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café et charité, fairtrade et bio

mars 13, 2010

Café et charité : un mauvais mélange

Le café est la deuxième matière première sur le marché mondial après le pétrole. Il est la boisson la plus populaire de la planète et donne de l’emploi à 20 millions de personnes.

 

Nous avons passé quelques jours dans les collines de Colombie, parsemée de petites exploitations familiales de planteurs de café. Et avons pu à loisir discuter avec eux.

Tous savent que c’est la qualité du café qui garantit le prix et une place de choix  sur le marché mondial. Les graines de première qualité peuvent se vendre dix fois plus cher.. La grande coopérative colombienne à laquelle la plupart d’entre eux sont affiliés depuis des générations insiste fortement sur cet aspect de qualité et refuse d’acheter les graines de bas de gamme. Depuis quelques années le marché est cependant perturbé par des privés qui se mettent en concurrence avec leur coopérative. Et comme ceux-ci veulent absolument gagner une part de marché ils achètent les résidus de bas de gamme. Les producteurs voient avec des sentiments partagés cette évolution : bien sûr, ils arrivent ainsi à écouler toute leur production, mais ils savent qu’à la longue ceci nuira à la réputation du café colombien sur le marché mondial.

La coopérative leur fournit  une assistance technique et sociale, des cours de formation, des infrastructures de transport et de traitement (construisant même des routes), l’amélioration de l’outil de travail, des techniques de lutte biologique contre les maladies des plants de café. Elle poursuit agressivement la promotion du café colombien de qualité. Le nombre de points de vente « Juan Valdez » de café de première qualité sous forme d’expressi a été augmenté  de 150 % entre 2005 et 2006.

Les privés, même ceux qui se réclament du commerce équitable, profitent un peu comme des parasites de ces infrastructures existantes. Et parfois ils ne payent pas leur facture. Ainsi certains petits fermiers du Cauca (Sud de la Colombie) regroupés dans COSURCA attendaient en vain un payement de 168 000 US$ pour plusieurs conteneurs de café par l’importateur Certified International B.V.des Pays-Bas qui lui-même fournit les distributeurs « équitables » Fair Trade et Alter Products (Suisse). Les négociations continuent par l’entremise de FLO CERT et portent sur les critères de qualité biologique du produit, mais à ce jour sans résultat. Les petits fermiers sont ruinés. Les seuls à les soutenir sont les voisins équatoriens. Gonzalo Merchan, directeur de la Fundación Rantinpak leur écrit :

« Ce retard de payement de dettes met en péril des milliers de citoyens colombiens qui vivent dans une situation de guerre et de pauvreté. L’utilisation du label Fair Trade  par de grandes surfaces du Nord ne vise qu’à exploiter les producteurs du Sud. Ce n’est qu’une forme de publicité pour se créer une image d’entreprise solidaire dont le seul but est économique.

Le commerce équitable a remplacé la charité chrétienne. »

Aux Pays-Bas le marché des produits équitables ou bio soulève de plus en plus de questions. Une enquête faite par Fairfood montre que les importateurs de produits biologiques en provenance du Tiers-Monde ne s’intéressent qu’aux effets négatifs pour la faune et la flore, mais très peu pour les conditions sociales des producteurs. Des centaines de produits « bio » sont produits par des enfants (De Volkskrant, 18 juli 2007) L’association qui délivre le label EKO-keurmerk se justifie en disant que le législateur n’exige pas ce contrôle sur le respect des conventions de l’OIT pour les produits « bio ». Il en est d’ailleurs de même pour les produits « bio » importés des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. Le rapport de l’OIT de 2006 fustigeait des violations flagrantes des droits humains. Les ouvriers palestiniens travaillent dans des conditions de semi-esclavage dans les fermes bio israéliennes.

Sur le site de Max Havelaar on peut lire que le supplément de revenu pour les producteurs par rapport au commerce traditionnel s’élève à 50 millions d’euros en 2004. Ce surplus se répartit sur 1 million de producteurs dans 49 pays du Sud. Soit 50 euro par an pour une famille, ou 15 cent par jour. Beaucoup de bruit pour rien, dit Christian Jacquiau dans son livre «  Les coulisses du commerce équitable ».  La même année Max Havelaar a reçu des autorités françaises des subsides de 1,7 million d’euros au total , pour éponger un trou de trésorerie énorme. Les seuls qui semblent réellement profiter de tout ce négoce, ce sont ceux qui délivrent les certificats de culture biologique, pour ainsi tranquilliser les consommateurs de nos pays riches craignant surtout  pour leur propre santé.

Dans les entrepôts d’Amérique centrale, le café bio ne fait plus recette, révélait la revue américaine The Christian Science Monitor dans son édition de décembre 2009. « Cela a beau être l’un des meilleurs cafés du monde, les torréfacteurs n’en veulent plus » explique Gerardo de Léon, le directeur de la plus grande coopérative guatémaltèque qui regroupe 20.000 exploitants. « Je reçois tous les jours des appels d’acheteurs des Etats-Unis qui me demandent si j’ai du bio à vendre. Je leur annonce mon prix : 1,4 euro le demi-kilo… [pour du café vert non brûlé]. Et le café ne quitte pas l’entrepôt », poursuit le directeur. Certes, les quelques centaines de tonnes de café bio qui dorment dans des entrepôts du Guatemala finiront par trouver des acheteurs, mais au prix du café ordinaire.

Ainsi, du Mexique jusqu’au Costa Rica, au moins 10 % des cultivateurs sont revenus à la culture traditionnelle, qui atteint sans difficultés 880 kg à l’hectare contre moins de 520 kg en bio. Il y a une décennie, lorsque les cours du café s’étaient effondrés, des dizaines de milliers de cultivateurs latino-américains ont été encouragé par certaines ONG à se lancer dans les produits certifiés bio, qui rapportaient alors jusqu’à 40 % de plus que les produits similaires traditionnels. « Dans la mesure où les prix du café sont repartis à la hausse après la baisse des cours au milieu des années 1990, les producteurs n’ont guère de raisons financières de continuer à cultiver des graines bio », note la journaliste.

N’empêche que le commerce équitable a le mérite d’avoir attiré notre attention sur les petits producteurs pauvres et leurs problèmes. Mais aujourd’hui ceux-ci ont leur ordinateur portable et connaissent le prix journalier du café sur la bourse de café de New-York.

Marc Biver

Eoliennes et photovoltaique

novembre 22, 2009

Notre argent: autant en emporte le vent

« La lutte contre le changement climatique ne sera pas gratuite pour le contribuable ! ». Déclaration de Jean-Claude Juncker au Luxemburger Wort le 29 octobre.

Peut-être avait-il pris connaissance d’une étude récente du Rheinisch-Westfälischen Institut  (RWI) sur les impacts économiques des énergies renouvelables. Une douche froide ! Pourtant ce que l’Allemagne a fait dans ce domaine était considéré par tout le monde comme un exemple à suivre. Le RWI constate que malheureusement  les subsides accordés entraînent de lourdes charges pour le contribuable et des prix gonflés pour le consommateur. Comme la production d’électricité éolienne ou photovoltaïque entraîne de fortes variations dans le réseau il faut inévitablement construire des centrales thermiques classiques pour sauter dans la brèche. Les subsides pour le kWh photovoltaïque tournent autour de 50 cent et pour l’éolien autour de 12 cent. Ces énergies coûtent donc respectivement 1700 % et 400% plus que les sources conventionnelles thermiques et nucléaires. Les sociétés de distribution sont légalement obligées de payer ces suppléments, mais finalement c’est le consommateur et le contribuable qui les payent. www.rwi.essen.de/pls/portal30/docs/FOLDER/PUBLIKATIONENGUTACHTEN/ERNEUERBARE-ENERGIEN.PDF.

Rien que les subsides pour le photovoltaïque coûteront à l’Allemagne  quelque 53.3 milliards d’euros jusqu’en 2010. Les subsides accordés aux éoliennes installées entre 2000 et 2008 sont estimés à 19.8 milliards.

En ce qui concerne l’influence de ces efforts sur le climat, l’étude RWI estime qu’elle est insignifiante vu que ces sources d’énergie ne contribuent que quelques pourcent aux besoins totaux du pays et que la construction de centrales thermiques nouvelles reste incontournable. En fait, l’argent dilapidé pour le photovoltaïque n’est plus disponible pour d’autres mesures d’économie d’énergies plus efficaces.

On justifie souvent les énergies renouvelables par le grand nombre de nouveaux postes de travail qu’elles créeraient. On est allé jusqu’à citer un chiffre de 400 000 emplois. Des prétentions de ce type cachent les effets désastreux exercés sur l’économie, l’emploi et le pouvoir d’achat. L’argent investi dans les éoliennes et les panneaux solaires n’est plus disponible pour des investissements créateurs d’emploi dans d’autres secteurs. Car une énergie chère n’est pas favorable à la création d’emplois dans l’industrie d’un pays. Les prix plus élevés pour le kWh conduisent en Allemagne à une réduction de 4 milliards en pouvoir d’achat pour les citoyens.

On dit également que le développement des équipements pour énergies nouvelles favorise les exportations. En fait l’Allemagne a importé en 2004 des éoliennes pour 1,44 milliards alors que les exportations ne représentaient que 0.2 milliards d’euros. Une balance de payements négative donc, alors que l’on a investi 175 000 euro par habitant rien que pour le photovoltaïque.

 

 

Les conclusions de l’étude sont formelles : le système allemand de financement des énergies renouvelables est désastreux pour l’économie et l’environnement.

Une étude publiée en mars 2009 par la Universidad Rey Juan Carlos en Espagne est encore plus alarmante. http://www.juandemariana.org/pdf/090327-employment-public-aid-renewable.pdf.

Le financement des emplois « verts » empêche l’Espagne de sortir de la crise économique. Chaque nouvel emploi « vert » en fait perdre 2.2 dans d’autres secteurs. En plus, 9/10 de ces nouveaux emplois se trouvent dans l’administration et le marketing. Chaque nouveau poste dans l’énergie éolienne coûte plus d’un millions d’euros en subventions. Les énergies renouvelables représentent à ce jour une dépense de 28.7 milliards pour l’Espagne. Et le prix de l’électricité a augmenté de 31%.

Quel politicien luxembourgeois aura le courage de demander qu’on fasse une étude semblable pour notre pays ?

 

Pierre Lutgen

Hostert

 

 

Dictature verte, eugenisme et sorcières

juin 14, 2009

A chaque siècle ses fantasmes totalitaires

 

En passant des sorcières à l’eugénisme et puis au réchauffement climatique, l’Europe s’est embarquée dans des hystéries qui ont englouti des milliers de vies humaines, freiné le développement et dilapidé des ressources financières dans des chimères. Sacrifices payés à religion, la race ou la planète

 

Descartes croyait aux sorcières. Leur existence avait été démontrée par une majorité incontestable de savants. Nous connaissons  les horreurs générées par ce mythe scientifique.

