Plaidoyer pour les OGM

 Une étude approfondie[i] vient  d’être publiée en Angleterre concernant les avantages et désavantages des OGM. Elle se base sur 37 études scientifiques faites dans une dizaine de pays. Pour les fermiers qui les utilisent les OGM représentent un gain économique de $ 27 billions et une réduction de 172 millions de kilos de pesticides.

.

Certains verts sont allés jusqu’à la destruction de restaurants fast-food en France, ou la destruction de machines agricoles ou de récoltes en Angleterre et en France. Au Luxembourg Greenpeace (Martine Holbach) a envoyé des lettres d’intimidation aux boulangeries leur demandant de bien vouloir « me communiquer la position de votre société en matière de denrées alimentaires issues du génie génétique ».

Et pourtant les OGM présentent une utilité immédiate ou potentielle dans de nombreux domaines de l’alimentation et de  la santé. Des médicaments sont  produits par des bactéries génétiquement modifiées. Les plants de tabac pourraient produire l’hémoglobine. On peut également citer l’hormone de croissance et l’insuline, de médicaments contre l’hépatite, l’anémie, la citose. Une première mondiale en thérapie génique a été réalisée en France en 2000. Des enfants atteints d’un déficit immunitaire sévère ont pu sortir de la bulle protectrice dans laquelle ils vivaient. En 2003, 1 400 sociétés bio-pharmaceutiques développaient des médicaments dérivés des OGM  Les Chinois ont développé un riz qui produit un vaccin contre le cholera.

 En 1968 Paul Ehrlich écrivait : ‘Le combat pour nourrir l’humanité est presque perdu. Nous ne serons pas capables d’éviter une famine dans les dix prochaines années’. En 1974 il insistait :’ La catastrophe alimentaire submergera probablement l’humanité dans les années 80. Il a été créé une situation qui pourrait provoquer la mort par famine d’un milliard d’êtres humains ou davantage’. Dans son dernier livre il continue à faire des prédictions semblables mais, plus prudent, il n’indique plus de date de réalisation. Ehrlich ne fait que répéter Malthus qui lui non plus n’avait pas imaginé les gains de productivité du monde agricole et qui, pour cette raison, essayait de justifier l’existence d’un système social avec une classe possédante bien nourrie et une classe de prolétaires crevant de misère. Du temps de Malthus il fallait 200 ares pour nourrir une personne. Aujourd’hui il en faut 20.   A chaque alerte de surpopulation l’humanité  a su trouver des techniques nouvelles pour augmenter la production : les engrais azotés en 1920, la révolution verte des blés hybrides en 1960 et aujourd’hui les OGM.  

Les OGM présentent à côté des augmentations de production, de nombreux avantages pour l’environnement. Un des avantages directs est que les fermiers doivent utiliser moins d’herbicides et de pesticides dont les résidus s’accumulaient antérieurement dans le sol et dans la faune. Pour des millions de petits agriculteurs chinois ou indiens le coton transgénique est une plante miraculeuse. Ils ne doivent presque plus acheter d’insecticides et malgré tout le rendement augmente. Mais Greenpeace Allemagne sème le doute, en affirmant que certains de ces maïs transgéniques n’ont pas une efficacité de 100 % sur les insectes ravageurs du maïs. Et alors, les insecticides ne l’ont pas non plus. Ils peuvent être délavés par un orage. Etrange et criminel  combat de Greenpeace qui se bat à la fois contre les insecticides et les OGM, et donc fatalement en faveur des insectes qui détruisent les récoltes des fermiers dans les pays pauvres.

Le Ministère de l’Agriculture aux Etats-Unis a calculé que sur les surfaces plantées de coton OGM l’utilisation d’herbicides et d’insecticides a pu être réduite de 21 000 tonnes en 2001. Les coûts de production des fermiers ont été réduits de 1.5 milliard de dollars et leur rendement a augmenté de 2 millions de tonnes.  Ils peuvent également utiliser des herbicides spécifiques à petites doses, au lieu des herbicides toxiques comme le sulfate de cuivre. L’épandage d’herbicides peut se faire plus tardivement dans l’année, longtemps après l’éclosion des œufs. Les oiseaux, les papillons et les fleurs reviennent dans les champs plantés d’OGM. Même le papillon monarque dont on avait annoncé l’éradication par les insecticides se plait dans ces champs. Car les insecticides utilisés aujourd’hui ne sont pas nécessairement bénins. Des cas d’intoxication aiguë chez l’homme sont connus pour les organosphosphorés ; les effets neurotoxiques sont maintenant certains. La cyperméthrine est fortement toxique pour les poissons et les invertébrés aquatiques.

