Les armes cachées en Irak

Qui a empêché Bush de cacher des armes en Irak ? 

Plusieurs journaux  (Le Guardian, Chanel 4 News, CNN Worldnews, Sunday Herald) ont révélé ce 3 février 2006 que le 31 janvier 2003 il y a eu une réunion entre Bush et Blair à Washington où Bush proposait de peindre un avion américain aux couleurs de l’ONU, de l’abattre au-dessus de l’Irak, d’ accuser Saddam et d’avoir ainsi un argument solide devant les Nations-Unies pour lancer la guerre.  Depuis la première du golfe et à ce jour le nombre d’experts qui ont été à la recherche d’armes de destruction massive (ADM,WMD en anglais) est énorme. Cela vaut la peine d’en faire la liste.         de 1991 à 1998, 3 000 inspecteurs s de l’UNSCOM sont chargée de surveiller la destruction des WMD en Irak         de 1991 à 1998 une autre équipe d’inspecteurs de l’IAEA est chargée de surveiller le démantèlement des projets nucléaires irakiens         de novembre 2002 à mars 2003, 100 inspecteurs de UNMOVIC sont chargés d’éliminer en Irak toutes les armes biologiques et chimiques qu’ils pouvaient trouver.         de novembre 2002 à mars 2003 17 inspecteurs du Bureau de Vérification Nucléaire des Nations-Unies se promènent à travers l’Irak.         de mars à juillet 2003 une Task Force américaine est chargée de trouver les ADM          de mars à juin 2003 une autre équipe de 100 experts en ADM américains fouille le terrain         également de mars à juin 2003 la 75° Exploitation Task Force XTF comprenant plus de 600 hommes fût chargée de la même mission. Apparemment cette unité avait déjà envoyé ses espions en Irak avant le début des hostilités.         et à la suite de tous ces échecs les forces de coalition ( Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie) ont lancé en 2003 une équipe de 1400 experts, militaires et civils pour continuer les recherches.Il y a rarement eu autant de chasseurs qui sont revenus bredouilles. Il est certain cependant que l’Irak disposait au moment de la première guerre du golfe de grandes quantités d’armes chimiques et biologiques qui lui avaient été fournies en grande partie par les Etats-Unis lors de la guerre Iran-Irak[i]. L’UNSCOM dans son rapport de 1994 affirme que 690 tonnes de produits toxiques, 3 000 tonnes de produits de base, 100 installations de production et 38 537 obus ont été trouvés et détruits. Apparemment l’UNSCOM avait réussi une élimination complète et totale de ces engins. L’ancien directeur de l’UNSCOM, Rolf Ekeus, l’a réaffirmé haut et fort en 2000 (AP 8/16/2000). Le ridicule ne tue plus Aussi il n’y a rien d’étonnant à ce que l’assurance que montrait l’équipe de Bush après les attentats du 11 septembre 2002 dans ses déclarations sur la présence d’armes de destruction massive en Irak a été contredite par les faits. Pourtant durant les premiers mois de la guerre les gros titres ne manquaient pas «  Découverte d’une énorme fabrique d’armes chimiques en Irak » (Fox News Channel 23 mars 2003), « Découverte près de Bagdad de 20 fusées BM-21 contenant du gaz moutarde » (FNR, 7 avril 2003), « Découverte de plutonium enrichi dans un site nucléaire irakien » (Pittsburgh Tribune,15 avril 2003) «Nos soldats ont découvert dans un conteneur un laboratoire mobile contenant des armes chimiques » (ABC, 26 avril 2003 ). Il s’agissait en fait  d’une station météorologique mobile que les Britanniques avaient vendue à Saddam en 1980.  Le fait que les troupes de la coalition n’aient pas pu trouver de ADM et que l’administration Bush doive le reconnaître trois ans plus tard  peut paraître incroyable. Il aurait été si facile de cacher quelques flacons avant les débuts de la guerre et même après. Incompréhensible. L’espion qui venait du chaud Mais la vérité commence à se faire jour suite à quelques fuites qui ont eu lieu suite à l’affaire Wilson-Plame-Libby fin 2005. Il s’avère que les Américains voulaient réellement placer de telles armes en Irak, mais qu’ils en ont été empêchés par Valérie Plame. On nous a fait croire que Valérie Plame, agente du CIA[ii], avait été congédiée parce que son mari Joe Wilson avait refusé de confirmer les déclarations de l’équipe Bush que le gouvernement du Niger avait vendu de l’uranium à l’Irak. Il paraît bien au contraire qu’elle a été congédiée parce qu’elle avait, experte de la CIA pour les armes de destruction massive, contrecarré les plans d’acheminement de ces armes en  Irak avant le déclenchement de la guerre. On aurait révélé son identité d’agent CIA pour effrayer d’autres membres de la CIA et les empêcher de mettre des bâtons dans les roues. Le plan était de faire passer les ADM du Kosovo et de la Bosnie à travers la Turquie en Irak. Des agents du Mossad devaient les cacher en Irak en des endroits bien déterminés. C’est pendant leur transport qu’elles auraient été interceptées par l’équipe de Valérie Plame.  