 

Mais nous oublions ou avons refoulé le fait qu’au début du siècle passé la majorité des savants et biologistes  avaient calculé de façon irrévocable que l’humanité allait vers une dégénérescence de la race, parce que les tarés se reproduisaient à une vitesse plus grande que les bourgeois de qualité. Dès 1900 furent mis en place aux Etats-Unis des programmes de stérilisation des fous et de l’euthanasie des enfants handicapés. Le promoteur le plus acharné de ce programme fut la Fondation Rockefeller. Tous les scientifiques et  biologistes soutenaient ces programmes d’eugénisme, même des prix Nobel catholiques comme Alexis Carrel ou protestants comme Müller et Heckel.  Les politiciens et chefs d’Etat de l’époque, de droite ou de gauche, mettaient l’eugénisme à leur programme (un peu comme aujourd’hui le réchauffement climatique)  Et l’homme de la rue suivait. Quelques années après la première guerre mondiale les Allemands avaient stérilisé en Rhénanie tous les métis nés de relations entre jeunes filles allemandes et tirailleurs sénégalais. La France fermait les yeux.  Hitler n’a en fait que continué ce qui se pratiquait déjà sur des milliers de personnes dans tous les pays d’Europe et ce que même de nombreux médecins juifs allemands pratiquaient jusqu’en 1935 :  la stérilisation et l’ »euthanasie »..

 

En ce début du XXI° siècle nous vivons une hystérie collective semblable. On nous dit que l’immense majorité des scientifiques ont irrévocablement calculé que les températures vont augmenter de 5 à 10 degrés avant la fin du siècle. Rares sont les politiciens qui ont le courage de les contredire, malgré les températures fraîches des dernières années. Et la plupart vont avec leurs acolytes aux grand-messes de Kyoto, de Bali, de Rio et de Stockholm. De là ils nous reviennent avec des messages d’apocalypse : nous mangeons trop, nous roulons trop en voiture,  nous allons trop en vacances, nous gaspillons l’eau et le mazout.  Chacun devrait se serrer la ceinture pour sauver la planète et les générations futures. Et venir, comme le prêchent certaines ONG luxembourgeoises, en aide aux basanés des tropiques ou des pôles,  sous-développés, inconscients et qui ne se sont pas rendus compte des effets délétères du CO2. . Et si nous ne nous plions pas de plein gré à cette nouvelle morale, il faudra bien qu’on nous l’impose. Car les régimes totalitaires s ne sont jamais avec leurs interdictions et tabous. Ils exigent des pécheurs des confessions publiques.

 

Dominique Bourg de la Fondation Nicolas Hulot nous le disait clairement dans Le Monde du 29 avril 2009 : «  Pour éviter ces dérives, il va falloir borner le pouvoir des individus par un autre pouvoir collectif, qui devra agir en leur nom ».

 

Hitler, Mussolini, Franco et Staline nous disaient la même chose.  Eux, ils étaient Noirs ou Rouges, mais pas Verts.

 

Pierre Lutgen,

Hostert

Jeanne d’Arc

mars 10, 2009

Pour qui aurait voté Jeanne d’Arc ?

 

Tous les Etats européens sont un accident de l’histoire. A partir de la révolution française on a essayé d’en faire des Etats-Nations. On a essayé de faire croire aux basques qu’ils étaient espagnols ou français, aux irlandais qu’ils étaient anglais, aux wallons de Doncols qu’ils étaient luxembourgeois et aux habitants de Martelange qu’ils étaient belges.

 

A cette fin les pouvoirs politiques utilisent les historiens comme chantres pour construire l’imaginaire des nations et l’enraciner dans les siècles.

Pour cimenter l’idée de nation, on a besoin de figures historiques, souvent mythiques. Les belges ont trouvé dans leurs archives Ambiorix auquel s’appliquait la phrase de Jules César« sed omnium fortissimi sunt belgae ». Ils ont eu quelque difficulté à utiliser le gantois Charles Quint pour représenter l’unité de la Belgique, parce qu’il ne parlait que flamand. Les allemands ont dans leurs tiroirs plusieurs Friedrich. Les luxembourgeois ont trouvé Melusine et Jean l’Aveugle (qui serait aujourd’hui incarcéré comme bandit de grand chemin).

 

De toutes ces constructions nationales, la plus bariolée était la France, avec des bretons, des basques, des catalans, des italiens, des alsaciens, des luxembourgeois, des flamands. Sans la félonie de Louis XI vis-à-vis de Charles le Téméraire au Zolverknapp l’Hexagone n’aurait pas vu le jour.

 

Comme héros nationaux la France possède des valeurs peu sûres: Vercingétorix s’est fait démolir par les romains, Clovis alias Chlodwig était un opportuniste belge qui parlait allemand, Charlemagne était un analphabète qui avait son palais et sa cathédrale à Aachen. Même en ce siècle où la culture française rayonne, il s’avère que des grands noms comme Piaf ou Montand sont d’origine italienne, Chevalier ou Johny Haliday d’origine belge.

 

La Révolution Française a le mérite d’avoir redécouvert Jeanne d’Arc.

 

Le seul qui ait parlé de Jeanne d’Arc avant la Révolution Française était Voltaire, et cela sur le mode comique et  plaisant, la traitant de servante d’auberge devenue femme soldat. Jeanne était encore loin du statut de sainte française et Voltaire pouvait se permettre de telles facéties.

 

Pendant les siècles antérieurs existaient également les panégyriques (sermons) des fêtes annuelles de Jeanne d’Arc à Orléans. Le thème qui y revenait toujours est que Jeanne avait été punie par Dieu parce que la France avait été plus importante pour elle que le service du roi.

 

C’est donc la Révolution française qui a redécouvert Jeanne d’Arc en même temps qu’elle inventait la notion de Nation française. Elle transformait l’histoire de la simple bergère en une tradition nouvelle et complexe. Jeanne, fille du peuple, trahie par le roi et brûlée par l’Eglise, devint la seule héroïne à survivre au raz de marée anti-royaliste, elle devint la Judith française, le symbole de la démocratie, du peuple prenant la parole.

 

Pourtant ces faits d’armes de Jeanne devant Orléans sont plutôt douteux : les Anglais sont partis, non pas par peur , mais parce qu’ils étaient à court d’armes et de vivres. Et les miracles nécessaires à la sainteté sont également douteux. La bulle du pape en 1920 attribuait à Jeanne deux guérisons dont on oublia de mentionner les lieu et date.

 

Napoléon et la Restauration de la royauté ne pouvaient plus l’ignorer, mais comment récupérer cette révolutionnaire. Il ne fut pas difficile de montrer que les jacobins et les sans-culotte ou autres révolutionnaires avaient irrespectueusement démoli plusieurs statues de Jeanne. Celle-ci redevint pour quelques décennies la jeune fille modeste, respectueuse, soumise à l’autorité et aux personnes que Dieu avait élevées au-dessus d’elle.

 

Au 19°s, sous l’influence sans doute du courant romantique et de son engouement pour l’Histoire, une foule d’historiens sont retournés aux sources. Ne citons que Chateubriand, Barrante, Lavallée, Michelet, Quicherat, Sismond. On peut dire que Jeanne d’Arc est une « création » du 19°s. Chateaubriand dans son Génie du Christianisme, un best-seller vendu à plus de 5000 exemplaires,  dit avoir le sentiment d’être reporté en arrière par Jeanne, dans la France des cathédrales et du Moyen-Âge, avec toute sa pittoresque vitalité, riche en couleurs et en diversité. 

Ce n’est qu’au milieu du siècle que des auteurs catholiques comme Barthélemy, Görres ou Wallon essayent de récupérer Jeanne d’Arc pour leur cause. Elle devint Jeanne-la-Providence à travers qui Dieu avait fait quelque chose de grandiose pour la France (gesta Dei par Francos).

 

Après la défaite de 1870, les positions se polarisèrent.

Les radicaux comme Gambetta et Fabre étaient partisans d’un culte uniquement laïque de Jeanne. Pour eux la vénération de la fille du peuple restait encore une des composantes de la lutte de la République triomphante contre le clergé et la monarchie.  Dupanloup, évêque d’Orléans, essayait de mobiliser Jeanne contre ces anticléricaux et les franc-maçons. L’Eglise trouvait cependant difficilement des réponses au fait que c’est elle-même qui avait fait brûler Jeanne à Rouen. Elle utilisait bien sûr l’argument subtil qui disait que Dieu avait envoyé Jeanne uniquement pour libérer Orléans et pour faire couronner le roi à Reims. Le fait qu’elle ait outrepassé ces deux missions et continué à combattre était un péché d’orgueil pour lequel Dieu avait exigé la purification sur le bûcher de Rouen. Pour arrêter ces arguties, il valait mieux obtenir de Rome la canonisation de Jeanne, afin d’en faire la gardienne incontestée de la France catholique contre la tradition de la Révolution impie de 1789.

L’enthousiasme pour Jeanne dans les années 1880 était à son comble et on  proposa des dates pour une fête annuelle. La droite était en faveur du 8 mai, date de la libération d’Orléans, la gauche en faveur du 30 mai, date de l’exécution de Jeanne par l’Eglise. Les milieux d’affaires proposaient comme compromis le deuxième dimanche de mai, car ils craignaient de voir augmenter le nombre de jours fériés.

Pour faire pression sur Rome, les évêques organisèrent en 1884 de grandes fêtes à Notre-Dame. Ce qui retint l’attention des républicains à ces manifestations, c’était la présence de militaires de haut rang, donc l’alliance entre « le sabre et le goupillon ». Le Conseil des Ministres réagit immédiatement en émettant une circulaire interdisant aux militaires de participer en uniforme à de telles fêtes.

 

Le conflit entre gauche et droite atteint son paroxysme juste avant la première guerre mondiale. En mai 1913 les « Jeunesses Royalistes » et l’« Action Française » déposèrent des gerbes près de la statue (républicaine!) de Jeanne à la place des Pyramides avec l’inscription « Pour Jeanne d’Arc, la grande compatriote de la France ». Les « Jeunesses laïques » avaient appelé à des contre-manifestations, où l’on pût voir des gerbes et des calicots avec ces mots « Pour Jeanne, trahie par son roi et brûlée par l’Eglise ». Les coups de poings sur les boulevards devinrent inévitables, ainsi que les empoignades à l’Assemblée Nationale.

