Greenpeace crie à la censure en Inde. Rêve ou scandale?

Greenpeace crie à la censure en Inde. Rêve ou scandale ?
Un rapport des renseignements intérieurs indiens accuse certaines organisations non gouvernementales (ONG) telles que WWF ou Greenpeace de nuire à l’économie du pays. En s’opposant à la réalisation de projets industriels, elles feraient perdre de 2 à 3% du PIB.
Certaines organisations sont ainsi soupçonnées de faire le jeu des puissances étrangères en s’opposant à des projets industriels en cours. C’est notamment le cas de Greenpeace, qui lutte contre la mise en exploitation de mines de charbon, dans la forêt de Mahan, au Madhya Pradesh (dans le centre du pays), un projet du conglomérat pétrolier indien Essar. « Les donateurs étrangers conduisent les ONG locales à […] servir d’outils pour les intérêts stratégiques des politiques étrangères des gouvernements occidentaux », affirme le service de renseignement. Surjit Bhalla, un économiste renommé, prend ainsi la plume dans une longue tribune. « 2 à 3% du PIB indien, cela représente actuellement entre 25 et 37 milliards d’euros […], écrit-il.
Or relancer la croissance, c’est la grande promesse de Narendra Modi, le nouveau Premier ministre indien.
Le quotidien britannique The Telegraph a rapporté le 22 juin que le gouvernement indien se base sur le rapport de son Bureau qui indique que ces activités de déstabilisation sont financées par le Center for Media and Democracy, un groupe associé au mégaspéculateur George Soros, également connu pour son rôle dans le financement des révolution qui ont déstabilisé plusieurs pays d’Europe et d’Asie centrale.

L’une des principales cibles du gouvernement indien est le Dr Vandana Shiva, conseillère du Prince Charles en matière d’agriculture organique. Elle a été l’un des proches collaborateurs du Prince de Galles depuis presque 15 ans. Celui-ci, connu pour son idéologie malthusienne, possède selon le Telegraph un buste du Dr Shiva dans sa résidence de Highgrove. Vandana Shiva s’était vantée d’avoir empêché pendant 4 ans l’introduction du cotton OGM en Inde. Après la levée de cette interdiction, la production a fait un bond de 3 millions de tonnes. En 4 ans les petits fermiers ont donc perdu 12 millions de tonnes de production ou 15 milliards d’euros.

Rappelons que le co-fondateur de Greenpeace, l’écologiste canadien Patrick Moore, 67 ans, docteur en sciences de l’environnement, dénonce depuis plusieurs années la multinationale verte pour son opposition à la culture du « riz doré transgénique » (riche en vitamine A) qui pourrait sauver des millions d’enfants chaque année.

La plante a été mise au point en 1999 par le biologiste suisse d’origine allemande Ingo Potrykus. Ce dernier a abandonné tout brevet payant sur le riz doré et entend qu’il soit distribué gratuitement aux paysans gagnant moins de 10 000 dollars par an. Potrykus, 81 ans aujourd’hui, a été reçu en novembre par le pape François à Rome, qui a béni un bol de riz doré.

Moore, qui a quitté Greenpeace en 1986, a déclaré fin janvier 2014 au quotidien britannique The Independent qu’« elle a du sang sur les mains » et qu’elle« commet un crime contre l’humanité » en s’acharnant à faire interdire tous les OGM.
Le Dr Moore a expliqué « qu’il y a 250 millions d’enfants vivant dans les tropiques, qui ont des carences en vitamine A », et que le riz doré transgénique peut contribuer à réduire le nombre de décès en intervenant à peu de frais sur leur régime alimentaire quotidien, basé sur le riz. Il a rappelé que l’Unicef estime que deux millions d’enfants meurent prématurément chaque année en raison de cette carence en vitamine A, et de l’immunodéficience qu’elle provoque

Les responsables de Greenpeace, eux, sont furieux de ce qu’ils appellent une «répression systématique» de leurs activités en Inde. Samit Aich, directeur exécutif de Greenpeace Inde, a déclaré au Guardian : «Nous avons vu depuis quelques mois un clair mouvement visant à saboter le travail de Greenpeace en Inde par divers moyens ».

Greenpeace n’est pas le mieux placé pour se plaindre à ce sujet. Il a longtemps été connu pour son allergie au débat et sa propension à réduire au silence et à discréditer ses propres critiques plutôt que d’engager le dialogue avec eux. En février 2014, Greenpeace a lancé une pétition demandant au Premier ministre britannique David Cameron d’évincer son alors ministre de l’Environnement Owen Paterson, parce qu’il a questionné certaines allégations sur le changement climatique. En juillet, Greenpeace a été l’une des huit ONG, qui ont appelé le président élu de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à supprimer le rôle de conseiller scientifique en chef du président de la commission parce que le titulaire, Anne Glover, était un partisan des cultures génétiquement modifiées.

Il est difficile de ne pas avoir quelque sympathie pour la position du gouvernement indien sur Greenpeace.

Pierre Lutgen


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