Pourquoi avoir perverti les message de l’Evangile

 Les changements proposés par les Evangiles étaient révolutionnaires : primauté de la personne humaine sur la tribu et la nation, remplacement des dieux capricieux des Grecs  entre les mains desquels l’homme était une marionnette  par la responsabilité de la personne humaine, remplacement du pouvoir par la solidarité, des riches par les pauvres, remplacement de la peur du lendemain par la confiance. Evangile veut dire bonne nouvelle et on y trouve à tout bout de champ le mot « heureux » La vallée de larmes L’Evangile de Luc  baigne dans un climat de joie et d’émerveillement : joie de la rencontre en Marie et Elisabeth, récit de la naissance et du chant des anges, banquets à répétition,  vin à profusion, privilèges des petits, des humbles, des femmes, présence rayonnante du Sauveur. L’Evangile de Jean nous dit : » …qu’ils aient la joie, qu’ils en soient comblés ».  Mais pas un bonheur égoïste, introverti.  Saint Augustin et d’autres Pères de l’Eglise vont bien vite faire un retour en arrière et nous ressortir les lamentations de Job. Le Moyen-Age nous a produit des chefs d’œuvre de De contemptu mundi. « Vie misérable, vie caduque, vie impure que les humeurs mouillent, les douleurs exténuent, les mets gonflent, les plaisanteries dissolvent, la tristesse consume, la pauvreté abat, la richesse enfle… », nous disait Jean de Fécamp. Cette conception du monde dévaluait la sexualité, marquait une forte prédilection pour le macabre, déclarait l’esprit humain incapable de tout savoir authentique. Luther n’était guère plus encourageant : « Le chrétien doit désespérer entièrement de lui –même…L’homme devenu mauvais arbre, ne peut vouloir et faire que le mal. Le monde est le règne du diable ». Calvin, à son tour, et avec non moins d’âpreté, fustige l’homme et le monde. Il traite l’homme de singe, de fumier et d’ordure, entièrement asservi à la perversité. Zwingli était plus original. Il comparait l’homme à une seiche, un poisson encre qui cache sa perversité dans un nuage. On retrouve le même mépris pour l’humanité dans le discours de Michael Meacher, Ministre britannique de l’Environnement devant les Commons : » Les humains sont le virus de la terre ; ils sont pervers, destructeurs, obscènes, cruel. Qu’un astéroïde tombe donc sur notre tête pour la Nature puisse recommencer à zéro ! ». L’idéologie du « mépris du monde », depuis les Pères du désert jusqu’aux fondamentalistes verts, se veut globale et met en cause l’ensemble de la destinée humaine sur cette planète.  A l’encontre de ces lamentations, l’Evangile se proposait de redresser l’homme, de le mettre en marche et se voulait espérance créatrice, mobilisatrice et dynamique. Et comme Françoise Dolto nous l’a bien montré, l’Evangile ouvrait la porte à la réalisation des désirs humains, de tous les désirs. Il se distinguait par là du bouddhisme qui prêche la renonciation et l’étouffement du désir ou encore de la mystique qui propose que l’homme s’abandonne complètement à Dieu dans une sorte de fusion.  La morale comme fond de commerce. Moïse nous avons laissé une code de morale : les Dix Commandements qui culpabilisent. Les Béatitudes sont une éthique, une façon de vivre qui rend heureuse. Jésus n’a jamais voulu fonder une religion avec des rites, des mythes, des mites et des mitres. Les paraboles sont une attaque en règle contre la morale : la parabole du fils prodigue, celle de l’économe infidèle, celle des talents, celle des ouvriers de la onzième heure, celle du collecteur d’impôts… Dans toutes ces paraboles, celui qui est donné en exemple, c’est celui qui n’a pas eu une conduite parfaitement morale. La morale est un obstacle à la rencontre de Dieu. La bonne nouvelle, c’est que nous sommes devenus des hommes libres. Les valeurs proposées sont des valeurs féminines, l’amour, la sensibilité, la protection du