 

La première guerre mondiale inaugurait une trêve, rompue par la canonisation de Jeanne d’Arc en 1920. Le Vatican y voyait également son intérêt : la canonisation permettait de reprendre les relations diplomatiques avec la France. Jeanne devenait la cavalière angélique,  un monopole et un objet de dévotion, et il devenait difficile de l’utiliser pour de quelconques innovations politiques. Comme disait l’évêque d’Orléans dans son sermon de 1942 : «  On ne saurait voir en elle un chef de guerre à la manière d’un Condé ou d’un Bonaparte. C’est avant tout une Sainte que Dieu envoie à la France pour lui redonner une âme. »

 

Le régime de Vichy et son « glorieux vieillard » ont bien sûr essayé d’en tirer avantage, surtout dans la propagande anti-anglaise à la fin de la guerre. En 1944, après les bombardements de Rouen par les alliés, fût publiée une grande affiche montrant Jeanne d’Arc enchaînée, avec en arrière-plan la cathédrale de Rouen en flammes. Lorsque l’on se rendit compte que cette affiche avait été copiée sur une affiche vieille de 30 ans, montrant Jeanne d’Arc enchaînée, avec en arrière-plan la cathédrale de Reims en flammes après les bombardements allemands, elle disparut des murs français.

 

Après la seconde guerre mondiale, peu de politiciens s’intéressent encore à Jeanne d’Arc et personne ne s’offusque de son utilisation publicitaire sur un camembert ou un savon. Faut-il donc faire beaucoup de cas de son utilisation sur les fanions de Jean-Marie Le Pen?

 

 

Pierre Lutgen

Gradué en sciences sociales

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P.S. Il y a des mauvaises langues qui disent que  Jeanne d’Arc a fait énormément de tort à la francophonie et que sans elle on parlerait aujourd’hui français dans les anciennes colonies britanniques, à Washington, à Singapour, à Melbourne et à Bora-Bora . En effet, du temps de Jeanne, le français était toujours la langue officielle de l’Angleterre normande. Ce n’est que forcée à s’isoler sur son île après la victoire de Jeanne, que l’Angleterre est devenue progressivement anglophone.

 

 

 

 

 

 

La religion du bon consommateur

janvier 6, 2009

La religion du bon consommateur

 

Les galeries marchandes ont remplacé le vaisseau gothique des cathédrales, la sortie au supermarché remplace la messe, le billet vert remplace les images pieuses, les foires internationales tiennent lieu de centre de pèlerinage et les bourgeois peuvent acheter leur bonne conscience, non plus par l’aumône, mais en achetant des produits éthiques.

 

 

Déjà en 1920 le philosophe allemand Walter Benjamin avait publié un essai sous le titre : « Kapitalismus als Religion ». Il puisait son argumentation dans le marxisme. Il différait en cela de Max Weber qui avait montré quelque temps auparavant que le puritanisme protestant avait été à l’origine du capitalisme. L’homme qui réussissait en affaires et accumulait des richesses démontrait par là même qu’il était un élu de Dieu. Mais pour le puritain le bonheur consistait dans l’accumulation des richesses et non pas dans leur gaspillage par une consommation effrénée. La gourmandise et l’ostentation étaient des péchés pour les protestants, plus que pour les catholiques.

 

John Huizinga, lui, compare les galeries marchandes à la fois à des églises et à des arènes., c’est-à-dire des lieux enclos, où valent des règles de comportement spéciales. Des îlots sacrés et enchantés dans un monde désacralisé, laïque.

 

Le professeur de théologie Harvey Cox compare les vitrines illuminées des magasins aux crèches publiques de notre enfance.

 

La marque le voiture qu’on achète et devient comme un totem qui nous fait appartenir à un clan. On fit partie de la familles des conducteurs de Mercedes ou d’Alfa Romeo et ce n’est pas le même chose. Le totem se distingue des objets de tous les jours par la fascination qu’il exerce, il cristallise des sentiments. Le logo est comme une hiéroglyphe, un signe religieux selon le sens étymologique de ce mot. Marx avait déjà assigné aux objets de luxe offerts sur les marchés capitalistes cette valeur sacrée.

 

Le plaisir de l’acte d’achat ne tient pas tant à l’objet acheté qu’à l’action d’acheter elle-même. C’est un jeu, une action sociale, une manière de communiquer. Un peu comme le plaisir de marchander dans certains pays. Quand on va au café, ce n’est pas tant le café qu’on va consommer qui nous intéresse, que l’atmosphère, la présence d’autres gens, la possibilité d’une conversation. Quand on achète un objet dont on n’a pas vraiment besoin, on achète du rêve. Les dieux qu’on a chassés du paradis reviennent sur terre pour promettre l’aventure (telle cigarette), la liberté (telle voiture), un coin de ciel (tel parfum).

 

Le marketing nous enlève les derniers restes de mauvaise conscience en nous proposant des produits éthiques : un sac réutilisable qui protège les générations futurs, des bananes qui font mieux vivre un paysan exploité, un produit de vaisselle qui respecte la vie marine, un combustible qui refroidit le climat, une graisse allégée qui fait maigrir.

 

Car pour qui connaissent la théorie des besoins de Maslow de par les cours de management qu’ils ont suivis, savent que les besoins de base des occidentaux sont tous comblés. On ne peut leur vendre de nouveaux produits en ajoutant à la matière une dose de spiritualité, de fantastique. Ou encore quelque chose qui rehausse notre ego. Non pas tellement par des objets d’un luxe clinquant, mais par des objets qui nous permettent de nous distinguer ou de nous hausser au-dessus des autres. Les objets offerts au consommateur sortent donc du cadre rigide de l’offre et de la demande. Ils doivent être d’une grande variété pour permettre aux individus de se singulariser. L’offre crée la demande, et non plus l’inverse. La poursuite du bonheur a été remplacée par le bonheur de la poursuite, comme le dit Norbert Bolz.

 

 

La voiture correspond exactement à ce paradigme. La clef de la voiture ouvre la porte sur le monde. Elle permet trois choses essentielles pour l’homme d’aujourd’hui : la mobilité, la liberté, l’individualisme. Ce n’est plus l’habit qui fait le moine mais la voiture. Et ce désir d’autonomie peut être poussé jusqu’au ridicule. De nombreuses gens roulent en voiture tout terrain, tout en sachant parfaitement qu’elles ne quitteront jamais la couche asphaltée lisse. La voiture devient également une sorte de cocon, la maison en dehors de la maison. Le conducteur y est chez lui, alors que dans les moyens de transport en commun, il est coincé entre d’autres qui lui marchent sur les pieds, le bousculent. Ceux qui poussent à l’utilisation des transports en commun ont perdu bataille d’avance, parce que la rationalité ne joue plus. En plus le conducteur a sous la pédale des gaz la possibilité des vitesses élevées. Il ne peut plus guère l’utiliser sur nos routes encombrées,il se sent quand même «  comme un astronaute dans un fauteuil ».

 

Les hommes d’aujourd’hui qui ont beaucoup de loisirs ont peur de s’ennuyer. Dans le passé l’église s’engouffrait dans les heures libres du dimanche par des messes, des vêpres et des saluts. L’angoisse devant les heures creuses chasse les hommes dans des randonnées en voiture, des fêtes foraines et dans les galeries marchandes. Pascal avait déjà reconnu cette insatiable bougeotte chez les humains et qui les rendait éternellement insatisfaits.

 

Le mot religion veut dire : établir des liens et l’église catholique se clamait catholique parce qu’elle reliait les hommes entre eux par de là les races et les cultures. L’économie globale conduit au même résultat et elle y est aidée fortement aujourd’hui par les autoroutes de l’Internet.

 

Le commerce de tout temps a contribué à établir des relations pacifiques entre peuples, et la paix que l’Europe connaît depuis une cinquantaine d’années est essentiellement due à une économie florissante. Construisez des galeries marchandes où les gens trouvent leur bonheur et n’auront pas envie d’aller se battre pour leur nation dans des tranchées boueuses. La société de consommation est le meilleur antidote contre les velléités de violence et de terrorisme. Pour Bush ce serait plus efficace d’injecter aux pays diaboliques  le virus de la consommation que leur imposer la démocratie américaine (qui n’en a que le nom) par des tapis de bombes. La consommation est l’opium soporifique des fanatiques comme la religion était l’opium des peuples pour Marx.  La religion de la consommation ne serait-elle donc pas profondément morale, plus qu’une culture de l’abstinence et de la pauvreté qui conduit fatalement à des frustrations et des conflits.

 

La religion elle-même devient victime de la consommation et son rôle se réduit pour beaucoup de gens à une organisation qui fournit des cérémonies religieuses pour des étapes marquantes dans la vie.

 

lutgenp@gms.lu

Pierre Lutgen

Bachelier en philosophie thomiste

Artemisia annua et bactéries. Sterilisation

décembre 14, 2008

 

Des découvertes luxembourgeoises pourraient révolutionner la lutte contre le paludisme et le choléra

 

L’ONG luxembourgeoise «Iwerliewen fir bedreete Volleker (IFBV)» s’investit depuis plusieurs années déjà dans des projets visant à faire connaître l’armoise annuelle (artemisia annua) plante médicinale capable de traiter le paludisme chez nous et dans les pays tropicaux. Pour réaliser ces projets, Pierre Lutgen et Bernard Michels travaillent en collaboration étroite avec Colabor, Objectif Plein Emploi, le Conservatoire de plantes médicinales à Winseler («KraidergaartWanseler»), les médecins de l’Alassem et la Croix-Rouge. Depuis quelques mois, la fondation Arcelor Mittal s’intéresse également à ces projets du fait de ses activités dans des régions fortement menacées par le paludisme.

 

Sur des sols arides, pousse une plante herbacée qui permet de combattre le paludisme. L’armoise annuelle, à croissance rapide, est utilisée en Chine méridionale depuis plus de 2000 ans pour lutter contre la fièvre. Dans les années 70, des scientifiques découvrent que l’armoise annuelle peut constituer un remède efficace contre le paludisme et décident d’isoler son principe actif, l’artémisinine. Aujourd’hui, l’artémisinine est utilisée par l’industrie pharmaceutique pour la fabrication des pilules d’ACT (artemisia combined therapy) antipaludiques.

 

Des recherches médicales récentes ont prouvé que l’artemisia annua prise en tisane agit jusqu’à dix fois plus vite (3 à 5 jours) que les remèdes antipaludiques traditionnels, et que la guérison est totale dans pratiquement 100% des cas si elle est prise pendant 7 jours. Contrairement aux produits chimiques, cette tisane ne présente aucun effet secondaire toxique et aucune forme de résistance n’a été observée.

 

Le fait que l’artemisia annua est à la portée de tous est un facteur décisif. En effet, elle se cultive facilement dans tous les jardins et constitue ainsi un remède antipaludique gratuit pour tout le monde. À plus forte raison en Afrique, qui est le continent le plus touché par le paludisme, où cette tisane pourrait être obtenue facilement et pratiquement sans coût du fait de la possibilité d’une culture locale (autoproduction) et de sa préparation simple. En outre, des essais réalisés au Congo, au Pérou et au Cameroun se sont révélés positifs.

 

Néanmoins, les scientifiques avouent que des recherches sont encore nécessaires pour mieux comprendre les vertus curatives de cette plante et découvrir s’il serait possible de l’utiliser pour traiter d’autres maladies tropicales.