La question qu’on peut se poser aujourd’hui est de savoir si Bush savait qu’il n’y avait pas de ADM en Irak.  Dans son discours du 23 janvier 2003 sur l’état de la nation il disait : « L’Irak dispose de 25 000 litres d’anthrax, de produits de base permettant la fabrication de 38 000 litres de botuline, 500 tonnes de sarin …. Elle dispose d’un programme d’armement nucléaire fort avancé. Saddam Hussein va utiliser ces produits toxiques pour tuer des millions et des millions de gens. ». Et Donald Rumsfeld prétendait encore y croire dans une interview à la chaîne ABC le 30 mars 2003, après le début de la guerre : «  Oui, nous savons où ces armes se trouvent, autour de Tikrit et de Baghdad, à l’Est, à l’Ouest, au Nord et au Sud ». Si tel était le cas et s’il en était convaincu, comment Bush pouvait-il envoyer 200 000 Gis se faire massacrer par ces gaz. Une telle imprudence, un tel désastre aurait mis fin à sa carrière politique. Ou est-ce que Bush voulait seulement précipiter l’entrée en guerre parce qu’il savait que les inspecteurs de l’ONU n’allaient pas trouver ces ADM ? Saddam Hussein faisait toutes les concessions demandées par Blix et El Baradei ; il leur ouvrait grandement les portes de toutes les cachettes possibles. A la même période l’Angleterre et Israël demandaient à leurs ressortissants de quitter le Koweit immédiatement. En avril 2003 Tony Blair tonitruait : «  Avant que certains prétendent prématurément qu’on n’a pas trouvé de ADM, qu’ils attendent un peu ». On attend toujours C’était Lewis Libby, le chef de cabinet de Dick Cheney, qui était à l’origine des fuites  concernant l’identité de Valérie Plame. Le scandale qui menaçait l’administration Bush depuis des mois a fini par éclater, vendredi 28 octobre. Accusé d’avoir menti à plusieurs reprises à la justice, dans cette affaire de fuites, Lewis Libby a immédiatement démissionné. Il risque jusqu’à trente ans de prison[iii]. Karl Rove[iv], le principal conseiller de George Bush, est également soupçonné dans cette affaire. Il a été interrogé[v] pendant plus de quatre heures, le vendredi 14 octobre, par le procureur spécial Patrick Fitzgerald. Bob Woodward[vi], le journaliste du Washington Post entré dans l’histoire avec le Watergate était le premier à parler de Valérie Plame comme agent du CIA dans son journal[vii]. On peut se demander comment cette information lui est parvenue en priorité. Il a admis devant le procureur Fitzgerald qu’on l’avait déjà informé dès juin 2003, deux mois avant que l’a même fuite ne soit parvenue à Matt Cooper du Time Magazine. En second lieu il y a le scandale concernant la vente d’uranium par le Niger à Saddam Hussein. Ce canular avait été préparé de longue date par la CIA. Déjà en 2001, Georges Tenet, en ce temps-là encore grand chef de la CIA, parlait d’indices concernant un trafic d’uranium entre le Niger et l’Irak. Tony Blair y croyait «  Mon gouvernement sait que l’Irak essaie d’acquérir de l’uranium au Niger (24 septembre 2002)». Georges Bush ne pouvait que renchérir : « L’Irak cherche désespérément à se procurer de l’uranium dans plusieurs pays ». Mais cet effort de mystification fut brisé dans son élan par l’ambassadeur Joseph Wilson qui, après sa mission au Niger en 2002, déclarait publiquement qu’un tel trafic « était hautement improbable parce que l’industrie de l’uranium au Niger était sous contrôle d’un consortium français, lui-même contrôlé par l’Agence Internationale de l’Energie Atomique[viii]». Sortir dans ces conditions les 500 tonnes dont Tenet parlait paraît difficile. Son directeur général Mohamed ElBaradei confirme en janvier 2003 devant le Conseil de Sécurité des Nations-Unies que ses inspecteurs n’ont trouvé aucun indice concernant un plan d’armement nucléaire en Irak. Ceci n’empêche pas le président Bush en date du 20 janvier 2003, Condoleeza Rice le 23 janvier, Colin Powell le 5 février de déclarer que le gouvernement américain dispose de documents qui prouvent clairement que le Niger a vendu de l’uranium à l’Irak. Tony Blair les leur aurait donnés. Le 7 mars 2003 M ElBaradei démontre devant le Conseil de Sécurité de l’ONU que ces documents sont des faux grossiers. L’un d’eux par exemple était signé en 2000 par un ministre du Niger qui n’était plus en fonction. Le Niger en tout cas a mal digéré le coup. Les Nigériens reprochent à la première puissance mondiale de s’en être pris à la plus faible brebis du troupeau. Les USA ne sont jamais revenus sur leurs accusations et ne se sont jamais excusés. John Bolton, membre de l’équipe Bush, aurait eu l’idée de monter cette machination. Il est actuellement représentant des Etats-Unis aux Nations-Unies. La machination faisait partie d’un plan secret connu maintenant sous le nom de « Downing Street Memo » et concocté fin 2002 par Tony Blair et George Bush pour convaincre les Nations-Unies de la nécessité d’une intervention militaire en Irak[ix]. Car les efforts faits par les Etats-Unis pour discréditer Saddam Hussein avaient déjà débuté en 2001. La CIA avait engagé les services du « détective » privé Rendon. Celui-ci prétendait avoir obtenu le 16 décembre 2001 dans une chambre d’hôtel en Thaïlande d’un ingénieur irakien, Adnan al-Haideri, une foule de renseignements sur les caches de Saddam Hussein : les ADM étaient cachées dans des puits, dans des villas privées, sous des écoles et des hôpitaux. Le 20 décembre 2001 cette  information avait été communiquée aux agences de presse par Rendon, qui avalaient le bobard comme une praline. Et tout le monde à ce moment avait été convaincu de l’existence de ces caches. Ceci permettait au transfuge irakien Chalabi de ressortir ses histoires vieilles de 10 ans sur les caches qu’il prétendait connaître. Il sera récompensé et sera mis en place par Washington comme premier ministre après la chute de Saddam jusqu’au jour où il fallait le condamner pour fraude, escroquerie et détournement de fonds. Le sénateur Nelson révélait l fin 2003 à la presse[x] que le Pentagone avait convoqué 75 sénateurs en 2002 à une réunion d’information secrète où on leur affirmait que Saddam Hussein était en possession de drones (petits avions sans pilote) qui allaient larguer des armes chimiques et biologiques sur la cote Est des Etats-Unis. Une affirmation aussi grotesque sur les capacités de l’Irak, dans l’état délabré où il se trouvait depuis 1991 relèvait de la documentation du niveau de la bande dessinée et du jeu vidéo. Le sérail de la Maison-Blanche Mais c’est surtout l’équipe Bush qui  était convaincue par ces mensonges. Elle vit dans un sérail, dans une bulle. Les dirigeants de tous les empires décadents s’enferment dans une bulle ou un bunker. L’arrogance et la vanité, la rancune, la construction fantasmatique et l’idéologie utopique sont des signes de décadence comme chez Hitler ou Honecker. La bulle du président, c’est son monde, où les armes de destruction massive pullulent dans les déserts irakiens, où Saddam complote avec Ben Laden., où les Iraniens et les Syriens ont également l’âme noire. Cet homme n’a plus aucun rapport avec nous. Il ne lit pas les journaux.  Les seules nouvelles qui lui parviennent ce sont les bonnes nouvelles que Condoleeza Rice ou Richard Perle lui distillent. La faiblesse de son caractère fait qu’il accepte ce monde factice pour vrai, sans se douter de rien et sans rien mettre en doute. Et un jour il se rendra compte comme pour les ADM que ce ne sont pas des personnages mythiques et peut-être déjà décédés comme Abu Musab al Zarqawi ou Ben Laden qui sont les organisateurs des actes de terrorisme contre les forces militaires américaines mais la résistance même du peuple irakien qui, dans son immense majorité, sunnites et chrétiens, shiites et baathistes confondus, rejette et abhorre son envahisseur.  Et puis finalement quelle arrogance ! Les pays qui disposent d’armes nucléaires comme les Etats-Unis ou Israël, ou encore d’armes biologiques veulent interdire cela aux autres. Les Etats-Unis reconnaissent qu’ils disposent de missiles équipés d’ogives biologiques, que 52 universités américaines et israéliennes travaillent sur de nouvelles armes biologiques.On est revenu au temps des races supérieures qui seules ont tous les droits. L’Occident jusqu’en l’an 2000 utilisait vis-à-vis des pays du Moyen-Orient une politique des petits pas. En 1920 on avait découpé de manière fantaisiste la région en pays à la tête desquels on mettait des roitelets à la solde. Quand l’un deux n’obéissait plus, comme Mossadegh, il était remplacé en douce. Ou on le remettrait au pas comme Saddam Hussein en 1991. Car pomper et exporter du pétrole est une tâche difficile, qui demande le soutien des autorités locales. Mais brusquement l’Occident se déchaîne de manière incontrôlée contre les pays du Moyen Orient et attaque avec ses propres troupes ou celles de ses mercenaires l’Irak, le Liban, l’Afghanistan et la Palestine. Qui voulait cette déflagration ? Qui voulait contrôler toute la région.  Qui voulait mettre la main sur les pétroles du Moyen-Orient ? 

Pierre Lutgen

Gradué en sciences sociales


[i] J Cirincione, Carnegie Endowment for International Peace, www.ceip.org Washington

[ii] Le Soir, 29 octobre 2005

[iii] Le Monde, 30 octobre 2005

[iv] Le Monde, 18 octobre 2005

[v] Newsweek, juillet 2005

[vi] Le Soir, 18 novembre 2005

[vii] CD Leoning, Washington Post, December 8, 2005.

[viii] New York Times, July 6, 2003.

[ix] The Sunday Times, 6/7/2005

[x] Florida Today , 18 décembre 2003.


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