 Les positions des associations vertes sont assez contradictoires à ce sujet. Le livre de Rachel Carson en 1962 était un pamphlet contre les pesticides. La modification génétique des plantes a souvent comme but d’y introduire des gènes qui rendent inutile l’utilisation de pesticides. Alors pourquoi lutter contre cette modification génétique ? 

L’utilisation de plantes OGM permet de réduire la profondeur du labourage et les  perturbations causées par le labourage dans la vie microbienne dans le sol. L’érosion des sols sera également beaucoup moindre. Sans dire que les fermiers ont besoin de moins de machines lourdes pour les travaux de labourage et d’épandage, réduisant par là même la consommation de gasoil (31 millions de litres par an aux Etats-Unis)… et leurs heures de travail.

Actuellement 3% seulement de la surface de notre planète peuvent être utilisés pour la production de nourriture. Le reste est occupé par les océans, des étendues glacées, des déserts, des montagnes, des forêts, des villes et des routes. Pour nourrir la population mondiale actuelle par les méthodes de l’agriculture biologique, il faudrait. transformer en champs quelque 13 à 15 millions de kilomètres carrés de forêt vierge ou de territoires non exploités et occupés par des animaux et des plantes sauvages, soit une surface équivalente à l’ensemble des Etats-Unis et du Mexique. Aussi étrange que cela paraisse, l’agriculture intensive et ses hauts rendements protègent donc les derniers refuges de la faune et flore sauvages de la charrue. La surface qu’elle exploite n’a pas augmenté. C’est là où les gens vivent dans une extrême pauvreté qu’ils défrichent et endommagent irrémédiablement la nature. Le bon sauvage dont rêvent les associations vertes était un prédateur et il était nomade parce qu’il devait chercher de nouveaux terrains de chasse, d’élevage et d’agriculture parce qu’il avait épuisé les ressources des terres où il vivait pendant quelques années.[1]  Et on veut de force nous  faire retourner à ces techniques agricoles utilisées durant la Préhistoire et au Moyen-Âge.

Aux Etats-Unis 75 % des plantations de soja, 71 % du coton et 34 % du maïs sont aujourd’hui

des OGM.  La surface agricole totale dans le monde sur laquelle poussent des OGM  est aujourd’hui de 90 millions hectares[ii] , dont 44 millions en Amérique du Nord . La Chine investit de grandes sommes dans la recherche de plantes OGM pour son agriculture. En 5 ans la production de coton transgénique est passée [2]à 51%[3]. Le Vietnam s’est rallié en 2006 aux expériences dans le domaine génétique et affirme que cela est indispensable à son développement socio-économique.

Seule l’Europe reste en marge de cette technologie. La France qui était le deuxième pays exportateur de produits agricoles est, grâce à José Bové,  en train de s’acheminer vers l’importation. Le désavantage ainsi créé n’aura pas seulement des conséquences économiques. Quelqu’un s’est amusé à calculer que si dès à présent 50 % des plantations de maïs, de colza, de betteraves étaient transgéniques, on économiserait en Europe 14 millions de kilos de pesticides et 2,5 millions des litres de gasoil pour les épandre sur les champs (et tant de gaz carbonique… !). Mais les fermiers espagnols sont en train de briser ce tabou : ils cultivent déjà du maïs transgénique sur des milliers d’hectares.

Entre temps l’Inde et la Chine développent leurs propres plantes transgéniques résistantes aux insectes. La société indienne Mahyco vient de mettre au point du riz et du brinjal de ce type.