 

Comme nous l’a expliqué Pierre Lutgen (lutgenp@gms.lu), des essais ont été réalisés à l’aide d’un luminomètre PallCheck (phosphatase ATP). D’autres essais réalisés dans le laboratoire LCDI de Metz sur les bactéries luminescentes vibrio fischeri ont prouvé l’effet bactéricide de la tisane. Ces bactéries sont d’ailleurs de la même famille que les vibrio cholerae. Au cours de leurs expériences, quel ne fut pas l’étonnement des chercheurs lorsqu’ils ont constaté, en ajoutant une tasse de tisane d’artemisia annua à un litre d’eau infectée par des bactéries, que son efficacité était identique voire plus grande que l’action de bouillir cette eau. Ils répétèrent cette expérience qui donna le même résultat à chaque fois. Ils ont également constaté que les groupements peroxydes de l’artémisinine se comportent de façon très agressive contre les bactéries et les plasmodes du paludisme au cours d’une réaction du type Fenton, en produisant des radicaux OH en réaction au fer. L’ajout de sel de fer éteint d’ailleurs la fluorescence de la tisane (voir ci-après).

 

Une autre série d’expériences a été effectuée récemment avec un luminomètre similaire, fabriqué par la société Aquatools, et a permis d’observer à nouveau l’effet bactéricide notoire de la tisane d’artemisia annua: au moins 50% des bactéries présentes dans un échantillon d’eau sale ont été tuées. Jusqu’ici, nous avions connaissance des propriétés curatives et anti‑inflammatoires de l’artémisinine, mais non de ses propriétés antiseptiques.

 

Ces travaux de recherche ont permis de découvrir que la tisane d’artemisia annua devient fluorescente sous la lumière noire UV (comme la quinine), phénomène encore inconnu jusqu’à présent. Dix autres tisanes ont subi les mêmes essais mais aucune d’entre elles n’est devenue fluorescente, même pas l’artemisia vulgaris, tisane de nos grands-mères. De même, aucune fluorescence n’a été constatée sur trois pilules d’ACT antipaludiques d’origines diverses, dont une provenant du Cameroun. Reste à déterminer s’il s’agissait de pilules falsifiées – 50% sont vendues sur le marché noir au Vietnam, en Malaisie ou en Afrique – ou si le dérivé d’artémisinine de ces pilules s’était dégradé, car comme des laboratoires français l’ont démontré, leur durée de conservation est raccourcie en raison des températures tropicales.

 

Mais jusqu’ici, un autre problème essentiel restait sans réponse. Pour savoir si les plantes ou la tisane contenaient la substance active de l’artémisinine en quantité suffisante, il était nécessaire de recourir à des analyses très élaborées et coûteuses, telles que la chromatographie HPLC.

 

Par fluorescence, il est possible de détecter la substance active présente dans la plante, la tisane ou les pilules d’ACT, et éventuellement de la doser. Cette méthode n’est pas nécessairement appliquée dans un laboratoire universitaire, mais aussi dans l’obscurité d’un village africain à l’aide d’une simple lampe ultraviolette à lumière noire. De nombreuses vies pourraient être sauvées ne serait-ce qu’en identifiant les pilules antipaludiques falsifiées.

 

Ces essais ont également permis d’établir que l’artémisinine est soluble dans l’eau, même quand elle est froide. Ce phénomène s’explique sans doute par la présence d’autres composants dans la tisane. Selon certains groupes pharmaceutiques, l’artémisinine n’est pas soluble dans l’eau, il faut donc l’extraire en utilisant des solvants chimiques, puis en sécher les cristaux pour enfin les vendre sous forme de pilules. Ces mêmes groupes pharmaceutiques prétendent que la tisane est une monothérapie présentant un jour futur éventuellement des risques d’accoutumance. Les chercheurs luxembourgeois ont pu montrer que la tisane d’artemisia annua, et elle seule,  contient au contraire toute une série de substances fortement bactéricides

 

Les scientifiques de l’IFBV sont conscients que des travaux de recherche supplémentaires sont nécessaires pour confirmer et développer ces résultats avant de les appliquer sur le terrain. Jusqu’à présent, les travaux réalisés n’ont pas été financés par des fonds publics mais exclusivement par des fonds privés, constitués principalement de dons du Rotary Luxembourg Vallées. Depuis plusieurs mois, IFBV travaille en étroite collaboration avec l’Université de Louvain, ainsi qu’avec des experts en maladies tropicales des Universités d’Antioquia en Colombie, Campinas au Brésil et Lumbumbashi au Katanga.

 

Les résultats ont été présentés en détail lors du congrès international «Maladies tropicales, aspects humanitaires et économiques» tenu à Luxembourg du 3 au 4 juin 2008 (http://www.maladiestropicales.org). Une vingtaine d’experts  de différents continents ont exposé et confronté leurs points de vue. Car en science, l’important est de poser les bonnes questions. Vous êtes invités à les leur poser.

 

Si l’ensemble de ces résultats se vérifiait, quel immense espoir ce serait pour les pays tropicaux. Dans ces pays, 20 000 enfants meurent tous les jours de la malaria, du choléra, de la diarrhée, de la leishmaniose, de la dengue, de la maladie de Chagas, etc.

La tisane d’artemisia annua constituerait un remède gratuit qui permettrait de mettre fin à ces souffrances innommables.

lutgenp@gms.lu

Islam, religion de la tolerance

décembre 13, 2008

 

 

 

L’islam, religion de la tolérance

 

Les divergences et la multiplicité d’écoles sont une grâce

Averroès

 

 

 

La fin de la guerre froide a provoqué un vide.

 

Il fallait trouver un ennemi de remplacement, surtout dans le cas de la vision manichéenne du monde des Etats-Unis (les bons contre les mauvais) et de leur messianisme civilisateur. L’Arabe et le musulman jouent aujourd’hui ce rôle, qu’ils soient fondamentalistes ou simples habitants d’un Etat du Moyen-Orient. Dans les media, dès qu’il y a des troubles dans un camp de réfugiés palestiniens ou des habitants résistant à l’occupation par les colons sionistes ou par les troupes américaines en Irak, ces personnes sont inévitablement qualifiées de terroristes, fondamentalistes ou islamistes.

 

 

Pourtant le début du siècle passé  avait connu une période d’engouement pour tout ce qui était arabe et oriental  chez les Américains (Grace Dodge), les Anglais (Lawrence d’Arabie), les Français (Pierre Loti). C’était la période dite de l’  «Orientalisme ». L’islam avait su, au cours des siècles, montrer de nombreux attraits pour les voyageurs européens qui se rendaient en Orient.

 

Le Prophète avait su tirer les Arabes d’un univers borné par les allégeances claniques et un paganisme sommaire, pour leur offrir de vastes horizons spirituels et inteelectuels totalement inconnus d’eux : Il a élargi leurs perspectives aux dimensions de l’humanité. Et il a amneé chaque homme et chaque femme à se forger une conscience personnelle, pat où ils devenaient comptables devant Dieu de leurs choix individuels.

 

L’ouverture d’esprit, la tolérance et la science étaient stimulées par les encouragements explicites du prophète, qui exhortait les musulmans à aller quérir la science jusqu’en Chine : «  La quête de la connaissance et de la science est obligatoire pour chaque musulman, homme ou femme, du berceau à la tombe » ou encore «  L’encre de l’élève est plus sacrée que le sang des martyrs » ou encore «  Une journée consacrée à la science est plus méritoire à Dieu que cent expéditions guerrières ».

 

Le philosophe soufiste Ibn’ Arabi reprend le même thème au treizième siècle «  Sache que les gens d’Allah n’entreprennent d’errer sur la terre, parcourant les déserts et les rivages marins, que sous l’influence du goût dominant pour la société des hommes leurs semblables ».

 

Le Coran est un éloge de la diversité, et la théologie musulmane est avant tout une théologie de la différence. « Voyagez ! » ordonne le Coran, « allez à travers le monde » (XXX-43), « Arpentez-en les détours », (LXVII-15) . Le pluralisme des sociétés humaines doit être appréhendé dans le cadre d’une pensée de la différence. S’ouvrir à l’autre est un devoir impérieux. Point de solipsisme en islam. La pire calamité y est d’en être réduit à un isolement moral, intellectuel et social prolongé. Différent en cela de la religion d’Israël, essentiellement nationale et même raciste, l’Islam comme le christianisme, s’est voulu d’emblée universel.

 

Le mythe de la femme pécheresse (I Epître à Timothée 2, 11-15) et l’opprobre attaché par saint Augustin à la sexualité sont bien loin des enseignements de Mahomet. Sans péché originel ni culpabilité, le rapport sexuel est censé rapprocher le musulman de Dieu. « En se mariant l’homme accomplit la moitié de la religion », dit un hadith.  Dans le monde chrétien le péché originel, ce Deus ex machina a empoisonné des générations jusqu’aux temps modernes.

 

Le système social proposé par Mohamed partait de l’idée que les hommes sont conditionnés de telle sorte par le Créateur qu’ils doivent vivre en groupe, afin de satisfaire l’ensemble de leurs besoins physiques, intellectuels et moraux : en bref, ils sont dépendants les uns des autres.

 

Un des textes qui m’ont le plus impressionnés est celui trouvé dans le livre du médecin italien Denti di Piranjo qui travaillait en Libye en 1930 :  « Le prince parlait avec les caravaniers inconnus qui se pressaient autour de lui avec une parfaite simplicité, comme s’il les avait connus toute sa vie . Et, en réalité, il les avait toujours connus : son sens religieux de l’unité de toute la création, la sympathie humaine qui le poussait à reconnaître un reflet de lui-même dans chaque fils d’Adam l’amenaient tout naturellement à traiter ces caravaniers loqueteux et couverts de vermine comme des égaux. »

 

La tolérance dans ces conditions est un hymne à la création. Elle procède de l’émerveillement de la conscience croyante devant la diversité de l’œuvre divine qui est profusion infinie et ouverte. « A chacun de vous Dieu a donné une Loi et un Chemin différents. S’il avait voulu il aurait pu faire de vous un seul peuple » (V-49). Ou encore «  Il n’y a pas de contrainte en matière de foi » (X-99). Et quand les polythéistes de son époque qualifiaient le Prophète de fabulateur et d’imposteur, il ne leur a pas tordu le cou mais leur a répondu : « Dieu sera juge entre nous le jour de la rétribution ».

 

Cette ouverture d’esprit explique l’extraordinaire foisonnement de la philosophie et de la science arabe pendant les premiers siècles de l’islam. Nées et élevées dans le mépris du monde découlant du christianisme paulinien et augustinien, les populations du pourtour de la Méditerranée se trouvèrent soudain confrontées avec une doctrine qui niait le dogme du péché originel. Leur conversion ne fut pas une conversion à la pointe de l’épée.

