Artemisia annua et bactéries. Sterilisation

 

Des découvertes luxembourgeoises pourraient révolutionner la lutte contre le paludisme et le choléra

 

L’ONG luxembourgeoise «Iwerliewen fir bedreete Volleker (IFBV)» s’investit depuis plusieurs années déjà dans des projets visant à faire connaître l’armoise annuelle (artemisia annua) plante médicinale capable de traiter le paludisme chez nous et dans les pays tropicaux. Pour réaliser ces projets, Pierre Lutgen et Bernard Michels travaillent en collaboration étroite avec Colabor, Objectif Plein Emploi, le Conservatoire de plantes médicinales à Winseler («KraidergaartWanseler»), les médecins de l’Alassem et la Croix-Rouge. Depuis quelques mois, la fondation Arcelor Mittal s’intéresse également à ces projets du fait de ses activités dans des régions fortement menacées par le paludisme.

 

Sur des sols arides, pousse une plante herbacée qui permet de combattre le paludisme. L’armoise annuelle, à croissance rapide, est utilisée en Chine méridionale depuis plus de 2000 ans pour lutter contre la fièvre. Dans les années 70, des scientifiques découvrent que l’armoise annuelle peut constituer un remède efficace contre le paludisme et décident d’isoler son principe actif, l’artémisinine. Aujourd’hui, l’artémisinine est utilisée par l’industrie pharmaceutique pour la fabrication des pilules d’ACT (artemisia combined therapy) antipaludiques.

 

Des recherches médicales récentes ont prouvé que l’artemisia annua prise en tisane agit jusqu’à dix fois plus vite (3 à 5 jours) que les remèdes antipaludiques traditionnels, et que la guérison est totale dans pratiquement 100% des cas si elle est prise pendant 7 jours. Contrairement aux produits chimiques, cette tisane ne présente aucun effet secondaire toxique et aucune forme de résistance n’a été observée.

 

Le fait que l’artemisia annua est à la portée de tous est un facteur décisif. En effet, elle se cultive facilement dans tous les jardins et constitue ainsi un remède antipaludique gratuit pour tout le monde. À plus forte raison en Afrique, qui est le continent le plus touché par le paludisme, où cette tisane pourrait être obtenue facilement et pratiquement sans coût du fait de la possibilité d’une culture locale (autoproduction) et de sa préparation simple. En outre, des essais réalisés au Congo, au Pérou et au Cameroun se sont révélés positifs.

 

Néanmoins, les scientifiques avouent que des recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre les vertus curatives de cette plante et découvrir s’il serait possible de l’utiliser pour traiter d’autres maladies tropicales.

 

Comme nous l’a expliqué Pierre Lutgen (lutgenp@gms.lu), des essais ont été réalisés à l’aide d’un luminomètre PallCheck (phosphatase ATP). D’autres essais réalisés dans le laboratoire LCDI de Metz sur les bactéries luminescentes vibrio fischeri ont prouvé l’effet bactéricide de la tisane. Ces bactéries sont d’ailleurs de la même famille que les vibrio cholerae. Au cours de leurs expériences, quel ne fut pas l’étonnement des chercheurs lorsqu’ils ont constaté, en ajoutant une tasse de tisane d’artemisia annua à un litre d’eau infectée par des bactéries, que son efficacité était identique voire plus grande que l’action de bouillir cette eau. Ils répétèrent cette expérience qui donna le même résultat à chaque fois. Ils ont également constaté que les groupements peroxydes de l’artémisinine se comportent de façon très agressive contre les bactéries et les plasmodes du paludisme au cours d’une réaction du type Fenton, en produisant des radicaux OH en réaction au fer. L’ajout de sel de fer éteint d’ailleurs la fluorescence de la tisane (voir ci-après).

 

Une autre série d’expériences a été effectuée récemment avec un luminomètre similaire, fabriqué par la société Aquatools, et a permis d’observer à nouveau l’effet bactéricide notoire de la tisane d’artemisia annua: au moins 50% des bactéries présentes dans un échantillon d’eau sale ont été tuées. Jusqu’ici, nous avions connaissance des propriétés curatives et anti‑inflammatoires de l’artémisinine, mais non de ses propriétés antiseptiques.

