guantanamo texas 1942

Guantanamo, Texas, 1942.

Nous nous rappelons tous de la chasse aux communistes sur le continent américain du temps de McCarthy, mais pour la plupart d’entre nous le drame vécu par les communautés allemandes des pays latino-américains nous est quasi inconnu. 4 058 Allemands avaient étés internés dans des camps de concentration au Texas, jusqu’en 1945.

Avant la seconde guerre mondiale il y a avait bien sûr quelques agitateurs nazis dans les pays du sub-continent, mais la majorité des Allemands étaient des immigrés de longue date qui se sentaient plus proches de leurs compatriotes hispaniques que des habitants de la Poméranie ou de la Bavière. Dans les années 1930 s’ajoutaient à cette communauté allemande les nombreux juifs qui fuyaient le régime nazi.

On ne sait pas exactement pour quelles raisons un vent de panique mit en alerte les Etats-Unis : certains de ces Allemands d’Amérique du Sud constitueraient   une cinquième colonne chargée de saboter les installations du canal de Panama et d’attaquer les Etats-Unis  par le Sud.

Est-ce que Franklin Roosevelt croyait réellement qu’il  y avait des terrains d’atterrissage cachés en Colombie construits par les Allemands, ou utilisait-il cette désinformation comme d’autres du genre pour convaincre ses compatriotes d’entrer en guerre, un peu comme Bush le faisait avec les armes secrètes de Saddam Hussein ? Une autre rumeur qui circulait était que les Allemands avaient importé en Colombie des chars d’assaut déguisés en tracteurs. Le FBI publiait des informations des plus insensées. En Bolivie il y aurait une troupe de choc de 12000 Allemands. En fait ce pays comptait 112 000 Allemands, mais 8 500 d’entre eux étaient des réfugiés juifs, 3500 des Boliviens de souche allemande, et de fait parmi ceux-ci 184 étaient inscrits au parti nazi.  On pense fatalement aux armes secrètes de Sadam, aux  nombreuses troupes de choc dont Al Quaida  disposerait dans de nombreux pays ou aux terroristes présumés internés à Guantanamo ou ailleurs sur simple dénonciation.

Au début, c’est-à-dire à la fin des années 30 l’immense majorité des pays latino-américains étaient farouchement opposés à l’extradition de leurs concitoyens allemands et à ces intrusions de l’oncle Sam.  Les immigrés allemands étaient bien vus parce qu’ils étaient travailleurs et bien intégrés et sans ce complexe de supériorité qui  rendait les gringos insupportables. Mais la pression mise par les Américains fut énorme. Dans une première étape les produits en provenance d’entreprises allemandes ne pouvaient plus être importés aux Etats-Unis, et dans une seconde étape ceux des entreprises latino-américaines ayant des relations d’affaires avec les premières. Certains gouvernements et certains secteurs industriels d’Amérique latine voyaient également intérêt à dénoncer leurs concurrents allemands comme suspects pour pouvoir ainsi  s’accaparer de leurs biens.

Et c’est ainsi qu’en 1942 se trouvaient internés  dans des campas au Texas plus de 4000 Allemands, dont, ironie du sort,  plus du tiers étaient des juifs.

Hitler avait bien offert d’échanger des milliers de juifs d’Allemagne contre quelques centaines d’internés du camp texan. Mais les Américains refusaient. Ils étaient convaincus, et même Roosevelt l’était,  que parmi les Juifs émigrés en Amérique latine et parmi ceux qu’on allait leur envoyer se trouvaient des Bolsheviks ou pis encore, des éléments de la cinquième colonne.  Un Argentin ironisait, disant que le plus grand danger pour les Etats-Unis était, non pas la cinquième colonne, mais la sixième colonne de ceux qui croyaient en son existence.

La chasse aux Nazis qui avait empoisonné les relations entre l’Amérique du Sud et les Etats-Unis continuait après la guerre, mais avec d’autres victimes.  Tous les progressistes et socialistes latino-américains devenaient des victimes de la chasse aux sorcières de MacCarthy, chasse qui culminait dans le coup d’Etat au Chili et les milliers de Chiliens internés et torturés dans d’autres camps. Les Somoza et les Pinochet de la région devenaient des serviteurs dociles dans cette chasse aux sorcières, comme ils l’avaient été auparavant contre les Allemands.

Pierre Lutgen

Hostert


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