 

Les chrétiens retrouvaient dans le Coran tous les personnages de la Bible, Abraham. Isaac, Jacob, Jonas, Joseph, Marie, Jean le Baptiste, Jésus. Ce n’est pas le moindre paradoxe  de l’histoire chrétienne que c’est le courant le plus fidèle au judaïsme et aux partisans de Jésus qui va trouver refuge en Arabie.

 

A ces débuts la philosophie et l’image du monde de l’islam étaient tributaires des connaissances perses, indiennes, andalouses, égyptiennes, syriennes. Et par ailleurs ces peuples les accueillaient les bras ouverts pour échapper aux représailles de Rome contre les soi-disant hérétiques.  Les premiers professeurs des savants arabes étaient des Nestoriens, les Jacobites, les Juifs.

L’islam était à l’origine d’une brillante civilisation et pour la première fois la science devenait

internationale sur une large échelle.

 

La supériorité du savant sur l’homme seulement pieux est pareille à la supériorité de la pleine lune sur tous les autres astres. L’islam dit oui à l’intellect et non à l’obscurantisme, oui à la vie et non à l’ascétisme. Plus belle est encore la phrase qui dit : » La gloire vous la trouverez dans les palais, le bonheur dans les bazars, la science dans les écoles et la sagesse au désert ». Ou encore «  Dieu placera sur des degrés élevés…ceux qui auront reçu la science ». Alors que jusqu’à Thomas d’Aquin le christianisme considérait que la science était l’ennemie de la foi, chez les mystiques musulmans les mathématiques et la science les aidaient sur le chemin de la contemplation.

 

Un musulman n’entre pas en conflit avec les exigences de la vie spirituelle, s’il prend plaisir aux belles choses du monde matériel, car Dieu aime voir sur ses serviteurs une évidence de sa bonté. Les besoins physiques sont des forces positives, données par Dieu, et doivent être utilisées à bon escient.

 

L’hygiène fait partie de la foi. Les bains publics et le hammam sont un héritage gréco-latin. Le monde arabo-musulman l’a adopté et généralisé afin de vivre au quotidien les prescriptions religieuses concernant la propreté du corps, tenue comme étant d’essence divine. L’homme doit prier avec son corps aussi bien qu’avec son âme.

A Bagdad il y avait un hammam pour 50 habitants, à Cordoue un pour 80.

 

Le musulman donne une image bifide de son être-au-monde, moitié dogme et répétition, moitié irrévérence, curiosité, génie créateur. La religion requiert la répétition disciplinée de ses normes fondamentales, la science nécessite de la création et de l’invention.  Al Mamoun, disciple des mutazilistes de Bagdad, professait  que la raison est le moyen le plus sûr de parvenir à toute vérité, et que l’effort spéculatif personnel est un droit et une obligation. Il cite le Coran à l’appui : « Dieu voue au châtiment ceux qui ne raisonnent pas ».  Ou encore : »Que celui qui veut, croie, et que celui qui veut, nie ».

 

Le christianisme a longtemps été marqué par la soumission de la raison à la foi. Ce n’est qu’au 13ème siècle que les philosophes chrétiens (Thomas d’Aquin)  ont parlé de l’indépendance de l’intellect et du dogme, de la foi et de la science et que Roger Bacon a commencé à faire des expériences scientifiques. Et c’est à travers l’Espagne et la Méditerranée arabe que l’Europe a repris contact avec Aristote, la culture grecque et égyptienne.

 

Etonnante Karin Blixen, qui dans son livre « Out of Africa » est pleine d’admiration pour le comportement des Somaliens musulmans : intègres, confiants, sans peur, alors que les élèves des missionnaires, personne au Kenya ne veut les engager comme ouvriers parce qu’ils sont  chapardeurs et menteurs.

 

Dans la pensée coranique, les conflits de nature tribale ou raciale n’ont aucune place. Aucun musulman ne peut porter le glaive contre un autre musulman – chose qui est allègrement transgressée aujourd’hui, comme le sont par ailleurs les messages de paix et de non violence de Jésus. « Nous vous avons créés des mâles et des femelles, nous avons fait de vous des peuples et des tribus en vue de votre connaissance mutuelle, afin que l’humanité règne au milieu de vous » (Coran, XLIX, 13). Depuis 13 siècles, le pèlerinage à la Mecque, réunit des musulmans de toutes les couleurs de la peau, de toutes les langues et de toutes le couches sociales et renforce leur sentiment d’appartenir à une même communauté de foi.

 

Mohamed avant sa mort avait publié des chartes de protection des monastères en terre arabe, et la survivance du Monastère de Sainte Catherine au Mont Sinaï jusqu’à ce jour en est une preuve. De larges communautés chrétiennes survivent au 20ème siècle en Irak, en Egypte, en Syrie. Enfants chrétiens, juifs et musulmans ont pu et continuent d’aller dans les mêmes écoles. Les communautés juives étaient souvent florissantes dans les pays musulmans, de Samarcande à Rabat. Ce n’est que la création récente de l’Etat d’Israël qui a conduit à la désintégration de ces communautés.

 

L’islam avait introduit des règles de conduite lors de conflits armés, longtemps avant la convention de Genève . « Si tu épargnes la vie de quelqu’un, c’est comme si tu avais sauvé toute l’humanité » ou encore «  Que la haine pour un peuple ne vous pousse pas à l’iniquité. Tu ne ridiculiseras pas l’autre. (5.8) ». Même Renan, qui n’appréciait pas particulièrement les Arabes, a du reconnaître que les musulmans traitaient les peuples conquis avec une indulgence inconnue jusqu’à eux.

 

« Tuer quelqu’un…. c’est tuer toute l’humanité » (V-32). « La guerre est toujours détestable. Vous l’avez en aversion » (II-216) . Le meurtre d’un innocent est comparable à l’idolâtrie (V 68 de la sourate du discernement). De qualifier tous les Musulmans de violents, est aussi aberrant que pour Anglais de les qualifier tous de rouquins, parce qu’il en a vu deux en débarquant à Calais. C’est plutôt le contraire qui est vrai. 82 % des Américains sont pour le port d’armes, alors que seulement 53% de la minorité musulmane de ce pays le sont. Et si seulement 1% de la communauté musulmane du monde étaient des terroristes, il seraient 10 millions contre qui toutes les armées et polices du monde seraient impuissantes.

 

Le Coran parle bien de Jihad, ce qui ne doit pas nécessairement être traduit par guerre « sainte », mais plutôt par guerre justifiée (ou encore conversion intérieure). Car le Coran parle clairement du droit d’autodéfense : « Ceux qui se défendent quand on les traite injustement ou quand on vole leurs terres, ne méritent pas de reproche ».

 

Toutes ces pratiques sont en flagrante contradiction avec les pratiques barbares des croisés qui ont  tout massacré sur leur passage et transformé Jérusalem en un bain de sang, avec les pratiques de la Reconquista en Espagne ou encore de la rébellion grecque contre les Turcs en 1821, où toutes les mosquées furent rasées, les musulmans massacrés, convertis de force ou expulsés.

 

L’islam est théologiquement protestant. C’est-à-dire que le musulman est théologiquement

habilité au libre examen des écritures sacrées. Cette liberté, dans le christianisme, Luther ne va la réclamer qu’au 16ème siècle. Il y a évidemment des intégristes qui veulent prendre le Coran au pied e la lettre. Mais de tels intégristes foisonnaient également en nos pays. Copernic, Galilée et Bruno n’ont pas choqué les intellectuels musulmans de cette époque mais bien les cardinaux du Vatican.  La Bible ne disait-elle pas à maints endroits que le soleil se couchait et que la terre était au centre de l’univers.

 

Le meilleur exemple ou résultat de cette tolérance était l’Andalousie de l’an mil. Les chrétiens avaient adopté la langue arabe pour leur liturgie et leur poésie, les juifs arabisés redécouvraient par contre l’hébreu. Averroes le musulman, Maimonides le juif et Abelard le chrétien ne voyaient aucun problème à chercher la vérité philosophique de l’autre côté des frontières confessionnelles.

 

La tolérance pratiquée par les musulmans en Espagne était tellement enracinée que même après la reconquête de Tolède par Alphonse de Castille en 1085 Espagnols et Francs continuent à vivre en harmonie avec les mozarabes, chrétiens attachés au culte liturgique en arabe, avec les mudéjars, musulmans demeurés en terre chrétienne et avec les juifs ayant fui l’intolérance en d’autres terres.

 

Ce n’est que Fernand et Isabelle qui détruisirent ce monde en expulsant les musulmans et les juifs, en les convertissant de force ou en les massacrant. Est-ce pour ces raisons que le Vatican pense canoniser ces rois catholiques ?

 

Le même esprit de tolérance pouvait être trouvé dans l’empire ottoman à ces débuts. Les sultans d’Istanbul laissent leurs sujets pratiquer leur religion traditionnelle, ils entérinent les coutumes et privilèges anciens,  leur chancellerie émet des actes en turc, en grec et en slavon. Cet esprit de tolérance attire vers l’Empire ottoman les persécutés de l’Occident, notamment les Juifs expulsés d’Espagne.

 

Le Coran avait permis l’établissement d’un monde humaniste de Cordoue à Téhéran. Ce qui prouve qu’il n’y a pas de handicap structurel lié à l’essence de l’islam, mais à partir de l’époque où  l’Europe prend son essor scientifique et technique, la rivalité devient militaire, des croisades à la Reconquista, et l’Islam se retranche sur ses positions. Après la première guerre mondiale les pays arabes du Moyen-Orient avaient espéré trouver leur indépendance, mais le joug ottoman fut hélas remplacé par le joug français et anglais. L’Occident, politique, science et techniques confondues, devint un ennemi. Le colonialisme coupait les Arabes de leurs racines, les déstabilisait et les désorientait.

 

De Bagdad à Paris, par Kairouan et Tolède

 

Par un long cheminement la civilisation grecque était revenue en Gaulle dévastée par 10 siècles d’invasions barbares.

 

Les Abassides de Bagdad, Haroun-al-Rachid et al-Mamun avaient fait de leur ville et de leur pays un jardin (dommage que tout cela ait été foulé par les bottes de Gengis Khan et maintenant par les tanks de Bush). Une bibliothèque publique appelée « Maison du Savoir » avait pour objectif de diffuser les connaissances et les sciences naturelles. En 998 elle contenait 10 000 ouvrages. C’est de Bagdad que sont partis vers l’Andalousie les ouvrages traduits en latin.

 

Un peu plus tard le calife fatimide al-Hakim avait lui aussi organisé au Caire une bibliothèque où des rencontres étaient organisées entre juristes, médecins, traditionalistes, astronomes pour enseigner toutes les disciplines scientifiques. Le chirurgien Ibn al-Nafis y fit d’importantes découvertes sur la circulation du sang, 4 siècles avant les découvertes des Servet en Europe.

