Afrique : Contre le paludisme une tisane plus forte que les pilules

 

Afrique : Contre le paludisme, une tisane plus forte que les pilules

Publié dans La France Agricole le 25 avril 2014.

Aidés par une ONG, des pays africains produisent un remède simple et efficace contre le paludisme.

« Les Africains ont un remède contre une maladie qui fait des millions de morts. Et ils peuvent non seulement le produire eux-mêmes, mais aussi en faire un petit business : car ça ne marchera que si les fermiers en tirent un revenu. » Pierre Lutgen, chimiste retraité et militant dans l’ONG luxembourgeoise IFBV, est plein d’espoir.

Alors qu’un enfant meurt du paludisme chaque minute en Afrique selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), une simple tisane, issue d’une plante qui peut être cultivée localement, ferait des miracles. Cette plante, Artemisia annua, est connue depuis longtemps. Y compris par l’industrie pharmaceutique, qui en a extrait l’artemisinine. Celle-ci est associée à d’autres molécules dans les pilules d’ACT qui constituent aujourd’hui le traitement numéro 1 contre le paludisme, recommandé par l’OMS. Pourtant la résistance aux ACT progresse.

L’OMS accuse les herbes médicinales d’être inefficaces et de favoriser les résistances.  Faux, au contraire, rétorque Pierre Lutgen. « Les pathogènes trouvent toujours moyen de résister à une ou deux molécules. Alors que, dans une plante entière, les différentes molécules s’épaulent. » D’où l’intérêt de l’infusion. Ou encore mieux, de la poudre. « En infusion, les huiles essentielles ne se dissolvent pas, alors que la plante entière moulue permet de profiter de tous ses composants, explique l’ancien chimiste. Et c’est plus pratique ! En Afrique tout le monde a un pilon, il est facile de faire de la poudre et de la mélanger aux aliments. Enfin, une herbe correctement séchée se conserve mieux qu’une pilule. »

Science contre dogmes

Pour l’ONG, les réticences de l’OMS ont peut-être d’autres raisons… Un marché a été passé avec l’industrie pharmaceutique pour distribuer les fameux ACT à bas prix aux Etats africains. Et l’OMS se voit verser 6% du montant des ventes pour couvrir ses frais.

C’est par la science que l’association IFBV espère voir s’écrouler les « dogmes imposés par l’OMS et l’industrie pharmaceutique. » Elle s’appuie sur un réseau international d’universités, qui publie un article par mois sur le sujet, relu par des pairs. Pour le moment elle préfère travailler sans bruit dans douze pays africains, où elle a établi des plantations. Non sans résultats « la tisane permet 95 % de guérisons ! » affirme Pierre Lutgen.

Désormais, l’objectif est d’augmenter la production, mais aussi de passer de la culture d’Artemisia annua à Artemisia afra. Une cousine aussi efficace, mais qui ne contient pas d’artemisinine. « Ils démolissent notre démarche Artemisia annua sous prétexte que cette tisane contient de l’artemisinine à des niveaux si faibles que cela crée des résistances à l’ACT. Si on développe une tisane non concurrente de leur médicament, on espère qu’ils nous laisseront travailler »

Bérengère Lafeuille

 


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