 

Ces travaux de recherche ont permis de découvrir que la tisane d’artemisia annua devient fluorescente sous la lumière noire UV (comme la quinine), phénomène encore inconnu jusqu’à présent. Dix autres tisanes ont subi les mêmes essais mais aucune d’entre elles n’est devenue fluorescente, même pas l’artemisia vulgaris, tisane de nos grands-mères. De même, aucune fluorescence n’a été constatée sur trois pilules d’ACT antipaludiques d’origines diverses, dont une provenant du Cameroun. Reste à déterminer s’il s’agissait de pilules falsifiées – 50% sont vendues sur le marché noir au Vietnam, en Malaisie ou en Afrique – ou si le dérivé d’artémisinine de ces pilules s’était dégradé, car comme des laboratoires français l’ont démontré, leur durée de conservation est raccourcie en raison des températures tropicales.

 

Mais jusqu’ici, un autre problème essentiel restait sans réponse. Pour savoir si les plantes ou la tisane contenaient la substance active de l’artémisinine en quantité suffisante, il était nécessaire de recourir à des analyses très élaborées et coûteuses, telles que la chromatographie HPLC.

 

Par fluorescence, il est possible de détecter la substance active présente dans la plante, la tisane ou les pilules d’ACT, et éventuellement de la doser. Cette méthode n’est pas nécessairement appliquée dans un laboratoire universitaire, mais aussi dans l’obscurité d’un village africain à l’aide d’une simple lampe ultraviolette à lumière noire. De nombreuses vies pourraient être sauvées ne serait-ce qu’en identifiant les pilules antipaludiques falsifiées.

 

Ces essais ont également permis d’établir que l’artémisinine est soluble dans l’eau, même quand elle est froide. Ce phénomène s’explique sans doute par la présence d’autres composants dans la tisane. Selon certains groupes pharmaceutiques, l’artémisinine n’est pas soluble dans l’eau, il faut donc l’extraire en utilisant des solvants chimiques, puis en sécher les cristaux pour enfin les vendre sous forme de pilules. Ces mêmes groupes pharmaceutiques prétendent que la tisane est une monothérapie présentant un jour futur éventuellement des risques d’accoutumance. Les chercheurs luxembourgeois ont pu montrer que la tisane d’artemisia annua, et elle seule,  contient au contraire toute une série de substances fortement bactéricides

 

Les scientifiques de l’IFBV sont conscients que des travaux de recherche supplémentaires sont nécessaires pour confirmer et développer ces résultats avant de les appliquer sur le terrain. Jusqu’à présent, les travaux réalisés n’ont pas été financés par des fonds publics mais exclusivement par des fonds privés, constitués principalement de dons du Rotary Luxembourg Vallées. Depuis plusieurs mois, IFBV travaille en étroite collaboration avec l’Université de Louvain, ainsi qu’avec des experts en maladies tropicales des Universités d’Antioquia en Colombie, Campinas au Brésil et Lumbumbashi au Katanga.

 

Les résultats ont été présentés en détail lors du congrès international «Maladies tropicales, aspects humanitaires et économiques» tenu à Luxembourg du 3 au 4 juin 2008 (http://www.maladiestropicales.org). Une vingtaine d’experts  de différents continents ont exposé et confronté leurs points de vue. Car en science, l’important est de poser les bonnes questions. Vous êtes invités à les leur poser.

 

Si l’ensemble de ces résultats se vérifiait, quel immense espoir ce serait pour les pays tropicaux. Dans ces pays, 20 000 enfants meurent tous les jours de la malaria, du choléra, de la diarrhée, de la leishmaniose, de la dengue, de la maladie de Chagas, etc.

La tisane d’artemisia annua constituerait un remède gratuit qui permettrait de mettre fin à ces souffrances innommables.

lutgenp@gms.lu


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