 

Il y mille ans, les musulmans introduisaient de nouvelles méthodes d’expérimentation, d’observation et de mesure. Al-Khwarzimi inventait l’algèbre, Al-Haytham écrivait les lois de la réflection et de la réfraction de la lumière ainsi que le principe d’inertie (600 ans avant Newton), Ibn Khaldun introduisait des concepts de sociologie politique, Al-Ghazzali le doute longtemps avant Descartes, Avicenne écrivait un traité de médecine de 318 pages.

 

L’Afrique du Nord joua un rôle de premier plan dans la transmission du savoir arabe à l’Europe médiévale, via l’Espagne et la Sicile. Fondée en 670, Kairouan devint la capitale de l’Ifriqiya. La cité, peuplée de plusieurs centaines de milliers d’habitants, vivait dans un exceptionnel climat de tolérance, et devint l’un des grands centres intellectuels de l’Islam.

 

En Sicile, la cour des rois normands de Palerme est un véritable creuset culturel. Sous Frédéric II elle devint un carrefour d’hommes, de produits et d’idées entre les civilisations grecque, latine et arabe. Frédéric II de Hohenstaufen, empereur du Saint Empire, parlait neuf langues dont l’arabe. En rapport constant avec les savants arables, il expédia des questionnaires en Egypte, en Syrie, en Irak, au Yémen.

 

Tout au long du Moyen-Âge, l’Andalousie était une tête de pont vers le monde chrétien. Ibn Rushd, notre Averroès, rédigea des commentaires sur les œuvres d’Aristote. On pourrait dire qu’il introduisit en Occident le principe du débat philosophique, en même temps que le médecin juif  de Cordoue, Maïmonides..

 

Lors de la conquète de Constanstinople Mehmet II rassembla les documents grecs, latins et autres qui avaient échappé à la destruction et les plaça dans la bibliothèque qu’il fonda à l’Eski Saray. 

 

Entre-temps Tolède était devenue chrétienne en 1165. Gérard de Crémone y traduisit en latin Aristote, Galien, Euclide, Ibn Sina. Albert le Grand et Thomas d’Aquin apprirent ainsi à connaître ces œuvres et à introduire pour la première fois en Occident la distinction entre dogme et raison.

 

Mais depuis lors les deux mondes se séparent…

 

Depuis le 4ème siècle le christianisme s’était laissé embrigader  par l’Etat romain : le dogme défini par Rome ou Byzance écrasait la foi  et la science s’effaçait dans les brouillards du Haut Moyen-Âge.

 

L’islam, lui,  a su résister pendant 7 siècles aux tendances doctrinaires. Puis les barbus sont arrivés. Et avec eux l’idée que le seul savoir utile était celui du dogme et de la doctrine. Et pourtant le prophète avait mis en garde contre eux : « O croyants, sachez que les prêtres et les moines écartent les hommes de la voie du salut » (IX, 34). Les tenants de la philosophie et de la science furent écartés, les chanteurs se turent, les danseurs se figèrent et les médecins se firent imams pour réciter de longs versets. La traduction du mot « islam » qui à l’origine signifiait « disponibilité » a été remplacée par « soumission ».

 

Jésus et Mohammed doivent se retourner dans leurs tombes quand ils voient l’interprétation que donnent à  leur message les puritains et les intégristes. N’oublions pas qu’ils avaient donné au Dieu unique le même nom : Allaha en araméen et Allah en arabe, tous deux dérivés du Elohim juif. La forme la plus fondamentaliste de cet intégrisme musulman est incarnée par les Wahhabites d’Arabie Saoudite. Leur arrogance et leur volonté de domination n’est comparable qu’à celle de leurs alliés puritains américains qui prient également Dieu avant de lancer leurs bombardiers. Mais il ne faut pas nécessairement aller chercher très loin des formes d’intégrisme religieux semblable. Aux Pays-Bas le Staatkundig Gereformeerde Partij  (SGP) vient d’avoir plus de 2% aux dernières élections. Ce parti voudrait remplacer la démocratie par le théocratie. La femme doit occuper dans la société une position différente de celle de l’homme à qui elle doit soumission. La vaccination contre polio ou autres maladies n’est pas requise, mieux vaut remettre le sort des enfants entre les mains de Dieu. Le dimanche est le jour du Seigneur et le Tour de France ne peut pas passer ce jour là dans les villages où le parti SGP à une forte représentation.

 

Le déclin du  monde musulman dans le domaine des sciences devient évident quand on sait qu’aujourd’hui seulement 0.1% des articles scientifiques publiés le sont dans les pays arabes. Certains musulmans progressistes enragent à juste titre de voir l’Islam dépossédé des audaces d’une pensée scientifique et critique que, grâce notamment à Aristote, les philosophes musulmans avaient apportées à l’Occident. Jusqu’au début du siècle passé certains intellectuels musulmans  étaient encore convaincus que leur héritage scientifique avait donné naissance au développement économique de l’Europe. Ainsi Parvus Effendi écrit en 1912 dans « La Patrie Turque » : La civilisation européenne est encore fort jeune. Elle a emprunté de nombreuses idées aux philosophies, religions et littératures de l’Orient : de nombreuses idées développées ces jours-ci en Europe existent depuis longtemps en Asie ». C’est sans doute cette auto-suffisance qui a perdu  l’empire ottoman, un refus généralisé de voir que l’Occident évoluait et que la carte économique du monde avait changé depuis le contournement de l’Afrique par les Portugais. Comme tous les empires en déclin les troupes indigènes furent remplacées par des mercenaires ou des janissaires, ou  par des Gaulois chez les Romains ou des Latinos chez les Américains. Comme  tous les empires en déclin, le monde arabo-turco-persan convaincu de sa supériorité s’était renfermé sur lui-même.

 

 Un signe d’espoir et de changement de société est cependant le nombre croissant de femmes universitaires qui d’après les statistiques de l’UNESCO était de 35 % dans les pays arabes, avec des pointes à  40% en Irak, 48 % au Liban et 50% en Palestine. Pour l’enseignement secondaire, les Nations Unies indiquent que 87% des jeunes filles du Moyen-Orient et du Maghreb l’ont complété en 2000.

 

Car cet autre sujet de malentendu avec l’islam est la position de la femme dans la société. Avouons que pendant des siècles le rôle de la femme chez les juifs et les chrétiens n’était guère plus enviable. Du temps de Mohamed, dans la société judaïque, la femme n’était pas l’égale de l’homme : la femme était un des biens de l’époux, qui pouvait la prendre puis la répudier comme bon lui semblait.  En 1575 un concile discutait sur l’existence ou la non-existence d’une âme chez les femmes. La Déclaration des Droits de l’Homme de 1789 en France ne s’adressait nullement aux femmes. Il fallait que Olympe de Gouges se batte pour les mêmes droits et passer ensuite sur l’échafaud. Luther et Calvin étaient ouvertement misogynes. L’auteur belge Henri de Coster décrit ainsi les prêches des curés calvinistes de Zélande « Ils menacent les hommes de leur couper la barbe et les femmes de leur couper les cheveux. Mais celles-ci se font un malin plaisir à laisser dépasser des mèches de leurs foulards ». Un voyageur belge, le comte de Renesse décrit ainsi la situation des femmes au Portugal en 1899. « On rencontre en ville peu de femmes portugaises. Elle vivent, me dit-on, à la mode orientale, séquestrées volontairement ou par habitude, derrière leurs balcons ou leurs moucharabiehs ». Jean-Jacques Rousseau et Johann Georg Fichte prétendaient qu’à cause même de la nature du sexe faible celui-ci ne pouvait avoir les mêmes droits que les mâles. Les photos faites par le Suisse G. Job en voyage en Sardaigne en 1935 font penser aux femmes du fin fond de l’Iran. Et quand la journaliste belge Maria Rosseels décrit la situation des femmes japonaises en 1950, on croit rêver : »Le Japon reste le paradis des hommes. La femme accueille son mari à genoux quand il rentre, dans la rue elle marche toujours trois mètres derrière lui, lui laisse la préséance dans les ascenseurs et les bus. Le Japonais obtient le divorce de sa femme pour une bagatelle, pour un plat de pommes de terre brûlées. »

 

La Voix du Luxembourg titre dans son édition du vendredi 17 mars 2006 « Egalité entre hommes et femmes. Enfin dans la Constitution luxembourgeoise ». La Constitution tunisienne assure l’égalité entre hommes et femmes depuis 1956, le Code de l’Individu en Iran depuis 1968, le Code de la Famille au Maroc depuis 2003. Bien sûr la réalité sur le terrain ne correspond pas toujours au texte des lois et il faut plus d’une génération pour que celui-ci passe dans la vie de tous les jours. Comme chez nous au cours du XXème siècle. Car en 1937 le ministre catholique Romme aux Pays-Bas proposait encore un texte de loi interdisant le travail salarié aux femmes mariées. Au Luxembourg en 1968 encore une femme qui voulait ouvrir un compte en banque avait besoin de l’autorisation écrite de son mari. Jusqu’en 1963 l’accès des facultés de théologie était interdit aux femmes au Québec.

 

La société politique de tous les peuples occidentaux qui se disent « civilisés » est traditionnellement une société sans femmes. Celles-ci étaient réduites au rôle de couveuses et mères poules. Ce paradigme extravagant fut celle de tous nos glorieux ancêtres, « européens-hommes-de-science » compris (Françoise Tillion). La mise en tutelle de la femme imputée tantôt à la race arabe, tantôt à la religion musulmane, ils pouvaient tout aussi bien se l’imputer à eux-mêmes, ou plutôt à un substrat que les christianisés partagent avec leurs voisins islamisés, avec les Italiens, les Israéliens, les Palestiniens, les Espagnols, les Français, les Yougoslaves, les Grecs, les Turcs. Le tout forme un ensemble géographiquement jointif – comme une grosse tache d’encre sur une feuille de bouvard, bien épaisse au milieu, puis de plus en plus claire vers le bord. Chez les Touareg, pourtant musulmans, la société est matrilinéaire comme dans d’autres pays d’Afrique. Si une  femme se plaît pas chez son mari, elle y reste ; sinon elle s’en va, emportant la tente, les vaches, la batterie de cuisine et laissant son mari littéralement sur le sable. Il va s de soi que dans ces conditions un homme se gardera de répudier sa femme par caprice, car il n’aura plus les moyens de s’en procurer une autre. Et à la différence de la société méditerranéenne ou une fille mère et un enfant naturel conduisaient à des drames humains, un enfant est accueilli dans les familles africaines, les bras ouverts, quelle que l’exacte paternité ou maternité.