plus petit, l’imaginaire,la joie, la souplesse, le don…On trouve les femmes à toutes les pages des Evangiles : toutes les Marie, Lydie, Phoebé, Junia, Prisca, Madeleine, la Samaritaine au puits…Même Saint Paul disait : » La femme est la gloire de l’homme »(1 Cr 11,7). Certains disent que Jésus avait créé le premier Rotary Club de femmes. Mais les valeurs patriarcales ont vite repris le dessus. Tertulien au IIIe siècle était déjà farouchement antiféministe. Les Pères de l’Eglise ont rejeté la femme. Ils l’ont neutralisée et mise au second rang. Jésus avait bien compris que le contraire de l’amour n’est pas la haine, mais la peur. Et la peur de l’autre conduit à sa diabolisation, à l’oppression, à l’humiliation. Mais celui qui humilie  perd sa propre humanité, qu’il s’agisse du fonctionnaire nazi ou du colon sioniste, du geôlier d’Irkoutsk ou de Guantanamo. C’est chez les opprimés que les qualités humaines se révèlent le mieux.  Freud l’avait bien compris : » Jésus déclare humain celui qui éprouve de la honte à abuser de sa force. » Et Nietzsche : «  Le comportement le plus humain est celui d’éviter l’humiliation à l’autre ». Et Adorno : » Le sentiment de la honte nous fait passer de la force à l’amour ». Le Coran le dit de façon lapidaire : » Tu ne ridiculiseras pas l’autre » Lorsque l’Eglise s’est inféodée à l’Etat romain au 4° siècle elle a hérité de l’approche juridique de la société romaine, et au catalogue des péchés décrits dans les Dix Commandements se sont ajoutés une kyrielle d’autres, des mortels et des mineurs, un originel et des originaux comme le poisson du vendredi. Il fallait être vicieux pour inventer la folie du péché originel qui veut que l’homme naisse fautif et coupable – de quoi ? L’invention du péché originel revient à saint Augustin. Jésus n’a jamais parlé d’Adam, ni du péché d’Adam. Il est difficile de nous imaginer aujourd’hui la place que le péché originel ce Deus ex machina tenait encore au début de la modernité européenne. Mais culpabiliser les masses et les individus a toujours été un instrument de pouvoir. Les mouvements fondamentalistes verts comme Greenpeace et WWF l’ont bien compris. Le pollueur a remplacé le pécheur. L’adoption de cette approche a été un drame pour l’Eglise. Car tout l’enseignement évangélique va à l’encontre de cette approche. Il remplace l’esprit de domination par l’esprit de service, rejette le légalisme pointilleux par une relation humaine ouverte et souple, récuse le social au profit de l’inter-individuel, refuse la règle valable pour tous par l’appréciation personnelle, regarde non pas  aux conduites mais au cœur, conserve en toute chose la souplesse du vivant contre la rigidité de l’ordre. D’autres aberrations se sont ajoutées au fond de commerce de l’Eglise au cours des siècles          Doctrine du Purgatoire en 593         Canonisation des saints en 995         Célibat des prêtres en 1 079         Introduction du rosaire copié sur les musulmans en 1090         Invention des indulgences en 1190         Dogme de l’Immaculée Conception en 1854         Infaillibilité du Pape en 1870         Dogme de l’Assomption en 1950 Le célibat des prêtres  ne se fonde en rien sur les Evangiles. Il a été introduit au XIIe siècle pour qu’il n’y ait pas morcellement des biens de l’Eglise par héritage.  