 …Et les risques pour la santé Malgré l’utilisation extensive des OGM dans divers pays, et cela depuis 15 ans, aucun cas de décès, de maladie, d’allergie n’est connu. La Commission des Communautés Européennes[iii] a publié le résumé de 81 projets de recherche concernant des aliments génétiquement modifiés, études qui ont coûté 70 millions d’Euro. Aucune étude n’a pu montrer un risque accru pour la santé. Bien au contraire ces aliments se révèlent plus hygiéniques et plus sains parce que leur mise sur le marché doit répondre à une surveillance très rigide. Les légumes « bio » sont souvent contaminés par des bactéries fécales, par des métaux lourds tels que le cuivre, ou par des moisissures. Aux Etats-Unis, à de nombreuses occasions, des produits biologiques ont dû être retirés du marché parce qu’ils étaient contaminés par des salmonelles, des listeria, des E.coli et avaient rendu des centaines de personnes malades (www.purefoods.org/other/health.html). Aucune étude par contre n’a pu mettre en évidence une valeur nutritive plus grande pour ces produits biologiques. Certaines toxines telles que l’aflatoxine tuent chaque année des centaines de milliers de personnes en Afrique et dans le Sud-est asiatique. Ces toxines prolifèrent sur des grains de maïs attaqués par les insectes. Elles  passent dans le lait des vaches et ainsi dans l’alimentation humaine Seules les modifications génétiques de certaines espèces, telles que le maïs, semblent capables de rendre ces aliments résistants aux moisissures et de réduire fortement la production d’aflatoxines. Plusieurs études[iv] plus récentes ont confirmé ces faits. Ce sont surtout les toxines telle que la patuline en provenance de la moisissure Fusarium qui sont la cause de cancers. On s’est rendu compte de ce fait par les nombreux cas de cancer dont mouraient les chevaux et les porcs dans les fermes biologiques. Les mêmes mycotoxines conduisent à la dégénérescence du foie chez les humains et au défaut génétique Spina bifida.  En 2001 la Commission du Codex Alimentarius, qui est un organisme conjoint de la FAO et de l’OMS a déclaré (Communiqué FAO 10/44) que les OGM ne présentaient pas plus de risques pour la santé que les aliments biologiques s’ils respectaient les mêmes normes en contenus de substances toxiques. L’organisation mondiale de la Santé (OMS) a déclaré en août 2002 que les OGM ne présentent pas de risque spécifique pour la santé (www.financialexpress.com 23 août 2002). 

La Société Internationale de Toxicologie attribue aux OGM un degré de risque similaire à tout autre produit alimentaire nouveau mis sur le marché et pose à juste titre la question de l’utilité des prescriptions d’étiquetage.

Le 13 décembre  2002 l’Académie des Sciences des France a publié un rapport (RST13)

qui déclare que toutes les critiques formulées contre les OGM peuvent être en grande partie écartées sur des critères strictement scientifiques et qu’une interprétation maximaliste du principe de précaution constitue un handicap pour l’agriculture européenne. Les OGM pourraient assurer la sécurité alimentaire des pays en développement. A la même date l’Académie de Médecine affirme que les dangers des aliments transgéniques sont contrôlables

En mai 2003, la Royal Society, ou Académie des Sciences britannique déclare que les OGM ne sont pas plus dangereux pour la santé que les aliments conventionnels.

Dans la foulée de nombreux pays ouvrent la porte à des essais à grande échelle :

         Le parlement suisse vote en 2003 une loi  qui permet de faire des essais de plantation [v]avec des OGM.

         En mars 2004 le gouvernement britannique donne le feu vert à la culture du maïs transgénique pour bétail.

         En avril 2004 la Suède donne le feu vert aux pommes de terre génétiquement modifiées.

         En mai 2004 le parlement danois autorise et réglemente les cultures d’OGM.

         En mars 2005 le Brésil autorise la culture du coton transgénique 531

         En mai le Ministère de l’Agriculture français 11 nouveaux types d’essais en plein champ

         En mai 2005 , l’European Food Safety Authority émet un avis d’innocuité sur le maïs BT11 qui subséquemment a été ratifié par tous les pays de la communauté.

         En août la CE autorise l’importation du colza transgénique GT73

         En octobre 2005 la Cour de Justice Européenne rend un arrêt annulant l’interdiction de la culture d’OGM en Haute Autriche

         Début 2007 Claude Allègre dans son livre « Ma vérité sur la planète » fait un plaidoyer passionné en faveur des OGM

         Une enquête auprès des fermiers britanniques (British Grassland Society) révèle que 2/3 des fermiers planteraient tout de suite des OGM s’ils pouvaient

         Au Luxembourg, aucun progrès à signaler dans les têtes ni dans les champs. 

La question fondamentale est de savoir si les OGM peuvent causer plus de dommages dans la nature que les plantés modifiées par techniques de croisement classiques.