 

Comparé à l’antiféminisme de longs siècles chrétiens Mohamed était étonnamment en avance sur son époque. Il mettait hommes et femmes au même niveau « Nous assurerons une vie agréable à tout croyant, homme ou femme, qui fait le bien » Coran 16/97. Ou encore « Je ne laisse pas perdre l’œuvre de celui qui agit bien, qu’il soit homme ou femme » Coran 3/195. Dans les sociétés asiatiques ce n’est que dans le Coran que l’on peut trouver des passages tels que «  Celui qui a une fille et ne l’enterre pas vivante, ne l’insulte pas et ne la préfère pas aux descendants mâles, celui-là sera conduit par Dieu au paradis » La femme, possédant une personnalité juridique complète, peut en toute propriété posséder des biens sur lesquels ni ses parents, ni son mari n’ont aucun droit, pas même de regard. « Elles ont des droits équivalents à leurs devoirs » Coran 2/228. Au début de l’Islam les femmes priaient à côté des hommes dans les mosquées.

 

Le Coran dit que Dieu, étant tout-puissant, n’a pas besoin d’un fils (de Dieu) comme un quelconque chef de tribu, pour perpétuer son nom. Les lignées paternelles ne sont pas indispensables pour la naissance de l’homme nouveau (Jésus). Une vierge mère suffit. Marie, la mère de Jésus, est pour les Arabes un idéal : » Et  les anges dirent : Ô Marie ! Dieu t’a choisie, t’a purifiée et t’a élue au-dessus des femmes des mondes ». Coran 3/42. Le nom de Marie est cité plus souvent dans le Coran que dans le Nouveau Testament.

 

La tradition du voile est antérieure à l’islam, on en voit les premières traces dans les pratiques juives, puis chrétiennes. Dans la Thora la femme est déclarée inférieure à l’homme et doit se couvrir  Saint Paul exige le port du voile pour les prières: «  Que la femme se couvre d’un voile. L’homme, lui ne doit as se couvrir la tête parce qu’il est le reflet de Dieu »  (1 Cor. XI, 5). Elle ne pouvait en aucun cas prendre la parole en assemblée.  Dans l’Islam le voile, réservé à l’origine aux femmes de la cour, ou encore aux femmes libres pour les distinguer des esclaves, ne se généralisera que trois siècles après la révélation coranique, au temps des Fatimides d’Egypte. Au Yemen le voile n’a fait son apparition qu’il y 200 ans. Seules les femmes du harem du gouverneur turc étaient obligées de le porter. Les femmes de la bonne société voulaient les imiter et finalement toutes femmes le portaient, un peu comme les femmes chez nous suivent la mode. Mais cette mode s’est incrustée en de nombreux pays musulmans. Aujourd’hui, parmi les misogynes religieux, il ne reste que les intégristes musulmans à vouloir habiller leurs femmes d’un voile d’excès et d’hypocrisie, comme s’il n’existait pas de juste mesure entre le string et le tchador. Mais reconnaissons que les costumes imposés aux femmes par la société bourgeoise victorienne ou catholique jusqu’à la moitié du 20ème siècle n’étaient guère moins stricts et pudibonds. Avant le développement touristique des années soixante, une femme qui, en Espagne, au Portugal, en Provence, en Italie, en Grèce entrait dans une église sans voir les cheveux couverts, faisait scandale. Au début du siècle passé, à la côte belge les femmes étaient encore portées dans l’eau dans des chaises à porteurs et sous Franco l’Espagne avait encore des plages séparées pour hommes et pour femmes. On se rend ainsi compte que les zones géographiques où les femmes sont mises à l’écart couvrent une surface dont les frontières ne correspondent pas à celles de la religion musulmane. Le voile n’existe pas dans de nombreux pays musulmans. Historiquement, n’importe quelle incursion dans le passé nous démontre que le harem, la circoncision et le voile sont infiniment plus anciens que le Coran et que ce ne sont pas seulement les musulmans qui trouvent indécent d’étaler des femmes nues sur des affiches publicitaires.

 

Mais nous n’avons pas encore pris conscience que la position des femmes dans les pays arabes autour de la Méditerranée change à une vitesse étonnante. Ainsi en Algérie 70% des avocats, 60% des juges et 60 % des universitaires sont aujourd’hui des femmes. L’Iran vient d’instaurer un numerus clausus de 60%  pour les femmes à l’Université ; il y en avait de trop. Il y a 30 ans les filles se mariaient à 17 ans et aujourd’hui à 28 ans[1]. Changements qui ont lieu dans un pays qui à notre connaissance aurait été pendant de longues années sous la coupe d’islamistes retardataires.

 

Un des préjugés les plus largement répandus contre l’Islam est certainement celui attaché au thème de la polygamie. Nous oublions que pour des générations d’êtres humains, pendant des millénaires, la polygamie était ressentie comme une pratique naturelle. David et Salomon avaient plusieurs épouses. Du temps de Charlemagne même les prêtres pratiquaient la polygamie. Luther et Mélanchton interprétaient le passage XXV 1-12 de Mathieu comme une autorisation de la polygamie : » Dix vierges s’en allèrent, munies de leur lampes, à la rencontre de leur époux ». A Mohammed revient pour le moins le mérite d’avoir limité dans une société essentiellement polygame, le nombre de femmes à 4. Il a surtout essayé de gérer la répudiation, qui était le fléau des sociétés tribales patriarcales. Ou encore de donner par ce biais asile aux veuves et aux orphelins.

 

Nous reprochons également aux musulmans les meurtres perpétrés pour sauvegarder l’honneur des filles et des soeurs. Sans oublier que c’est une tradition méditerranéenne de loin antérieure à l’Islam, aujourd’hui sans doute oublié en Italie, Corse ou Espagne mais encore bien présente à la Renaissance. Ne citons que ce extrait d’un document du temps de François premier : » Les frères d’Isabelle interceptèrent la lettre du gentilhomme, mirent à mort le messager et poignardèrent leur sœur. »

 

Comme dans la société occidentale où le christianisme avait de multiples facettes, de même dans l’Islam il y a des tendances plus joyeuses. Ainsi à Kaboul le quartier de Kharabat était pour les soufis et les mystiques le lieu de la pensée libre, où on brisait les tabous comme autant d’idoles. C’était aussi celui des plaisirs et des enivrements où l’on venait se délasser par la musique, l’alcool et les femmes, où l’on venait contempler le reflet rubis de Dieu dans sa coupe de vin. Le grand poète Hafez, proche des soufis le dit bien :

 

« La bête qui ne boit pas de vin jamais ne sera homme

Dieu accomplit son œuvre, ô cœur réjouis-toi »

 

Et du côté hommes, la barbe des intégristes est une copie conforme de la barbe que devaient porter les chrétiens orientaux pendant des siècles. A Constantinople, vers l’an mil, on refusait de donner la communion à des hommes rasés.

 

Mais reste l’OPA de l’Occident sur toutes les valeurs culturelles : en somme nous disons que nos valeurs occidentales sont universelles et que les autres culturelles doivent copier nos technologies et notre système démocratique. Et l’oppression politique devient humiliante.

 

« La vie d’un Palestinien arabe en Occident est décourageante. Le filet de racisme, de stéréotypes culturels, d’impérialisme politique qui l’entoure est étouffant » (E. Said, professeur à la Columbia University, N.Y.)  Pour les militaires israéliens il y a les bons Arabes (ceux qui font ce qu’on leur dit et qui sont des domestiques) et les mauvais Arabes (qui ne le font pas et sont donc des terroristes).

 

La plupart des préjugés contre les Musulmans et les Arabes datent du 19ème siècle. Renan déclarait publiquement que la race sémitique était inférieure à la race aryenne. Son disciple Gauthier prétendait que l’intelligence restait accrochée aux détails et était incapable d’esprit de synthèse. Les Orientaux sont perçus comme des masses grouillantes, dont nulle individualité, nulle caractéristique personnelle ne se détache. Pour Marx, ce sont des ombres muettes : « Ils ne peuvent se représenter eux-mêmes : ils doivent être représentés (par nous) ». Chez Chateaubriand on trouve la première mention de l’idée que l’Europe doit enseigner à l’Orient ce qu’est la liberté : « La liberté, ils l’ignorent… Et si l’Orient n’est pas évidemment inférieur à l’Occident, il a néanmoins besoin d’être étudié et rectifié par lui ». Georges Bush veut y apporter la démocratie et oublie que le Bengladesh, la Malaisie, l’Indonésie, la Turquie, l’Iran, le Maroc, le Liban, la Palestine sont des démocraties, certainement plus valables que les vassaux américains, l’Arabie Saoudite, le Pakistan et l’Egypte.  Les discours islamophobes de pathétiques hommes politiques et autres tribuns de bistrot font étrangement penser aux discours qui pavèrent la route vers Auschwitz ou encore aux cafés luxembourgeois qui en 1935 arboraient à leur fenêtre une affiche « Judenrein ». Comme le dit Laurent Mignon « Ce sont des propos qui donnent froid au dos. On condamne l’autre à un état de sous-homme et on présente l’islam comme une religion  rétrograde, moyenâgeuse ».[i]

Ces jugements n’en rendent que plus fort le scandale et l’humiliation que vit aujourd’hui la société musulmane, qui se voit dominée par des hordes de militaires dont la culture n’est guère supérieure à celles de Gengis Khan.

 

 

L’amour est ma religion et ma félicité ; mon cœur est un pâturage pour les gazelles et un cloître pour les moines.

Ibn al-Arabi

Pierre Lutgen

Bachelier en philosophie thomiste

lutgenp@gms.lu


[1] International Herald Tribune, May 28, 2007.


[i] Laurent Mignon, Lettres de Turquie, Editions MEMOR, Les Cahiers luxembourgeois

Guantanamo en Angleterre

décembre 12, 2008

Guantanamo à nos portes

Le gouvernement Brown vient de passer une loi anti-terroriste qui permet d’incarcérer un suspect pendant six semaines pour le cuisiner. Il se défend d’attenter aux libertés et explique que l’informatique complique la tâche des enquêteurs : décortiquer l’ordinateur d’un terroriste présumé peut prendre des semaines (sic)

Celui qui cède sa liberté pour gagner en sécurité, n’a droit ni à la liberté ni à la sécurité
Benjamin Franklin

Albert Einstein disait : » Le monde est dangereux à vivre : non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui se laissent manipuler et laissent faire ».

Chez aucun des 27 Pakistanais, arrêtés comme présumés terroristes en juillet 2006 à Londres, on n’a trouvé des tickets d’avion, ni des produits chimiques permettant de fabriquer des bombes liquides, leur compte bancaire ne révèle aucun transfert volumineux ou une quelconque filière financière et la plupart d’entre eux n’avaient même pas de passeport. Bush aurait poussé Blair à procéder à ces arrestations précoces, bien que les autorités policières leur avaient dit qu’elles manquaient de preuves. Ils ont entre-temps été relâchés, sans que la presse en fasse grand cas. La campagne médiatico-sécuritaire a rempli sa mission en plein milieu de la guerre du Liban. Mais le montage médiatique a éclaté entrretemps comme une bulle de savon. Selon la BBC, Rashaf Rauf, la tête pensante de l’organisation, a été acquitté par un tribunal au Pakistan, faute de preuves. Deux heures avant son arrestation il avait placé sur internet des commandes pour la pâtisserie de son papa et qu’il viendrait chercher lui-même chez le fournisseur. On chuchote même qu’une autre tête pensante des ces attentats, Harron Aswat, avait fait partie ou faisait encore partie des services secrets britanniques M16.

