Combiner les antirétroviraux avec les antipaludiques peut être fatal

Lors de la conférence du 19 mai 2014 à l’Université du Nebraska qui portait sur le SIDA, F.A. Fehintola montrait que la nevapirine prescrite simultanément avec l’artemether-lumefantrine (Coartem) réduisait de 70% la concentration du principe actif lumefantrine dans le sang infecté.

Ceci ne fait que confirmer des résultats obtenus en Afrique du Sud (T Kredo , Antimicrob Agents Chemother. 2011 Dec; 55(12):5616-23). L’artemether et la nevapirine sont métabolisés par le cytochrome P450 3A4 induit par la nevapirine.
Pauline Byakik à la Makerere University a elle aussi constaté que l’administration simultanée du Coartem avec efavirens diminuait les effets de l’artemether et de la lumefantrine. (J Antimicrob Chemother 2012, 67, 2213-2221). Le même effet a été décrit par T Kakuda et al., (HIV Therapy Workshop, Barcelona, 16-18 Mar 2012).
L’antagonisme a été observé non seulement avec les dérivés de l’artemisinine mais également avec les dérivés de la quinine chez la femme enceinte. (K Kayentao, Am J Trop Med Hyg. 2014 Mar; 90(3):530-4). L’amodiaquine est 40% moins concentrée dans le sang des patients traités par neviparine (K Scarsi et al., J Antimicrob Chemother 2014, 69, 1370-76).
Le traitement intermittent à la méfloquine se traduit par une transmission accrue du VIH de la mère à l’enfant. (R Gonzalez et al., PLOS Medecine 2014, 11-9).
Beaucoup de touristes européens utilisent la malarone comme prophylactique. La molécule active de ce remède, l’atovaquone-proguanil se retrouve à de plus faibles concentrations chez les patients prenant en même temps de l’efavirens, du lopinavir, du ritonavir ou du atazanavir (van Luin M1, AIDS. 2010 May 15;24(8):1223-6).
Ces observations ont été résumées par Van Geertruyden JP. (Clin Microbiol Infect. 2014 Apr;20(4):278-85). Les interactions pathophysiologiques et epidemiologiques entre VIH. et pathogènes tropicaux, surtout ceux du paludisme, commencent à créer de fortes appréhensions dans les pays du Sud. Deux décennies de recherches confirment que la liaison entre l’immunosuppression du VIH est corrélée avec l’incidence du paludisme, avec les échecs dans son traitement et les cas de malaria sévère. Le risque d’un développement de la résistance aux traitements prescrits par l’OMS se trouve donc multiplié. La recommandation de l’OMS de juin 2013 de traiter les mères qui viennent d’accoucher et les nouveau-nés pendant la période d’allaitement avec des ARV chaque jour pendant six semaines n’a pas trouvé de confirmation scientifique de ses bienfaits lors d’essais cliniques. Le prétendu effet contre le paludisme et sa transmission n’a pas pu être constaté (P Natureebaet al., JID 2014 :210). The Lancet a publié une étude qui montre plutôt un effet contraire : le ritonavir et le saquinavir réduisent de plus de 50% le nombre d’erythrocytes phagocytés par les macrophages (S Nathoo et al., The Lancet, 362, 2003. 1039-1041).

Le plus grave c’est que le traitement antiretroviral augmente la fréquence des porteurs asymptomatiques de Plasmodium. De 15.4 à 44.4 selon une étude du Niger. Et ces porteurs asymptomatiques ont une densité de parasites beaucoup plus élevée. (Adetifa et al., Niger Postgrad Med J, 2008 15. 141-145).
Une bombe à retardement pour l’Afrique.
Déjà en 2006 F Nosten et U d’Alessandro avaient insisté pour qu’on fasse des études approfondies sur les interactions entre antirétrovirax et antipaludiques, surtout chez les femmes enceintes (Curr Drug Saf 2006, Jan 1-15).
Ceci n’a pas empêché une inondation du marché africain avec ces deux remèdes. Un business qui se chiffre dans les milliards de dollars.
Pierre Lutgen


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