Les textes qui parlent d’apôtres ou d’évêques mariés sont nombreux dans les Evangiles :« Il faut donc que l’évêque soit irréprochable, mari d’une seule femme (1 Tim 3/1-139« Que chacun ait sa femme et que chaque femme ait son mari » (1 Cor 7/2)« Jésus se rendit à la maison de Pierre, dont il vit la belle-mère (Mat 8/14)Celui que l’on veut nous vendre comme premier pape était donc marié Comment se fait-il qu’un message aussi exaltant que celui des Evangiles se soit renfermé sur un catéchisme moralisateur et morose dont la dernière édition nous a été vendue comme bestseller par Karol Woytila ? Jésus veut que son message soit simple, accessible et connu de tous, des pauvres et des riches, des intellectuels et des analphabètes. Sans recourir à des curés qui l’expliquent au peuple des fidèles. Il se distingue en cela du bouddhisme. Gautama Siddharta voyait d’un mauvais œil que ceux qui le rejetaient prennent connaissance de son enseignement : » Qu’on leur coupe la langue, s’ils récitent des textes sacrés, et s’ils les mémorisent, qu’on leur coupe le corps en deux. » Un message révolutionnaire transformé en éponge. Même Marie à ses débuts était révolutionnaire. Quand elle va voir sa cousine Elisabeth elle lui chante le Magnificat, qui ne parle de la force du bras de Dieu qui disperse les superbes, dépose les puissants de leur trône, exalte les petits, les remplit de richesses. Tous les révolutionnaires pourraient l’écrire sur leurs drapeaux.C’est sans doute elle qui a permis à son fils de sortir des sentiers battus. Mais on a fait d’elle une Etoile de la mer, une Reine du Rosaire, une Mater Dolorosa soumise à la volonté du Tout-Puissant. L’obéissance à l’autorité est devenue la vertu suprême.Au lieu d’être une force permanente de subversion le christianisme s’imbibe de toutes les cultures et de leurs avatars. Dominé à ces origines par la culture gréco-romaine, il est devenu terrien dans le monde féodal. Il est devenu bourgeois et argentifère dans le système capitaliste et maintenant il est devenu socialisant et verdâtre. Nous aurons demain un christianisme islamisé ou bouddhiste. Une bouteille vide que les cultures successives remplissent de n’importe quoi.  Il est toujours aussi plastique à l’égard des cultures qu’il le fût à l’égard des régimes politiques : esclavagiste et monarchiste sous la monarchie, républicain sous la république, socialiste sous le communisme, écologiste pour plaire aux partis verts. Un christianisme qui est devenu à toutes les époques un conservatisme dans tous les domaines, politique, économique, social, scientifique. Que rien ne bouge. Que rien ne change. Le pouvoir politique c’est le bien. Le nonce apostolique est le chef du corps diplomatique. La contestation, la critique c’est le mal. La pauvreté en esprit que Jésus recommande n’a rien à voir avec la débilité mentale. Il s’agit plutôt d’une pauvreté intérieure qui se décharge de ses idées, conceptions, dogmes, préjugés et fausses certitudes. Tous les exemples que Jésus prend pour décrire sa mouvance se réfèrent à un petit nombre de gens peu puissants. Le sel dans la soupe. Une petite graine enfouie dans le sol, un trésor caché dans un champ, le levain dans la pâte, la brebis au milieu des loups. Jésus n’avait pas la vision d’une Eglise triomphale et triomphante englobant le monde. Le vrai christianisme est en raison inverse du nombre. Il s’étouffe dans le grand nombre, dans l’Occident chrétien et dans les masses accueillant le Pape lors de ses voyages touristiques. On ne peut être chrétien qu’en étant en opposition, qu’en étant le feu de la terre. Et il s’offre au christianisme aujourd’hui une chance inouïe de renaissance suite à l’écroulement des structures d’une Eglise lourde, pompeuse et autoritaire. Et peut-être que le catholicisme garde un grain de ce sel que les mouvances protestantes américaines ont toutes perdu. Elles sont loin en tout cas de l’anglicanisme qui sous Henri VIII. a libéré d l’individu de la papauté et du religieux, lui avait donné le droit d’avoir des opinions personnelles et de gérer ses relations avec Dieu en tant qu’individu.  