’y éviter toute viande bovine. Mais voilà que dans une publication récente ce même professeur Prusinger déclare sans vergogne « InfoProbiotechnology, une société que j’ai créée, offre plusieurs tests fiables et hautement fiables pour détecter les prions ». Se transformant pour l’occasion en directeur commercial, le chercheur affirme que la seule garantie pour sécuriser la chaîne alimentaire repose sur l’utilisation d’un test qu’il a mis lui-même mis au point.

   

Méfions nous des prophètes de malheur

 Nous ne savons pas prévoir l’avenir et même ceux qui se croyaient les  plus intelligents d’entre nous se sont trompés : Hegel qui avait prévu le triomphe de l’Etat prussien, Marx qui avait annoncé le paradis du prolétariat, Servan-Schreiber qui nous parlait du défi américain et Paul Kennedy qui nous avait vanté les mérites du management à la japonaise et prédit la prochaine domination nippone. Méfions nous de ces prophètes de malheur. Ils veulent vendre leurs livres et pourtant les bibliothèques sont déjà remplies de leurs inepties. Ils veulent remplir leurs tirelires et sur le marché de la peur les recettes pour arriver à cette fin sont simples. Vous répétez souvent la même ineptie ou le même mensonge. Il en restera toujours quelque chose, surtout si offrez des communiqués alarmistes à la presse qui les publiera sans se poser de questions. Vous trouvez un expert autodidacte ou un professeur qui se laisse acheter pour soutenir vos allégations. Faites peur même si les risques pour la santé sont infiniment petits. Faites appel aux sentiments maternels et aux risques pour les enfants d’aujourd’hui et ceux des générations futures. Montrez l’irresponsabilité de ceux qui vous contredisent, surtout celle des industriels.  Et prêchez le retour à la nature et à la terre mère Gaia. L’homme est comme un cancer qui dévore la planète. Mais ce rêve d’un paradis terrestre est fallacieux. Darwin nous a montré que la compétition y est féroce et sanglante et que le premier besoin de tout être vivant est de trouver de la nourriture. Greenpeace n’est pas la première organisation à utiliser la nature à des fins politiques ou financières. Les préfets de Napoléon mettaient déjà en œuvre des mesures environnementales pour adoucir leur mesures totalitaires. Ainsi le préfet de Ligurie est tout fier d’écrire à Napoléon qu’il a planté des arbres partout et mis en prison quelques curés. Race, sang et nature étaient chez Hitler un thème récurrent. La nature se devait d’être propre et soignée et certains disent qu’il était le premier écolo.    L’écologisme profond a également des racines dans le puritanisme protestant : se donner une façade de bienfaiteur de l’humanité et être en même temps une machine à sous. D’autres trouvent que ses dogmes font penser aux tabous des religions primitives : un politicien qui dirait qu’il ne croit pas à l’effet de serre ou à la nocivité des dioxines commettrait un suicide. Ou encore à Mao: les gardiens de l’ordre deviennent de petits gardes rouges. Ou des gardes champêtres à la Courteline.   Les déviations de l’écologie profonde sont devenues aussi inquiétantes et désastreuses pour l’humanité que les crimes écologiques de l’économie  capitaliste aussi bien que communiste. Ses protagonistes ( Drewermann, Lovelock, Greenpeace, WWF) ne voient souvent en l’homme  qu’un animal qui prolifère à la surface de la déesse Terre-Mère (appelée Gaia). Par ses activités industrielles il pollue la terre. On nous recommande de freiner ce développement, de retourner à une vie en harmonie avec la nature et à l’agriculture biologique. Et comme dans les temps anciens, les nouveaux prophètes nous annoncent la fin du monde et, comme autrefois, la cause en est nos errements, concrétisés par nos abus de consommation. Et pour calmer la « Nature » ils demandent encore des sacrifices, heureusement non vivants, mais matériels. Il faudra renoncer à notre mode de vie, en y incluant les progrès technologiques. Ces théories sont le plus souvent développées par des habitants de l’hémisphère Nord qui mangent tout le temps à leur faim et qui disposent de tous les biens matériels qui rendent la vie confortable, agréable et saine. Elles ont un relent malthusien. Augmenter la proportion de l’agriculture biologique de 3 à 20% signifierait que la moitié de l’humanité ne mangera plus à sa faim.  On rejoint en cela les multiples utopies qui ont ensanglanté l’histoire humaine au nom du combat du Bien contre le Mal. On veut freiner la progression économique  dans tous les pays, y inclus dans les pays sous-développés; la santé et le bien-être de milliers de gens seront sacrifiés pour un hypothétique mieux-être des générations futures dans nos pays riches. Le communisme pur et dur sacrifiait également les générations en vie sur l’autel d’un futur paradis des travailleurs.  Gardons notre optimisme. L’homme est capable d’organiser des guerres et des  catastrophes, mais il a toujours été capable de trouver des solutions aux situations difficiles et de bâtir un avenir meilleur. Il est créatif surtout dans les situations difficiles. Les moutons resteraient passifs, mais le chercheur scientifique doit rester un prophète et un rebelle.   Pierre Lutgen


[i] D.Guratzsch, Die Welt, 4.August 1998.

[ii] C.Duenas et al, Chemosphere, 56, 631, 2004.

[iii] K.H.Ballschmiter, Angewandte Chemie, 111, 1742, 1999.

[iv] Francis.massen@educ.ci.lu

[v] Der Spiegel, Nr 6, 1996.

[vi] Ursula Ackermann, Umweltmed Forsch Prax 5, 45, 2000.

[vii] Die Welt, 11,12, 1996.

[viii] www.forst.bayern.de

[ix] P.Trüby, Zum Schwermetallhaushalt von Bäumen, Freiburg i.B., ISSN 0344-2691

[x] Naturwissentschaftlische Rundschau, Nr 11, 1994.

[xi] Office fédéral de l’environnement, des forêts et du paysage, 1991.

[xii] S.Rümmele, UmweltMagazin, 64, Jan 1995.

[xiii] Department of Environment, UK, 1992.

[xiv] El Pais, 12 de enero 1997.

[xv] U.Fitze, Weltwoche, 8. August 2001.

[xvi] H.Mohr, Waldschäden in Mitteleuropa, ISBN 3-531-08417-8

[xvii] T.Dauer et al., Die Zeit, 10.Februar 2000.

[xviii] M.Morano, www.cnsnews.com. Nov 2001

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[xx] Frankfurter Allgemeine Zeitung, 30.4.1997.

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[xxii] M.Bischoff, University of Oxford, FAZ, 24.Mai 2000.

[xxiii] W.Lutz et al Nature 412, 543, 2001.

[xxiv] Publik-Forum 4.April 1993.

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[xxvii] E.O.Wilson, Biodiversity, 1988.

[xxviii] C,Tudge, The Time before History, Scribner, 1996.

[xxix] V.Le Billon, L’Expansion, 58, 590, février 1999.

[xxx] Neue Zürcher Zeitung, 9 August 2000.

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[xxxii] Le Figaro, 20 décembre 2000.

[xxxiii] http://pubs.acs.org/cen/coverstory/7915/7915gov3.html.

[xxxiv] Die Weltwoche, Nr.1, Januar 2003.

[xxxv] Fraie Bauer, 19 Okt. 2001.


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