 Le développement d’espèces plus résistantes ou plus productives peut en effet se faire, soit par sélection naturelle comme cela se fait depuis des millénaires, soit par la technologie  génétique. La sélection traditionnelle consistait à aller chercher dans des plantes apparentées des gènes supposés avantageux  et que l’on introduisait par des croisements. L’homme faisait de la manipulation génétique, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose,  sans le savoir. Et cela depuis 5000 ans, depuis les civilisations de l’Indus et de Mésopotamie. Depuis cette époque, en effet, il féconde des plantes les unes avec les autres, il croise, sélectionne, recroise, resélectionne et ainsi de suite. Les vaches laitières de nos pays et qui produisent 25 litres par jour, bon an mal an, sont alors des OGM sur 4 pattes. Les pommes de terre et les tomates que nous mangeons aujourd’hui ont été obtenues par croisement entre des espèces, dont certaines étaient très toxiques pour l’homme. Le génie génétique également ne fait qu’utiliser ce qui existe dans la nature, mais il va chercher les gènes utiles non pas dans une plante apparentée, mais dans une bactérie, par exemple. La différence avec la sélection traditionnelle n’est donc pas très grande. Francis Bacon en 1627 avait déjà réalisé que les agriculteurs «  rendaient les plantes beaucoup plus grandes qu’il n’est dans leur nature ; leurs fruits sont plus gros et plus sucrés : Et nombreuses sont celles qu’ils modifient ainsi qui deviennent utiles d’un point de vue médicinal ». Le risque que les gènes se transfèrent à d’autres plantes est fort réduit et n’a pas pu être mis en évidence dans la nature. Les espèces  « artificielles » produites  à des fins agricoles, que ce soit par croisement ou par modification génétique,  ont généralement un temps de survie très court dans la nature. Elles n’ont que peu de chance dans la lutte avec les mauvaises herbes qui ont un potentiel génétique d’adaptation beaucoup plus grand. Les cultures de maïs transgénique qui produisent la toxine Bt ont selon un article de la Revue Sciences du 8 juin 2007 peu d’effets sur les papillons, les abeilles ou d’autres espèces non ciblées. Un risque beaucoup plus grand pour les espèces indigènes dans un pays déterminé est l’introduction d’espèces en provenance d’autres continents. Ne pensez qu’aux lapins qui prolifèrent en Australie, aux abeilles tueuses en Amérique et aux nénuphars américains qui polluent le fleuve Congo. Ce qui en tout cas est incompréhensible c’est la lutte hystérique et farouche de certaines associations vertes contre les aliments génétiquement modifiés. Vouloir interdire la vente de poulets alimentés au soja modifié devient obscurantiste et contraire à toute preuve scientifique lorsqu’on prétend que les gènes de ce soja pourraient causer des problèmes de santé chez les humains après leur passage improbable sinon impossible à travers l’estomac des poulets.  Il est certain qu’une certaine prudence s’impose comme c’est le cas pour toute nouvelle technologie et que l’introduction dans nos régions d’espèces de mais qui augmentent encore plus les excédants alimentaires peut être critiquée, mais quand cette lutte contre les aliments génétiquement modifiés cause la perte de vies humaine elle devient amorale.  En Afrique où les fermiers ne peuvent pas se payer les pesticides, plus de 50% de leur production agricole devient une proie des insectes, des moisissures et des mauvaises herbes. Les OGM réduisent fortement ces pertes. Proposer à ces fermiers l’agriculture biologique maintient certainement un des piliers du développement durable : une sous-alimentation durable de millions d’Africains. Actuellement 1 milliard de personnes souffrent de famine et de malnutrition et 5,6 millions d’enfants en meurent par année. Deux chercheurs suisses ont pu mettre au point au cours de la dernière décennie une variété de riz qui contient plus de vitamine A et de fer, substances qui manquent cruellement dans l’alimentation de millions d’êtres humains. Deux millions d’enfants meurent chaque année à cause de ces carences et d’autres perdent la vue à cause de ces mêmes carences. N’empêche, certains verts sont farouchement opposés à l’introduction, même gratuite, de cette variété de riz dans le sub-continent indien. « Aveuglés pares les gènes » comme dit la Frankfurter Allgemeine Zeitung du 30 avril 2005. Ou encore comme dit Bill Carmichael du Yorkshire Post : » Qu’importe pour le militant de Greenpeace la mort d’enfants de couleur, tant que lui grignote son Müsli sans OGM, la conscience parfaitement en paix ». La lutte des associations vertes devient criminelle lorsque l’organisation arrive à convaincre les présidents du Zimbabwe et de Zambie de refuser le maïs offert gratuitement par les Etats-Unis pour nourrir les millions d’habitants de ces pays mourrant de faim. Ou encore à convaincre l’Inde et le Pakistan après les terribles cyclones de 1999 de ne pas accepter les céréales qui contenaient éventuellement des OGM.  