Al Zarqawi, le super terroriste que les forces militaires américaines disaient avoir tué en Irak,en 2005, donne lieu à de sérieux doutes sur son identité . Serait-ce un épouvantail monté de toutes pièces ? Aucun des habitants de son village d’origine ne le reconnaissait sur la photo du cadavre. De toute façon il avait disparu depuis 5 ans, sans donner de nouvelles, et avait probablement trouvé la mort en Afghanistan.

Les confessions obtenues de Khalid Shaikh Mohammed à Guantanamo début mars 2007 quatre ans après sa capture et qui font de lui l’auteur d’un nombre incroyable d’actes terroristes sont même considérées par la presse américaine comme une farce.

Etrange également que Ben Laden ne se montre jamais en public et communique avec nous uniquement par bandes enregistrées. Enregistrées par qui ? Etrange également qu’il ait été traité dans un hôpital militaire américain dans les Emirats arabes en été 2001, juste avant les attentats du 9/11. Serait-il mort comme l’affirme La Libre Belgique dans son édition du 23 septembre 2006.

Des doutes existent non seulement sur la véracité des dernières alertes terroristes, mais également sur des évènements antérieurs. Les Argentins suspectent fortement aujourd’hui que l’attentat meurtrier contre l’ambassade d’Israël à Buenos Aires en 1992 ait été perpétré par le Mossad. La police écossaise reconnaît que les éléments électroniques trouvés dans l’avion de Lockerbie tombé à Lockerbie ont été placés dans l’avion après la chute de celui-ci pour incriminer la Lybie. Les tueries récentes de pasteurs somaliens dans le Sud de leur pays sous prétexte qu’ils cachaient des terroristes tourne au macabre.

La presse américaine et celle d’Europe à sa suit nous ont fait croire que ce sont des incursions terroristes du Hezbollah en territoire israélien qui ont provoqué la guerre du Liban. La commission du juge Eliyahu Winograd affirme le contraire en février 2008. : » C’est l’armée israélienne qui, fière de sa supériorité technique , a provoqué et initié la guerre du Liban »

L’alerte de 2007 concernant le complot de 5 terroristes islamistes qui auraient voulu faire exploser les réservoirs de kérosène de l’aéroport JFK n’est même plus prise au sérieux par les media. Car c’est techniquement irréaliste. Les parents de 3 de ces 5 terroristes qui habitent à Trinidad et Tobago sont en tout cas fort étonnés que leurs fils puissent être impliqués dans ce canular. Il s’avère que le chef de bande était un petit vendeur de rue au chômage.

La dernière alerte de Londres est encore plus ridicule : une voiture contenant quelques bidons d’essence, deux bonbonnes de gaz et quelques sacs a clous devant un night club. Que de l’essence en feu puisse faire une bombe à fragmentation avec ces clous est impossible, et les bonbonnes à gaz feraient peut-être un grand boum, sans plus. Mais accuser directement AlQuaida, sans preuves, est pour le moins curieux. En tout cas si ce réseau terroriste ne dispose pas d’autres moyens que de voitures piégées avec quelques bidons d’essence et des boites de clous, il est ridiculement mal équipés.

Cette alerte nous a laissé en tout cas des contrôles ridicules à tous les aéroports : enlever sa ceinture et ses bretelles, et transporter son dentifrice dans un sac en plastique. Qui donc gagne de l’argent à ce jeu qui n’a à ce jour permis de détecter aucun terroriste sur des millions de passagers.

Et la Belgique ne pouvait pas non plus être sans terroristes. Elle en coffré une douzaine à la veille de Noël 2007, mais a du les relâcher parce que la police ne trouvait chez eux ni armes ni bombes.

On peut nous raconter les pires des carabistouilles et le peuple les gobe. Comme l’histoire de ce satellite que les Américains ont dû descendre en février 2008 avec une fusée parce qu’il contenait de l’hydrazine. Ce produit est moins dangereux que l’eau de Javel, il est fort inflammable et se serait consumé dans le feu d’artifice du satellite rentrant dans l’atmosphère.

La peur des terroristes est irrationnelle. Depuis septembre aucun Américain n’a été tué par les terroristes du Moyen-Orient, mais 100 000 Américains sont morts dans des meurtres ou assassinats pendant ces années sur leur propre sol et plus d’un million d’Irakiens ont été victimes de la guerre contre le terrorisme

60 % des New-Yorkais demandent que l’on recommence l’enquête du 9/11. De plus en plus d’éléments font croire que les avions ayant heurté les tours de Manhattan étaient téléguidés , que ce n’est pas un avion qui a pénétré dans le Pentagone mais une fusée, que le champ de Pennsylvanie a été labouré par une grosse bombe et non par un avion de ligne. On sait aujourd’hui que l’anthrax contenu dans des lettres envoyées à des sénateurs opposés au Patriot Act en 2002 provenait d’un laboratoire militaire américain et non pas d’Irak, que les lettres avaient écrites par des Américains et non par des Musulmans.

Les assassinats de politiciens au Liban en 2005 et 2006 étaient imputés aux Syriens. Mais l’enquête Mehlis s’est perdue dans le sable et l’on sait aujourd’hui qu’un autre pays voisin du Liban était impliqué. Quel intérêt d’ailleurs aurait eu la Syrie à commettre ces attentats qui la discréditeraient partout dans le monde.

Si tout cela était vrai, ce serait diabolique et nous serions des criminels somnambules qui marchent sur deux béquilles, celle de l’affabulation et celle de la crédulité. Mais jugés éventuellement comme criminels par l’histoire comme l’homme de la rue allemand après la guerre et qui prétendait ne rien savoir. Dans les années 30, les media d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne (de Luxembourg et d’Amérique également) ont diabolisé les Juifs et les Bolcheviques. Cette hystérie médiatique a conduit aux 30 000 millions de morts de Russie, aux 6 millions de morts dans les camps de concentration et aux bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki.

Pierre Lutgen
Hostert

Enron, Kioto, chanchullo

décembre 12, 2008

Enron y la Máquina detrás de Kioto


Un abogado antiguamente en la firma Enron, acaba de publicar el libro, “Mentiras Calientes” (Red Hot Lies). Recuerde usted que esta sociedad quebró fraudulentamente durante la primera parte del reinado de Bush. En su libro Christopher Horner revela los detalles sórdidos del asunto. Había sido contratado por Enron en 1007 y nombrado director de relaciones con el gobierno federal.

Desde su nombramiento recibió como misión principal de poner en pie a un tratado internacional contra el calentamiento climático. Cuando osó hacerle notar a sus directores que un plan de esa naturaleza se basaba en pruebas científicas muy débiles pero que eran más de interés de algunos grupos financieros y petroleros, y que se parecía a la Prohibición de los años 20 donde los Bautistas hicieron coalición con los contrabandistas de alcohol, le hicieron notar que sería mejor que mirase hacia otro lado y comenzara a trabajar en la tarea encomendada.

Enron era la propietaria y la operadora de una red de gasoductos y quería eliminar la competencia del carbón. Todo se basaría en un sistema de créditos y penalidades sobre las emisiones anuales de CO2. Enron estaría entonces en el centro de un comercio de derechos y de certificados de emisión. El primer consultor reclutado fue James Hansen de la NASA. Había sido él quine lanzara la fobia del calentamiento global en 1988 en una declaración grandilocuente ante el Congreso americano.

Por otra parte reincidió este año con otras declaraciones apocalípticas sobre el calentamiento global, des-pués de falsificar las mediciones de los satélites de los últimos diez años porque indicaban un enfriamiento global. Otro recluta de la primera hora fue Al Gore. Devenido vicepresidente de los Estados Unidos donde fue un actor principal en esta combinación. Los filántropos en Enron gastaron sin remilgos para comprar la buena voluntad de otros políticos y consagraron casi $1,5 millones de dólares hacia fines de los años 90 para mantener a grupos ecologistas que apoyaran a su programa.

Era una inversión que prometía jugosos dividendos. Confiados en su estrategia después de la firma del Protocolo de Kioto, Enron le compró a General Electric la compañía más grande de energía solar del mundo, GE Wind, y se convirtió en co-propietaria, junto con Amoco-British Petroleum, de la compañía de energía solar más grande del mundo.

Pero, con la elección de Bush, el castillo de naipes se derrumba y Enron quiebra. No a causa del conoci-miento en climatología de Bush sino a causa de la acción del lobby de los carboneros y de otros hombres de negocios y senadores que se dieron cuenta de la colosal estafa de Enron.

Pero una idea genial como la de los certificados de emisión de CO2 de Kioto no podía morir. Ello permitiría que miles de expertos hicieran turismo gratis entre Río, Kioto y Buenos Aires, Bali y Poznan. Al Gore conocía muy bien el legajo y es necesario reconocer con admiración que tuvo éxito de imponer a la mayor parte de nuestros políticos, banqueros y profesores de enseñanza secundaria un chanchullo colosal del que se reirán nuestros nietos. Esperamos que los años 2007 y 2008, que hacen pensar a muchos el advenimiento de un nuevo período glacial, debería hacer que nuestros ministros consagren nuestro dinero a otra cosa que no sea llenar los bolsillos de los mercaderes de indulgencias y de certificados de buena conducta.

lutgenp@gms.lu
Pierre Lutgen.
Dr. En Química
Luxemburgo

Grand-Duc, euthanasie et massacres

décembre 7, 2008

Les milieux soi disant chrétiens ont de tout temps été d’une incohérence colossale devant le respect de la vie. L’ Ancien Testament est une suite de villes rasées où la population a été massacrée par les Hebreux. Les princes chrétiens, catholiques et protestants , ont toléré le massacre des Indiens en Amerique du Nord et du Sud. Les Papes, les Evêques, surtout au siècle passé, ont béni les armées, l’eugenisme et ont gardé le silence sur les camps de concentration en Allemagne, en Amérique, en France, en Espagne…et aujourd’hui en Palestine. La peine de mort était acceptée et est encore acceptée par les autorités ecclesiastiques. L’ Inquistion a mis des milliers de personnes d’opinion différente sur le bûcher. Les rois chrétiens, ducs et grand ducs, y inclus notre Jean l’Aveugle, se délectaient dans des bains de sang sur les champs de bataille ou dans le massacre des Infidèles, femmes et enfants inclus. Nous n’avons pas besoin d’entretenir un Grand Duc qui réagit comme un prince du siècle passé.

 

Pierre Lutgen