Un message désacralisant remplacé par des bondieuseries. La création biblique est désacralisante. Elle ne présente pas comme chez les Grecs ou les Egyptiens une aventure de dieux qui se battent, qui ont des aventures et des caprices. Tout ce qui se passe sur la terre ou dans les astres n’a rien de sacré ou de religieux. Ce ne sont que des choses matérielles et il ne faut avoir aucun respect particulier vis-à-vis d’elles. Dieu n’est inclus dans aucune des parties de cette création. Il est au-delà. Il a avec l’homme une relation d’amour, mais aucune relation sacrale ou religieuse. Cette désacralisation s’accompagne d’un conflit rigoureux entre le visible et la parole. L’homme a tendance à se faire une image visible de Dieu qui serait le reflet des choses et qui habiterait en elles. La pensée juive avait déjà récusé la totalité des représentations de Dieu. Aucune image ne peut être adéquate à la transcendance de Dieu. Seule la Parole permet une relation avec Dieu. Dieu parle. L’homme parle. Rien de plus. Le christianisme naissant ira encore plus loin. Il va rejeter ce qui dans le judaïsme pouvait représenter une survivance du sacré : les sacrifices et la prêtrise. Le monde chrétien devrait être tout entier profane. Mais il s’est produit dès Constantin un amalgame. Il était impossible d’arracher aux paysans leurs croyances. L’Église a préféré faire entrer les petits dieux de la source, ou de l’arbre, ou du gué dans son giron. Et puis les lieux du culte deviennent sacrés, l’eau du baptême et l’eau bénite lavent le croyant. Mille objets  sacrés meubleront la vie: les statues  et les icônes, les huiles et les médailles, les chapelets et les reliques. Le prêtre redeviendra médiateur entre Dieu et les hommes. Quel monumental échec. Seul le sacré continue à rassurer et à dynamiser l’homme et non pas l’aventure proposée par les évangiles.  L’absurdité du Père vengeur Mais la proposition vraiment révolutionnaire est que les hommes ne sont jamais condamnés par Dieu : ils se condamnent eux-mêmes par leurs actes. Remarquons que jamais dans les Evangiles la mort de Jésus n’est définie comme sacrifice, mais comme preuve d’amour. Il est mort sur la croix, parce qu’il a défendu son message humaniste contre vents et marées,  mais surtout contre les curés, les grand prêtres de l’époque. Et pourtant l’Eglise nous a vendu pendant des siècles cette absurdité d’un Père qui a besoin de venger son honneur compromis par les péchés des hommes en sacrifiant son fils. C’est le malentendu le plus paradoxal et le plus colossal de l’histoire. On se croirait chez les Aztèques où les sacrifices humains éloignaient le courroux de Dieu de la communauté. Le « Nolite timere (N’ayez pas peur) » est remplacé au XIIe siècle par le Purgatoire. Celui-ci est géré par un Dieu vengeur, comptable et cruel, mais infiniment bon. La grande irruption du purgatoire dans la vie religieuse se situe entre 1330 et 1360, accompagnée d’une comptabilité où Dieu se laisserait acheter par des messes, des quêtes et des indulgences Comme le philosophe français René Girard nous l’a  montré, l’histoire humaine est entachée de boucs émissaires, de victimes innocentes qui sont sacrifiés pour apaiser la colère des dieux, depuis  Eve,  Romulus et Remus,  Isaac, Antigone jusqu’à ceux de Freud et de Marx : les bourgeois, le père, les capitalistes, les autres. Dans les Evangiles les humiliés, les victimes, les brigands, les étrangers, les infirmes retrouvent leur humanité sans qu’on doive sacrifier une poule ou un bouc émissaire.  C’est nouveau, c’est formidable. Le pouvoir Dès l’établissement des premières civilisations est apparue la caste des prêtres. Les guerriers étaient chargés de la défense de la cité, les curés de négocier la bienveillance des dieux. Le message évangélique s’oppose clairement à ces castes : «  Celui qui veut être le premier parmi vous doit se faire esclave des autres » (Marc 10,44). Ou encore dans le Magnificat : «  Il fera tomber les puissants de leur trône et mettra à la place les petites gens ». Le Nazaréen se promenait avec des va-nu-pieds sur les chemins de Galilée, le Saint Père est entouré de cardinaux  repus et reluisants qui tournent en rond  dans la pompeuse Basilique de Saint Pierre. Le pape parle 80 langues pour souhaiter Joyeux Noël et Bonne Année du haut de son balcon. Il y a 2000 ans par contre l’accent rural dont  étaient affligés les disciples galiléens attiraient les moqueries des habitants de Jérusalem. Ils étaient considérés par ceux-ci comme des campagnards, stupides, incultes, illettrés (idiotae et sine litteris).   