Un des seuls Américains à parcourir le monde pour prêcher contre les OGM est Jeremy Rifkin. Il s’est fait solidement rabrouer par l’Africaine Florence Wambgu du Kenya : «  Les OGM constituent une chance unique pour l’Afrique. Le génie génétique agronomique représente un espoir considérable pour les pays pauvres. L’agressivité des Occidentaux à l’égard des OGM relève d’une pathologie de nantis ». Steven Pinker dans son dernier livre « The Blank Slate » essaie d’expliquer le rejet des OGM par le fait que pendant plus de cent mille ans nos ancêtres ont vécu comme simples prédateurs sur la terre et que le cerveau qu’ils ont développé se limite aux facultés de chasseur, de nomade mais qu’il n’a pas développé une intuition spontanée pour la physique, la chimie, la neuroscience, la biologie, l’évolution. Tout produit technique nouveau, que ce soit le train à vapeur ou l’OGM, conduit à une attitude initiale de rejet. Michel Serres, philosophe et historien, qualifie « d’obscurantisme pur et dur la destruction des cultures d’OGM et l’attitude de refuser à priori le résultat d’expérimentations précisément destinées à répondre aux inquiétudes ». Le prix Nobel de physique, Pierre-Gilles de Gennes a réussi à faire signer un appel contre l’obscurantisme qui prévaut sur les OGM. Jean-François Revel dans Le Point du 17 octobre 2003 abonde dans le même sens : « Plusieurs centaines de savants français, dont deux prix Nobel, ont publié un communiqué pour déplorer le vandalisme de José Bové et de ses sbires.  Ces soi-disant amis des pauvres se révèlent comme les plus hypocrites de leurs ennemis sous le prétexte mensonger de lutter contre les multinationales, alors qu’ils sont la plus nuisible d’entre elles ». Ségolène  Royal s’est rendu compte également fin 2006 qu’elle s’était trompée en plaidant en faveur des faucheurs de José Bové. Elle se désolidarise des actes de destruction des champs d’essais OGM. De plus, il n’est plus question pour elle d’amnistie pour les Faucheurs volontaires. Cette mesure se verrait justifiée pour « restaurer une atmosphère pacifiée […] afin de faire disparaître les causes d’affrontements et d’éviter ces destructions à l’avenir ». Car, écrit-elle, pas question de « tomber dans un obscurantisme qui arrêterait toutes les recherches ». Peut-on en déduire que la candidate reste ouverte à la réalisation de futurs essais ? Visiblement oui, Ségolène Royal estimant qu’il faut instaurer « le plus large consensus possible dans notre pays en faveur du développement sécurisé de la recherche scientifique, dont nous avons bien besoin pour ne pas dépendre trop des brevets étrangers ». Et bien moins catastrophiste que celui que tenait la candidate à la candidature le 16 septembre devant le parti. Ce jour-là, elle avait affirmé haut et fort qu’« il y a des rapports sur la santé publique qui montrent qu’[avec les OGM,] il y a notamment un impact sur le fœtus ». Est-ce la lecture – un peu tardive – de l’avis de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) du 30 janvier 2002 sur l’évaluation des risques sanitaires relatifs à la consommation d’OGM qui a rendu madame Royal plus avisée ? Dans sa réponse à Christophe Terrain, la candidate se réfère en effet explicitement à cet avis, reconnaissant qu’en ce qui concerne la consommation d’OGM, « aucun risque n’était prouvé ». Ségolène Royal souligne même que si les scientifiques ne sont pas tous d’accord entre eux, c’est plutôt « sur les mérites des OGM »… 

Pierre Lutgen,

docteur en sciences  

lutgenp@gms.lu


[1] Le croissant fertile entre la Mésopotamie et le Liban qui a été à l’origine de nombreuses civilisations est aujourd’hui un désert. Et il a été désertifié par l’agriculture biologique intensive.

  


[i] Graham Brookes and Peter Barfoot, AgBioForum, 8, 187-196, 2005

[ii] R. Goebbels, Letzebuerger Land, 5 mai 2006.

[iii] Die Weltwoche, 25.10.2001.

[iv] KA. Voss et al , Toxcological Sciences 89, 108, 2006. F. Groves et al J AOAC International, 82, 657, 1999.

[v] Q. Schiermeier, Nature, 419, 547, 2002.


%d blogueurs aiment cette page :