Mais ce sont précisément ces pauvres que Jésus veut installer  aux premiers rangs de la société  Il leur confère la dignité de fils de Dieu. Or, le titre de fils de Dieu était réservé à son époque à quelques rois ou souverains hellénistiques. Il s’agit donc d’un véritable titre aristocratique.  .Les paraboles invitent l’homme à prendre des risques, attitude aristocratique. L’homme doit vendre tout ce qu’il possède pour acquérir une unique perle précieuse[1]. Dans la parabole des talents sont loués ceux qui risquent leur argent pour le multiplier, alors que celui qui thésaurise est blâmé. Ce sont donc des comportements au rebours de la morale traditionnellement étriquée des pauvres en matière d’argent.La place donnée aux enfants et aux femmes, quantités négligeables aux yeux du peuple, s’inspire de comportements princiers. De même, à l’inverse de la xénophobie spontanée des gens simples, Jésus proclame que les étrangers prendront place à la table du royaume[2].  Bien d’autres exemples pourraient être donnés par lesquels on verrait que les règles de conduite à l’usage des meilleurs sont transposées par Jésus à l’usage des petites gens qui l’entourent. Loin de leur proposer une morale au rabais censée se trouver à leur portée, le Christ leur propose des idéaux jusque-là réservés à l’élite.  Mais le Nazaréen ne promettait pas aux pauvres la richesse ; il condamnait Mammon. L’argent est antinomique à l’esprit des Evangiles. Il impose comme norme des relations humaines la vente, l’achat, l’échange, rien pour rien, tout s’achète. Mais Mammon s’est réintroduit dans l’Eglise qui parfois fut un centre de rapine et d’enrichissement où  le ciel se monnayait. Il faut reconnaître que cet argent est entre de bonnes mains aujourd’hui parce qu’il est géré par le Saint Esprit dans sa filiale du Banco del Espiritu Santo. Le Dieu des armées Paul avait clairement dit : « Il n’y a ni Juif, ni Grec ; il n’y a ni esclave, ni homme libre ; il n’y a ni homme, ni femme » (Gal 3,28). Il a remplacé le « nous » par le « je ». Quel message extraordinaire ! Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité quelqu’un  dit clairement que la valeur d’un homme ne dépend pas de son appartenance à un peuple, une nation, une classe sociale, une caste,  à un genre. Quelle valorisation de la personne!  Il faudra attendre le Siècle des Lumières, la Déclaration des Droits de l’Homme, le personnalisme d’Emmanuel Mounier  pour retrouver le même élan. En affirmant : » Rendez à César ce qui est à César » (Mt 22,21) et «  Mon règne n’est pas de ce monde » ou encore » Celui qui se sert du glaive, périra par le glaive » (Mt 26,52) , Jésus avait posé une séparation radicale entre le politique et le théologique, et surtout le refus d’imposer les valeurs chrétiennes par le glaive. Mais l’Eglise a vite fait rentrer les individus dans le rang, que ce soit dans les armées de Constantin, de Clovis, de Charlemagne  Moïse nous avait laissés les Dix Commandements dans le Deutéronome, mais à son peuple il avait également laissé les instructions suivantes : » Vie pour vie, oeil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied….. Quand Yahvé ton Dieu livrera une ville en ton pouvoir, tu en passeras tous les mâles au fil de l’épée. » Et le Chant de Judith peut donner froid au dos : Seigneur, Dieu de mon père Siméon, Tu l’armas d’un glaive vengeur contre les étrangers.Tu as livré leurs chefs au meurtreEt leurs filles à la captivité Au profit de tes fils préférés Le Dieu des armées qui dans l’Ancien Testament avait massacré les Egyptiens, les Assyriens, les Philistins, les Mèdes, les Cananéens  et continue à protéger la Wehrmacht et la Grande Armée. Aujourd’hui il est censé protéger les Marines dans la lutte contre les terroristes islamistes et écrase allègrement des dizaines et des dizaines de milliers de Palestiniens, de Libanais et d’Irakiens. La pire des perversions est celle utilisée par Bush pour prêcher la guerre : » Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ». Jésus avait utilisée ces paroles pour prêcher l’amour et la réconciliation. Tous les évêques allemands soutenaient Hitler, célébraient des messes d’action de grâce après les attentats manqués,  faisaient dire des prières pour le Führer, la nation allemande et sa Wehrmacht comme les prédicateurs américains le font maintenant pour les Marines en Irak. Avec le ferme espoir qu’après ces bains de sang un Reich millénaire ou un retour glorieux du Christ en Palestine tienne lieu. Après Constantin la « Bonne Nouvelle » s’est transformée en « isme ». Le christianisme, comme les autres bonnes nouvelles de remplacement, le communisme, le nazisme, l’islamisme, le sionisme, devient un salut qui apporte la mort, qui comprend la destruction de l’autre. Mais pour les tueurs comme pour les tués, le meurtre est mortel. Et psychiquement plus pour celui qui tue que pour celui qui est tué. Mais qui n’a jamais pris l’initiative du meurtre sans avoir été au préalable psychiquement assassiné. Jésus avait désarmé Dieu. Il a renversé tous les dieux tout-puissants de leur trône. Dieu est pure non-violence. Il est désarmant. Il invite les hommes à se désarmer, à sortir du stéréotype de la guerre contre les méchants et les terroristes. Car l’armement de l’un justifie le surarmement de son adversaire.  Certains disent que Jésus a subi une influence bouddhiste. Les adeptes de Bouddha prêchaient la non-violence, la tolérance, la pauvreté. Rien de tel par contre chez les Hébreux. Jésus est un renonçant à la manière des sages de l’Inde, alors que nul prophète d’Israël se comporta ainsi.  Une papauté illégitime Et n’appelez personne sur terre votre Père ; car un seul est votre Père celui qui est dans les cieux ( Matthieu, 23-9). Ce passage est clairement en opposition avec l’instauration de la Papauté. De même que tous les autres passages déclarant que Jésus lui seul est  la tête de l’Assemblée (1 Corinthiens 3.11), qu’il est la pierre angulaire ( Ephésiens 2.20), le rocher (1 Corinthiens 10.4) Et même si la papauté pouvait être légitimée par les Evangiles, le rôle principal reviendrait à Jacques et non pas à Pierre. Les Actes des Apôtres disent clairement (15 ;7-13) que le premier concile des apôtres à Jérusalem était présidé par Jacques et non pas Pierre. Jacques, le frère de Jésus, affirme clairement : » Je juge, moi » (Ac 15,19). Paul a été à Rome, mais il n’y a aucun document confirmant la présence de l’apôtre Pierre à Rome. Dans les lettres que Saint Paul écrit de Rome, il ne parle jamais de Pierre Les chrétiens de Rome ne prétendaient jamais avant le IVe siècle, que Pierre ait été évêque de leur ville. Les évêques de Rome se considéraient les égaux des autres évêques. C’est au concile romain de 382, que Damase a déclaré pour la première fois : » La sainte Eglise romaine a la suprématie de toutes les autres. Mais il fallu 19 siècles pour qu’un pape déclare son infaillibilité et celle de ses successeurs et qu’un de ceux-ci déclare plein de superbe que l’Islam, lui, est contre la raison humaine. Pendant des siècles Rome a recouvert l’Europe comme une araignée. Quand elle n’avait plus légions pour nous dominer, elle nous a envoyé des dogmes.  Jésus a tué le Dieu des anciensLe Dieu chrétien a tué Jésus 

Pierre Lutgen

Bachelier en philosophie thomiste


[1] MATH, 13, 44-46

[2] MATH,8,11


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